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CHAPITRE XVIII

Diagnostic de l’idiotie et des anomalies qui ont été confondues avec l’idiotie.

Avant de traiter un sujet, il importe de connaître le mal dont il est affecté ; et, spécialement ici, cette assertion est fondamentale lorsqu’il s’agit d’un enfant réputé idiot. Nous avons vu plus haut, en effet, combien cette malheureuse dénomination était donnée ou refusée à tort et à travers par les hommes qui passent, pour les plus compétents ; on ne sera donc pas étonné de me voir insister sur ce point essentiel du diagnostic de l’idiotie, et des maladies ou infirmités qui peuvent être confondues avec cette affection. Pour moi, je croirai avoir rendu un véritable service, si je parviens à faire accomplir quelques progrès de précision au diagnostic de l’idiotie, diagnostic sur lequel le traitement(toujours commun pour le fond) doit être basé, si l’on veut reconnaitre les agents qui peuven-t être mis en avant les premiers, et ceux qu’il faut employer en plus grand nombre, ou de préférence.

§ I. — Diagnostic de l’Idiotie.

Si le praticien le plus consommé se garde avec soin de former son opinion au sujet d’un malade ordinaire avant d’avoir consulté les personnes qui entourent son client sur les circonstances présentes, précédentes, et même sur celles qui peuvent être de beaucoup antérieures au mal, combien celui qui traite de l'idiotie et de ses analogues ne doit-il pas sonder plus scrupuleusement la conscience et la mémoire des personnes qui ont vu naître et grandir l’enfant réputé idiot? Car, je le répète, bien que l’idiotie ait des symptômes particuliers qui la constituent à l’état d’infirmité propre, cependant ses symptômes d’un moment sont

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tellement variables, ils sont quelquefois si vagues et si obscurs, d’autres fois si enchevêtrés à d’autres qui annoncent la présence d’une infirmité consécutive à l’idiotie, ou qui la précédé, ou aux symptômes d’états pathologiques accessoires ; de plus, certaines maladies mentales, et la démence plus que toute autre, affectent si souvent les apparences de l’idiotie, que l’on ne doit pas se priver volontairement d’un des plus sûrs moyens de reconnailre l’idiotie de l’imbécillité, de la démence, etc., etc...

G’est précisément pour faciliter le diagnostic de l’idiotie qu’Esquirol dit expressément ; « Mais il est des individus qui paraissent privés de sensibilité et d’intelligence, qui sont sans idées, sans parole, sans mouvements; qui restent où on les pose, qu’il faut habiller, nourrir à la cuiller; ne sont-ce point des idiots? non, sans doute. Ce ne sont point les symptômes actuels, ce n’est point une époque seule d’une maladie qui peuvent en donner l’idée abstraite; il faut, au contraire voir, étudier cette maladie dans toutes ses périodes, chacune devant fournir quelque trait à son diagnostic. » On ne saurait trop souvent répéter cette formule du maitre.

Donc, le plus sûr moyen de reconnaître si l’enfant est idiot ou imbécile, etc..., c’est de consulter sa famille sur l’époque d’invasion du mal. Si le praticien a affaire à des personnes éclairées et de bonne foi, il sait de suite à quoi s’en tenir, et groupe les symptômes présentement apparents autour des indications précédemment acquises par les parents, et il peut asseoir son jugement définitif sur l’ensemble des symptômes passés et actuels. Mais quelquefois, et c’est même ce qui arrive le plus souvent, il parle à des gens ou prévenus, ou ignorants, ou honteux, qui craignent de dire la vérité ; et toute son adresse ne suffit pas à la leur arracher. Dès que le praticien peut pressentir la difficulté qu’il aurait à rencontrer pour résoudre cette question préjudicielle, il doit paraitre reporter son attention sur un autre sujet; et par exemple, faire peser ses interrogations sur les conv ïs’ons que l’enfant a dû éprouver dans le bas-âge, les spasmes, les contractions nerveuses de la face et des mains à la môme époque, le

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mauvais lait fourni par la nourrice, etc., etc... Souvent il obtiendra ainsi un aveu précieux, en permettant à une famille de substituer tout d’abord une cause évidemment fausse à la vraie cause de l’idiotie : de cette manière, l’observateur ignorera peut-être longtemps, peut-être toujours, la vraie cause, mais il obtiendra l’aveu le plus important à la constatation du fait même, à savoir l’époque de l’invasion du mal . c’est l’essentiel pour le moment.

