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CHAPITRE XI

Des symptômes organopathiques de l’idiotie.

Bien qu’il y ait dans l’idiotie, comme dans la folie, des cas assez nombreux, où nulle lésion organopathique ne vient offrir la cause palpable et sensible du désordre ou de l’infirmité mentale, cependant on devrait ranger en première ligne, parmi les symptômes de l’idiotie, ceux qui font toucher du doigt le mal, les symptômes organopathiques, s’il était vrai qu’on les connût. Mais il est faux que l’on ait la moindre connaissance exacte et générale à cet égard.

1° Les hydrocéphales ne sont pas toujours idiots, tant s’en faut, et le plus grand nombre d’entre eux ne présente qu’un degré d’idiotie assez mitigé d’intelligence, tandis que plusieurs manifestent une suractivité intellectuelle malheureusement peu durable, et qui ne tarde pas à s’éteindre dans un état comateux.

2° Beaucoup de crânes d’idiots ont été ouverts sans qu’on y ait découvert aucune lésion grave, ou dans lesquels on a trouvé des lésions qui passent, d’autre part, pour coïncider avec l’existence d’autres affections cérébrales, et par conséquent ne sauraient expliquer péremptoirement la présence de l’idiotie.

3° La forme du crâne des idiots, variable d’ailleurs, comme nous l’avons déjà vu, ne représente expressément aucune lésion que l’on puisse nommer et qualifier avant l’autopsie, si ce n’est quelquefois l’hydrocéphalie.

4° Enfin, l’autopsie n’a jamais rien prouvé, pour prévenir, modifier, corriger, guérir les cas d’idiotie qui se sont offerts aux praticiens, subséquemment à leurs travaux anatomiques sur cette matière pas plus qu’en faveur des sujets sur lesquels on l’a pratiquée.

DES SYMPTOMES

Pour toutes ces causes, et jusqu a ce que la question anatomique de l’idiotie soit pLus avancée, je reconnais vo^ lontiers l’existence positive ou possible de certains symptômes organopathiques de l’idiotie; mais je nie qu’ils puissent être, à cette heure, le sujet d’une classification scientifique, ni la base d’un diagnostic sérieux, et utile surtout.

C’est donc uniquement pour mémoire, et, comme le dit franchement Esquirol, pour seruir à l’histoire de l’idiotie , que je rapporterai quelques observations nécroscopiques de cet illustre praticien, de son élève, M. Belhomme, et du docteur Guggembüll .

lre observation (1). — « A l’ouverture du corps, faite par M. Mitivié, ce médecin constate que le cuir chevelu de la nommée Guéneau, imbécile, âgée de 66 ans, était un peu plus épaissi à gauche, que la ligne médiane était déjetée à droite, que la pie-mère était légèrement infiltrée,. que le cerveau, un peu mou, n’offrait aucune lésion remarquable. Le poumon présentait, d’ailleurs, les altérations caractéristiques de la maladie à laquelle avait succombé cette idiote (pneumonie aiguë).

2e observation (il — « À l’ouverture du corps de fa fille Y imbécile, âgée de 23 ans, je trouvai le

crâne volumineux et épais, le front très-saillant ; l’angle facial avait plus de 70 degrés, la ligne médiane de la cavité crânienne était déjetée, la dure-mère très -adhérente au crâne, la lame externe de l’arachnoïde recouverte d’une fausse membrane, ressemblant à la fibrine du sang, un épanchement séreux dans la cavité de l’arachnoïde légèrement injectée, de la sérosité à la base du crâne; le cerveau était très-dense, la substance grise décolorée, la substance blanche injectée. La membrane qui revêt les ventricules latéraux, avait contracté plusieurs adhérences, ce qui leur avait fait perdre de leur capacité ; il y avait des kystes séreux dans le tissu des plexus choroïdes; les pédoncules du cervelet, tout

(1) De M. Esquirol.

DE L’IDIOTIE

près de la protubérance annulaire, étaient désorganisés,leur substance, dans cette portion, était grisâtre, puriforme, dans l’étendue de deux ou trois lignes de largeur, et de six à sept de profondeur: le cervelet était très-dense. Ln péritoine, particulièrement dans la cavité pelvienne, était parsemé de petits points noirs; le colon et le cæcum étaient rougeâtres à l’extérieur, tandis que leur membrane muqueuse était brune; la vésicule biliaire contenait de la bile épaisse, grenue et très-brune; l'hymen fermait l’entrée du vagin, les ovaires étaient très-injectés.

