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CHAPITRE XIV

Des causes de l’Idiotie.

Si l’on entend par cause un phénomène qui en précède toujours inévitablement un autre, nous ne connaissons aucune cause à l’idiotie proprement dite; mais nous connaissons plusieurs phénomènes que l’on doit reconnaître comme causes de l’idiotie, puisqu’elle leur est fréquemment consécutive.

Ces causes sont les suivantes.

1° Le crétinisme ;

2° La lymphatisation des races ;

3° Les affections cérébrales héréditaires ;

4° Les dégénérescences d’organes essentiels à l’économie, lorsque ces dégénérescences se produisent dès la naissance, et sont de nature à réagir sur le développement des appareils nerveux.

1° Il n’est plus permis aujourd’hui de confondre le crétinisme avec l’idiotie; et il est démontré, pour quiconque

DE L’IDIOTIE

sait lire, par les travaux de Fodéré et par les miens, que le crétinisme, loin d’être la même chose que l’idiotie, en est une des causes possibles. Seulement j’ai cru devoir insister sur ce fait, (et je le rappelle icijparce que c’est le fait capital, que le crétinisme n’affecte d'idiotie que les sujets qu’il saisit au berceau, frappant d’imbécillité ceux qu’il atteint plus tard, et épargnant complètement l’intelligence et les aptitudes des adultes, qu’il stigmatise d’ailleurs postérieurement à la puberté de son signe redouté. Donc, pour les enfants à la mamelle, le crétinisme est et demeure une cause non contestée d’idiotie.

2° Dans les pays bas, dont le sol est coupé de canaux, sillonné d’eaux stagnantes, situé au niveau et au-dessous du niveau de la mer, l’état hygrométrique de la température, joint à un régime alimentaire peu nourrissant pour les masses, et à l’abus général des spiritueux, opère, par degrés, et de génération en génération, une prédominance des sucs blancs et du tissu cellulaire sur les systèmes sanguin et musculaire, prédominance qui conslitue à la longue une véritable dégénérescence des individus. Arrivée à un certain degré dans les générations, cette dégénérescence se déclare dès la naissance, réagit immédiatement sur le développement des appareils de l’innervation, frappe l’enfant d’inertie avant qu’il ait agi, d’inintelligence avant qu’il ait pensé, d’idiotise enfin. Sauf le goitre, qui esta peu près inconnu dans cette espèce, les sujets idiotisés par lymphatisation, ont la plus grande analogie avec les crétins; la scrofule, le rachis aggravent cette dégénérescence, qui ne produit que des créatures inertes, courtes, massives, adipeuses et très-difficiles à traiter avec succès, au moins là où elles sont nées. C’est particulièrement dans les Flandres, le Ilainaut, la Hollande et quelques contrées de l’Ecosse et de l’Angleterre, que l’on rencontre cette variété d’idiots ; mais on en peut observer également dans les vallées de notre pays, le long des cours profonds et stagnants de nos rivières, particulièrement lorsque ces sites sont surm . ’s, du côté du midi, de

hautes collines boisées qui les privent de lumière, et les laissent baignées dans une vapeur humide et constante.

DES CAUSES

Comme l’idiotie, produite par le crétinisme, celle-ci demande, avant tout traitement moral et pédagogique, un changement absolu de séjour et régime. Vainement tenterait-on d’instruire ces malheureux, que l’on pourrait qualifier comme je l’ai proposé plus haut de crétins des Pays bas ; si l’air qu’ils respirent, l’atmosphère qui pèse sur eux continuaient leur action délétère sur les tissus. Pour eux, respirer l’air vif des montagnes, gravir des pentes rapides, dorées par le soleil levant, manger sous un petit volume des aliments substantiels entre deux séries d’exercices fatigants qui stimulentles organes, tel est le point de départ de toute amélioration. Avec eux, point d’excitants à redouter, point de crises nerveuses à prévoir ; tous les stimulants sont bons, pourvu qu’on les administre à des doses telles qu’on puisse les employer comme régime et non accidentellement.

Pour ce motif, et pour d’autres encore, il est utile de discerner cette variété d’idiotie de celles qui reconnaissent d’autres causes ; car, si la lymphatisation des races tient au climat plus encore qu’au régime, les races ne sont plus de nos jours tellement immobilisées au sol, que l’on ne puisse rencontrer à Paris, à Vienne, à Berlin, des individus résultant de cette dégénérescence qui tire son origine de constitutions atmosphériques très éloignées : c’est à l’observateur à la reconnaître là où elle se trouve.