Parmi les questions les plus concluantes à faire sur ce chef aux familles, sont les suivantes :

L’enfant pouvait-il ou non porter sa tète, lever les bras, regarder, écouter, sourire à la gaieté d’autrui ? et autres analogues.

Sa succion était-elle normale ?

La parole s’est-elle produite, et quand ? à quelle époque, à quelle occasion, a-t-elle cessé ?

Quand l’enfant a-t-il commencé à tenir quelque chose ‘dans sa main, à se tenir debout, à marcher, et comment marchait-il de un à trois ou quatre ans ?

A-t-il eu des convulsions, une fièvre typhoïde ou cérébrale, des accès nerveux, épileptiformes, une hémiplégie commençante et qui ait disparu depuis ?, etc

A quelle époque a commencé la dentition et quelle marche a-t-elle suivie ?

A-t-il eu plus d’activité et montré plus d’intelligence et de mémoire, qu’il n’en accuse au moment de l’observation : à quel âge a commencé la période croissante ou décroissante de l’intelligence ?

Si les réponses à toutes ces questions que je présente comme spécimen de beaucoup d’autres, et qu’il faut varier selon les lieux, les circonstances et les personnes; si ces réponses accusent un état congénial dans le sens sus-défini, s’il ressort de l’ensemble de ces réponses que l’affection du système nerveux, existait dès la naissance, ou s’est produite pendant l’allaitement, soit d’elle-même, en vertu de l’état primitif des appareils nerveux, soit consécutivement â une cause chronique ou aiguë, on ne doit pas hésiter à ramener les chefs de son observalion dans la série des symptômes propres à l’idiotie.

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§ II. — Dignostic de l’Idiotie profonde.

Une fois ces renseignement obtenus, on arrête d’abord son observation sur les phénomènes propres à l’idiotie profonde. L’état du crâne doit être ici le premier point de comparaison de l’observateur. Sans se laisser influencer par les théories plus ou moins ingénieuses, il doit palper le crâne dans tous les sens, interroger du doigt la contexture le plus intime de la boite osseuse; et, pénétrant par un tact délicat jusqu’au-delà du cuir chevelu, pressentir et presque deviner les sutures et les nodosités, les fontanelles béantes ou fermées, peser et mesurer de l’œil et de la main, les masses importantes que le crâne revêt, dérobe et dissimule trop souvent; établir enfin dans son esprit une sorte d’équation de ces masses nerveuses, et se demander s’il a sous la main une puissance intellectuelle, ou un instrument perceptif et spontané incomplet. Ici sans doute, l'hésitation est posible, légitime même, j’en suis conveuu; mais alors que ce symptôme hypothétique fait évidemment défaut, alors, qu’on est refoulé dans le doute par la mystérieuse apparence dont s’environne cette première pièce de conviction, est-on pour cela privé des moyens rigoureux de démonstration de l’idiotie ? Ce n’est pas mon avis.

Si les lésions ou affections profondes de la pulpe cérébrale se dérobent sous un crâne d’une beauté trompeuse, ou d’une forme pauvre et indécise, la fonction, cette œuvre à laquelle on reconnaît Youvrier, la fonction ne trompe pas; et c’est à elle, qui est manifeste, que l’on soit demander le secret de ce qui est caché : mais comme les fonctions de l’encéphale sont nombreuses, et comme en outre l’idiotie superficielle, l’imbécillité, et un simple degré de retard dans le développement produisent des anomalies infinies dans les fonctions nerveuses, il faut interroger d’abord et surtout celles de ces fonctions qui représentent le mieux l’équilibre dans les masses nerveuses, je veux dire les fonctions de la motilité.

