DU SEXE
égal pour l’un et l’autre sexe; mais, dans ses conséquences, soit organiques, soit physiologiques, soit morales, elle emporte avec elle, à mon sens, des désordres consécutifs beaucoup plus graves chez les filles que chez les garçons.
Et voici pourquoi :
1° Les désordres du système nerveux, principe de l’idiotie, entraînant toujours après eux un ramollissement général des tissus, et du tissu musculaire en particulier, la femme chez laquelle le tissu musculaire est, à tempérament égal d’ailleurs, d’une fibre moins compacte que dans l’homme, et chez laquelle le tissu cellulaire tend à s’épanouir aux dépens du premier, subit davantage l’influence désorganisatrice de l’asthénie générale.
2° Par suite de ce premier désordre, les fonctions s’accomplissent plus difficilement, et l’inactivité des idiotes, arrivées sans culture à un certain âge est bien plus complète que celle de l’autre sexe.
3° Enfin, dans l’idiote, il ne reste plus delà femme, telle que Dieu l’a faite, que la femelle; et c’est à elle seule que peut encore s’appliquer l’antique définition : Propter solum uterum mulier est quod est. La femme, telle que l’a faite l’Evangile, est au-dessus de ce portrait, qui ressemblait sans doute à la Vénus Pa ndemos et à ses initiées, mais qui ne ressemble plus qu’aux malheureuses que l’on est obligé d’enfermer, quand on n’a pas, à temps, cherché à rallumer en elles le feu sacré de l’intelligence et de la moralité.
Par contre, l’on peutdire aussi, que dans une jeune idiote, on rencontre, à un plus haut degré que chez les jeunes idiots, deux véhicules puissants d’instruction et de progrès, la vanité et la coquetterie. Presque toutes, car je n’y connais pas d’exception pour ma part, sont susceptibles d’attention, d’activité, de patience, quandontouche habilement en elles ces cordes-là. Mais si lacoquetterie de toilette n’offre pas grands dangers, et si l’on peut en user presque sans inconvénient, l’autre, la vanité personnelle, côtoyé des penchants qu’il ne faut flatter qu’avec une circonspection extrême. Ladéli'catesse du sujet nemepermet pas ici d’écrire
DE L’IDIOTIE
unelettre initiale, encore moins un nom, mais je pourrais citer une jeune personne muette, perdue d’indolence, de malpropreté et d’habitudes solitaires, incapable d’un travail quelconque, sans culture aucune, que j’ai rendue à la société aidé en cela par la haute intelligence et le dévouement d'un jeune homme de sa famille, qui jouit doublement aujourd’hui, du prix de la bonne action à laquelle il a bien voulu concourir. Loin de moi, la pensée que l’on puisse espérer de rencontrer toujours d'aussi nobles auxiliaires du traitement moral que celui-là; àdes semblables moyens, les personnes et les circonstances opposent, la plupart du temps, un empêchement absolu. D’ailleurs, les besoins du traitement commandent rarement d’avoir secours à des auxiliaires aussi difficiles à diriger; mais puis-je laisser croire, que j’ai reculé, comme Itard (1), devant l’application d’une fonction physiologique à l’éducation physiologique des idiots?
Du reste, si l’idiotie doit être combattue plus énergiquement dans un sexe que dans l’autre, c’est surtout au traitement des jeunes gens du sexe masculin que l’on doit s'attacher. Dans les conditions sociales un peu inférieures, où nos lois et nos moeurs laissent encore les femmes chez nous, l'infériorité qui résulte pour elles de l’idiotie et de l’imbécillité a des conséquences bien moins graves que pour notre sexe ; c’est dans ce sens seul que, socialement parlant, l’idiotie m’a toujours paru avoir des conséquences plus graves pour un homme que pour une femme. On escompte tout de nos jours, le nom, la fortune, l’honneur d’un homme, inférieur à ses semblables sous le rapport de l’esprit, sont le point de mire des plus osés ; et les exemples ne sont pas loin, de grands noms et de grandes fortunes ravies, sous prétexte de mariage, à de malheureux jeunes gens qu’un état d’idiotie plus ou moins complet a livrés sans défense à une famille rapace d’une part, et de l’autre à des tribunaux peu éclairés : dépouillé de son nom, de sa fortune, de sa femme, qui n’était pour lui
(1) Deuxième rapport au ministre de l’intérieur sur les no.uveaux développements et l’état actuel du sauvage de l’Aveyron, 1807; Imprimerie impériale, page 85 et suivantes.