CHAPITRE III
réfaction des cadavres dans les fosses d’aisance.
Nous suivrons ici la même marche que précédemment; nous ne ferons connaître l’état des organes des cadavres qui ont séjourné plus ou moins long-temps dans ce milieu, qu’après avoir rapporté les expériences que nous avons cru devoir tenter.
X.., enfant du sexe féminin, âgé de .six jours, placé le 7 août 1829 dans les matières fécales en partie liquides et exposées à l’air : ces matières étaient renfermées dans un tonneau de trois pieds et demi de haut, qui en contenait jusqu’à la hauteur d’un pied et demi, et qui était constamment fermé par un couvercle ; de sorte que les corps déposés dans ce milieu étaient évidemment placés dans les mêmes conditions que ceux que l’on jette tlans les fosses d’aisance, si ce n’est que le tonneau dont il s’agit était en plein air et que par conséquent sa température n’était pas précisément la même que celle de ces fosses. Voici quel était l’aspect du
cadavre au moment de l’immersion dans ces matières maigreur générale; chute et cicatrisation imparfaite du cordon ombilical; la peau est ridée aux membres, au col et à la face ; les grandes lèvres sont rougeâtres et flasques ; le ventre est aplati, et présente une légère coloration verdâtre vers la partie inférieure ; il y a une petite ulcération lenticulaire de la peau au-dessus de la malléole droite,; les ongles ont une coloration bleuâtre foncée; on voit quelques cheveux bruns peu longs. Le g août, rien de remarquable. Le i3, la face est gonflée, de couleur violacée en haut et au milieu, plus claire vers la partie inférieure, où elle est même presque Hanche ; les yeux font saillie à cause des gaz qui se sont, dégagés dans l’orbite; l’épiderme s’enlève facilement à la tête et à la face, et l’on voit alors que la peau du crâne a une teinte rouge vineuse. Le ventre est ballonné, taché en bleu et en violet lie de vin; l’épiderme qui le recouvre se détache aisément; la peau de l’abdomen offre une teinte bistre claire. Le dos est pâle et recouvert d’épiderme qui y adhère encore notablement. Les membres sont pâles, ridés; leur épiderme ne s’enlève pas aisément. Le x5 , la tête surnage en partie et est entièrement dépourvue d’épiderme, d’une couleur légèrement olivâtre dans la région frontale et sur les pariétaux, d’un rouge vineux à la partie postérieure et aux oreilles; le col présente une couleur semblable ; la face est d’un jaune cuivré; les yeux font toujours saillie, surtout le droit; le tissu cellulaire de-ces régions est rempli de gaz ; le tronc est aussi très-emphysémateux, et le thorax très-bombé.
TRAITE
L’épiderme est enlevé en partie, et là où il existe encdre il semble n’êîre qu’apposé ; dans les parties correspondantes aux deux mamelons, on aperçoit une couleur jaune cuivrée, moins foncée que celle de la face: vers la partie moyenne du thorax, on trouve une tache rouge vineuse, qui a environ la largeur d’un pouce, et qui s’étend du col à la partie inférieure du sternum. L’abdomen est gonflé, et présente différentes nuances de eôuleur bleuâtre, et d’un jaune cuivré comme aux mamelons ; les membres sont un peu plus gonflés qu’avant-hier; ils sont pâles, et leur épiderme présente la même disposition que celui des autres parties. Pendant les neuf jours qu’a duré l’expérience, la température de l’atmosphère a varié de 16° à 22 0 -J- o°.
Un autre enfant du sexe féminin, âgé de douze jours, ayant été placé dans les matières fécales le 22 juillet 1829, n’offrait rien de remarquable le lendemain (température de l’atmosphère, i9°|o°. R.). Le 24 à midi, le ventre était sensiblement ballonné. Le 25, la température de l’atmosphère était de 28° R.; l’épiderme était détaché dans plusieurs parties et s’enlevait facilement; dans les autres, il était blanc, ainsi que la peau; le ventre était encore plus ballonné. Le 27, le cadavre était venu à la surface du liquide; une grande partie du thorax et de l'abdomen était en contact avec l’air.
OBSERVATION 2 e .
J***, âgée de sept jours, fut placée le 24 avril i 83 o dans les matières fécales que contenait le tonneau dont il a été parlé à la page 120. Au moment de l’immersion, la coloration générale était naturelle, si ce n’est que l’abdomen était verdâtre et le dos légèrement rosé ; du reste, le cordon ombilical n’était pas encore cicatrisé.
Examenle quatre mai, dix jours après le commencement de l’expérience ; pendant ce temps, la température de l’atmosphère avait varié de 4 °~j“°° à i 9 °-f- o° R. Le cadavre est entier, de couleur pâle tirant légèrement sur l’olive très-clair ; la partie antérieure et latérale gauche dh thorax, ainsi que tout le côté gauche de l’abdomen, étaient hors de la matière, et étaient recouverts d’une couche demi-desséchée d’excrémens brunâtres que l’on pouvait aisément enlever avec de l’eau.
Epiderme. Excepté dans un petit nombre de points, l’épiderme existe partout; mais il est plissé, ridé, soulevé, et en général facile à détacher; il est. même probable que celui qui manque dans certaines parties a été séparé pendant qu’on lavait le corps. Il est blanc, translucide, assez mince et peu résistant; celui de la plante des pieds et de la paume des mains n’est ni plus ni moins facile à enlever que celui des autres régions; mais il est bien plus' plissé et d’un blanc mat, comme s’il eût été en contact pendant quelque temps avec un
TRAITÉ
cataplasme émollient. Les ongles, qui ne sont pas encore tombés, sont d’un blanc grisâtre, de consistance presque normale et faciles à arracher; le derme qu’ils recouvrent est lisse et d’un rouge groseille.
La peau, dépouillée d’épiderme, offre partout les mêmes teintes que celles qui ont déjà été indiquées, excepté cependant à la plante des pieds, où elle est d?un rose pâle, et à la région épigastrique, qui est marbrée de blanc et de bleu, comme du savon. Nulle part on n’aperçoit la teinte rouge qui se manifestera plus tard. La consistance et la structure de ce tissu paraissent naturelles.
Le tissu cellulaire sous-cutané est très-humide sans être infiltré, assez résistant et d’un aspect ordinaire. Les muscles, sans en excepter, ceux de l’abdomen, sont très-pâles; ils sont un peu ramollis et sans apparence d’infiltration. Les nerfs sont légèrement rosés et assez résistans. Les tendons et les aponévroses sont moins brillans que dans l’état naturel. Les ligamens , les os et les cartilages sont à l’état normal ; ces derniers n’offrent aucune teinte rosée. .
Tête. La face est parfaitement reconnaissable; les sourcils, les cils et les paupières sont entiers ; celles-ci sont appliquées l’une contre l’autre,sans être poussées en avant ni enfoncées dans les orbites, en sorte que les yeux sont fermés et dans leur position ordinaire ; la cornée transparente est devenue opaline; les membranes sont dans l’état naturel ; les humeurs aqueuse et vitrée présentent déjà une teinte légèrement rougeâtre. Les oreilles sont un peu ramollies, et colo-
DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. ' Ia5 .
rées comme le reste de la peau, en pâle tirant sur l’olive clair. Le nez est entier et non déformé; il en est de même des lèvres qui sont aussi un peu ramollies; et dont le bord libre est rougeâtre. La bouche est béante. Des cheveux nombreux et longs sont'encore accolés à la tête et se séparent quand on enlève l’épiderme ; la peau sous-jacente n’est pas rouge, elle offre la même teinte que dans les autres régions ; le tissu cellulaire sous-Cutané n’est ni coloré ni infiltré. Le cerveau est entier , rougeâtre à l’extérieur et'd’un blanc rosé intérieurement; on distingue parfaitement les circonvolutions * les sillons, et même çà' et là les deux substances ; cependant il est assez ramolli pour qu’on ne puisse pas reconnaître les divers objets qui sè trouvent dans les ventricules latéraux. Le cervelet est encore plus mou que le cerveau. La dure-mère est d’un blanô légèrement rosé, et à peu près de consistance et d’aspect ordinaires.
