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CHAPITRE XII

Des symptômes physiologiques de l’Idiotie.

Nous avons vu les médecins négliger les symptômes physiologiques dans leur définition et dans leurs divisions de l’idiotie. Nous les verrions également indifférents à cet ordre de phénomènes, si nous vonlions les suivre dans les analyses descriptives qu’ils en ont essayées; mais où cela nous mènerait-il? Ce serait encore un travail critique, un travail négatif, un travail décourageant, qui n’aboutirait pas ; aussi bien ai-je hâte d’en sortir, pour respirer l’air vivifiant des faits qui engendre les idées.

Les symptômes physiologiqnes de l’idiotie sont aussi positifs, et plus précieux pour le diagnostic que les symptômes psychologiques. Cette assertion paraîtra évidente à quiconque sera appelé à observer des idiots ; mais on ne semble pas encore en avoir deviné la portée. Et -pourtant tout le monde devrait comprendre combien les formes de

et inutile dissection, rechercher les symptômes organopathiques de l’idiotie, on en trouvera, qui, pour n’êlre que des symptômes consécutifs à l’état cérébral lui-même, n’en présentent pas moins des caractères bien tranchés et surtout bien visibles, visibles sur le vivant, qui seul peut profiter du bénéfice de l’observation. Ainsi, les doigts minces, secs et luisants comme des tuyaux de plumes, la dureté du ventre comparée à la mollesse des appareils musculaires qui président à la locomotion, l’épaisissement de la langue et des lèvres, la configuration anormale du voile du palais, etc., sont autant de symptômes organopathiques possibles de l’idiotie ; car les idiots présentent toujours quelqu’une de ces anomalies. Mais on ne veut pas se donner la peine de regarder; on tranche du bistouri, on conjecture, on entasse de grands mots sur de petits faits, et le mal reste inconnu et incurable.

Séguin, Éducation des idiots. 7

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l’incapacité intellectuelle de l’idiot doivent varier (je ne parle pas ici quant au degré d’idiotie ) ; mais seulement selon le genre de soins, selon les habitudes, selon la société, qui ont entouré l’enfant depuis son premier âge. Ce persistant et profond enseignement des soins, des habitudes, des exemples, pénètre toujours, jusqu’à un certain point, les intelligences les moins perméables; sa constance améliore les conditions mentales de l’idiot bien placé ; sa privation aggrave l’infirmité de ceux qui sont saisis, dès le berceau, parla misère ou par la bienfaisance publique, mère ou marâtre aussi stériles l’une que l’autre. Aussi, les portraits d’idiots, recueillis en général dans les hôpitaux, représentent-ils (toutes nuances d’idiotie égales d’ailleurs) les sujets comme dépourvus de beaucoup plus de facultés que si on les eût observés dans les familles aisées et soigneuses de leur race ; aussi encore, pour la même raison, quand on est appelé près de deux idiots placés à des degrés éloignés de l’échelle sociale, on trouve le sujet riche beaucoup moins gravement affecté dans ses facultés intellectuelles que le sujet pauvre; et pourquoi, je vous prie, cette inévitable différence ? Parce que l’on ne fonde, jusqu’à présent, le diagnostic de l’idiotie, que sur les anomalies psychologiques.

Et pourtant les anomalies physiologiques sont bien moins trompeuses. L’influence du milieu social se fait beaucoup moins sentir sur ces dernières que sur les précédentes. Si choyé, si soigné, si bien élevé que soit un idiot riche, les désordres de ses fonctions ne disparaissent pas, et je dirai plus, sont à peine modifiés par l’excellente prévoyance des parents à son égard. On aura pu farder son incapacité intellectuelle pour tromper les amis de la maison sur la nature de son mal ; on pourra rendre l’idiot moins repoussant, moins incapable, poli et gracieux même ; on n'aura fait disparaître ni l’absence ou la difficulté d’articulation de la parole, ni le vide ou l’infixité du regard, ni les désordres de la sensibilité, ni les désordres de la locomotion, ni les tics nerveux ; enfin, à part quelques fonctions organiques et sécrétoires, que l’on sera peut-être parvenu à régulariser, toutes lee anomalies physiologi-

SYMPTOMES PHYSIOLOGIQUES

ques déposeront, aussi bien chez le riche que chez le pauvre, par leur caractère propre, par leur ensemble, par leur corrélation, de l’état et du degré d’idiotie, en présence duquel se trouvera le praticien.

Mais ce n’est pas là le seul avantage que l’on puisse retirer de l’observation des symptômes physiologiques. S’ils présentent une hase plus fixe au diagnostic, ils offrent encore au traitement un point de départ positif. Avant moi, quand on avait cru remarquer que la mémoire, l’attention, la comparaison, le jugement, l’invention, enfin toute la kyrielle des facultés intellectuelles manquait à un idiot, que faisait-on ? On le laissait là, et, vraiment, on avait raison ; car laquelle de ces facultés eût-on pu prétendre exercer la première, et commeut les eût-on exercées? Mais, aujourd’hui que le diagnostic de l’idiotie va se trouver transporté (sinon complètement déplacé) du terrain psychologique sur le sol plus ferme de l’anthropologie, et que l’on aura d’abord étudié les aspects physiologiques de l’idiotie, on pourra, avec certitude, dire sur chaque sujet : Telle fonction est perturbée, tel moyen peut la régulariser. Or, si de la régularisation des fonctions résultent des aptitudes sensorielles, mentales, morales même, il s’ensuivra qu’il suffisait, comme je l’ai fait, de déplacer la question du diagnostic pour la résoudre par celle du traitement.