Du reste, ne nous plaignons pas de cette mobilité des individus au temps où nous vivons ; car, si elle rend le diagnostic de l’idiotie plus difficile, elle facilite les croisements des races, qui semblent se faire un peu au hasard dans l’espèce humaine, tandis qu’on soumet cette fonction aux principes d’une science qui donne déjà des résultats rigoureux pour des espèces de beaucoup inférieures à l’homme.

Autrefois les races se mêlaient dans des rapports utiles, et semblaient irrésisliblement attirées l’une vers l’autre sous les prétextes les plus sauvages; les barbares se jetaient du Nord sur le Midi, les chrétiens d’Occident sur les races usées de l’Orient ; et tout récemment les Espagnols, ces hardis planteurs d’hommes au xvie siècle, semblaient

DE L’IDIOTIE

s’être donné la tâche de rajeunir les deux hémisphères. Dans les Pays-Bas, on voit encore de nos jours, particulièrement à Bruges, des types de ce croisement, qui sont d’une beauté parfaite, et semblent défier le lymphatisme qui opprime le reste du pays : en considérant ces splendides produits, on conçoit et on justifie presque les immenses violences qui se font de temps à autre de peuple à peuple, de race à race. Ces luttes sanglantes, comme celles qui précèdent les amours des rois du désert, ont donné de magnifiques résultats ; et si, comme il est permis de l’espérer, elles cessent, pour faire place à des rapports plus pacifiques, on est tenté de se demander avec effroi quel procédé nouveau remplacera leur action bienfaisante ? Sera-ce le hasard? je ne m’y fie pas ; le commerce? Il ne met pas encore sur pied les masses les mieux douées ; la locomotion? qui sait ce qui sortira de cette nouvelle boile de Pandore ? La science ? elle n’est pas encore en mesure de remplacer, dans cette tâche, ce providentiel don Juan et ce féroce duc d’Albe, qui disaient à leur manière comme les Croisés : Dieu le veut.

3° L’influence de l’hérédité dans la production de l’idiotie devant être l’objet d’une attention particulière^ je réserve tout ce que j’ai à en dire pour la partie de l’hygiène afin de ne pas scinder mon sujet.

4° Les dégénérescences d’organes essentiels à l’économie. lorsque ces dégénérescences se produisent dès la naissance, sont également causes d’idiotie. Il ne s’agit point des anomalies seulemenl extérieures et apparentes que peuvent présenter des organes essentiels, mais bien de ces anomalies graves qui affectent, avec la forme, le siège, le tissu d’un appareil complet de la vie organique, qui détruisent ses aptitudes fonctionnelles, en modifient ou diminuent profondément les fonctions qui sont liées au désordre du grand sympathique. Dans ce cas, les dégénérescences des poumons, du cœur, de l’estomac et des intestins se reconnaissent sans peine et c’est à elle que l’on doit s’en prendre de l’état particulier où se trouvent les appareils supérieurs de l’innervention : stimuler ces derniers appa-

DES CAUSES

reils, les provoquer à l’activité, à la pensée, alors que les désordres des fonctions du poumon, du coeur, de l’estomac, des intestins sont manifestement idiopathiques, ce serait de la barbarie en pure perte ; l’état morbide de ces viscères doit fixer l’attention d’abord; et, si la médecine ordinaire se reconnait impuiséante sur ce point, elle doit, à plus forte raison, -s’abstenir sur l’autre.

, Le rachitisme, ou dégénérescence du système osseux, passe également pour produire l’idiotie. Je n’ai jamais vu d’exemple qui pût me convertir à cette opinion ; car, bien que nombre d’idiots soient rachitiques, j’ai toujours reconnu, chez ceux que j’ai vus ainsi affectés de ces deux infirmités réunies, une autre cause certaine ou probable d’idiotie. C’est, je ne crains pas de l’affirmer, sur de nombreuses observations que je me fonde pour classer le rachitisme parmi les maladies et les infirmités accessoires à l’idiotie et pour le. retrancher des causes de l’idiotie parmi lesquelles on a eu tort de le confondre.

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