Thorax . Le péricarde contient environ une cuillerée à café d’un liquide séro-sanguinolent; il n’est pas sensiblement ramolli; sa couleur est rosée. Le cœur, de volume et de couleur ordinaires, contient du sang écumeux en partie coagulé; il est à peine ramolli, et laisse apercevoir toutes les parties qui le constituent. Les valvules sygmoïdes sont rosées; l’aorte, qui offre cette même teinte, surtout à l’intérieur, contient aussi du sang écumeux liquide et coagulé. Les poumons sont volumineux, déjà emphysémateux par parties $ crépitans et de couleur naturelle; ils nagent sur l’eau, même après avoir été très-fortement pressés à plus de
vingt reprises; ils sont un peu ramollis; toutefois, leur structure est encore parfaitement reconnaissable. La trachée-artère • et le larynx sont entiers; leur membrane interne est olivâtre à la partie supérieure du canal et rougeâtre en bas, surtout entre les cerceaux cartilagineux, dont la couleur est simplement rosée. Le diaphragme est ramolli et bleuâtre dans les parties correspondantes au foie et à la rate ; sa structure est normale, et l’on y reconnaît très-bien le centre tendineux.
Organes digestifs. La membrane muqueuse buccale est couleur d’ardoise à la partie moyenne de la voûte palatine ; partout ailleurs elle est d’un gris rosé, un peu plus pâle que dans l’état naturel. La langue, à cela près d’un peu de mollesse, paraît aussi ne pas différer de ce qu’elle est à l’état normal. Le voile du pa lais, ses piliers, la luette et le pharynx sont d un gris rosé pâle. La membrane interne de l’œsophage est grisâtre, pointillée cà et là de petites taches rougeâtres, surtout à la partie inférieure. L’estomac est tellement ramolli, qu’il est impossible de le séparer sans le déchirer et sans le réduire en quelque sorte en une masse gélatineuse, état qu’on ne saurait attribuer à la putréfaction, et qui tient évidemment à une maladie à laquelle l’individu avait succombé : du reste, il est d’un rouge violacé par parties, et grisâtre dans d’autres;les trois tuniques qui le composent peuvent être distinguées, partout où le ramollissement n’a pas été porté à un si haut degré. Le canal intestinal est très-pâle et paraît dans l’état naturel. Le foie est rougeâtre aux
deux tiers internes de sa face inferieure, et dè couleur ardoise à sa face supérieure et au tiers externe de sa face inférieure; sa structure ne présente rien de remarquable , quoique l’organe soit un peu ramolli. La rate , d’un bleu ardoisé à l’extérieur, est d’un rouge sale là où elle répond àl’estbmac; elle est assez molle; cependant on peut encore la presser assez fortement sans la réduire en.bouillie, et on y reconnaît bien sa structure. Le pancréas diffère peu de l’état naturel.
Organes urinaires et génitaux. Les reins sont verdâtres à l’extérieur et d’un rouge brun à l’intérieur ; ils sont un peu ramollis, mais leur structure normale est parfaitement reconnaissable. La vessie est entière et dans l’état naturel; elle renferme un peu d’urine. L’utérus, d’un gris bleuâtre à l’intérieur, n’offre rien de particulier; les organes génitaux externes sont à l’état normal.
Le cadavre n’exhale pas une odeür très-désagréable, et il n’y a point de vers^
N.... enfant du sexe féminin, âgé de dix jours, mort le I er avril i 83 o, fut mis le surlendemain dans la matière des fosses d'aisance contenue dans un tonneau semblable à celui dont il a été parlé à la page 120. Au moment de l’irnmersion, l’abdomen était verdâtre , la partie postérieure du tronc violacée, les organes génitaux et le pourtour de l’anus rouges, les membres rosés,
TRAITÉ
tirant légèrement sur le violet; le thorax et la face f étaient dans l’état naturel, et les ongles bleuâtres.
Examen du corps le 25 avril, vingt-six jours après le commencement de l’expérience : la température moyenne de l’atmosphère pendant ce mois a été de 12°-j-Q i> th: cent,
Lé cadavre est entier; le côté gauche de la tète, du thorax et de l’abdomen, qui depuis quelques jours étaient hors du liquide, sont recouverts d’une légère couche d’excrémens non encore parfaitement desséchés, et que l’on enlève facilement, après avoir trempé le corps dans l’eau, en raclant avec un scalpel. La coloration est très variée ; d’un violet clair dans beaucoup d’endroits, elle est blanchâtre vers le haut du thorax, d’un vèrt bleuâtre très-clair au bas et sur tout le côté gauche de l’abdomen ; toutefois, on voit à la partie supérieure et antérieure de cette région latérale gauche uhe plaque marbrée de blanc et de bleu, large de deux pouces environ en tous sens, et qui a l’aspect du savon marbré. Le çoude et l’épaule gauches, qui étaient également hors du liquide, sont verts; les genoux, les paumes des mains, les plantes des pieds, les doigts et les orteils sont blanchâtres; les organes génitaux, les j fesses et lè pourtour de l’anus sont d’un blanc jaunâtre.
Épiderme . Il existe partout, et il n’est soulevé nulle part. A la plante des pieds, aux orteils, à la paume des mains et aux doigts, il est ridé, plissé, d’un blanc mat, comme s’il eût été pendant quelque temps en contact avec des cataplasmes émolliens. Il s’enlève aisément à la partie postérieure du col, au dos et dans toutes les
parties qui étaient hors du liquide, tandis qu’il tient fortement partout ailleurs ; il est blanc, translucide, facile à déchirer, et semblable à celui qui a macéré dans l’eau pendant quelque temps. Les ongles ne sont pas èncore tombés, et quoique leurs extrémités libres se déchirent par le plus léger effort , ils ne se laissent pas arracher très-facilement ; toutefois, on peut les séparer, et alors on voit qu’ils sont assez ramollis, d’un blanc jaunâtre, • translucides, et que le derme qu’ils recouvrent est couleur de lie de vin très-foncée.
Le derme est diversement coloré : à la puisse et à la jambe gauche, il est d’un rouge ocracé,plus ou moins clair, et offre çà et là, surtout à la pârtie supérieure de la cuisse, des plaques de couleur vert d’herbe; à la jambe droite, il est d’un rouge ocracé plus clair, et à la cuisse du même côté, d’un gris tirant légèrement sur la même couleur; au tronc, il est gris ou d’un gris verdâtre; aux bras et aux avant-bras, il est rougeâtre: il conserve partout son épaisseur et sa texture normales.
Le tissu cellulaire sous-cutané des membres et de la partie antérieure du tronc, est dans l’état naturel, si ce n’est qu’il-est d’un jaune légèrement safrané; il est rougeâtre à la partie inférieure du dos et jaunâtre en haut ; celui de la tête est infiltré de gaz et d’un liquidesanguinolent, d’un rouge assez foncé et comme gélatineux; nulle part il n’est saponifié.
Les muscles, excepté ceux de l’abdomen, sont à peine ramollis et ont conservé tous leurs rapports; leur couleur est à peu près'naturelle! Ceux de l’abdomen sont plus mous, verdâtres et même noirâtres dans
quelques parties; cependant ils offrent encore à peu près leur aspect normal vers la partie gauche de l’abdomen et dans la région hypogastrique. Les tendons et les nerfs sont légèrement rosés, les car filages Ixanivces-, du reste, tous ces organes, ainsi que les ligament et .les os, sont dans l’état naturel.
Tête. La teinte générale de la face est d’un vert olivâtre clair; le nez, qui était jaunâtre quand on a retiré le corps de la matière, est devenu verdâtre; il est entier. Les paupières sont rapprochées et en quelque sorte adhérentes ; elles sont poussées en avant par les globes oculaires, qui le sont eux-mêmes par des gaz développés dans le fond des orbites; leur tissu cellulaire est infiltré; du reste, elles sont un peu ramollies. Le paquet graisseux qui est en arrière du globe de l’œil est rougeâtre et un peu plus mou qu a l’ordinaire; les muscles de cette région sont très ramollis et de couleur violacée. Les yeux sont entiers, et on y distingue toutes les parties qui les composent ; la rétine et. la choroïde ont notablement perdu de leur consistance; 1 la sclérotique, légèrement rosée /paraît du reste à l’état naturel; la cornée transparente, un peu ramollie aussi, est d’un rouge clair; le cristallin est jaunâtre, et les humeurs aqueuse et vitrée, rougeâtres."|jU bouche est à moitié ouverte; les lèvres sont entières et verdâtres; leur bord libre est d’un rouge brun. Les oreilles sont légèrement ramollies et de couleur rosée tirant sur le violet. Le cerveau et le cervelet sont entiers et de volume ordinaire; mais ils sont sous forme d’une bouillie fluide, très-fétide, de couleur rouge, grise
DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. l3l
et violacée par places, et qui s’écoule pour peu que l’on penche la partie «lu crâne qui a été ouverte : il est impossible de distingûer dans ces organes aucune des parties qui les constituent. La dure-mère, la seule des membranes qu’il soit aisé d’apercevoir, est légèrement violacée dans certains points, mais du reste dans l’état naturel.