Les symptômes physiologiques de l’idiotie affectent la motilité, la parole, la sensibilité de certains appareils et les fonctions organiques ; mais ces symptômes ne sont pas tous nécessaires, c’est-à-dire inévitablement présents dans tous les cas d’idiotie. Partout et toujours l’idiotie, même superficielle, emporte avec élis des désordres dans les fonctions de la vue et de la plupart des mouvements coordonnés ; mais les anomalies du tact, de l’ouïe, du goût et de l’odorat, des sécrétions, et les tics nerveux ne sont pas inévitablement présents dans tous les cas ; quoiqu’il s’en rencontre toujours quelqu’une de ces dernières. Les désordres physiologiques constants de l’idiotie sont donc : l°ceux des mouvements coordonnés ; 2° ceux de la

vision ; les autres ne sont qu’accidentels, ou propres à l’idiotie profonde.

§1. — Du mutisme.

Les désordres de la parole chez les idiots sont nombreux (1). Les uns n’émettent que des cris sauvages, inégaux, inarticulés. Quelques autres forment, dès leur naissance, des sons qui ont une analogie frappante avec la voix de certains animaux; et les causes que l’on m’a données plus d’une fois de ces étranges analogies, m’ont paru trop extraordinaires, et sont (pour moi du moins) trop dépourvues de preuves, pour que je m’arrête à les rapporter; d’autant plus, que j’ai vu plusieurs idiots de cinq à douze ans imiter de suite et retenir le cri d’un animal, tandis qu’ils restaient incapables d’imiter la parole qui leur était enseignée avec patience depuis longtemps. D’autres n’émettent que certaines syllabes, et les répètent à satiété; d’autres adoptent un son, un mot, une phrase, les redisent incessamment pendant huit, quinze jours, six mois, un an, plus ou moins, changent ce mot ou cette phrase pour une autre, qui semble leur faire oublier la première, et s’en servent ainsi successivement. Plusieurs ne parlent pas et crient peu, mais chantent ou bourdonnent avec ou sans balancement du corps; d’autres parlent avec une lenteur et une dfïiculté qui rend leur parole inintelligible ; il y en a qui se contentent de répéter tout ce qu’on leur dit, toutes les demandes qu’on leur adresse, comme si c’étaient des réponses ; on en voit qui, pour avoir plutôt fait, ne répètent que le dernier mot, la dernière syllabe, le dernier bruit de la voix qui les interroge ; tandis que l’on est étonné d’en rencontrer chez lesquels la parole est une fonction presque normale, qui s’éxécute avec paresse, inattention ou volubilité, mais précisément.

Les exemples ne sont pas rares d’idiots parlants, et qui «ont, malgré cet avantage, plus gravement affectés d’idio-

(1) On consultera sur ce point un ouvrage de M. Puybonnieux, ayant pour titre Mutisme et surdité, ou influence de la surdité native sur les facultés physiques , intellectuelles ou morales. Paris, 1846 in-8°.

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tie que d’autres qui ne parlent pas. Aussi, n’ai-je jamais hésité à repousser du rang de symptôme principal que lui avait assigné Esquirol, le mutisme, qui n’est dans l’espèce qu’un symptôme secondaire. Mais, une fois mis à sa place, il ne faut plus le négliger. L’état de mutisme d’un idiot emporte avec lui des indications précieuses sur la nature de l’infirmité, et comportent l’emploi d’agents spéciaux tant pour le traitement moral que pour l’éducation.

Et d’abord, le mutisme d’un idiot résulte de deux causes presque toujours confondues en lui, mais qu’il est nécessaire de combattre isolément; ces deux causes sont l’incapacité physiologique de diriger les organes delà parole et le défaut d’intelligence. Oes deux causes se confondent presque toujours, ai-je dit, mais on voit quelques idiots chez lesquels une seule de ces causes existe ; et ils arrivent tous inévitablement à ce point, dans le cours de leur éducation. Alors, ou l’idiot essaye de parler et en exprime le désir sans pouvoir le satisfaire, les organes seuls font défaut dans ce cas ; ou l’idiot n’essaye pas de parler parce qu’il ne le désire point, quoiqn’il lui arrive d’émettre au hasard des articulations précises ; la volonté intellectuelle, levier des organes, est seule absente dans ce second cas. Mais, dans l’un comme dans l’autre, on aurait également tort de ne pas employer concurremment les stimulants physiologiques et les stimulants intellectuels et moraux, vu que les deux incapacités s’aggravent réciproquement; car, si l’on peut faire arriver en même temps, et comme de front, la fonction des appareils nerveux et musculaires qui président à l’exercice de la parole avec le désir et le besoin de s’en servir, la faculté de parler se développe rapidement. Le contraire a lieu, et la faculté reste longtemps bornée, quelquefois incomplète pour toute la vie lorsqu’on n’a pas eu le soin d’agir simultanément sur la fonction et sur la faculté. On conçoit, en effet, que si l’aptitude à articuler des mots est plus prononcée que le désir de parler, l’enfant s’abandonne à des répétitions de mots ou de syllabes répétés sans but indéfiniment ; et si le désir de parler précède l’aptitude, l’enfant, après des efforts inutiles, cesse bientôt de souhaiter de le faire, et sentant son

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impuissance, se résigne au mutisme avec une opiniâtreté qui devient chaque jour plus difficile à vaincre. Quant à la mesure d’action à exercer, on la proportionne aux différences que l’on observe entre les deux incapacités dont se compose d’ordinaire le mutisme des idiots, de manière à ce qu’elles puissent cesser peu à près vers le même temps l’une que l’autre.

