V TRAITÉ
origine aux liquides qui ont filtré à travers le fumier. Plus tard, ces diverses teintes se foncent davantage; les membres deviennent d’un rose orangé, puis aurore, sinon dans toute leur étendue j du moins dans beaucoup d’endroits; et s’il est vrai que l’on retrouve aussi ces teintes çàet là dans quelques autres parties du corps, c’est particulièrement dans les membres qu’on les observe. Assez souvent le derme de la tête acquiert une couleur rouge foncée, marbrée de taches vertes. Enfin il est assez ordinaire de voir la peau du col, du thorax, et surtout celle de l’abdomen, finir par se colorer en vert bouteille, en ardoise, ou en bleu plus foncé ou plus clair : tantôt cette coloration affecte la forme de larges plaques; tantôt elle est circonscrite, non uniforme, et comme marbrée de petites taches entremêlées quelquefois de blanc ou de gris. Nous avons vu une fois la peau du dos offrant évidemment l’ensemble de plaques d’un rouge foncé, de couleur grenade, aurore, jaune, blanc jaunâtre et verdâtre. Nous ne quitterons pas ce qui se rapporte à la coloration de la peau, sans fixer l’attention du lecteur sur cette teinte aurore de la peau qui se produit dans le fumier, et que nous n’avons jamais remarquée lorsque les cadavres se pourrissaient dans tout autre mifieu.
La consistance du derme ne commence à diminuer qu’au bout d’un certain temps; il s’amincit d’abord, puis se détruit, et donne naissance à des corrosions d’un ou de plusieurs pouces de longueur, qui ressemblent assez à celles que l’on observe lorsque lès corps se sont pourris dans l’eau ou dans les fosses
d’aisance. Si la température de l’atmosphère est trèsélevée pendant que le corps séjourne dans le fumier, il suffît de deux ou trois jours pour que le derme soit réduit en lambeaux, qui ont la consistance et l’odeur de la viande cuite.
H existe quelquefois sur certaines parties de peau déjà dépouillée d’épiderme de petites granulations comme sablonneuses, sorte d’incrustations formées de phosphate de chaux, dures , réunies en quelques points par de petites plaques de couleur blanche, mais paraissant diversement colorées, suivant la couleur de l’enduit avec lequel elles sont mêlées. Enfin le derme, tout en se corrodant dans certains points, finit par se saponifiez- dans d’autres.
Tissu cellulaire sous-cutané. Ce tissu, partout où d n’est pas très-lâche , n’éprouve pas d’altération sensible pendant les premières semaines; là où il offre beaucoup de laxité, il se laisse assez promptement imbiber quelquefois d’une sérosité rougeâtre; plus tard il se saponifie.
Muscles. Ils commencent par perdre de leur consistance ; leur couleur varie beaucoup dans les premiers temps : plus pâles qu’à l’ordinaire dans certaines régions, ils sont rouges et infiltrés de sérosité sanguinolente dans d’autres. Plus tard, on les trouve plus ramollis, plus infiltrés, de couleur lie de vin, et même d’un rouge noir, surtout dans la partie qui correspond au foie. Enfin ils se réduisent en une bouillie rougeâtre ou verdâtre, et se détruisent complètement
dans les parties où nous avons dit que la peau était corrodée.
Tendons. Le tissu tendineux se ramollit peu à peu, sans perdre ses caractères extérieurs. Les 'ligamem sont encore résistans au bout d’un temps fort long.; quelquefois ils deviennent de couleur rosée. Les cartilages se colorent en rouge betterave, et se ramollissent lentement. Les os ne paraissent pas subir d’altération dans les deux ou trois premiers mois.
