CHAPITRE VIII
Des maladies mentales.
Nous venons de voir ce qu’il faut penser de la confusion des déments et des idiots ; considérons maintenant : 1° jusqu’à quel point l’idiotie peut être confondue avec les diverses autres sortes d’aliénation mentale, soit la manie, Séguin, Éducation des idiots. 5
DE L’IDIOTIE
la monomanie, la lypémanie et les diverses espèces d’hallucinations ; 2° si les enfants sont susceptibles de tomber dans une sorte d’aliénation mentale ; 3° quels sont les cas d’idiotie, qui ont pu être confondus avec la folie ; 4° quelles sont les complications de l’idiotie, qui peuvent faire tomber l’idiot dans une de ces espèces de folie, postérieurement à sa puberté.
1° Jusqu’à quel point l’idiotie peut-elle être confondue avec les diverses sortes d’aliénation mentale ?
Si la définition que le docteur Leuret a donnée de la folie est vraie et d’une magnifique généralité ; si l'aliéné est un homme qui se trompe, rien ne ressemble moins à un aliéné qu’un pauvre enfant idiot. Car l’idiot ne se trompe jamais, seulement il ne sait pas. Intellectuellement l’idiot est une créature qui ne sait pas ; ses erreurs sont des ignorances, ses préjugés des ignorances ; ses timidités résultent comme ses imprudences de son ignorance ; il ne sait pas, mais il ne se trompe point. Prenez, en effet, les plus stupides : celui-ci ne veut pas descendre un pied d’une marche sur l’autre, c'est qu’il ne sait pas opérer une flexion articulaire, garder son équilibre dans le mouvement, mesurer la distance du plan sur lequel il a pris son point d’appui, au plan sur lequel il faudrait descendre, etc. Celui-ci se penche à toutes les fenêtres, et va tomber sur le pavé, si on ne lui oppose des grilles, des barreaux ; c’est qu’il ne sait pas prévoir le danger, s’il l’aperçoit, ou bien mesurer la distance qui le sépare du sol, ou encore se tenir en équilibre sur une surface étroite, comme la baie d’une fenêtre, etc. Et de même dans l’ordre intellectuel : si vous interrogez des idiots ils répondront mal, mais non faux ; ils ne percevront, ne réfléchiront pas, mais ils sont incapables de déraisonner, de divaguer ; tous, je le répète, ne savent pas, savent mal ou savent peu ; mais ils ne se trompent point, à la manière des maniaques, des monomaniaques, des lypémaniaques et des hallucinés.
2° Si les enfants idiots ne sont pas des aliénés, et si l’on