Mais ces considérations ne sont pas les seules qui militent en faveur de la sous-division des idiots en muets et parlants. Le mutisme brisant virtuellement le moyen d’échange des idées entre l’individu qui en est affecté et les personnes qui vivent avec lui, il résulte de ce seul fait que la majeure partie des rapports ordinaires du maître avec l’élève se trouvant supprimés, on doit se hâter de leur en substituer de nouveaux, partie pris dans les moyens d éducation que je proposerai au troisième titre de cet ouvrage, partie empruntée au traitement moral que j’indique ensuite.

§11.— Incapacité de direction ou de fixité du regard.

C’est là un des symptômes essentiels de l’idiotie ; pour quiconque a vécu au milieu, ce signe est infaillible. L’idiotie profonde et l’idiotie superficielle laissent également leur empreinte sur ce sens de la vue, qui est le sens des perceptions intellectuelles par excellence.

Les incapacités relatives à la vision dans l’idiotie se réduisent à deux. L’une consiste à ne pouvoir fixer la vue, qui est constamment mobile, et ne se repose que dans une certaine obliquité vague où l’enfant paraît regarder sans voir; l’autre en une fixité morne et obstinée, hors de laquelle l’œil de l’enfant ne peut sortir pour regarder un ou plusieurs objets qu’on lui présentera successivement. A vrai dire, ces deux incapacités me semblent fort prochaines sinon identiques, mais quand on observe on doit signaler toutes les différences ; si d’ailleurs celles-ci sont plus apparentes que réelles et se réduisent, comme je suis assez porté à le croire, à une seule, l’incapacité de direction du regard, elles ne peuvent pas être combattues

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HGB

par les mêmes moyens, et, pour la pratique du moins, on devra tenir compte de leur diversité quand bien même elle ne serait qu’apparente.

§ III. — Absence partielle ou totale de la faculté d’écouter.

S’il y a peu d’idiots sourds, on en rencontre fréquemment qui sont privés de la faculté d’écouter, au moins la plus grande partie des sons qui frappent nos organes auditifs. Les uns n’écoutent rien, et par conséquent en fait, n’entendent rien ; les uns n’écoutent que la musique, et point la parole ; les autres n’écoutent que le cri du papier froissé ou le bruit sec de leurs doigts frappés contre une table, un verre, une assiette, etc

Dois-je faire remarquer que les idiots qui n’écoutent pas sont tous réduits au mutisme absolu ? et que le mutisme, dans ce cas, résulte ensemble, des causes que j’ai assignés plus haut au mutisme des idiots, plus, de l’inaptitude à entendre la parole, qui équivaut en cette circonstance à la surdité du sourd-muet ? Oui, quelque banal que cela paraisse, je dois le dire ; car il en résulte que, avec le genre d’idiots dont je m’occupe ici, on ne devra commencer les execices gymnastiques des organes de la parole, et cherr cher à stimuler le désir de parler dans l’enfant, que lorsque la faculté d’écouter* sera acquise. Pour l’obtenir, on se servira principalement du geste et du regard, et l’on remarquera, à ce sujet, que le regard de l’idiot qui n’écoute pas est moins vague que celui de l’idiot qui possède toute la sensibilité acoustique : observation importante pour la pratique.

§ IV.— De l’insensibilité tactile.

Les fonctions du tact sont assez souvent lésées chez les idiots. Cette lésion se produit physiologiquement, tantôt par excès de sensibilité, tantôt par insensibilité ; quèlquefois les deux anomalies se rencontrent chez le même sujet, sur des organes différents. Pour ne parler ici que de l’absence de sensibilité, elle est absolue ou relative ; dans le

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dernier cas on laissera seulement percevoir au sujet les causes d’impression tactiles les plus énergiques ; elle est, en outre, ou partielle, c’est-à-dire concentrée sur un ou plusieurs organes spéciaux ; ou générale, c’est-à-dire manifeste sur toute l’étendue de l’appareil cutané. Quand l’insensibilité est absolue, le froid et la chaleur ne semblent avoir aucune action opposée : la peau peut être déchirée sur quelque partie de sa surface que ce soit, ou mordue jusqu’à ce qu’il s’y forme de durs calus ou jusqu’au sang, sans que l’enfant manifeste aucune douleur ; les pressions les plus vives ne sont ressenties que lorsqu’elles froissent les contextures profondes, soit des muscles, soit du périoste ; cette insensibilité, qu’il faut se garder de confondre avec la paralysie des nerfs de la sensation, est susceptible de traitement et de guérison, comme aussi, et à plus forte raison, celle qui se réduit à une simple obtusité du tact. L’insensibilité locale, presque toujours accompagnée de tics nerveux, et, par conséquent, plus difficile à corriger, frappe d’ordinaire les extrémités digitales. Mais l’idiot, dont les mains sont particulièrement insensibles, présente en outre fréquemment ce caractère, que ses pieds sont pourvus d’une sensibilité excessive, et telle qu’il ne peut, le plus souvent, les poser à terre pour marcher ; ou encore qu’il marche sur les orteils, ou de telle façon, qu’il semble ne pas toucher le sol, et devoir tomber à chaque pas qu’il essaye, et qui n’est qu’indiqué : ce qui rentre dans les signes de l’anomalie suivante.