3e observation. Idiote insensible (l). — «Esquirol a trouvé le ventricule gauche du cerveau distendu par de la sérosité qui avait envahi la place de la substance du lobe du même côté, qui n’existait plus. Les circonvolutions du lobe droit étaient excessivement petites, peu profondes et très-pressées, le ventricule droit était presque oblitéré; la substance cérébrale, très-dense, se distendant plulôt que de se déchirer, était d’un blanc sale; le cervelet était petit, d’une dureté remarquable, surtout la substance grise, qui était presque friable à la surface de cet organe. L’arachnoïde était infiltrée, épaissie sans adhérences. La substance grise des portions cérébrales conservées était décolorée; les poumons atrophiés étaient refoulés vers la portion supérieure de la poitrine; les plèvres contenaient de la sérosité, ainsi que la cavité péritonéale. Le cœur était petit et très-mou; les muscles décolorés se déchiraient facilement. Le squelette est remarquable par sa légèreté, par l’énorme courbure de la colonne vertébrale, par la direction étrange du bassin et par l'étroitesse de la cavité gauche de la poitrine. La tête est petite, un peu inclinée à droite, plus développée en hauteur qu’en largeur; le crâne est aplati sur les côtés, un peu déprimé antérieurement; le front très-étroit, très-fuyant en arrière, présente, à sa partie moyenne un renflement inégal, circonscrit par une dépression circulaire. La suture coronale n’est point

(1) De M. Esquirol.

DES SYMPTOMES

antérieurement soudée; l’épaisseur des os du crâne n’a que trois à quatre millimètres.

Mesure du crâne :

Circonférence 0,440

Courbe de la racine du nez au bord postérieur du trou

occipital 0,255

Diamètre antéro-postérieur 0,152

Diamètre bi-temporal 0,117

Total 0,964

Suit la description anatomique de la colonne vertébrale du bassin, du thorax, etc....

4° observation. D'une fille hydrocéphale et imbécile au troisième degré [ 1). — « Marguerite Vergne, âgée de dixhuit ans, petite de taille, d’un tempéramment lymphatique, scrofuleuse, rachitique, a les yeux gris, louches, les pupilles dilatées; les cheveux sont blonds, les dents et les gencives mauvaises; la physionomie est douce, mais sans expression; le visage est bouffi. Paralysie des membres inférieurs, et surtout à droite. Le membre inférieur de ce côté est moins long que le gauche ; il est amaigri, atrophié, rétracté. Le bras droit est dans le même état; la tête, énormément développée, a Adngt et un pouces et demi de circonférence; les sutures paraissent entièrement formées. Elle est entrée à la Salpêtrière le 23 juin 1823. Elle mange sans qu’on l’aide, et irait même chercher ses aliments, si elle n’était estropiée. Elle est réglée abondamment; ses déjections sont involontaires. Elle marche et monte les escaliers en s’appuyant sur une chaise qu’elle porte devant elle. Dans son dortoir, elle s’avauce assise; et, s’aidant de son bras non paralysé, elle fait exécuter à son siège des mouvements qui la font avancer. Hémiplégique dès sa plus tendre enfance, les membres du côté sain sont agités de mouvements convulsifs. Très-colère, méchante, elle mord et frappe; gourmande, elle cherche à prendre les aliments des autres. Elle se livre avec fureur à l’onanisme.

(1) De-M. Belhomme.

DE L’IDIOTIE

Lorsqu’on l’interroge, elle répond à ce qu’on lui demande, pourvu que ce soient des choses qui la concernent. Elle répète souvent d’une voix grêle : Je dirai dix , cent Pater pour vous . Elle a le sentiment de la reconnaissance ; elle en est même caressante pour la personne qui la sert. Elle voit sa mère avec plaisir. Avant son entrée à l’hospice elle venait de perdre son père;’ elle en fut affligée; elle dormait peu et paraissait agitée la nuit. Pendant le jour, elle se vautre souvent dans la boue, et s’expose à la pluie, au soleil. Elle ne paraît pas craindre le froid.

