CHAPITRE XVI
Causes aggravantes de l’Idiotie.
Encore si l’idiotie n’était que ce que la nature ingrate l’a faite ! Si l’enfant mal-né recevait, dans la limite de ses aptitudes, cette part de culture sans laquelle les enfants les mieux doués n’arriveraient jamais à la dignité d’homme ! mais il s’en faut qu’un secours si commun, si vulgaire, et plus nécessaire à eux qu’à tous autres leur soit prodigué :
DE L’IDIOTIE
pour eux nulle prévoyance charitable, nulle affection éclairée, nul plan d’éducation, nul programme de traitement. Soit que la providence les ait placés sur le sein d’une mère affectueuse et sympathique à leur infortune, soit qu’elle les ait jetés sur les bras d’une famille besogneuse ou indifférente, qu’onles vêtisse de cachemireou de haillons, lamême incurie, froide ici, là caressante, les attend pour les ensevelir tout vifs dans le linceul de l’ignorance et de l’inaction : d’un côté, on ne leur laissera rien à désirer, rien à penser, rien à faire, et passifs devant tant de prévenaces, ils continueront de trainer une existence automatique ; de l’autre, ils seront privés de tous aides, de toutesjoies, de tous excitants de l’action et de la pensée, et ils s’éteindront dans l’impuissance de voir, de sentir, d’aimer, de vivre enfin.
L’idiotie est aggravée par tout ce qu’on aurait pu faire, et par tout ce qu’on n’a pas fait pour la diminuer ou la faire disparaître.
L’idiotie livrée à elle-même s’aggrave dans ses symptômes, et continue d’altérer la constitution même du sujet quand elle a pour cause une dégénérescence d’organes essentiels, quand elle est la conséquence du crétinisme, de la lymphatisation des races, toutes les fois enfin qu’elle provient d’une cause qui continue d’agir sympathiquement sur l’état nerveux: cause sur laquelle la dégénérescence du système nerveux réagit à son tour, jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Dans tous les autres cas, l’incurie aggrave l’état d’un idiot en ce sens qu’idiot curable à trois, cinq, sept, dix ans, il continue d’être idiot, et qu’en outre il cesse, complètement ou en partie, d'être curable dans un âge plus avancé. D’ailleurs l’idiot livré à ses instincts, à son inertie, à ses désordres nerveux, à ses habitudes salaces, repoussantes et malsaines, ne tarde pas à vieillir, meurt d’ordinaire avant trente ans; et n’est-ce pas la pire aggravation d’un mal, celle qui fait de la jeunesse une décrépitude, celle qui mène rapidement et douloureusement du lit au tombeau?
Et qu’on ne croie pas qu’il en est ainsi seulement parce que les parents manquent de cœur ou d’instruction. Tout le monde est pour ainsi dire complice dans ce stupide com-