§ v. — De l’excès de sensibilité tactile.

Lorsque la sensibilité tactile générale est trèsvive, l’idiot se plait à la plus grande chaleur possible, et le froid l’impressionne désagréablement ; on ne saurait le toucher sans surexciter son système nerveux au plus haut degré, il suffît même de toucher la chaise ou le vêtement, ou les cheveux de quelques-uns pour voir se développer en eux une excitation douloureuse, maladive, violente ; mais ce n’est pas le cas le plus fréquent. Il arrive souvent, en effet, que l’ex-

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cès de sensibilité tactile est localisé sur quelque organe ; alors l’idiot passe ses journées à toucher son cou ou sa gorge, à passer l’extrémité de ses doigts sur du papier, ou sur des corps polis, avec une délicatesse exquise, ou à tirer des fils d’une extrême ténuité devant et au-dessus de sa tête, en les regardant obliquement, etc., etc. S’il n’a pas la conscience réfléchie des sensations tactiles qu’il se procure, on voit qu’il les goûte avec une joie instinctive, les recherche comme un animal cherche sa proie, s’y obstine comme le monomane à son idée fausse ; il est tout sensation, et tout entier livré à une seule sensation.

§ VI. — De l’atonie.

Le tempérament ou la constitution naturelle du sujet influe plus qu’on ne saurait croire, sur les manifestations physiologiques de l’idiotie; aussi, quand on voit un idiot morne, inactif, inerte, et un autre gai, actif agité même, ne faut-il pas attacher à ces manifestations extrêmes une importance primordiale, et prendre pour des symptômes essentiels à l’idiotie ces phénomènes que la diversité des tempéraments suffît à expliquer. L’idiot inerte peut être plus intelligent que l’idiot actif, également le contraire se voit; aussi ne saurait-on établir de degrés entre l’affection de l’un et celle de l’autre ; on doit pourtant rechercher en eux cette différence ; car, si elle est peu utile dans la théorie, elle devient nécessaire dans la pratique. L'idiot asthénique demande une éducation particulière, des stimulants propres à son état, et dont l’usage serait certainement funeste à l’idiot agité ; leur hygiène doit autant différer que leur mode d’éducation et de traitement moral.

§ Vil. — De l’excès d’activité.

Si le tempérament lymphatique et les constitutions scrofuleuses accompagnent ou produisent l’idiotie asthénique, la prédominance des systèmes sanguin et musculaire, plus rare, il est vrai, que les précédentes, donne aux idiots un besoin de mouvement, d’activité, d’agitation,

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qui emprunte à leur infériorité physiologique et intellectuelle les formes les plus excessives et les plus dangereuses, les mouvements les plus excentriques et les plus désordonnés. Marcher, monter, descendre, courir sauter, gravir, casser, déchirer, couper, mordre, tels sont leurs moyens perpétuels de dépenser l’excès d’innervation qui les agite : que de soins et de prudence ne faut-il pas pour les préserver d’eux-mêmes et préserver les autres de leurs excès ! Et quelle progression il faut suivre pour les faire passer de la pétulance à l’immobilité, de l’immobilité à l’imitation des mouvements réguliers, de l’imitation des mouvements qu’on leur enseigne à la manifestai ion libre de leur activité régularisée : et rien de cela ne saurait être obtenu, si l’on n’a pas, antérieurement à tout traitement, bien caractérisé et classé chacun des désordres de la myotilité du sujet..

§ VIII. — Des mouvements mécaniques.

L’diot agité de mouvements mécaniques, diffère essentiellement du précédent, d’abord par sa constitution qui peut n’ètre pas sanguine, en-suite par son degré cl’activité ; car l’idiotie accompagnée de tics nerveux n’est pas nécessairement l’idiotie sthénique. Beaucoup d’idiots à tics nerveux sont plutôt inertes qu’?jgités, mais non pas tous ; et, je le répète, ce symptôme doit être considéré à part de l’activité générale. D’ailleurs, les mouvements mécaniques sont de plusieurs sortes et portent sur plusieurs organes; les uns sont relatifs à l'idiot lui-même, et alors ses mouvements n’ont pour but que lui, comme quand il agite ses doigts en l’air, les pose écartés devant ses yeux, les contourne, les mord, suce sa langue, etc. ; les autres sont relatifs à un objet particulier dont l’idiot fait élection, soit à temps, soit pour toujours, comme but de son activité : ce seront alors des morceaux luisants de porcelaine brisée, des baguettes, des pailles, du papier, des morceaux de verre, une t°ble (1), (contre lesquels il

(1) Des ficelles, des courroies, etc. (B.).

Symptômes physiologiques. 1(W

aimera à choquer ses doigts ou à porter ses lèvres et ses dents avec bruit ou succion), qui seront le but électif de son incessante activité mécanique. On se gardera de confondre les mouvements spasmodiques qui agitent parfois un idiot avec les mouvements mécaniques. Oes derniers ont une constance et une mesure uniforme qui les rend très distincts des mouvements spasmodiques : ceux-ci accidentels, presque toujours provoqués par une modification de la sensibilité, par une cause extérieure, comme le désir, l’impatience, la colère, la tristesse, la joie, sont un symptôme bien moins grave et dont on trouve des exemples chez des individus pleins d’intelligence.

§ IX. — Du balancement.