«Vers le mois d’octobre 1823, elle eut un vomissement de sang. Elle entra à l’infirmerie. (Application de sangsues, tisane adoucissante, repos et diète.) Le vomissement cessa ; mais il survint un dévoiement qui se prolongea plusieurs mois. Les matières âcres enflammèrent la peau correspondante au sacrum ; il en résulta une ulcération qui ne fit que s’agrandir, malgré tous les soins possibles. Cette fille se plaignait souvent de maux de tête, de pesanteurs, de chaleur, au (visage.;, Elle succomba le 10 avril

« Autopsie. — Proportions générales du crâne considérablement augmentées ; les os sont durs et opposent de la résistance à la scie ; leur épaisseur est d’une ligne, à une ligne et demie. On observe des os wormiens à la réunion de l’occipital avec les pariétaux. La dure-mère a suivi le développement du cerveau ; elle est saine. L’arachnoïde est légèrement injectée, et adhérente à la substance corticale, principalement en avant de l’hémisphère gauche,

« Le cerveau est énormément distendu par de la sérosité ; ses hémisphères forment deux espèces de poches. A leur surface, la substance corticale est ramollie et facile à enlever, particulièrement à la partie antérieure et gauche. Les circonvolutions sont presque entièrement effacées de ce côté, et, dans quelques points, l’amincissement est tel, que le moindre effort eût suffît pour déterminer une rupture ; à droite l’amincissement est beaucoup moins considérable.

«Les ventricules, énormément dilatés, laissent échapper une grande quantité de sérosité. Le ventricule gauche

DES SYMPTOMES

présente : 1° des parois très-minces, formées par les substances médullaires et corticales, réduites à une couche très-mince dans plusieurs endroits ; 2° des brides assez nombreuses de nature médullaire, s’étendant d’une paroi à l’autre ; 3° à la partie postérieure de la cavité un prolongement médullaire qui s’étend du pédoncule du cerveau à la paroi extérieure et inférieure de la poche cérébrale, et qui semble être les restes de la couche optique ; 4° un léger renflement, situé en avant et en dehors de ce prolongement, qui paraît être le résultat de l’atrophie du corps strié. La corne d’Ammon est saine. Le septum luci dum est entièrement détruit. Le ventricule droit contient beaucoup moins de sérosité ; ses parois sont plus épaisses ; la substance médullaire est consistante. La couche optique, le corps strié et la corne d’Ammon sont sains.

« Le cervelet est plus volumineux, plus étendu à gauche qu'à droite ; ses deux lobes ne sont point parallèles.

L’arachnoïde, supérieure et inférieure à ceux-ci, est épaissie ; une matière purulente verdâtre est infiltrée au-dessous d’elle dans plusieurs points de sa surface. La substance corticale du lobe gauche est d’un gris ardoisé, et ramollie. La substance médullaire est de consistance naturelle. A droite, la substance corticale est «aine, la substance médullaire compacte et résistante.

« La protubérance annulaire est dans l’état naturel. Le prolongement spinal offre une coloration verdâtre qui s’étend jusque dans son intérieur.

« Thorax. Plèvre adhérente à droite dans l’étendue de la paume de la main. Poumons sains. Cœur petit et flasque.

m Abdomen. Estomac peu injecté. Les intestins grêles sont agglomérés à la partie inférieure. La membrane muqueuse est rouge dans plusieurs points de son étendue, mais sans ulcération. Les gros intestins contiennent des matières jaunes et liquides ; les autres organes sont sains.

5e observation. D’un idiot partiel ayant les facultés du calcul et de l’ordre , mort en 1842. Autopsie (1). —

(l) De ^I. Belhomme. .

« M. D,..., âgé de quarante-huit ans lorsqu’il entra dans l’établissement, était d’une assez bonne constitution; 4’un caractère doux, il avait toujours eu l’intelligence peu développée ; ce n’est qu’à force de maîtres et de soins qu’on était parvenu à lui apprendre à lire, à écrire et à compter. Il possédait une faculté extraordinaire, celle de dire assez promptement à quel quantième de l’année correspondait tel jour qu’on lui désignait; et, chose extraordinaire, il ignorait souvent dans quelle année il vivait. Il se faisait aussi remarquer par son esprit d’ordre et de rangement, et aimait voir les objets placés deux à deux ; s’il voyait une fenêtre ouverte, il en ouvrait une seconde ; si on le touchait au bras, il se faisait toucher au bras opposé; si même il s’était fait mal à une jambe, il se frappait l’autre; un jour, une bûche lui tomba sur le pied droit, il saisit la bûche et se la fit tomber sur le pied gauche.

