‹ Traitment moralChapitre 16 sur 97 · II. — De l’Idiotie .superficielle · texte numérisé non relu

II. — De l’Idiotie .superficielle

L’idiotie superficielle résulte d’une affection partielle ou totale des appareils nerveux qui se ramifient dans les tissus et président à la vie de relation [2).

En définissant ainsi l’idiotie superficielle, je n’ai pas entendu affirmer que, toujours et dans tous les cas d’idiotie superficielle, les appareils nerveux qui se ramifient dans les tissus, et président à la vie de relation, fussent seuls affectés ; et que la masse cérébrale ne participât en aucune manière aux troubles de l’économie nerveuse, soit primitivement, soit consécutivement. Pourtant, il est des cas où ma définition ainsi comprise, se trouve absolument vraie (3). Mais il en est d’autres, et je me hâte d’avouer qu’ils peuvent se présenter en assez grand nombre, où, soit primitivement, soit consécutivement à l’état des appareils nerveux qui devraient servir d’intermédiaire entre la pulpe cérébrale et les phénomènes extérieurs, le cerveau paraît se trouver, lui aussi, dans les conditions d’inactivité qui ont pour résultat les désordres propres à l’idiotie. J’irai plus

, (1) C’est peut-être ici le lieu de rendre grâce à Gall et à Spurzheim, pour leurs travaux sur le cerveau. Ne partageant pas les doctrines de ces deux illustres dogmatistes, je suis fort à l’aise pour les louer, non des conclusions théoriques de leurs travaux, mais de l’impulsion qu’ils ont su donner à l’étude des centres de l'innervation; car, si avec l’un ou l’autre de ces maîtres, on risquait de s’égarer dans une analyse trop subtile des facultés, des aptitudes, on doit du moins à leur méthode d’investigation une connaissance plus précise de l’équilibre nécessaire aux masses cérébrales pour fonctionner régulièrement. N’oublions pas d’ailleurs que les plus beaux travaux que l’on ait faits dans ces derniers temps ont été entrepris dans le but de critiquer les leurs, et qu’ils ont eu au moins le mérite de remettre la question sur le chantier (Voyez l’ouvrage de F. J. Gall, Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacunes de ses parties. Paris, 1825, 6 vol. in-8).

(2) Esquirol les nomme appareils de transmission, par opposition à la pulpe cérébrale qu’il appelle organe de perception. Si l’expression d’Esquirol laisse quelque chose à désirer sous le rapport psychologique, du moins elle a le mérite de bien préciser la distinction importante qu’elle signale.

(3) Voir l’observation 12*, 4e partie.

NOUVELLE DÉFINITION

loin, et j’avouerai encore volontiers que, clans quelquesuns des cas ci-dessus, il m’a été impossible de reconnaître si l’inactivité cérébrale était le principe ou la conséquence des désordres nerveux inférieurs, et je suis presque aussi fier d’avouer mon ignorance à ce sujet, que d’autres le sont de faire passer la leur pour du génie.

Je dirai donc, afin de compléter ma pensée, que pour moi, dans l’état actuel des connaissances à cet égard, l’idiotie superficielle résulte d’une affection partielle ou totale des appareils nerveux qui se ramifient dans les tissus et président à la vie de relation ; affection à laquelle se lie, dans certains cas, une incapacité, soit primitive, soit consécutive, des centres nerveux.

Dans ce dernier état de complexité, il est rare que le crâne affecte une forme anormale franchement déterminée ; l’anomalie la plus sensible qui lui soit propre en ce cas, est un peu de dépression le l’arcade surciliaire, un renflement assez notable de la suture écailleuse du temporal, la grande largeur du cervelet, ou l’inégalité sensible des deux côtés du crâne ; tandis que, dans l’idiotie superficielle sans complication appréciable d’idiotie profonde, le crâne ne présente le plus souvent ni dimensions notablement exceptionnelles, ni proportions exagérées en plus ou en moins.*

Hâtons-nous donc de reconnaître que, dans l’état d’impuissance où nous laissent, à l’égard du système nerveux, les résultats obtenus par l’anatomie pathologique, les affections des appareils nerveux qui ont l’idiotie superficielle pour résultat, échappent à une appréciation matérielle et positive. Mais si le principe de l’idiotie superficielle échappe à nos sens armés du microscope et du bistouri, est-elle également insaisissable pour notre intelligence? C’est ce que nous allons voir dans l’analyse des symptômes physiologiques et psychologiques de l’idiotie, après avoir jeté un coup d’œil rétrospectif, sur ce que l’on aurait dû appeler ses symptômes organopathiques.

DE L’IDIOTIE

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