Thorax . Le péricarde contient une certaine quantité d’un liquide sanguinolent; il est d’un gris verdâtre et encore résistant. Le cœur, de volume ordinaire et d’un rouge violacé, est légèrement ramolli; il renferme beaucoup de sang noir en partie coagulé; l’intérieur, dont la coloration est normale, laisse facilement apercevoir les valvules et les colonnes charnues qui s’y rencontrent habituellement. Les vaisseaux sanguins renferment du sang et des gaz; l’aorte est d’un jaune rosé, surtout à l’intérieur. Les poumons sont très-volumineux, d’un rouge clair, très-emphysémateux,crépitans et plus légers que l’éau; ils nagent sur ce liquide, même après avoir été fortement pressés; ils sont un peu infiltrés de sérosité sanguinolente, surtout à leur partie postérieure; du reste, leur structure est parfaitement reconnaissable, quoiqu’ils soient un peu ramollis. La membrane muqueuse du larynx et de la trachée-artère est lisse et rosée, principalement entre les cerceaux cartilagineux; elle est très-adhérente et peu ramollie. Le diaphragme , refoulé en haut, est violet dans ses parties latérales et bleuâtre dans son milieu; sa face inférieure est brunâtre; quoique ramollie et infiltrée, on y distingue encore bien les fibres musculaires et le centre
TRAITE
tendineux, dont la nuance est un peu moins foncée que celle des autres portions. On n’aperçoit aucune granulation.
. Organes digestifs. La "membrane muqueuse de la bouche, de couleur jaunâtre, s’enlève facilement; la portion qui recouvre la voûte palatine offre à sa partie moyenne et antérieure une tache arrondie d’un vert bleuâtre qui s’étend jusqu’aux os. Le voile du palais, les piliers et la luette sont plus pâles que dans l’état naturel. L’estomac, dans toutes les parties qui avoisinent le foie et la rate, est d’un rouge foncé ; ailleurs il est d’un jaune verdâtre; il renferme une petite quantité d’un liquide bleuâtre; sa membrane muqueuse est soulevée par des gaz qui forment de grosses vésicules; elle est rougeâtre dans certains points, verdâtre et jaunâtre dans d’autres; les portions rouges ne sont le siège d’aucune arborisation vasculaire ; elle est trèsmince et ramollie; on peut aisément la séparer de la tunique musculeuse; celle-ci présente à peu près les mêmes nuances. Les intestins sont d’un jaune verdâcré ou brunâtres a l’extérieur; leur membrane interne est jaunâtre. Le foie est aussi volumineux qu’à l’état normal, de couleur bleue foncée à l’extérieur et brune à l’intérieur; il est gorgé de liquides et ramolli; on distingue à peine ses granulations, et déjà sa structure diffère sensiblement de celle qu’il offre ordinairement. La vésicule biliaire eàt entière, et renferme un peu de bile jaunâtre. La rate, d’un bleu presque noir, est plus ramollie que le foie, et, par la plus légère pression, se réduit en une bouillie fluide de la même couleur, qui
s'échappe à travers la membrane extérieure de 1 organe. Le pancréas est grisâtre et assez ramolli; du réste, on reconnaît bien sa forme et sa structure.
Organes urinaires et génitaux. Les reins sont entiers, ramollis et d’un rouge brunâtre; on y découvre tou tes les parties qui les constituent. La vessie est à l’état normal. L’utérus est légèrement violacé à sa surface externe et brunâtre à l’intérieur ; il est jaunâtre dans son tissu propre, notamment vers le col ; sa structure est la même que dans l’état naturel, ainsi que celle du vagin et des parties génitales externes.
X***, enfant du sexe féminin , âgé de trois jours, mort le 17 février i83o, a été plongé le surlendemain dans de la matière des fosses d’aisance moitié liquide moitié solide, contenue dans le tonneau dont il a été fait mention à la page iao. Au moment du dépôt au milieu de cette matière, le cadavre était maigre, de coloration naturelle, excepté aux membres, où elle était un peu, violacée.
Examen du corps le 3o mars i83o, c’est-à-dire, quarante jours après le commencement de l’expérience. La température moyenne de l’atmosphère avait été de io° -}- o° à son maximum , pendant les douzè derniers jours de février, et de 8 , 9 -j- o° th. c. pendant le mois de mars. Le cadavre est entier ; la partie latérale de la cuisse droite de l’abdomen et du thorax est à l’air ; tout le reste plonge au milieu de la matière 5 lès por-
lions qui sont hors du liquide sont d’un brun olivâtre et comme desséchées : c’est une oouehe d’excrémens durcis, ayant perdu une grande partie de leur humidité, et intimement unis à l’épiderme sous-jacent, en sorte qu’il est impossible d’enlever cette couche sans détacher en même temps celui-ci.
Coloration y Le sommet de la tête, le front et la joue gaüchê sont d’un gris jaunâtre sale, la face, les cuisses, lès jambes, les bras, sont d’un rose tirant sur le livide; là partie gauche de l’abdomen et du thorax, celle qui est en contact avec l’air, est d’un vert ardoisé, tandis qu’à droite ces régions offrent une couleur grise rosée sale ; le dos présente cette même couleur. Les plantes des pieds sont blanches; il en est de même de la paume des mains, si ce n’est que l’on y voit quelques taches verdâtres.
dépiderme existe partout, excepté dans la moitié supérieure de la cuisse droite, à la jambe gauche et au pariétal de ce même côté ; il est presque partout soulève , ridé 3 plissé , et se détache en gros lambeaux de quatre, cinq ou. six pouces carrés : ainsi, on enlève facilement en une fois la totalité de celui qui couvre' là cuisse, là jambe et tout le pied gauches; il est ipinee, translucide, très-facile à déchirer et blanc : toutefois, les portions qui recouvrent des parties colorées, paraissent colorées aussi au premier abord ; mais si on les lave, on sépare l’enduit qui tapisse leur surface interne, ou.le liquide sanguinolent qui la colorait, et elles reprennent leur blancheur. Les parties d’épiderme que nous avons dit adhérer à la couche d’excrémens des-
DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. ' ,l35
séchés, sont d’un gris assez foncé , tant qu’on les examine lorsqu’elles tiennent encore à cette couche ; mais on voit, en les séparant et en les lavant, qu’elles sont également blanches. Tous les ongles existent ; ils sont rougeâtres aux mains et jaunâtres aux orteils ; ils sont ramollis et à peine translucides ; on les arrache avec facilité à l’aide des pinces ; les cheveux aussi tiennent peu à la peau", et peuvent être séparés sans que l’épiderme soit endommagé.
La peau , dépouillée d’épiderme, est de couleur d’ocre aux cuisses, aux jambes, aux pieds, aux parties génitales et aù crâne, dont la partie postérieure tire même sur le violet; aux bras, au dos et à la partie droite du thorax et de l’abdomen, elle est d’un rouge moins vif; elle est d’un vert assez foncé, parsemée de quelques taches ardoisées dans la partie gauche du thorax et de l’abdomen, e’est-à>-dire dans celle qui était recouverte d’excrémens desséchés, et qui avait été au moins pendant vingt jours en contact avec l’air ; à la face , elle est d’un rose clair tirant un peu sur le jaune; toutefois, les lèvres et les paupières offrent urfe teinte verdâtre. Quoique ramollie et amincie, cette peau présente encore assez de consistance pour qu’on puisse, en la saisissant avec des pinces, enlever le cadavre sans la déchirer.