« Ces facultés, ces tendances si distinctes, devaient frapper les phrénologistes, qui distinguèrent positivement les protubérances de l’ordre et du calcul. L’examen du crâne était assez curieux ; voici ses dimensions : Circonférence, 21 pouces (560 millimètres) ; diamètre transverse, 5 pouces et demi (155 millimètres) ; diamètre antéro-postérieur, 7 pouces (190 millimètres). Le crâne est assez bien conformé, le front est assez large, mais fuyant. (Lorsque je rédigeai cette observation, en 1836, j'annonçai que les os devaient être fort épais.) ;

« En 1839, on s’aperçut que sa marche était difficile. Il avait les prodromes d’une paraplégie. Il resta dans un -état stationnaire pendant une année, après laquelle il eut -plusieurs petites attaques d’apoplexie, accompagnées de pâleur extrême du visage; le malade perdait connaissance, et revenait bientôt de son affaissement. Le 20 août 1842, il eut une très-forte attaque d’apoplexie, qui fut suivie de spasmes et de convulsions qui avaient tous les caractères .épileptiques; le côté gauche du corps, surtout, se trouevâit affecté de convulsions : saignées, ventouses au cou, sinapismes. Sous l’influence de ce traitement, les accidents parurent .céder; mais un travail inflammatoire se fai-

DES SYMPTOMES

sait au cerveau, les accès épileptiformes se renouvelèreut avec contracture à gauche; il s’affaiblit successivement, et succomba au milieu de ses accès, qui persistèrent constamment.

« Autopsie . Maigreur du cadavre, cachet de la souffrance sur le visage.

« La tête est volumineuse, le cuir chevelu est assez épais. Les os du crâne sont épais à la région frontale, et avaient une épaisseur normal à la région postérieure et latérale de la tête. Au niveau du sinus longitudinal supérieur, on remaque que les os sont amincis et logent des glandes de Pacchioni développées.

«La dure-mère est soulevée et même percée par les glandes dont je viens de parler/ pour aller soulever les tables de l’os qui étaient translucides; l’arachnoïde ouverte laissait échapper de la sérosité en assez grande quantité; elle est épaissie à la surface convexe du cerveau, et normale à la base. La pie-mère est aussi épaissie et adhérente à l’arachnoïde, elle s’enlève assez facilement. La substance corticale paraît saine, si ce n’est au lobe moyen et postérieur, surtout à gauche, où l’on enlève cette couche corticale avec les membranes. A l’hémisphère droit, la surface corticale est rougeâtre, mais ne s’enlève pas avec les membranes.

« Coupée couche par couche, la substance médullaire est généralement ramollie, et présente ça et là des foyers apoplectiques d’un aspect jaunâtre, et un ramollissement qui les entoure. Ces foyers sont très-nombreux et coïncident avec les attaques qui se sont multipliées dans les derniers temps de la vie du malade ; plus on se rapprochait des cloisons des ventricules, plus ces foyers se multipliaient. A gauche, l’hémisphère est moins parsemé de ces petits foyers, mais il y a en arrière une assez grande étendue de ramollissement.

« Il y a aussi une remarque que j’ai oublié de mentionner dans l’examen général de la masse cérébrale ; c’est que les lobes antérieurs étaient fort petits, ce qui coïncide avec l'épaisseur considérable du coronal.

« Portant l’investigation vers les centres du cerveau,

DE L’IDIOTIE

on trouve un ramollissement presque général; la cloison centrale est en bouillie, la couche optique droite est moins consistante, les corps striés sains. La voûte à trois piliers, la protubérance et une partie du bulbe rachidien partagent l’aspect de ramollissement; le cervelet était petit.

« Thorax. Les poumons étaient gorgés de sang, surtout en arrière; on trouve un peu de sérosité dans les plèvres. Le cœur est flasque, le péricarde renferme une certaine quantité de sérosité.