Bien que l’idiotie affecte les organes moteurs et locomoteurs en général, cependant quelques-unes de ces affections sont accidentelles dans l’idiotie, tandis que le balancement dans la marche, sorte d’irrégularité qui produit une manière de titubation analogue à celle des buveurs, est constante, au moins dans l’idiotie profonde. Quelquefois l’idiot, assis, se balance d’avant en arrière ; couché, il balance sa tête de droite à gauche; debout, il ne peut se tenir immobile, et en marche, à plus forte raison, il n’a pas de centre de gravité : dans ce dernier cas, il monte et descend difficilement* ne peut courir ni sauter ; et enfin tous ses mouvements coordonnés sont désordonnés. J’ai remarqué que les idiots, chez lesquels l’occipital, la suture lambdoïde et la base postérieure des pariétaux forment ensemble comme un plancher large et aplati, sont tous affectés de ce dernier genre, plus grave que le précédent, de titubation et de balancement ; mais ils ne semblent pas les seuls, J’ai vu de pareils désordres parmi les idiols chez lesquels l’arcade temporale est longue, haut placée, et forme une; sorte de crête saillante, quoique leur crâne fut d’un bon type d’ailleurs. Enfin le balancement de la tête avant et après le sommeil, se voit chez des enfants ordinaires, et le balancement en marchant est moins grave que le balancement effectué dans les attitudes debout et assis.

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Si la science était plus avancée, aurais-je besoin de faire remarquer combien cet état, résultant uniquement du manque d’équilibre entre les diverses parties des appareils moteurs et du peu d’action de la volonté sur ces mômes organes, doit être distingué de la chorée, ou danse de Saint-Guy, qui se rencontre quelquefois jointe à l’idiotie : ce mal accessoire, comme peut l’être l’épilepsie, nécessite d’ordinaire un traitement médical, et, comme tel, ne saurait nous occuper qu’accessoirement.

X. — De l’incapacité de mouvoir au gré de la volonté certains organes moteurs et de l’incontraction des sphincters.

Ces deux formes d’incontraction, bien que résultant l’une et l’autre d’un manque de rapports volontaires entre les appareils nerveux et musculaires, offrent des symptômes très-différents. Ainsi, à la première appartient l’incapacité de mouvoir un doigt, la langue, les lèvres, etc., de certaines façons normales que l’on indique en vain à l’enfant. Cette incapacité de diriger certains organes spéciaux dans le sens voulu quelquefois par l’enfant luimême, n’est pas celle qui résulte d’une paralysie ; car je m’inquiète seulement ici du cas où ces organes sont pourvus d’aptitudes motrices assez étendues, mais où ils fonctionnent tous machinalement, en vertu d’habitudes contractées instinctivement. A cette première incapacité se lient les prononciations vicieuses, le bégaiement, les inaptitudes à divers travaux manuels, l’impossibilité de lacer, boutonner, coudre, s’habiller, et autres manœuvres habituelles et nécessaires.

A la seconde se rapportent les incapacités plus graves et presque toujours absolues de parler, de retenir la salive, les urines, les déjections alvines, quand les sphincters de la bouche, de la vessie et de l’anus sont incapables de contractions volontaires. Ces incapacités, beaucoup plus graves que les précédentes, résultent de l’absence de volonté appliquée aux fonctions des appareils nerveux qui dirigent la myotilité de ces appareils, ou sont le signe d’une mollesse considérable des tissus, et, comme telles, il est parfaitement inutile de chercher à les combattre

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directement et isolément. Et je le dis, non-seulement pour les idiots, mais pour et en faveur d’un grand nombre d’enfants ordinaires ou simplement arriérés, sur lesquels les incapacités de contraction des sphincters, résultant d’une faiblesse de complexion, attirent les plus féroces traitements, au lieu des soins dont ils devraient être l’objet, si l’on savait combattre leur infirmité par des moyens rationnels et hygiéniques (1).

§ XI. — Des dépravations du goût et de l’odorat.

Cet état particulier des nerfs olfactifs et des papilles nerveuses de la langue et du palais n’est pas personnel aux idiots. On le retrouve chez lés femmes hystériques et dans nombre de cas de gestation; mais, chez les femmes il est anormal, accidentel et maladif ; il passe, par conséquent, avec la cause à laquelle il est consécutif ; tandis que, chez l’idiot, il est constitutionnel, et, par conséquent, durable, à moins qu’un traitement approprié ne vienne combattre ses dépravations. En outre, les anomalies du goût et de l’odorat chez les idiots ne saurait être toutes considérées comme des dépravations ; on en voit, au contraire, qui revêtent un caractère de finesse, d’exquisité, quand il s’agit de percevoir certaines saveurs et certaines odeurs, qui pourrait faire prendre le vice pour une perfection, si à côté de cette faculté quasi-merveilleuse ne se rencontrait des dépravations flagrantes. Ainsi, j’ai observé des idiots qui distinguaient au flair seul, l’essence des bois et des pierres, disant à coup sûr, d’après les indications de l’odorat et sans le concours de la vue, ceci est du caillou, ceci est du chêne, ou du cerisier, etc..., et pourtant ces sujets n’étaient nullemeut affectés par les odeurs et les saveurs stercoreuses, et chez eux les fonctions de la vue étaient toujours anormales, et celles du tact obtuses ou inégales.

Sans entrer ici dans de plus grands détails à cet égard,

(1) Une surveillance attentive, le placement régulier des enfants sur le siège, l’hydrothérapie générale et locale, nous permettent de guérir le gâtisme dans la majorité de cas (B.).

lia

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je ferai remarquer que, si les anomalies du goût et de l’odorat n’ont pas une grande importance par elles-mêmes, en revanche elles indiquent presque toujours la présence de lésions graves des appareils nerveux, qui se ramifient dans les tissus, et se lient quelquefois à des lésions du système nerveux organique.