Te tissu cellulaire sous-cutané est infiltré d’une sérosité sanguinolente à la partie droite du thorax et de l’abdomen qui plongeaient dans lé liquide , tandis qu’il l’est à peine à gauche. Cette infiltration, peu marquée au dos, à la cuisse gauche et aux bras, l’est beau-
TRA.ITE
coup à la cuisse droite ; elle n’est pas, ni à beaucoup près, aussi marquée à la tête qu’on aurait dû s’y attendre , d’après l’état de la partie droite du tronc. On peut dire que, sous le rapport de la coloration et de l’infiltration, le tissu cellulaire ressemble assez à celui des fœtus à terme qui ont séjourné trente ou quarante jours dans l’utérus après leur mort (i). Quoi qu’il en soit, ce tissu cellulaire présente partout l’aspect granulé qui lui est propre; sa consistance est diminuée, surtout aux bras, d’où on le sépare , à l’aide du scalpel, sous forme d’une espèce de pommade qui ressemble à du gras des.cadavres.
Les muscles sont ramollis, et en général d’un rouge beaucoup plus foncé que dans l’état naturel, surtout ceux du cou et de la partie droite de l’abdomen qui sont même livides ; ceux de la face sont moins ronges, et ceux de la région abdominale gauche sont verts ; ils sont notablement infiltrés au côté droit du tronc, au -dos et à la partie supérieure de la cuisse droite; ceux des autres régions, quoique moins infiltrés , se déchirent pourtant avec facilité. Les tendons , les nerfs , les Ugamens et les os sont dans l’état naturel. Les cartilages sont légèrement violets et un peu ramollis.
Tête. Les paupières se touchent et sont amincies; le globe de l’œil est saillant et poussé en avant par des gaz ; il est entier ; la cornée transparente est opaque ; les membranes, excepté la sclérotique, sont imbibées
(i) La Couleur de la peau était semblable aussi à celle des foetus dont nous parions.
DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. ' 13y
d’un liquide rougeâtre, et parmi les humeurs on ne distingue bien que le cristallin, qui a conservé sa forme et sa couleur , et qui est seulement un peu ramolli. Le nez, les oreilles, les joues et les lèvres sont entiers, mais , ont perdu de leur consistance. La bouche est ouverte; la voûte palatine est enduite d’exerémens jaunâtres j presque fluides, qui, étant enlevés, laissent apercevoir des plaques comme pointillées, bleuâtres, et placées sur les côtés du raphé ; du reste, la membrane muqueuse de cette région est/pâle , ainsi que la langue, qui est ramollie. Il existe des gaz entre la dure-mère et le cerveau; celui-ci est réduit à une masse diffluente, à la surface de laquelle on remarque encore des circonvolutions ; il est plus difficile de distinguer les deux substances ; cependant on reconnaît à l’intérieur des portions d’un gris rosé et d’autres plus blanches. On trouve à la base du crâne une assez grande quantité d’un liquide couleur lie de vin , qui colore la portion correspondante de la dure-mère en rouge; partout ailleurs cette membrane offre son aspect ordinaire. Le cervelet est encore plus mou que le cerveau.
Thorax. 'Le. thymus est ramolli, grisâtre, et presque en putrilage. On ne voit point de matières fécales solides dans le larynx ni dans la trachée-artère, dont la membrane muqueuse est d’un gris verdâtre, tandis que le tissu sous-jacent est violacé. Les poumons sont rouges, avec des plaques rosées et verdâtres ; ils sont emphysémateux et même vésiculeux, très-ramollis, et prêts à tomber en putrilage ; ils contiennent à peine du sang, et f on a déjà .quelque peine à reconnaître leur
structure ; ils surnagent quand on les place sur l’eau avec le cœur, et ils continuent à rester à la surface du liquide, même après avoir été fortement comprimés sous l’eau. Le cœur est entier, très-ramolli et d’un violet foncé tirant sur le vert dans certains endroits : ses ventricules contiennent un liquide spumeux, très-fétide , d’un rouge noir; leurs parois internes, ainsi que celles des oreillettes, offrent cette même couleur rougenoire ; on peut encore reconnaître dans cet organe • tontes les parties qui le composent. Le péricarde renferme un peu de sérosité rougeâtre ; du reste, il est ramolli et à peine coloré en rouge clair à sa face interne. Les veines et même les artères contiennent un peu de sang noir fluide; leurs parois internes sont colorées en rouge.
Canal digestif et abdomen. En ouvrant l’abdomen, on voit que l’estomac et les intestins, qui sont distendus par dés gaz, offrent une teinte générale verdâtre, sans aucune trace de rougeur. L’œsopbage est verdâtre. L’estomac présente aussi.cette teinte à l’intérieur comme à l’extérieur ; il renferme une petite quantité d’un liquide également coloré en vert, qui semble communiquer cette couleur à la membrane muqueuse; en effet, lorsqu’on l’a enlevé, et qu’on a lavé cette membrane , on voit qu’elle est d’un gris légèrement rosé; si ce n’est toutefois près du pylore, où elle conserve la teinte verte, malgré les lavages. La tunique interne des intestins est d’un gris verdâtre , même après avoir séparé les excréinens moitié liquides, moitié solides, dont elle est recouverte dans plusieurs parties. Les
DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. l3<^
épiploons sont grisâtres et ramollis. Le foie est verdâtre à gauche, brun à droite ; il a perdu de sa consistance', et on ne peut plus reconnaître sa structure. La vésicule du fiel est vide , grisâtre , un peu ramollie. La rate est livide, et se réduit en une bouillie couleur lie de vin par la plus légère pression.
Les reins et les capsules surrénales sont extrêmement ramollis et violets ; il n’est plus possible de reconnaître les diverses substances qui les forment. La vessie est vide et dans l’état naturel. Le pancréas est sensiblement ramolli et grisâtre.
Le vagin est pâle. L’utérus est notablement ramolli ; sa face interne, de couleur rosée lorsqu’elle est ratissée, fournit une espèce de bouillie rougeâtre.
X**, enfant du sexe féminin, âgé de quatre jours, mort le 9 mars i 83 o au soir, fut mis le surlendemain dans un tonneau contenant de la matière des fosses d’aisance ( V. page 120 ). Le cadavre n’offrait aucune coloration particulière au moment de l’immersion dans ce milieu.
Examen le 26 avril i 83 q, c’est-à-dire un mois dix-sept jours après le commencement de l’expérience: la température moyenne de l’atmosphère avait été en mars de 8, 9 0 + o°, et en avril, de 12 0 -f- o° therm. centigr. Le cadavre paraît entier au moment où on le sort du tonneau : on le plonge dans l’eau pour le nettoyer et le débarrasser de deux larges croûtes nqi-
râtresd’excrémens desséchés et durcis, qui occupent, l’une, tout le côté gauche de l’abdomen et une partie du thorax , et l’autre la moitié gauche de la tête : ces croûtes, en se séparant, entrain ent'avec elles l’épiderme sous-jacent qui y adhère assez fortement. Les avantbras, les mains, le front et une partie du thorax et del’abdoinen, sont encore couverts d’épiderme, tandis que les bras, les cuisses, les jambes' et les pieds en sont dépourvus. Partout où cette cuticule existe, il suffît du plus léger effort pour la séparer : après avoir e'té lavée, elle est blanche, translucide, facile à déchirer, comme si elle avait macéré dans l’eau pendant longtemps. Les ongles; se sont détachés avec l’épiderme; ils sont minces \ mous, entiers et d’un blanc légèrement jaunâtre.