Toute lésion ou affection profonde et originelle des masses nerveuses, et principalement du cervelet et de la moelle allongée, amène à sa suite un manque d’équilibre

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dans la station, la marche, les mouvements alternatifs et coordonnés. Cette lésion signale également sa présence par des mouvements mécaniques des extrémités des membres supérieurs; aussi, les désordres de cette fonction sont-ils toujours et à coup sûr les symptômes, sur lesquels on peut fonder son opinion relativement à l’idiotie profonde ou superficielle avec le plus de probabilité. Ainsi, ce sera surtout dans les cas où l’état des masses cérébrales, n’a pas laissé d’empreintes ou n’en a laissé que de douteuses sur le crâne que l’on devra le plus s'attacher à reconnaître la gravité de ces désordres. Ils portent comme on le voit sur l’ensemble des mouvements dans la marche, la station, etc..., sur certains mouvements coordonnés et partiels, et sur certains mouvements mécaniques connus, l’agitation des doigts, le besoin de les frotter les uns contre les autres ou sur certains corps rugueux ou polis; ces caractères sont plus que tous les autres exclusivement assignables à l’idiotie profonde.

§ III. — Diagnostic de l’Idiotie superficielle.

J’ai dit combien il était difficile de diagnostiquer l’idiotie profonde de l’idiotie superficielle; et de plus, je n’ai pas hésité à reconnaître que, dans nombre de cas, où l’idiotie superficielle réagit (par la longue inaction des ramifications nerveuses), sur l’état même du cerveau, ce dernier participe consécutivement à l’asthénie générale et reste dans l’incapacité. Il estbien évident que, dans ce cas surtout, il faut du temps et même la pratique d’un commencement de traitement d’observation, pour prendre une idée exacte de l’état vrai des masses nerveuses mais, dans le cas où l’idiotie superficielle n’a pas réagi sur les masses nerveuses, on la reconnait : 1° à ce que la marche n’est point ou presque point affectée; 2° à ce que les mouvements mécaniques sont presque nuis, et réduits à la succion ou à la mordition chez les sujets lymphatiques, et à quelques mouvements spasmodiques accidentels chez les sujets d’une grande activité et sanguins ; 3° à ce que les sphincters ne sont pas réduits à l’incapacité de se con-

tracter; car la non-contraction des sphincters, et en particulier de ceux de la bouche, la déperdition involontaire de la salive, sont encore les signes à peu près certains de la présence d’une affection grave des masses nerveuses supérieures; 4° à ce qif enfin, dans l’état d’inattention ou d’insensibilité apparentes qui caractérise alors la plupart des appareils nerveux excentriques, un ou plusieurs de ces appareils sont restés comme intacts au milieu du désordre général. Ainsi, les appareils nerveux qui président aux mouvements ont conservé presque toute leur précision et toute leur activité, comme j’ai déjà eu occasion de le faire remarquer plus haut; ainsi encore, si les nerfs qui président à la parole sont lésés, ceux du goût et de l’odorat, ont le plus souvent conservé toute leur finesse de perception; si le regard est vague, l’ouïe est délicate, et si l’ouïe entend sans écouter, et quand bien même cette incapacité affecterait toutes les apparences de la surdité, alors le regard serait moins vague, plus facile à diriger au gré de l’enfant ou de la personne qui voudrait attirer l’attention de ce sens. En somme, et c’est là le signe caractéristique de cette affection, dans l’idiotie superficielle, il est rare que, parmi tous les désordres que je signale, on ne rencontre pas un ou plusieurs appareils nerveux, qui fonctionnent régulièrement, et soient restés dans des rapports normaux avec le cerveau. Cet état particulier ne tarde pas à se manifester, quand on étudie un sujet avec quelque suite et beaucoup d’attention; c’est ainsi que l’on trouve des idiots chez lesquels les symptômes de l’idiotie paraissent formidables au premier aspect, et dans lesquels on ne tardera pas à reconnaître que, au milieu d’un désordre des appareils nerveux qui semble général et profond, certains de ses organes sensoriels sont parfaitement sains, capables de transmettre des impressions positives au cerveau, et capables aussi virtuellement d’en recevoir les impulsions volontaires (1). C’est alors, que l’on peut avec certitude diagnostiquer le genre d’idio. tie auquel on a affaire. Si le cerveau reçoit les impressions de ce sens unique avec précision; s’il les compare,

(1) Voir 4e partie, 12° observation.