§ XII. — Désordres des fonctions organiques.

Les fonctions de la vie animale peuvent être gravement modifiées par l’idiotie, comme aussi l’idiotie peut, ainsi que nous l’avons vu plus haut, résulter de lésions profondes des grands appareils de la vie organique. Il n’est pas indifférent pour l’indication à prendre de constater à laquelle de ces deux causes tiennent les désordres organiques que l’on observe dans beaucoup de cas d’i liotie profonde; car s’ils sont consécutifs à l’état des masses nerveuses, ils céderont à un régime ordinaire joint aux diverses gymnastiques qui fortifient les appareils nerveux ; tandis que si ces désordres des fonctions organiques représentent un état idiopathique des poumons, des intestins, etc., s’ils accusent une perturbation complète du système ganglionaire, il en résulte que le traitement hygiénique (et médical, dans certains cas) doit dominer le traitement moral et l’éducation. La plupart du temps, j’ai vu les enfants chez lesquels la respiration était courte, gênée, inégale, acquérir, par l’usage d'une bonne gymnastique, une facilité parfaite de respiration ; et j’ai vu de même tous ceux qui m’ont été confiés avec des désordres des fonctions digestives (sauf deux ou trois chez lesquels les intestins étaient affectés), recouvrer un appétit, des digestions et des déjections normales après quelques mois d’emploi de ma méthode : ici, comme dans beaucoup d’autres cas, la cessation d’une anomalie (l’inactivité du système nerveux) a fait disparaître presque immédiatement les désordres consécutifs ; mais on ne veut pas s’avouer cette vérité-là, on traite quand même les désordres secondaires ; et des drogues ainsi administrées résultent les détériorations profondes de la constitution, dont j’ai chaque jour de tristes

Symptômes physiologiques.

exemples. Du reste, je compléterai ma pensée à ce sujet, quand je traiterai des excrétions dans la seconde partie de ce livre où je m’occupe de l’hygiène des idiots.

§ XIII. De quelques singularités de fonction dans l’idiotie.

J’appelle singularités certaines habitudes propres à la plupart des idiots, singularités qui n’ont pas de raison d’être assignable, et qui pourtant presque toutes, présentent à qui veut y réfléchir des analogues, tantôt dans les habitudes des enfants du premier âge ou de quelques enfants simplement arriérés, tantôt dans les habitudes de certains animaux, comme le singe, le chat, le mouton, etc....

Il serait, à mon sens, au moins téméraire de rechercher la loi de ces affinités, et des dernières surtout; mais rien n’empêche d’exposer les plus saillantes.

Les idiots qui tètent ou sucent leur langue ou leur pouce se voient presque partout ; mais ne voit-on pas d’ailleurs des enfants presque ordinaires les imiter ? Celui qui, tétant son pouce, tire et ramène de l’autre main entre ses deux yeux, au regard vague et comme enfoncé en terre, une mèche de cheveux, toujours la même, est plus rare, mais il existe sans analogue de moi connu. En est-il de même de l’idiot qui mâche ou suce du linge, qui lèche un débris de porcelaine, etc.? Cette habitude n’est-elle pas une réminiscence irréfléchie du premier mode d’alimentation de l’enfant ? Personne n’a-t-il vu un nouveau-né téter sa main ou les draps à défaut du sein de sa nourrice ? j’en ai vu un n’ayant pas encore vingt-quatre heures d’existence qui , posé sur un lit, cherchait avec sa tête la place qu’occupait le sein de sa mère, et quand sa bouche avait rencontré le point culminant du drap qui recouvrait précisément le mamelon, mais sans pourtant s’y adapter, l’enfant suçait le drap avec énergie (1). Les analogies de blancheur pour le linge et la porcelaine, de résistance pour la langue ou le

(1) M. Boyer a fait sur une enfant normale une heure après la uaissance., une observation analogue : bien que n’ayant pas encore tété, cette enfant ayant approché dans ses mouvements le pouce de sa main des lèvres, s’est mise à le sucer bruyamment. C’est le bruit qu’elle faisait qui a attiré, l’attention . •

doigt, suffisent-elles à expliquer l’erreur de l’idiot, s’il y a erreur, suffisent-elles à expliquer enfin cette singulière habitude de sucer incessamment ?

On voit des idiots qui passent leur temps à se caresser la paume de la main, tantôt avec un doigt en faisant délicatement saillir l’ongle, tantôt avec un corps étranger, comme papier, cuiller, etc... On en voit d’autres se caresser le cou, la gorge, avec une légèreté, une attention minutieuse à épier les plus légères émotions que doit produire ce contact répété, tandis que d’autres encore, mécaniquement et sans laisser apercevoir la moindre attention, frottent constamment une de leurs jambes sur l’autre, sans que jamais elles changent de rôle.