Le cadavre, qui au premier abord-paraissait entier, offre une large éventration à la partie inférieure gauche de l’abdomen , qui s’étend en arrière jusqu’aux vertèbres, et par laquelle sortent les intestins; la partie supérieure de la cuisse gauche, en avant comme én arrière, ainsi que les environs du sacrum, sont le siège d’une excoriation qui met à nu cet os, l’ilium et l’extrémité supérieure du fémur , et au milieu de laquelle se trouve le nerf sciatique : on voit aussi à la partie antérieure et supérieure de la cuisse droite, près de la région inguinale, une large ouverture , résultat de la destruction de la peau, qui est . soulevée et très-amincie dans les parties environnantes; le tissu cellulaire, mis à nu dans cette corrosion, est rouge, fortement infiltré de sérosité sanguin
DES EXHUMATIOXS JURIDIQUES. . . I^I
nolente et comme gélatineux ; il existe encore quelles petites corrosions à la partie gauche de la tête. La peau est diversement colorée; elle est d’un rpuge ocracé dans la moitié droite de la tête et d’une grande partie de la face, d’un vert olivâtre dans les autres parties de ces régions, d’un gris verdâtre au col, à la partie droite de l’abdomen, aux bras et aux avantbras, ainsi qu’au dos, où l’on voit pourtant à gauche et à la partie moyenne une large plaque noirâtre; elle est gris-verdâtre plus clair en haut du thorax, bleu ardoisé à la partie moyenne de l’abdomen, blanc tirant légèrement sur le jaune verdâtre pux cuisses, aux jambes et aux pieds, rougeâtre à la main droite et aux doigts de la main gauche. Elle est lisse , humide et luisante ; on peu t la déchirer facilement en la tirant avec des pinces près des parties corrodées et dans quelques autres points, tandis' qu’ailleurs elle présente encore assez de résistance pour qu’en la pinçant le corps puisse être soulevé sans qu’elle se rompe. Elle est soulevée par des gaz à la tête, aux bras et au thorax, et l’on sent en pressant ces régions, que lés parties sousjacentes doivent être réduites en une bouillie au mû lieu de laquelle se trouveront les os. Elle eSt recouverte à la partie droite et antérieure de l’abdomen , ainsi qu’en arrière et à gauche de cette même,région, de petites granulations blanchâtres, dures, que l’on n’enlève pas en les grattant, et qui sont formées de sousphosphate de chaux.
Le tissu cellulaire sous-cutané est tellement infiltré de sérosité rouge, qu’il est sous, forme d’une gelée ;
TRAITE
aux cuisses et aux jambes, cette sérosité est jaunâtre. Les muscles ne sont plus distincts : on trouve à leur place une bouillie rouge, très-liquide , au milieu de laquelle cependant il y a encore des morceaux de chair très-ramollie, des vaisseaux, des nerfs et les os en partie disséqués. Toutefois, les muscles de l'abdomen sont entiers, et recouvrent toute cette région, excepté dans la partie où nous avons dit exister une éventration ; ils sont d’un vert foncé mêlé de violet, très-ramollis et comme gélatineux. Les tendons sont brillans et nacrés, mais se déchirent facilement. Les ligamens sont assez résistans. Les cartilages sont de couleur lie de vin et un peu ramollis. Les nerfs sont aussi beaucoup plus mous qu’à 1 état normal, mais de couleur naturelle. Les os ne présentent rien de remarquable.
Tête . La face est entière ; les paupières sont enfoncées, amincies et très-ramollies. Les orbites paraissent vides; pourtant on y trouve au fond les “globes oculaires entiers et affaissés ; la cornée transparente est tellement ramollie, qu’on là déchire par le plus léger contact ; en incisant la sclérotique , on découvre des restes de la choroïde et un fluide de couleur bistre, sans pouvoir reconnaître ni le cristallin, ni l’humeur vitrée, ni la rétine ; quant à la sclérotique, elle est entière, résistante et de couleur ordinaire. Le nez, quoique aplati et ramolli, conserve encore assez bien sa forme. Les lèvres sont entières et ont beaucoup perdu de leur consistance. Les oreilles sont entières et molles ; la droite est rougeâtre et humide;
DES EXHUMATIONS JUBIDIQUES. 14^
1 autre est d’un gris verdâtre et moins luisante. Le tissu cellulaire sous-cutané du côté droit de la tête, est infiltré de sérosité sanguinolente et comme gélatineux ; de l’autre côté où la peau présente quelques corrosions, il est à peine infiltré et verdâtre. Le cerveau occupe presque la totalité de la cavité du crâne ; la dure-mère est d’un gris rosé, sensiblement ramollie ; la masse cérébrale est réduite en une bouillie assez fluide, grisâtre, mélangée de violet, qui coule, aussitôt qu’on sépare les os, et dans laquelle on ne peut distinguer ni circonvolutions, ni les deux, substances grise et blanche.
Thorax. Le péricarde contient un peu de liquide couleur lie de'vin; il est mince, demi-transparent et coloré en" violet. Le cœur est entier, mais excessivement ramolli; sa couleur est violette foncée, mélangée de vert à l’extérieur,, tandis qu’elle est d’un rouge violet obscur à l’intérieur; l’altération de l’organe est portée au point qu’il est impossible de reconnaître ni ses cavités, ni ses valvules r ni ses colonnes charnues ; il ne contient point de sang. L’aorte thoracique renferme une petite quantité d’un liquide rouge foncé ; elle est très-ramollie et d'une couleur rosée à l’intérieur ; la portion abdominale de ce vaisseau est vide. La trachée-artère et le larynx sont aussi très-mous et d’un violet foncé; les cerceaux cartilagineux sont d’un violet plus clair que les tissus muqueux et musculeux. Les poumons sont volumineux, de forme ordinaire, très-ramollis et emphysémateux ; on remarque en effet plusieurs grosses vésicules à leur surface; leur couleur
l44 TIîAITÉ
est rouge clair à l’extérieur, et noirâtre à l'intérieur; ils nagent.sur l’eau ; mais si on les exprime fortement, on; dégage les gaz qui constituaient l’emphysème, et ils se précipitent : or, comme l’enfant qui fait le sujet de cette observation avait respiré , il est évident que les cellules bronchiques ont été détruites par la putréfaction, et que l’air inspiré en a été chassé : du reste, la-structure de ces organes est méconnaissable, et il ne serait guère possible de constater les altérations pathologiques dont ils pouvaient être le siège. Le diaphragme est en partie détruit, très-ramolli, de même couleur et de même consistance à peu près que les muscles de l’abdomen ; il n’offre point de granulations, et il est impossible de distinguer la forme du centre tendineux.
Canal digestif. La bouche est béante ; la membrane muqueuse de la voûte palatine présente vers sa J partie moyenné et antérieure une plaque arrondie verte, tirant sur l’ardoise, au centre de laquelle existe ■ une excoriation arrondie, delà largeur d’une lentille, et qui laisse les os à nu. Le voile du palais, les piliers, la luette et le pharynx sont rougeâtres et bien distincts, quoique ramollis. La langue est d’un rouge pâ)e et excessivement molle. L’ estomac, les intestins , le foie et la rate sont dans le même état que chez le sujet de l’observation 6 e (/^. page i 45 ).
Organes urinaires et génitaux. Les reins sont à peine reconnaissables; ils sont emphysémateux, et ne présentent plus à l’extérieur l’apparence lobulaire qui est propre à cet âge de la vie ; leur ramollissement est très-
considérable, et leur couleur d’un violet très-foncé. La vessie est entière, d’un gris rosé à l’intérieur et très-ramollie. Les parties externes de la génération existent toutes, et offrent une teinte jaunâtre sale; elles ne paraissent pas avoir autant perdu de leur consistance que les autres tissus. Le corps de l’utérus est détruit ; le col est entier, d’un blanc grisâtre, et ridé vers son orifice vaginal.
Le cadavre exhale une odeur des plus infectes; il existe sous les croûtes durcies d excrémens et dans l’abdomen une quantité considérable de gros vers (asticots), qui doivent nécessairement avoir dévoré une partie des tissus.'