Système nerveux . Le cerveau commence par se ramollir; il devient rouge ou lie de vin extérieurement, tandis qu’il est grisâtre ou rosé à l’intérieur; plus tard sa surface extérieure est verdâtre , et l’intérieur est sous forme d’une bouillie rose sale dans les couches les plus superficielles, et lie de vin dans celles qui sont plus profondément situées; Le cervelet suit exactement la mèmè marche dans sa décomposition ; mais il se coloré et se. ramollit plus vite que le cerveau. La duremere devient d’abord d’un blanc rosé, puis d’un vert clair ou d’un vert bleuâtre; sa consistance tarde beaucoup à être diminuée. La moelle épinière se ramollit, acquiert une couleur grise, et subit les mêmes changemens que le cerveau. Les nerfs n’éprouvent d’abord aucune altération ; au bout de plusieurs semaines, ils deviennent rosés d’abord, puis rouges, et se ramollissent: de pliis en plus.
Organes de la circulation et de la respiration. Le coeur perd notablement de sa consistance dès les premiers temps; sa couleur se fonce au point quelle finit
par être d’un vert tirant sur l’ardoise, ou d’un violet noirâtre à l’extérieur, tandis qu’elle est d’un rouge brun à l’intérieur; déjà à cette époque le ramollissement a fait de grands progrès ; mais on peut encore reconnaître les colonnes charnues, les valvules, etc. U n’est pas rare, au bout de deux mois, de trouver du sang fluide ou coagulé dans l'intérieur des ventricules et des oreillettes. Le péricarde , dont la Consistance diminue journellement, rougit d’abord, et contient quelquefois un liquide sanguinolent; plus tard il acquiert souvent une couleur verte foncée tirant sûr l’ardoise, èt alors le liquide qu’il peut renfermer est de cette même couleur. Les vaisseaux sanguins acquièrent une couleur aurore, rosée ou rouge , surtout à l’intérieur; ils se ramollissent comme tous les autres tissus.
Le larynx, la trachée-artère et les bronches ne tardent pas à rougir et à passer même au violet. A une époque déjà très-avancée, la membrane muqueuse paraît quelquefois, au premier abord, d’un gris ardoisé verdâtre ; mais en l’examinant de plus près, on voit qu’elle est violacée sur les cerceaux cartilagineux, et d’un gris verdâtre entre eux; dans un cas, nous l’avons vue comme incrustée- çà et là de petites granulations ressemblant à des grains de sable. Quoique ra-/ mollis, les organes dont nous parlons forment encore un tout dont les diverses parties se tiennerit. Les poumons se ramollissent, acquièrent une couleur plus foncée, et deviennent emphysémateux. Dans nos expériences, nous ne les avons jamais vus assez altérés.
pour que leur structure fût méconnaissable; ils ont aussi constamment nagé sur l’eau, même après avoir été fortement comprimés, ce qui n’a pas eu lieu chez les sujets laissés' dans la fosse d’aisance à peu près pendant le même espace de temps. En général, nous les avons trouvés, contenant fort peu de sang; et une fois la face inférieure du'lobe droit inférieur offrait quelques granulations blanchâtres, comme sablonneuses.
Le diaphragme ., rougeâtre et même violacé dans lés premiers temps, finit par devenir ardoisé ouvert bouteille ; ces teintes sont surtout bien marquées à la face inférieure et aux parties qui correspondent au foie et à la rate. Il se ramollit de plus en plus, mais on peut encore, distinguer assez tard les fibres aponévrotiques du centre tendineux, des portions musculaires. Dans un cas, nous avons vu la portion hépatique dé cet organe recouverte d’une grande quantité de ces granulations blanches, dures., comme sablonneuses, dont nous avons déjà parlé tant de fois.
Organes de la digestion* La bouche se conserve long-temps, entière; cependant il arrive une époque ( v. observ. 4 e ? P* 1B6.) où les lèvres sont réduites à quelques petits lambeaux de parties molles d’un vert noirâtre. La membrane raUqueuse rougit de plus en plus et devient violacée ou olivâtre; nous l’avons vue une fois détruite à la voûte palatine. Le voile du palais, ses piliers, les amygdales et le pharynx offrent aussi les mêmes teintes et un grand degré de ramollissement; dans un cas, le voile du palais était perforé, et
DES EXHUMATIONS JURIDIQUES. igg
dans un autre le pharynx était le siège de granulations dures. La langue, de plus en plus molle, finit par se détruire au point qu’on n’en trouve que les deux tiers, la moitié, etc ; elle acquiert au bout d’un certain temps une couleur olivâtre, surtout à sa surface, car souvent alors l’intérieur est d’un rouge violacé.