« Abdomen. L’estomac est à l’intérieur arborisé, la membrane muqueuse paraît saine ; les intestins grêles sont phlogosés légèrement dans quelques points.

« Chez cet imbécile, le cerveau était assez volumineux, et la tête assez bien conformée ; aussi avait-il un certain degré d’intelligence, et l’éducation avait fait quelque chose pour lui. Cependant le front était très-fuyant et les tempes aplaties. On pouvait supposer, ce que j’avais dit depuis longtemps, que les os du crâne étaient épais. L'autopsie a confirmé plus tard cette prévision. Il y a un autre point sur lequel je vais appeler l’attention, c’est cette sorte d’atrophie du cerveau qui peut exister avec le développement de la boîte osseuse; ici encore, nous avons trouvé que le cerveau présentait, comparativement, moins de volume que le crâne lui-même, en raison de l’épaisseur de l’os coronal.

5e observation. Crétinisme \\). « Marie H., âgée de 10 ans, est née d’une mère adonnée à l’eau-de-vie. Bien que faible de naissance, cette enfant apprit pourtant à marcher et à parler jusqu’à sa troisième année. Mais maltraitée et négligée depuis cette époque, elle devint idiote et contrefaite. Elle ne faisait entendre, de temps en temps, qu’un cri, semblable à un bêlement; elle désapprit complètement à marcher. Les membres se décharnèrent, le ventre se gonfla, et se tendit comme un tambour, les glandes lymphatiques s’engorgèrent en plusieurs endroits. Dans les derniers temps de sa vie, il s’établit une espèce de

(i) De M. Guggenbülh.

DES SYMPTOMES PHYSIOLOGIQUES

danse de saint Guy, et le sujet mourut bientôt avec tous les symptômes d’une apoplexie nerveuse. Nous en fîmes l’autopsie, M. le Dr Valentin et moi, et voici ce que nous trouvâmes dans le cerveau : adhérence intime de la duremère aux os du crâne : cette membrane et tout le cerveau injectés de sang. Les 12 paires de nerfs encéphaliques se montraient complètement à la base du crâne, mais diversement développés. Les nerfs olfactifs et optiques étaient d’un volume suffisant; les moteurs de l’œil, les pathétiques et les abducteurs dans un état normal; 1 s trijumeaux, les acoustiques, les glosso, pharyngiens, les vagues, les accessoires et les hypoglosses étaient plutôt trop forts que trop faibles, tandis que les nerfs faciaux n’avaient pas la moitié de leur épaisseur. On n’apercevait aucune asymétrie sensible dans les nerfs de chaque côté. Toute la base du cerveau était dans une parfaite intégrité. L’entonnoir et l’appendice ne présentaient aucune abnormité. Le pont de Varole était un peu oblique, la moitié droite saillant plus en avant que la gauche. Les éminences olivaires se prononçaient suffisamment. Vu de haut et de côté, le cerveau ne présentait aucune irrégularité. Les lobes postérieurs du grand cervelet recouvraient jusqu’à ses derniers bords, le petit cervelet, dont rien ne déparait le volume. En général, les éminences entéroïdes étaient un peu effacées. En comparant, autant que possible, chacune de ces circonvolutions l’une avec l’autre, d’après la décision établie par Somering dans la nouvelle édition de son Anatomie, nous trouvâmes, dans les côtés correspondants, tantôt de la symétrie, tantôt de l’irrégularité ; de sorte que le défaut et la symétrie des circonvolutions ne pouvaient être admises que conditionnellement. Le corps calleux, la voûte, la cloison transparente, le conarium, la commissure molle et les pédoncules du cerveau n’offraient rien de remarquable. Tout le mal gisait dans les tissus du ventricule latéral du cerveau. La corne d’Ammon était normale de chaque côté, peut-être un peu trop étendue. Les éminences optiques et les corps striés étaient en bon état ; mais la corné postérieure était très-dilâtée et contenait dans ses plis une masse pulpeuse, qui s’en laissait détacher