N...... enfant du sexe féminin, âgé dé cinq jours,
mbrt le 16 février i 83 o, a été plongé le lendemain dans un tonneau contenant la matière des fosses d’aisance, à côté de l’enfant qui fait le sujet de l’observation 4 e - Le cadavre n’était pas coloré au moment où il a été déposé dans ce milieu. On le retire le â 5 avril i 83 o, deux mois huit jours après le commencement de l’expérience. La température moyenne de l’atmosphère avait été pendant les derniers jours de février de io°4"0° à son maximum, de 8°, 9 en mars et de i2° en avril, th. c. Le corps est entier; lorsqu’on le sort du tonneau, on voit que l’abdomen et une partie du thorax, qui depuis long-temps étaient hors de la matière, et par conséquent en contact* avec l’air, sont
TRAITÉ
couverts d’une couche assez épaisse d’excrémens secs et noirâtres. L’épiderme est détaché dans beaucoup d’endroits, et là où il existe encore, il est prêt à tomber. On lave le cadavre pour le nettoyer, et ce simple lavage suffît pour séparer le restant de l’épiderme et la croûte excrémentitielle qui recouvrait le ventre; en se détachant, cette croûte enlève avec elle l’épiderme de l’abdomen qui y est peu adhérent. Quelle que soit la portion de cette cuticule que l’on étudie, on voit qu’elle est blanche, translucide, très-facile à déchirer; et si dans quelques endroits elle paraît colorée, c’est qu’elle est recouverte dune légère couche d’excrémens , qù’on sépare facilement par le lavage. Les ongles ont tous été détachés avec l’épiderme; ils sont entiers, très-minces, extrêmement mous et d’un blanc tirant légèrement sur le jaune.
En examinant de. plus-près le cadavre, que nous avons dit être entier, on remarque que la partie moyenne de la face est dépourvue de parties molles, que les parois abdominales sont détruites depuis l’ombilic jusqu’au pubis, dans presque toute leur étendue, en sorte que les intestins sont à nu ; enfin, que la main droite est dénudée, au point que les os du métacarpe et des phalanges sont à découvert.
La peau est diversement colorée ; elle est d’un rouge ocracé à la partie supérieure et postérieure de la tête, d’un blanc grisâtre à la joue gauche et à la moitié correspondante du front, piquetée et tachetée de gris, de vert et de bleu, à la joue droite, à la partie du front et à la région temporale du même côté , ce qui. lui
donne un aspect marbré, d’un blanc grisâtre légèrement rosé au col, au thorax, au membre thoracique gauche, aux deux jambes etaux pieds, de même couleur au bras droit, sur lequel on remarque cependant plusieurs taches assez larges d’un vert bleuâtre sale, d’un bleu ardoisé à l’abdomen, d’un gris légèrement ver dâtre à la partie interne des cuisses, d’un vert clair au genou gauche et d'un rouge ocracé au dos. Sur plusieurs points, et notamment à la partie antérieure du thorax, à l’abdomen, aux cuisses et sur les parties latérales des membres thoraciques, on trouve des granulations dures, isolées ou réunies sous forme de petites plaques blanches, que l’on n’enlève pas facilement en les grattant, et qui sont formées de phosphate de chaux. Du reste, la peau est très-lisse, humide, luisante et d’une consistance différente : ainsi aux bras, aux cuisses, au thorax, elle résiste assez pour qu’en la pinçant on puisse soulever le cadavre sans le déchirer, tandis qu’à la partie postérieure de la tête et dans les environs des régions où nous avons dit qu’elle était détruite, il suffit d’une légère traction pour la rompre.. Elle ne paraît saponifiée qu’aux joues.
Le tissu cellulaire sous-cutané est granulé d’un blanc grisâtre, infiltré dans plusieurs parties d’une sérosité rougeâtre, surtout à la tête, où il offre l’aspect de la gelée de groseille 5 il est transformé en gras dans quelques endroits, notamment aux joues.
Les muscles des membres sont d’un rouge pâle et ramollis ; ils conservent encore leur forme et pourraient servir à l’étude anatomique5 ceux des joues et du. col
TRAITÉ
sont .plus mous; ceux de l’abdomen sont d'un vert foncé.sale et presque entièrement détruits ; enfin ceux du dos sont réduits en bouillie lie de vin foncée, an milieu de laquelle il est impossible d’apercevoir autre chose que quelques portions tendineuses.
Les tendons, les ligamens , les os et les cartilages , semblent dans l’état naturel; ces derniers pourtant offrent une couleur lie de vin claire. Les nerfs sont sensiblement ramollis, mais de couleur naturelle;
Tête. Ainsi que nous l’avons déjà dit, il ne reste à la partie moyenne de la face que des os ; on trouve encore quelques débris des paupières supérieures qui sont très-ramollies. Les orbites ne renferment qu’une partie de da sclérotique, du nerf optique et du tissu cellulaire graisseux non saponifié ; là couleur et la consistance de ces parties sont à peu près les mêmes que .dans l'état naturel. La partie des joues qui reste est à peine recouverte d’une très-légère couche de derme, ce tissu étant presque entièrement transformé, en gras. Il n’y a plus de lèvres ni de menton. Les os de la partie moyenne de la face, qtÜ sont à nu, sont presque désarticulés ; ils n’ont plus de connexion avec ceux du crâne, et le cerveau s’écoule au plus léger mouvement, sous forme d’une bouillie opaline extrêmement fétide, par les diverses fentes qui résultent de la séparation de ces divers os. Les oreilles sont entières, très-ramollies; la droite est verdâtre, la gauche d’un rouge ocracé. La cavité du crâne contient encore environ les deux tiers de la masse cérébrale, sous forme d’une bouillie assez fluide , grisâtre, mélangée de violet, aU
milieu de laquelle il est impossible de distinguer les substances grise et blanche, ni lesdiverses parties qui composent le cerveau. La dure-mère, la seule des membranes du crâne que l’on puisse reconnaître, est d’un gris rosé et ramollie.
Thorax. Le péricarde est entier, mince, bleu ardoisé, et ne contient aucun liquide. Le cœur est entier, excessivement ramolli, rouge livide dans sa moitié supérieure, bleu ardoisé inférieurement; il est vide et rouge lie de vin à l’intérieur; il serait impossible de distinguer les “valvules ni les colonnes charnues qui en font partie. L’aorte est ramollie, vide, rosée et facile à déchirer. Le ramollissement de la trachée-artère et du larynx sont tels, qu’on ne trouve à leur place qu’une sorte de membrane couleur de lie de vin, imbibée d’un liquide sanguinolent, et sans la moindre apparence de parties cartilagineuses. Les poumons sont d’un rouge lie de vin et bleu ardoisé par places, excessivement ramollis, n offrant plus par conséquent la structure qui leur est propre, emphysémateux, présen tant à leur surface plusieurs vésicules gazeuses et nageant sur l’eau; après avoir été fortement comprimés sous ce liquide, ils se précipitent et ne reviennent plus à la surface, ce qui annonce que, par suite de la putréfaction, les cellules pulmonaires ont été détruites, et que la supernatation n’était due qu’aux gaz qui produisaient l’emphysème, et qui se sont dégagés, lorsque par la pression on a déchiré la plèvre.
Le diaphragme est entier, vert foncé, tirant sur l’ardoise; sa face supérieure est le siège de quelques pe-
TRAITE
tites granulations; le centre tendineux, coloré à peu • près comme les autres parties de ce muscle, est à peine . distinct; la structure musculaire, au contraire, est facile à reconnaître, quoique le tissu soit très-ramolli. . ' - ■
Canal digestif. La bouche est entière, à cela près des lèvres qui manquent; la langue est très-ramollie et rosée; le voile du palais et ses piliers, la luette et Tanière-bouche sont d’un gris verdâtre, très-mous et très-distincts. L’estomac est d’un bleu ardoisé à l’extérieur et gris verdâtre à l’intérieur; ces couleurs sont en grande partie dués à un enduit que l'on enlève par le lavage : en effet, alors le viscère devient d’un gris blanchâtre quand on l’étend, et d’un bleu beaucoup plus clair lorsqu’il est ramassé, La membrane muqueuse offre çà et là plusieurs points jaunes orangés, mous, non saillans, et plusieurs autres grisâtres, rugueux, durs et saillans. On ne remarque aucune trace de rougeur. L’amincissement de l’organe est très-notable, et le plus léger effort suffît pour déchirer ses trois tuniques. Les intestins sont en partie détruits ; il ne reste que le duodénum, le jéjunum et une petite portion de l’iléum; d’un bleu ardoisé à l’extérieur, ils sont grisâtres intérieurement, et tapissés par une matière verdâtre poisseuse qui sémble d’abord leur communiquer cette teinte, mais qui s’enlève par le lavage. On n aperçoit aucune de ces granulations que nous avons dit exister dans l’estomac ; il n’y a pas non plus de rougeur. Le foie est entier et conserve sa forme, quoiqu’aminci et notablement diminué de volume ; il est
très-ramolli et d’un bleu ardoisé à l'intérieur comme à l’extérieur; quand on le coupe, ori rie reconnaît de.sa, structure que quelques vaisseaux vides. La vésicule du fiel est d’un vert bouteille à l’intérieur, et contient une très-petite quantité d’un fluide épais de même couleur; les villosités de sa tunique interne sont encore très-reconnaissâbles. La rate est noire, très-ramollie, presque diffluente, et s’écrase entre les doigts pour peu qu’on la presse. Le pancréas est grisâtre et comme, pultacé.