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les juge, les préfère, les évite, les recherche, en apprécie les conséquences internes ou externes, fût-ce lentement, fût- ce en petit nombre, il po-urra bien y avoir un état de torpeur et d’inaction dans les masses cérébrales, état résultant de l’inactivité antérieure de cet organe; mais, à coup sûr les ramifications nerveuses seront seules primitivement affectées, et l’idiotie, superficielle en fait, disparaîtra avec la cause qui l’a produite, c’est-à-dire, quand les appareils de l’innervation auront été tous mis de concert avec les modificateurs externes et le cerveau, par des exercices savamment précisés et gradués.

§ IV. — Diagnostic de l’idiotie consécutive au crétinisme, aux scrofules, au lymphatisme, etc.

Lorsque l’idiotie, c’est-à-dire l’affection de tout ou partie des masses nerveuses, ou des appareils nerveux qui président à la vie de relation est, non plus primitive, c’està-dire, ne relevant que d’elle-même ou idiopathique, mais lorsqu’elle est consécutive à un état particulier de certain g appareils, et notamment lorsqu’elle est consécutive au crétinisme, on la reconnaît aux signes suivants : S’il arrive que le praticien pense avoir à traiter un sujet de cette sorte, il doit interroger la famille sur la marche des premiers symptômes ; car ici, au lieu d’un état primordial et stationnaire, il devra s’attendre à n’avoir devant les yeux que les symptômes présents d’un état progressif, ou qui a été progressif durant une période donnée, comme de trois à dix mois, de un an à quatre, cinq, etc... Négliger cette précaution, c’est se refuser un des moyens les plus sûrs de reconnaître précisément 1 état de l’enfant et d’asseoir la formule de son traitement ; car, même lorsque le goitre n’existe pas dans le crétinisme, cette infirmité emporte souvent avec elle des dégénérescences d’organes essentiels et d’appareils tout entiers, qui simulent l’idiotie produite par la prédominance du système lymphatique. Et, bien que je ne reconnaisse pas une grande différence entre le goitre et les scrofules, comme principe de l’idiotie, Fodéré Séguin, Éducation des idiots. 10

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n’étant pas de mon avis, et le sien devant prévaloir jusqu’à plus ample informé dans une question où il s’est mis à la tête du progrès, nous devons continuer à distinguer d'après lui, les sujets qui sont affectés d’idiotie ou d’imbécillité pour ces deux causes (qui n’en sont qu’une peut-être), causes dont une observation plus attentive des phénomènes fera certainementbientôt reconnaître ou les différences ou la similitude.

Quoi qu’il en soit, et jusqu’à ce que de nouvelles lumières luisent sur ce point encore inexploré, je signale comme pouvant aider à faire discerner de l’idiotie propre, l’idiotie consécutive au crétinisme et au lymphatisme, les caractères suivants : 1° que les désordres nerveux ont été s’aggravant au lieu d’être restés stationnaires ou d’avoir un peu diminué sous l’influence de la force que donne la croissance ; 2° que les tissus sont lâches et la peau froide, l’abdomen météorisé, que le crâne est plus aplati au sommet que dans aucun cas d’idiotie primitive, et ce, indépendamment de ses autres dépressions ou inégalités ; 3° que les cheveux sont extrêmement fins et rares, quelquefois absents par place, principalement sur le sommet de la tête dont les os sont manifestement très minces ou ramollis ; 4° que la succion remplace la mordition, que la langue est plus épaisse et plus rejetée au dehors, et sur le côté, que dans les cas d’idiotie idiopathique ; 5° enfin, que les tics nerveux sont presque nuis, et surtout que le sujet est tout entier plongé dans l’atonie.

§ V. — Diagnostic de l’incurabilité des idiots.