Il y en a qui battent les murs et les personnes de leur tête comme des béliers, manifestant la plus grande insensibilité à ce douloureux contact ou à celui de leurs poings, tandis que d’autres approchent leur tête des objets pour les apprécier, se servant de leur crâne comme nous faisons de la main pour palper, et sentent, et paraissent jouir même de la sensation perçue par cet intermédiaire. Tout cela semble étrange, incompréhensible et ne saurait être expliqué ; mais ne voit-on pas les mêmes phénomènes se produire chez les enfants de huit mois à deux ans et plus ? Les grigri (chatouillements) de la nourrice ont à peine rendu leurs mains capables de percevoir les sensations les plus vives, et leurs mains ne leur servent encore que de moyen de préhension, qu’ils approchent et frottent volontiers leur tête contre les objets dont ils savent retirer une sensation agréable ou non. Ce phénomène est étrange mais n’est-il pas plus étrange qu’il se rencontre encore dans des idiots de huit, de dix, de vingt ans chez lesquels l’ossification est complète ?

Certains idiots cachent tout ce qu’ils trouvent, et quelques-uns gardent bien la mémoire de leur cachette, mais non de tout ce qu’ils y ont enseveli, tandis que d’autres se souviennent du lieu et de la chose qu’ils y ont déposée ; il y a des animaux qui en font autant.

Qui n‘en a vu interposant et agitant un ou plusieurs doigts entre leur œil et le soleil, et regardant.... quoi?

SYMPTOMES PHYSIOLOGIQUES

leurs doigts ? la lumière ? l’ombre de la main ? le soleil lui même ? qui sait ! cela dure des heures, des journées ; ils semblent voir l’infini... D’autres attirés irrésistiblement par la lumière, y fixent leur regard, n’importe d'où elle vienne, par une vitre, par un trou, et semblent incapables de toute autre attention que cette attention vide d’objet, pleine d’ondes lumineuses ; il existe des oiseaux qui aiment ainsi à baigner leur regard dans les flots d’or du jour.

Aux antipodes de cette poésie mystérieuse de l’idiotie le même sujet quelquefois recherche avec passion les chaussures, les ôte, les remet, les amoncelle, les cache, les frotte, les brosse, les flaire, les lèche, c’est son seul et bien aimé joujou ; les jeunes chats, les jeunes chiens manifestent la même préférence élective et instinctive pour ces objets ; d’où peut venir une telle affinité ?

Avez-vous remarquée et autre idiot accroupi en un coin, sombre et occupé à se déchirer la figure, les bras, les jambes ouïes mains? Un bouton de malpropreté, peut-être une piqûre d’insecte, une efflorescence de la peau, la cause la plus légère l’a porté à se gratter, le sang a coulé, la croûte à peine formée a été enlevée parle même frottement mécanique, qui, répété nuit et jour, a fini par ouvrir la large plaie superficielle, saignante et suppurante, que vous voyez ; cernai, qu’il s'est fait lui-même, dégénérera en ulcère, si on ne l’attache jusqu’à parfaite cicatrisation ; vous chercheriez en vain l’analogue de cette excitation mécanique parmi les animaux.

Vous penserez de suite aux singes en remarquant le balancement périodique et monotone que cet idiot exécute d’avant en arrière, et cet autre de droite à gauche ; mais un troisième accompagne ces mouvements d’un chant emprunté au culte catholique et dont il rend l’expression triste et grave ; le balancement de celui-ci, pressé ou ralenti, selon le rhythme du chant, n’est plus évidemment qu’une mesure battue dans l’air avec le torse et la tète ; le monde croulerait autour de lui que l’idiot n’interromprait pas son chant ; il semble doucement enivré de cette musique qui agite son système nerveux tout entier : où lui trouver un analogue ? Il y a des figures qui prient ainsi,

Séguin, Éducation des idiots. 8

DE L’IDIOTIE

mais elles n’existent pour nous que dans les légendes pieuses ; et si les Santons qui invoquent Allah se balancent de la sorte, cela ne prouve pas qu’ils ne soient point idiots.

Et que penser de ces malheureux enfants qui ne peuvent dire papa, et qui retiennent à la première audition des airs difficiles et les fredonnent avec précision ; ou de ceux dont les rugissements cessent aux premiers accords d’un piano? la harpe de David résonne encore dans le lointain, sans doute ; mais, en comprenons-nous bien l'harmonie, et Croyons-nous assez au miracle qu’elle opéra sur Saül, pour détruire de ce fait l’influence bonne quelquefois, mauvaise souvent, de la musique sur les idiots ?

El comment expliquer l’affinité que cet enfant ressent pour telles voix animales, comme le chant du coq, le bêlement de la brebis (1), le cri du perroquet, etc..., lui qui ne peut prononcer distinctement une syllabe du langage humain ?

Dans quelques idiots on retrouve l’anomalie de la voix dont Pinel parle en ces termes :

« Henri Jules de Bourbon, fils du grand Condé, s’imaginait quequefois être transformé en chien et aboyait alors de toutes ses forces. (Une dame qui porte un grand nom est également aujourd’hui possédée de cette manie.) Cet instinct était en lui irrésistible, et pourtant, lorsque ce prince était pris d’un de ces accès dans la chambre de Sa Majesté Louis XIV, il se retirait vers une fenêtre, étouffait sa voix le plus qu’il pouvait en faisant les grimaces de l’aboiement. S’il avait été toujours sous les yeux de Louis XIV, le prince n’eût-il pas guéri ? » ajoute le judicieux Pinel. Quel rapport la raison huma'ine peut-elle établir entre le fils du grand Condé et le besoin irrésistible d’aboiement ?

Le besoin de ressentir des impressions paires, l’une à droite, l’autre à gauche, qui porte l’idiot à rechercher la répétition de sensations même douloureuses, dont M. Belhomme a donné un exemple que j’ai cité page 126, et que j’ai observé aussi plusieurs fois, a des analogues

(1) V. Traité de l'aliénation mentale, de Pinel, Paris, 1809, in-8.

