SES DIVISIONS
dement, « ils veulent et ne veulent pas, entendent et ne « peuvent suivre ce que l’on dit, rient quand il faut être « triste, fixent un objet sans le voir, etc. On a appelé cette « espèce fatuité. »
M. F. Dubois (d’Amiens) admet trois classes d’idiots (1).
Dans la première, il place ceux qui présentent le plus haut degré d’abrutissement, et sont réduits à l’automatisme, la seconde comprend les idiots qui ne possèdent que des instincts; enfin la troisième appartient à ceux qui offrent des instincts et des déterminations raisonnées. On voit que M. Dubois a eu soin de ne pas mêler l’imbécillité à l’idiotie.
M. Belhomme, auquel j’emprunte cette analyse des travaux de son confrère sur 1 idiotie, la fait suivre des réflexions suivantes, qui semblent son dernier mot en fait de division de l’idiotie par genres :
« Il est évident que ce cadre est trop rétréci et ne donne « pas toutes les nuances de l’idiotie. En effet, prenons la « première classe de M. Dubois (d’Amiens) ; dans celle-ci, « ,se rangeraient l’idiot complet et l’idiot incomplet. Le « premier n’a pas même le sentiment de sa conservation : « on est obligé de le nourrir, sinon il mourrait de faim ; « le second conserve encore le sentiment très-limité de « son existence, et mange comme une brute, et voilà tout.
« Il en sera de même pour les imbéciles. Il est une « nuance, celle dans laquelle l'individu n’obéit qu’à ses « instincts, au besoin des organes et à l’habitude; mais « il n’y a rien d’intellectuel. A un degré supérieur, il y a « quelque acte intellectuel ; l’imbécile est susceptible « d’actes manuels que l’éducation peut perfectionner. « Enfin le premier degré d’imbécillité est celui dans lequel « l’individu agit et raisonne comme tout le monde, est « éducable; mais ne peut arriver au degré de développe- « ment intellectuel auquel parviennent le commun des « hommes.
« Ces cinq catégories me paraissent donc essentielles « à admettre, et je maintiens encore aujourd’hui cette
(1) Mémoire de l’Académie royale de médecine , Paris, 1837, t. V, p. 553. '
DE L’IDIOTIE
« classification comme importante à l’explication de « l’idiotie.
« Il me paraît d’ailleurs nécessaire de bien limiter les « nuances où il y a des chances d’éducation, si l’on veut « fructueusement appliquer les principes du développe- « ment intellectuel, car ce serait en vain que l’on voudrait « faire naître ce qui n’existe pas. »
Que ne peut la force de l’exemple ! En voyant toutes ces distictions d’une métaphysique au moins estimable, et quelquefois transcendante, l’envie m’a pris de faire aussi ma division de l’idiotie, de classer aussi ma petite nuance entre ces nuances délicates qui signalent avec précision les idiots plus ou moins éducables ; mais je me suis demandé bientôt avec effroi jusqu’où pourrait aller cette manie des nuances. Esquirol en trouve deux; M. Dubois en reconnaît trois; M. Belhomme en discerne cinq; une seule petite entre chacune de ces dernières, une nuance bien douce, bien colorée, bien tirée au cordeau métaphysique, et en voilà neuf; et mon voisin qui me regarde faire, se hâte d’en intercaler d’autres à celles-ci, et cela ne finit plus, et l’idiotie devient la science la mieux divisée que je connaisse.
Aussi j’ai laissé la tâche à d’autres.