L’opinion, malheureusement accréditée, que l’idiotie est incurable est une opinion fausse. Elle doit le crédit dont elle jouit dans la science et dans le monde à des causes difficiles à déraciner, mais qui doivent être extirpées au plus tôt, car l’avenir de la question de l’idiotie en dépend. Ces causes sont : 1° l'incapacité des médecins en général sur ce sujet, par suite du manque d’études spéciales et par suite surtout du mode de visites qu’ils ont adopté, mode rapide qui leur interdit toute étude assidue,

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toute tentative de traitement moral par les moyens personnels; ils n’ont ni le temps ni l’habitude de cette sorte de médication ; c’est si tôt fait d’ailleurs, et si commode,, d’envoyer chez le pharmacien. 2° L’extrême susceptibilité des parents à l’endroit des habitudes de leur enfant, habitudes qu’il ne faut pas contrarier sous peine de voir l’idiot triste, chagrin, larmoyant même; on évite de le rendre malheureux, il est déjà si fort à plaindre qu’il ne faut ni le contrarier, ni le contraindre, ni l’assujettir à une règle : toutes recommandations que l’on a bien soin d’exprimer et de répéter chaque matin devant l’enfant, qui en fait son profit à sa manière, car s’il ne distingue pas le blanc du noir, il a toujours une merveilleuse intuition du degré d’ascendant qu’il exerce sur chaque personne. Dans ce cas, qui se présente si souvent, le plus admirable sentiment, le sentiment de l’amour maternel produit les plus tristes résultats, faute d’un peu de clairvoyance; car si la mère savait ! 3° Il arrive, par contre, qu’après avoir vive-

ment ressenti les émotions que produit la vue d’un idiot dans une famille, un père, une mère même, finissent par se familiariser avec ce malheur et par le considérer avec le stoïcisme qu’inspire un fait accompli; à ceux-là, si leur conscience ne parle pas plus haut que le fait brutal, je n’ai rien à leur dire, puisqu’ils ressentent leur infortune moins vivement que moi-même. 4° L’état de sainteté et d’impeccabilité, attribué au pauvre idiot par quelques personnes pieuses, les détourne de le faire traiter et instruire; parce que, dans leur opinion, s’il devenait plus intelligent il pourrait pécher, et perdre ainsi le bénéfice de la nature impeccable que Dieu lui a accordée en naissant ; perdre le ciel pour gagner un peu d’intelligence selon le monde, mieux vaut, au dire de certaines personnes, l’idiotie; et moi, je me hâte d’ajouter, non pas en mon nom, car je n’ai pas qualité pour parler dogme, mais de l’avis des théologiens éminents que j’ai consultés sur ce point : la doctrine quiétiste du laissez faire Vidiotie est anti-évangélique et réprouvée par tout ce que le christianisme compte de docteurs pieux et éclairés. Voilà réunis contre les idiots les quatre grands ennemis de toute amélioration :

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la routine des praticiens, la sensibilité des mères, l’indifférence de quelques parents, le préjugé religieux des personnes dont la Foi et la Charité ne sont pas éclairées par les véritables doctrines de l’Evangile. N en voilà-t-il pas plus qu’il ne faut pour faire ajourner indéfiniment l’Institution des idiots? Devant les mêmes préjugés, au sujet du mutisme, Pierre Pons a échoué ; Pereire est mort pauvre et dans l’oubli; après deux siècles passés en tentatives avortées, il a fallu à l’abbé de l’Epée pour réussir un décret de V Assemblée Nationale: c’est-à-dire une Révolution.

Et pourtant on peut instruire les idiots, on peut les rendre bons, actifs, intelligents, utiles jusqu’à un certain point, à leurs parents et même à la société.

Quels sont donc les idiots incurables?