Vœsophage ne tarde pas à se colorer en rouge ét même en lie de vin; cette nuance est encore plus marquée à l’extérieur et dans la membrane musculeuse, que dans la tunique muqueuse, qui du reste conserva son aspect lisse et est rarement emphysémateuse. Le ramollissement atteint cet organe aussi bien que les* autres.
Estomac. Ce viscère n’a presque jamais été trouvérouge dans toute son étendue ; à la vérité, dans les premiers temps, il offre une teinte jaune orangée, qui finit par devenir rouge et même lie de vin; mais alors il est rare qu’on ne découvre pas çà et là, notamment dans le grand cul-de-sae et vers le pylore, une ou plusieurs 1 taches-ou plaques d’un vert bouteille ou noirâtre;, cette altération intéresse tous les tissus du viscère, et est évidemment cadavérique, puisqu’on ne voit nulle part la moindre trace d’arborisation ou d’injection vasculaire. Plus tard, les parties de cet organe qui correspondent au foie et à la rate, sont couleur d’ardoise bleu clair, verdâtres ou noirâtres à l’extérieur commet à l’intérieur, tandis que les.autres portions sont d’un jaune rosé ou d’un rouge vineux; quelquefois alors la tunique muqueuse paraît offrir une couleur ardoise uniforme; mais cela tient à la présence d’un fluide.
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épais qui la recouvre, car lorsqu’on l’enlève, on aperçoit les diverses nuances que nous avons indiquées. Le ramollissement fait tous les jours de nouveaux progrès ; enfin l’organe devient emphysémateux, et les tuniques muqueuse et séreuse sont soulevées par des gaz, de manière à former des bulles quelquefois assez grosses.
Les intestins ont une tendance manifeste à rougir et à se colorer comme l’estomac ; mais c’est avec beaucoup plus de lenteur.
Le foie ne tarde pas à perdre de sa consistance 5 il devient d’abord livide , surtout à sa face supérieure, et il est difficile, même d’assez bonne heure, de reconnaître sa structure granulée ; lorsqu’on le gratte avec un scalpel, après l’avoir incisé, on enlève une bouillie d’un rouge brique foncé. Plus tard il acquiert une couleur vert bouteille ou ardoise tellement foncée, qu’il paraît noir; à cette époque, on peut encore distinguer dans son intérieur l’orifice de certains vaisseaux sanguins, mais sa structure est méconnaissable. La vésicule biliaire reste long-temps sans s’altérer , si ce n’est quelle devient rougeâtre. La rate est bientôt d’un vert bouteille ardoisé, et très-facile à déchirer; lorsqu’on la comprime, elle fournit un liquide épais., paraissant noir quand il est en masse, et bistre foncé lorsqu’on rétend. Le pancréas n’est pas le dernier organe à se ramollir ; il devient d’abord grisâtre., puis rougeâtre.
Organes urinaires et génitaux. Les reins perdent peu à peu leur consistance, et finissent par se réduire en bouillie; ils deviennent rougeâtres dans certains,
points et d’un gris ardoise dans d’autres ; leur structure ne tarde pas à être méconnaissable. La 'vessie acquiert une couleur rosée, surtout à l’extérieur; mais nous ne l’avons jamais vue aussi rouge que les autres tissus membraneux ; elle se ramollit comme les autres organes.
Les parties génitales externes se colorent différemment dans les premiers temps; tantôt d’un jaune-abricot clair, tantôt rougeâtres, elles deviennent plus tard d’un gris verdâtre en dehors et violacées dans toutes les parties recouvertes par la membrane muqueuse. L'utérus, les vésicules séminales et les testicules, acquièrent aussi une-couleur violette, et se ramollissent pomme toutes les autres parties.