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dans le premier âge. De un et à deux ans, et quelquefois plus tard encore, les enfants recherchent ce mode de sensation, qu’expliquejusqu’à un certain point le dualisme de tous les organes perceptifs de l’homme. Peut-être même la sensation, à cet âge, n’est-elle perçue entière par le cerveau que quand elle y est portée simultanément par les organes de transmission placés des deux côtés du corps ; peut-être enfln l'habitude seule nous donne-t-elle une perception complète des sensations qu’un seul côté de nos organes a reçues pour les porter au cerveau ?...

Dans tous ces cas et dans beaucoup d’autres analogues, le raisonnement est impuissant à fournir une explication satisfaisante, et le mieux est de s’abstenir de commentaires ou ridicules ou dangereux. L’essentiel sur ce point, comme sur nombre d’autres, est de constater l'anomalie physiologique, et de lui opposer des habitudes tellement normales, tellement régulières, tellement assidues, que l’anomalie des fonctions cesse ipso facto , faute de temps et d’organes libres et inoccupés; c’est ce dont je traiterai dans la troisième partie qui a pour objet de l’éducation physiologique.

§ XIV. — Résumé des symptômes physiologiques de l’Idiotie.

Ce qui frappe tout d’abord dans l’étude des symptômes physiologique de l’idiotie, c’est que s’ils ne sont pas tous et concurremment des symptômes nécessaires, chaque cas d’idiotie en présente toujours un ou plusieurs ; ensuite on est étonné de voir que bon nombre de ces symptômes, les plus graves surtout, ceux qui révèlent les désordres nerveux les plus manifestes et les plus profonds, ne' se rencontrent que dans l’idiotie seule. On peut donc encore, et pour les besoins du diagnostic, diviser les symptômes physiologiques ea deux classes, ceux qui sont exclusivement propres à l’idiotie, et ceux qui se présentent dans divers autres cas pathologiques. En procédant de cette sorte, on trouve que la viduité du regard et l’incapacité de regarder avec-précision, l’excès de sensibilité partielle, les mouvements mécaniques le balancement et la tituba-

DE L’IDIOTIE

tion, l’incapacité de mouvoir au gré de la volonté certains appareils moteurs non paralysés, sont les symptômes exclusifs de l'idiotie ; tandis que le mutisme, la non-audition, l'insensibilité locale ou générale, le relâchement des sphincters, les dépravations du goût et de l'odorat, l’atonie ou l’excès d’irritabilité générale, les désordres des fonctions organiques et sécréfives ne sont pas des symptômes essentiels à l’idiotie, mais lui sont cependant fréquemment accessoires.

Tels sont, je ne dirai pas tous les symptômes physiologiques de l’idiotie, mais les plus remarquables, ceux qu’il m’a été donné jusqu’à ce moment de bien observer, ceux enfin, d’après lesquels on peut dès à présent distinguer l’idiotie des infirmités analogues, et essayer de fonder une classification positive des idiots au point de vue physiologique. En se plaçant à ce point de vue, l’idiotie devient le sujet d’une science aussi positive qu’aucune autre; tandis qu’envisagée psychologiquement, toute classification vient sc briser contre les théories opposées des matérialistes, des spiritualistes des sceptiques, des nihilistes même, s’il en est. Tandis que l’état psychologique d’un idiot à un moment donné, dépend moins de son infirmité primitive que des conditions morales dans lesquelles on l’a relégué, du plus ou du moins de culture intellectuelle, et de sentiments affectueux qu’il a trouvés dans sa famille, du plus ou du moins de mauvais traitements et de brutalité de ses gardiens, du plus ou du moins de solitude dans lequel il a été tenu loin des hommes et des choses; tandis que l’état psychologique varie d’un sujet à l’autre, autant que peuvent varier les circonstances morales et intellectuelles ; en d’autres termes, tandis que sur dix mille idiots au même degré, les conditions morales et intellectuelles établissent à coup sûr autant de degrés de développement psychologique (autant de genres d’idiotie, par conséquent, au dire des docteurs qui fondent leurs genres d’idiotie sur le degré d’intelligence), tandis que tout est confusion pour ceux qui s’obstinent à prendre l’état psychologique pour critérium du diagnostic de l’idiotie; observez les anomalies de fonction, récapitulez les inca-

SYMPTOMES PHYSIOLOGIQUES

pacités physiologiques dont un sujet est atteint, et vous trouverez à coup sûr pour tous (sauf un petit nombre d’individus par 'trop et depuis trop longtemps opprimés par l’isolement et la violence), des termes scientifiques précis, communs, invariables de comparaison : termes scientifiques, car ils sont assis sur une science positive, la physiologie; termes précis, car chaque fonction a ses organes et son but d’activité; termes communs, car personne ne nie les fonctions de l’organisme humain, comme on nie l’âme, l’esprit, la dualité, la trinité, les atomes, etc.... termes invariables, car l’homme cessera d’être homme et l’idiotie n’existera pas plus que ce génie, quand les organes n’auront plus de fonction.

Mais s’il ne nous a pas plu de suivre les médecins prétendus spécialistes dans leur appréciation de l’idiotie, fondée sur le plus ou moins d'intelligence des idiots, ce n’est pas une raison pour que nous ne nous occupions pas en leur lieu des symptômes psychologiques de l’idiotie; seulement nous avons pris la liberté de les reléguer au second rang.

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