Ce peuvent être d’une part, les idiots chez lesquels les masses nerveuses sont assez gravement affectées, pour que nulle impression, nulle spontanéité ne s’y puissent produire. Mais qui osera dire à priori, que tel sujet est affecté d’une pareille infirmité ? A quel signe la reconnaîtra-t-on cette incapacité absolue, irrémédiable? Ce peuvent être des microcéphales à un degré extrême, mais qui peut assurer aujourd’hui qu’il faut plus ou moins de 40 centimètres de tour de tête pour être capable d’éducation, d’instruction? Moi-même n’ai-je pas douté du succès, ayant à apprendre à parler, à lire, à écrire, à compter, à travailler à une idiote de quatorze ans, parce que son crâne ne mesurait pas plus de 45 centimètres dans sa plus grande circonférence r eh bien ! elle a appris à parler, à lire, à écrire, à compter, à travailler de ses mains en dix-huit mois; et son crâne mesure maintenant 49 centimètres, quatre de plus; la partie antérieure de son crâne s’est élevée, harmonisée, les dépressions ont presque partout disparu sous' l’influence d’un bon régime (1). Dans l’hydrocéphalie, non plus, les signes organopathiques ne peuvent rien apprendre sur le degré d’incurabilité des idiots, et si l'on veut savoir s’ils sont curables, on doit se donner la peine d’essayer de les guérir.

(1( Voir 4e partie, 7e observation.

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Regardera-t-on, en outre, comme incurables les cas où l’idiotie est compliquée d’affections accessoires tellement graves, que tous les moyens d’amélioration que je propose peuvent échouer? mais d’abord ces cas sont extrêmement rares.

Et encore ils ne sont pas encore spécifiés !

Et surtout quand on parviendrait à les spécifier, ce que je vais essayer de faire, ces cas d’incapacité ne sont pas absolus.

Ainsi :

Je considère comme pouvant être complètement incurables les enfants chez lesquels la myotilité est nulle, ceux qui ont une paralysie générale ou une hémiplégie totale ; mais non pas tous.

Je considère comme n’étant qu’incomplètement curables la plupart des enfants affectés d’hémiplégie incomplète, de chorée, d’épilepsie. Mais qui dira d’avance les quels ne peuvent guérir que partiellement?

Ainsi, loin de porter un arrêt défîntif en cette matière, je voudrais avoir mille voix pour crier :

Même dans les cas où la myotilité est abolie, on doit essayer de mon traitement ; faire subir à l’enfant une gymnastique passive, un traitement énergique, et l’on peut espérer de voir, comme je l’ai vu, les fonctions motrices se rétablir au moins partiellement et les autres progrès suivre celui-ci.

L’hémiplégie, la chorée, l’épilepsie, à tous leurs degrés, offrent dans l’enfance des caractères si variables, qu’il est impossible d’en traiter en quelques mots; mais si l’on considère que le caractère propre à toutes ces affections dans l’enfance est un état non stationnaire , qu’elles vont toutes s’amoindrissant ou s’aggravant, et quelquefois, passant plusieurs fois d’une progression croissante à une progression décroissante dans le cours de peu d’années, on sera porté à reconnaître que ces affections peuvent diminuer ou disparaître sous l’empire d’un régime et d’une gymnastique bien appropriés.

Là, d’ailleurs, n’est pas la question. La question est de savoir si, malgré les maladies accessoires dont l’idiotie

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est corroborée (et quand bien même ces maladies résisteraient au régime d’activité que je propose), on peut espérer de guérir l’idiotie? et je réponds : Oui, malgré les infirmités accessoires les plus graves, et quand bien même ces infirmités continueraient à subsister dans l’enfant, comme elles subsistent chez tant de gens. Malgré la chorée, l’hémiplégie, les crises épileptiformes, etc..., on doit s’occuper de l’éducation et du traitement moral des idiots, et on réussit presque toujours à améliorer leur condition, quelquefois même à faire disparaître complètement l’idiotie avec le mal accessoire.

Donc, ce n’est qu’après une longue et patiente pratique de ma méthode (en attendant qu’il s’en produise une autre) que l’on peut dire :

1° Si les masses cérébrales sont trop gravement affectées ;

2° Si le crâne est trop petit ;

3° Si la non-myotilité, la paralysie, l’hémiplégie, la chorée, l’épilepsie, offrent une résistance trop grande à tous les moyens d’action que je propose pour que l’idiotie soit curable. Donc il n’y a pas encore, Dieu merci, d’idiots incurables à 'priori.

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