Organe» urinaires et génitaux. Les reins, surtout reconnaissables à leur situation, offrent cependant en* core l’aspect lobuleux.qui leur est propre à cet âge de la vie ; mais ils sont très-mous ; leur couleur est ardoise foncée, et on ne peut plus reconnaître leur structure. La vessie est en partie détruite; les portions qui.restent sont grisâtres, légèrement rosées et très-ramollies. Le vagin et l’utérus sont d’un jaune ocracé et parfaitement reconnaissables, quoique ramollis; on remarque dans le premier de ces organes un grand nombre de rides molles qui conservent leur direction naturelle.
Le cadavre exhale une très-mauvaise odeur; des asticots nombreux (gros vers) sortent du ventre et des parties corrodées, et doivent nécessairement avoir. Contribué à détruire les tissus.
15a TRAITÉ
Résumé des changemens qu’éprouvent nos tissus par leur séjour dans les fosses d’aisance.
Épid''rme. Il commence par se rider, se plisser et se soulever; dans cet état il est facile à détacher; il est blanc , en général translucide, assez mince et peu résistant; celui de la plante des pieds et de la paume des mains est d’un -blanc mat et tellement plissé, qu’on croirait qu’il a été pendant quelque temps -en contact avec un cataplasme émollient; mais il n’est ni plus ni moins facile à enlever que celui des autres régions. Quelquefois les portions de cette cuticule qui recouvrent des parties colorées, paraissent colorées aussi au premier abord; mais si on les lavé, on sépare l’enduit qui tapisse leur surface interne, ou le liquide sanguinolent qui la colorait, et elles, reprennent leur blancheur. L’épidsrme qui est immédiatement au-dessous des couches déxerémêns appliquées sur les parties du corps qui sont venues à la surface du.liquide, et qui ont été exposées à l’air pendant assez de temps pour se dessécher, est d’un gris foncé tant qu’ôn ne l’a pas lavé, mais il devient blanc après le lavage. Plus tard il est détaché dans plusieurs endroits, et là où il existe encore, il est prêt à tomber et conserve les mêmes caractères; enfin il arrive une époque où l’on n’en trouve plus.
Les ongles , d’abord d’un blanc- grisâtre , perdent peu à peu de leur consistance, et l'on ne tarde pas à
DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. l53
pouvoir les arracher avec facilité ; le derme qu’ils recouvrent est lisse et d’un rouge groseille ; plus tard cette couleur devient lie de vin très-foncée, et les ongles sont rougeâtres ou noirâtres, et plus ramollis; enfin ils se détachent avec l'épiderme.
Peau. La peau, d’abord d’une teinte pâle tirant légèrement sur l’olive très-clair, ne tarde pas à se colorer de plus en plus et d’une manière très-variée. Les principales nuances que l’on remarque peu de temps après, sont le violet et le vert bleuâtre clairs, le gris verdâtre, le vert herbe et le rouge ocraeé clair; dans les environs des parties recouvertes d’une couche d’excrémens desséchés,, on observe assez ordinairement une plaque plus ou moins large, colorée en. blanc et en bleu, et offrant l’aspect du savon marbré. Plus tard, cette plaque est d’un vert assez foïicé, parsemé de quelques taches ardoisées, et les portions de peau qui n’ont pas eu le contact de l’air sont d’un gris rosé, d’un rose livide, blanches, d’un gris jaunâtre, rouges ou couleur d’ùcre : assez souvent alors cette teinte rouge est assez générale pour que la peau ressemble, sous le rapport de sa couleur, à celle des fœtus mort-nés qui sont restés plusieurs semaines dans l’utérus après leur mort. Plus on avance et plus ces diverses teintes se foncent. Indépendamment des changemens de couleur, la peau en éprouve dans sa consistance ; elle s’amincit et offre moins de résistance ; toutefois, nous avons pu, chez des nouveau-nés qui étaient restés dans lés excrémens pendant deux mois, par une température de io° à i4° -f- o°, soulever le
TRAITE
corps en saisissant avec dés pinces lès portions de peau éloignées de celles qui n’étaient pas corrodées. Plus tard la consistance du derme a diminué au pointée se corroder ; nous avons constaté ces destructions de la peau, un mois dix-sept jours après le commencement de l’expérience -, chez un nouveau-né qui avait été mis dans les excrémens le g mars i83o, et déjà l’abdomen offrait une large éventration par laquelle sortaient les intestins ; dans les environs des parties ainsi corrodées, la peau.se déchire très-aisément : du reste, les destructions de la peau dont il s’agit ressemblent beaucoup à celles qui ont été décrites en parlant'de l’action de l’eau sur les cadavres, f
Enfin il existe sur quelques parties de la peau , à une époque assez avancée, des granulations dures, isolées ou réunies sous forme de petites plaques blanches, que l’on n’enlève pas facilement en les grattant, et qui sont formées de phosphate de chaux.
Tissu cellulaire. Il commence par s’infiltrer de gaz i et d’un liquide sanguinolent, d’abord rougeâtre, puis d’un rouge plus foncé ; celui de la partie postérieure de la tête et celui de la partie inférieure du dos éprouvent les premiers ce changement qui arrive aussi assez promptement dans celui des parties qui plongent dans le liquide : cette infiltration et la coloration augmentent de plus en plus, ce qui donne au tissu cellulaire l’aspect d’une gelée rouge ; il ressemble alors à celui des fœtus mort-nés qui sont restés long-temps dans la matrice après leur mort. À une époque plus éloignée, il commence à se transformer en gras.
DES EXHUMATIONS'JURIDIQUES. l55
Tissu musculaire. Les muscles pâlissent et se ramollissent d’abord sans s’infiltrer ; ceux de l’abdomen, toutefois, sont déjà d’une teinte verdâtre et même noirâtre. Quelque temps après, ils deviennent d’un rouge plus ou moins foncé , et même livides dans beaucoup de parties ; ils sont pour la plupart notablement infiltrés et faciles à déchirer; ceux de l’abdomen conservent encore leur couleur verte. Plus ^ tard on ne trouve à la place de quelques-uns d’entre eux qu’une bouillie rouge très-liquide, au milieu de laquelle cependant il y a des morceaux de chair trèsramollie, des vaisseaux, etc. ; à cette époque même, d’autres muscles sont encore entiers, quoique très-ramollis et comme gélatineux.
Tendons. Les tendons deviennent quelquefois rosés, perdent une partie de leur brillant, et finissent par se déchirer assez facilement ; mais il faut beaucoup de temps pour que leur résistance soit notablement diminuée.
Ligamens. Au bout de trois mois de séjour dans les exerémens, nous n’avons remarqué aucun changement notable dans les ligamens des nouveau - nés soumis aux expériences. ~
Cartilages . Ils commencent par jaunir et par se ramollir, puis ils deviennent violets, et enfin couleur de lie de vin de plus en plus foncée.
Les os n’ont pas épfouvé de changement pendant le temps qu’ont duré nos expériences.
