CIRCONSTANCES
l’ordre d’importance, ou mieux de probabilité qu’elles ont pour moi.
L’idiotie profonde, comme l’idiotie superficielle, dégagée de toutes infirmités ou maladies accessoires, et quand elles ne reconnaissent pas pour cause, une des influences que j’ai spécifiées dans le chapitre précédent, ont été attribuées par les parents aux circonstances suivantes :
1° A des commotions profondes et soudaines de la mère, pendant la gestation. C’est surtout dans les grandes villes, dans les centres brûlants et passionnés de la civilisation que cette circonstance précède souvent l’idiotie. Que de fois, dans la limite trop restreinte de ma pratique , n’ai-j e pas reçu à cet égard, des confidences que je ne dois rélever que delafaçonlaplusgénérale : unefemme enceinte apprend la fuite de son mari, par suite de mauvaises affaires; elle accouche d’un enfant idiot. Une autre sait que son mari est exposé au feu de nos guerres civiles (1831), et reste trois jours sans savoir de ses nouvelles ; son enfant est idiot. Une autre, traînée par les cheveux, échappe avec peine à la colère qui la poursuit; elle accouche d’un enfant idiot. Une autre lutte avec succès contre le désespoir de son mari; mais, si elle arrache son époux à la mort, elle reconnaît que son enfant est frappé d’idiotie, etc., etc. Crainte, terreur, violence, jalousie, colère, honte, effroi, toutes les impressions violentes de l’âme, soit soudaines, soit durables, semblent réagir sur l’état du foetus, et communiquer au système nerveux embryonaire une surexcitation qui en altère quelquefois la texture, la forme, le volume, la densité, et détruit toujours une partie de ses aptitudes physiologiques. Certes, l’on voit des femmes qui mettent au monde un enfant parfaitement sain, capable et bien conformé, après avoir éprouvé les commotions morales les plus violentes, je le sais, j’en ai vu ; et il suffit que cela arrive, pour que les commotions morales de la mère ne soient pas acceptées comme une cause inévitable d’idiotie ; mais, ce qu’on ne saurait dire encore aujourd’hui, c’est quand et comment ces commotions morales de la mère sont ou ne sont pas funestes à son fruit. Or, tant que la question sera indécise, tant qu’on ne saura pas si les
Séguin, Éducation des idiots. 9
DE L’IDIOTIE
émotions de cette nature affectent l’état nerveux de l’enfant dans certaines conditions relatives, soit à Lui, soit à la mère, soit à l’époque de la gestation où ces émotions sont éprouvées, tant qu’on ne sera pas plus éclairé qu’on ne l’est aujourd’hui sur cette question, on ne pourra pas dire que les impressions fâcheuses reçues par la mère, soient une cause nécessaire d’idiotie pour l’enfant ; mais on devra dire, qu’il y a les plus grandes chances pour qu’un enfant naisse idiot, quand sa mère a été profondément et douloureusement affectée durant la gestation ; on devra le dire (non à la mère, qui subit presque toujours ces impressions passivement), mais au père, mais aux parents, mais aux amis de la jeune femme, qu’il s’agit de ménager pour elle-même, pour son enfant, au nom de l’humanité.
2° L’abus des spiritueux durant la gestation. Quelques mères ont reconnu qu’elles avaient usé des alcools avec une véritable frénésie pendant cette période ; les unes buvaient un petit verre d’eau-de-vie toutes les cinq ou dix minutes ; d’autres avalaient presque d’un trait une bouteille de rhum, ou d’anisette, ou de kirsch, etc., etc... Presque toutes ont ajouté qu’elles éprouvaient alors un plaisir maladif, une sorte de contraction voluptueuse dans les régions qui avoisinent le séjour momentané de leur enfant ; et toutes, que ces excès ne leur apportaient d’ailleurs aucun des symptômes de l’ivresse.
3° Par contre, quelques femmes ont prétendu que leur mari était dans un état d’ébriété prononcée au moment de la conception ; et je dirai à cet égard, que l’on aurait tort de se fonder sur l’opinion de Saussure, pour affirmer que la mauvaise nourriture, l’ivrognerie et la débauche n’ont pas d’action sur l’idiosisation des races. Ges influences doivent être, tout au moins jusqu’à plus ample informé, considérées comme suspectes, et comme telles évitées avec le plus grand soin.
4° Un certain nombre d’autres mères ont cru pouvoir accuser la circonstance menstruelle dans laquelle elles se