SES DIVISIONS
Après avoir dit (assertion pleine de sens, et qui doit demeurer comme un obstacle absolu à toute classification des idiots par nuances) :
« Depuis l’homme qui jouit des facultés sensitives et « intellectuelles, mais qui, faiblement organisé, est placé « dans le dernier rang de la vie intellectuelle et sociale, « il y a des degrés innombrables; qui pourrait signaler « et décrire toutes les nuances de dégradation qui sépa- « rent l’homme qui pense de l’idiot qui n’a pas même « d’instinct? »
Esquirol propose la classification suivante, mais il a soin de la présenter sous une forme dubitative qui donne la mesure du peu d’importance qu’il y attache. « Néanmoins, en étudiant les faits on peut classer les idiots en deux séries, dans lesquelles ils se groupent tous : dans la première, sont les imbéciles ; dans la seconde, les idiots proprement dits. Dans la première, l’organisation est plus ou moins parfaite, les facultés sensitives et intelletuelles sont plus développées; les imbéciles ont des sensations, des idées, de la mémoire, des affections, des passions et même des penchants, mais à un faible degré. Ils sentent, ils pensent, ils parlent, ils sont susceptibles de quelque éducation. Dans la seconde série, l’organisation est incomplète, les sens sont à peine ébauchés, la sensibilité, l’attention, la mémoire sont nulles ou presque nulles. Les idiots n’ont qu’un très petit nombre d’idées, limitées ainsi que leurs passions aux besoins instinctifs, qu’ils expriment par quelques gestes, par quelques mots, par quelques monosyllabes ou par des cris. La raison ne dirige point leurs actions, qui, peu nombreuses, se répètent par habitude ou par imitation. »
Ailleurs, Esquirol a donné encore incidemment une division en genres ou plutôt en degrés, fondée sur un seul symptôme, la parole.Voici comment s’exprime le maître à cet égard :
« La parole, cet attribut essentiel de l’homme qui lui a été donné pour exprimer sa pensée, la parole, étant le signe le plus constamment en rapport chez les idiots avec
DE L’IDIOTIE
la capacité intellectuelle, donne le caractère des principales variétés de l’idiotie.
« Dans le premier degré de l’imbécillité, la parole est libre et facile. Dans le second degré, la parole est moins facile, le vocabulaire plus circonscrit.
« Dans le premier degré de l’idiotie proprement dite, l’idiot n’a à son usage que des mots, des phrases très courtes.
« Les idiots du deuxième degré n’articulent que des monosyllabes ou quelques cris.
« Enfin dans le troisième degré de l’idiotie, il ni a ni parole, ni phrase, ni mots, ni monosyllabes. »
Il serait inutile de faire peser sur ce passage une critique sévère. La moindre pratique de l’idiotie montre combien peu cette division est en harmonie avec les faits. Nombre d’idiots très superficiellement affectes ne peuvent articuler aucun son, tandis que la plupart de ceux-là mêmes qu’Esquirol range dans la dernière catégorie prononcent des phrases, des mots ou tout au moins des monosyllabes répétés, comme le prouvent les monographies de Pinel et d’Esquirol lui-même.
« L’imbécillité. — Un état dans lequel les facultés ne se sont développées que jusqu’à un certain point, ce qui empêche les individus qui en sont atteints de s’élever au dégré de développement intellectuel auquel parviennent ceux qui, placés dans les mêmes conditions, ont le même âge, le même sexe et la même fortune. »
Tenons compte à M. Belhomme de la restriction qui suit immédiatement les lignes que je viens de transcrire : « 11 est fâcheux, dit-il, de changer d’expression pour dési- « gner les nuances d’une même maladie : le mot idiotie, « auquel on ajouterait l’épithète complète ou incomplète « ne suffirait-il pas? Cependant, comme le terme imbé - « cillité désigne bien l’impuissance de l’esprit qui empê- « client l’homme de pouvoir penser; je le conserverai « quoique à regret. » Puis, le même auteur s’étend sur les nuances d’imbécillité, depuis celles ou les facultés sont également bornées sans être atteintes de nullité, jusqu’à celles qui présentent une inégalité de lésion de Venten -