Système nerveux. Le cerveau ne tarde pas à se ramollir ; il devient rougeâtre à l’extérieur, et d’un blanc
l56 TRAITÉ
rose intérieurement ; on y distingue encore les circonvolutions , les sillons, et même les deux substances. Quelque temps après, il est sous forme d’une bouillie fluide, très-fétide, rouge, grise, violacée par places, ét qui s’écoule pour peu qu’on penche la partie du crâne qui a été ouverte; il est impossible d’y reconnaître ni sillons, ni circonvolutions, ni les deux substances. Le cervelet suit dans sa décomposition la même marche que le cerveau, seulement elle est plus rapide, Les nerfs se ramollissent de plus en plus et deviennent quelquefois légèrement rosés. La dure-mèrë se colore d’abord en blanc rosé , puis en violacé ; quelquefois même elle devient lie de vin dans certains points; du reste, sa consistance n’est pas sensiblement diminuée au bout de trois mois ; il est des cas où elle est soulevée par des gaz. *-
Organes de la circulation et de la respiration. Le cœur commence par se ramollir, puis devient, d’un rouge qui se fonce de plus en plus, et qui finit par passer au violet tirant quelquefois sur le vert;jusqu'alors il renferme souvent du sang noir en partie liquide,/ eh partie coagulé, et souvent écumeux. Plus tard le ramollissement et laltération de eet organe sont portés au point qu’il'est impossible de reconnaître ni ses cavités, ni ses colonnes charnues, mses valvules, et il ne contient plus ordinairement du sang. Sa couleur violette très-foncée est souvent mélangée alors de bleu ardoise.
Le péricarde commence par être rosé ou d’un gris verdâtre ; plus tard il est violet ou bleu ardoise, et
DES EXHUMATIONS JURIDIQUES.'-. i5j
sensiblement ramolli; il renferme assez souvent une petite quantité d’un liquide sanguinolent, dont la couleur se fonce de plus en plus avec le temps..
Les vaisseaux artériels et veineux se ramollissent ; et leur membrane interne se colore en rose, puis en rouge; ils contiennent quelquefois une petite quantité de sang.
La membrane interne du larynx et de la trachée-artère acquiert d’a'bord une couleur olivâtre ou gris verdâtre , surtout à la partie supérieure dû canal ; car inférieurement elle est rosée sur les cerceaux cartilagineux , et rougeâtre entre eux. Le tissu sous-jacent est violacé, même sous les portions olivâtres ; plus tard ces organes sont sensiblement ramollis et colorés en violet foncé, surtout entre les cerceaux cartilagineux. Il arrive enfin une époque où le ramollissement est porté à un point tel, qu’on ne trouve à la place de ces parties qu’une sorte de membrane couleur de lie de vin, imbibée dun liquide sanguinolent, et sans la moindre apparence de parties cartilagineuses.
Les poumons , ramollis et emphysémateux de trèsbonne heure, sont crépitans et nagent sur l’eau, même après avoir été très-fortement pressés. Quelque temps après, ils sont plus emphysémateux, vésiculeux, et prêts à tomber en putrilage ; leur couleur est verdâtre , et l’on a déjà quelque peine à reconnaître leur structure. Plus tard, ils sont noirâtres à l’intérieur, d’un rouge lie de vin et bleu ardoisé par places à l’extérieur, encore plus emphysémateux et beaucoup plus ramollis. Ils nagent sur l’eau ; mais si on les ex-
TRAITÉ
prime fortement, on dégage les gaz qui constituaient l’emphysème j et ils se- précipitent; d’où il résulte évidemment que les cellules bronchiques ont été détruites par la putréfaction, et que l’air inspiré en a été chassé: leur structure est méconnaissable.
Le diaphragme commence par se ramollir et par se colorer en bleuâtre, en violet ou en brun, surtout aux parties qui correspondent au foie et-à la rate. Plus tard, le ramollissement R fait des progrès, et la couleur est devenue verte foncée, mêlée de violet, ou tirant sur l’ardoise ; déjà il n’est guère possible de distinguer le centre tendineux. À une-époque plus éloi- I gnée encore, ce muscle est en partie détruit, et présente quelquefois à sa face supérieure des granulations de phosphate de chaux semblables à celles dont nous avons fait mention én parlant de la peau. '( V. page
Organes de la digestion. Bouche. La membrane muqueuse buccale , d’un gris rosé pâle ou jaunâtre dans toute son étendue, se ramollit, et présente assez ordinairement , dès les premiers jours, vers le milieu de la voûte palatine, une tache couleur d’ardoise, ou d’un vert bleuâtre qui se fonce de plus en plus, et au centre de laquelle il existe quelquefois une excoriation qui laisse les os à nu. La langue acquiert de la mollesse, et au bout de quelque temps devient rosée ou d’un rouge pâle ; bientôt après le ramollissement a fait de grands progrès. Le voile du palais, les piliers ,1a luette et le pharynx, sont d’abord pâles ou d’un gris rosé pâle; quelque temps après, ils sont très-ramollis et rou-
Î>ES EXHUMATIONS JURIDIQUES. . 1 5g
geâtres, ou d’un gris verdâtre. Œsophage . Sa membrane interne est d’abord grisâtre, pointillée çà et là de petites taches rougeâtres, surtout vers.sa partie inférieure ; quelque temps après elle dévient verdâtre, et se colore à peu près comme l’estomac. Estomac. A l’extérieur et dans toutes les parties qui avoisinent le foie et la rate, ce viscère est d’un rouge plus ou moins foncé; partout ailleurs il est d’un jaune verdâtre; sa membrane muqueuse est verdâtre, jaunâtre et rougeâtre par places; les portions rouges ne sont le siège d’aucune arborisation vasculaire. Quelque temps après, cette membrane est soulevée par des gaz qui forment de grosses vésicules; elle est déjà amincie, très ramollie, et de couleur grise rosée. Quoiqu’elle paraisse verdâtre à cause d’une certaine quantité d’un liquide vert dont elle est enduite, et qu’on peut enlever par le lavage, toutefois on remarque, même après plusieurs lavages , que la teinte verdâtre persiste dans les environs du pylore ; l’extérieur de ce viscère est également verdâtre. Plus tard, l’estomac est d’un bleu ardoisé à l’extérieur, et gris verdâtre à l’intérieur; à la vérité, ces couleurs sont en grande partie dues à un enduit que l’on enlève par le lavage, et alors le viscère devient d’un gris blanchâtre quand on l’étend, et d’un bleu beaucoup plus clair lorsqu’il est ramassé. A cette époque, déjà l’amincissement est à son comble, et le plus léger effort suffit pour déchirer les trois tuniques. Intestins. La coloration des tuniques des intestins suit à peu près la même marche que celle de l’estomac, excepté pour ce qui concerne les taches produites
TRAITÉ
extérieurement par le foie et par la .rate; nous pouvons en dire autant pour l’amineissement et le ramollissement de leurs tuniques. En outre, dans nos observations, nous avons vu deux fois une grande partie du canal intestinal détruite, à la suite de la corrosion des parois abdofninales.
Foie. Cet organe se ramollit assez promptement; sa couleur est verdâtre, brunâtre ou bleuâtre, et finit par devenir ardoise foncée ; il diminue de plus en plus de ■volume, acquiert plus de mollesse, et ne'présente aucune apparence de sa structure normale; au bout de quelques semaines , on reconnaît tout au plus en le . coupant quelques vaisseaux vides. La ‘vésicule biliaire , au contraire, conserve pendant long-temps tous ses caractères, quoiqu’elle ramollisse, et que sa couleur soit un peu plus foncée.
La rate , d’abord d’un bleu ardoisé, ne tarde pas à devenir noire ou lie de vin, et alors son ramollissement est déjà tel, que par là plus légère pression, elle se réduit en une bouillie fluide de même couleur, qui s’échappe à travers la membrane extérieure de l'organe. ' ' . .
Le pancréas se ramollit et dévient grisâtre; il finit par devenir comme-pultacé.
Organes urinaires et génitaux. Les reins , de couleur verdâtre ou rougeâtre, passent bientôt au violet, et se ramollissent au point qu’au bout de quelques semaines on ne peut plus reconnaître leur structure; plus tard ils deviennent emphysémateux, et souvent de couleur ardoise ; ils sont aussi beaucoup plus mous. La vessie
n’éprouve pas de changement notable d’abord, mais après elle se ramollit et se colore en gris rosé à l’intérieur; quelquefois aussi, lorsqu’il y a évenjfation, elle est en partie détruite.
U utérus se ramollit de plus en plus, et acquiert une couleur violacée ou simplement rosée ; quelquefois aussi cette' teinte est d’un jaune ocraeé. Les parties externes de la génération acquièrent ordinairement une couleur jaunâtre sale, perdent un peu de leur consistance, mais en général n’éprouvent pas de changement notable pendant les déni premiers mois.