DE L’IDIOTIE

comme une substance soumise à la macération, jusqu’à l’apparition de la substance compacte du cerveau. La corne intérieure était illésée ; à gauche, la corne postérieure présentait la même dilatation, mais plus exagérée encore, et les ramollissements des circonvolutions pénétraient plus profondément. Le réseau veineux s’agençait bien. Un affaissement remarquable se montrait dans les tubercules quadrijumeaux. L’aqueduc de Sylvius était tant soit peu élargi, ainsi que le canal rachidien. L’inspection microscopique de la substance cervicale, qui avait la consistance requise, ne conduisit à aucun résultat décisif. Ni la masse corticale, ni les corps nerveux, autant qu’il fut possible de les examiner individuellement, ni les fibres élémentaires, ne portaient aucune trace visible d’affection pathologique. Les vaisseaux capillaires de la substance corticale, par exemple, dans les circonvolutions du cerveau, regorgeaient presque partout de sang. Mais aucun épanchement ne se faisait remarquer. Les muscles avaient une apparence de laxité et d’anémie, de même que les intestins. La membrane musculaire avait presque complètement disparu dans le tube digestif. Des dépôts scrofuleux obstruaient le mésen^ tère.

« Cette autopsie prouve que la cause principale du mal provenait d’un état hydrocéphalique des ventricules latéraux du cerveau avec ramollissement des circonvolutions contiguës. Cet état s’était développé à la faveur de la faiblesse congéniale de l’enfant dans les premières années de sa vie. »

Je pourrais démontrer aisément combien peu sont concluantes, et surtout combien concordent mal entre elles ces observations d’après lesquelles on se croit en mesure de pouvoir déjà conclure d’un état organopathique à une anomalie de fonction, tandis qu’Esquirol se contente de rapporter les détails de son analyse sans en rien conclure ; mais je me trompe. Esquirol arrive, au contraire, à cette conclusion, que j’adopte jusqu’à plus ample informé : Il n'existe pas de rapport direct et constant entre le vice d’organisation et les divers degrés de la sensibilité et de Inintelligence des idiots.

DES SYMPTOMES PHYSIOLOGIQUES

Concluons de tout ce qui précède :

1° Que la forme du crâne n’indïque que dans ses expressions les plus tranchées et les plus anormales, l’état d’idiotie ;

2° Que la forme du crâne n’indique jamais le degré d’idiotie, et ne préjuge rien sur le succès possible du traitement ;

3° Que la forme du crâne ne donne que dans certains cas d’hydrocéphalie, et jamais dans d’autres, comme la microcéphalie, par exemple, le moyen de reconnaître sur le vivant la nature et la gravité de l’affection cérébrale ;

4° Que personne ne peut dire à l’inspection d’un sujet vivant, si la tête de l’idiot contient ou non la quantité de circonvolutions nécessaires, si la pulpe cérébrale est trop molle, trop dense, trop friable ; et subsidiairement, que personne n’est en état aujourd’hui de spécifier le nombre de circonvolutions, ni de caractériser l’état de mollesse, de dureté, de nonfriabilité nécessaires au cerveau pour fonctionner régulièrement;

5° Que personne ne peut dire, à l’inspection d’un sujet vivant, si les tables du crâne sont trop épaisses ou écartées ; s’il y a sous la boîte osseuse, des épanchements lymphatiques de quelque étendue dans les ventricules du cerveau, un engorgement des vaisseaux sanguins ou lymphatiques, des concrétions calculeuses dans la glande pinéale, etc., etc.. ;

6° Que, dans les cas où le cerveau n’est point affecté, et ces cas semblent assez nombreux, nul physiologiste n’est en mesure aujourd’hui d’expliquer comment se lie, à un état sain en apparence des organes de la perception, un état anormal des] organes de la transmission, comme celui qui frappe, dans l’idiotie superficielle, les nerfs qui président aux fonctions de la vue, de l’ouïe, etc...

Concluons, en un mot, que les symptômes organopathiques n’ont encore qu’une importance secondaire, et ne peuvent être mentionnés que pour servir k l'histoire de Vidiotie (1) ; et puisque les symptômes organopathiques

(1) Quand on voudra sérieusement, et non pour faire étalage d’une froide

DES SYMPTOMES PHYSIOLOGIQUES

de l’idiotie sont encore inféconds par suite de leur variabilité, ou par les vices inhérents aux modes d’investigation analytique qui sont en usage, cherchons donc ailleurs la mesure du diagnostic de l’idiotie.

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