DE L’HABILLEMENT
proscrit comme absolument nuisible au développement de l’enfant.
Les bas et les souliers méritent aussi notre attention. Les bas peuvent être longs ou courts, mais qu’ils soient d'un accès commode, pour que l’enfant n’aie pas à lutter, en les mettant et en les ôtant, contre un frottement indéfini : de bonnes chaussettes suffissent aux besoins de sa santé et ne seront jamais un obstacle, comme les bas, à ce que l’enfant s’habille seul. Il faut avoir vu des idiots s’escrimer une heure à tirer et à retourner le long de leurs jambes des tubes de près d’un mètre de long, pour comprendre jusqu’à quel point peut être portée l’inintelligence des parents en fait de costume. Et pareillement, les bottines, avec leurs appareils d’œillets et de lacets qui cassent, se nouent, s’embrouillent, se déferrent à chaque instant, tiennent-elles mieux le pied qu’un soulier à recouvrement et à cordons fixes, armé sur le contrefort d’une longue oreille de coutil, à l’aide de laquelle on tire aisément la chaussure sur le piéd, quand le pied n’entre pas de luimême dans la chaussure, ce qui vaut mieux encore ? Je ne le pense pas ; mais la routine, cette sainte patronne de la majorité, en a décidé autrement. On ne manque jamais non plus d’orner les maigres jambes d’un idiot de jarretières, aussi difficiles à mettre que faciles à perdre, afin que ses chausses puissent lui retomber agréablement sur les chevilles en manière de vis de pressoir. Ajoutez à cet ensemble d’accoutrement la casquette, dont la visière vient borner son horizon à la longueur du nez, les agrafes microscopiques, les manches de poupées, les cols plissés et brodés, les semblants de cravates, et vous aurez un être aussi malheureux par son costume que gêné dans son habillement, et impuissant à y pourvoir. Il serait pourtant bien commode, de limiter le nombre de pièces du costume extérieur, à celles que j’indique, de les tailler et de les confectionner comme je l’ai toujours prescrit ; de n’y ajouter que dans les grands froids et à l’air libre une manière de paletot court, adapté aisément à la forme de la veste, et plus large qu’elle; mais on veut toujours habiller mes élèves comme si on les emmaillotait, et ils restent, les malheu-
DE L'IDIOTIE
reux, dans les langes du corps, comme leur intelligence reste dans les langes de l’esprit : double enfance sans issue, sans fin.
Après la propreté et la facilité de l’habillement, qui sont les conditions d’hygiène spéciales aux idiots, viennent les conditions générales qui se rapportent à deux points principaux, l'isolement et l’irritation mécanique de la peau : l’isolement nécessaire pour que le corps soit soustrait le plus possible aux influences hygrométrique, calorique, électrique de l’air; l’irritation nécessaire pour entretenir ou ranimer l’activité des fonctions cutanées.
Les vêtements les plus chauds sont ceux qui présentent la double condition de renfermer beaucoup d’air, et de le conserver à l’état sec. Les tissus de laines, sont les plus capables d absorber l’humidité ; mais ils la conservent aussi plus longtemps ; l’usage du linge de coton, n’a contre lui que le préjugé du luxe, qui donne la supériorité au linge de chanvre ou de lin ; mais, en réalité, loin que le premier soit nuisible, comme on l’a prétendu, il est moins froid sur la peau que les autres, quand il y est appliqué immédiatement, et surtout quand il se trouve accidentellement mouillé par la pluie ou par la transpiration. Le linge de soie, chemises, caleçons, etc., est peu usité chez nous ; doit-on regretter que cet usage chinois, ne soit pas appliqué dans les localités basses et marécageuses, où il servirait à isoler le corps des miasmes et de l’humidité? pour les idiots, forcés de séjourner dans ces localités, ce serait, à mon sens, un excellent préservatif. Tout ce qui sert à isoler les pieds demande un soin extrême ; les souliers doivent être changés de deux jours l’un, et plus souvent quand il fait humide; les bas, de coton en été, de laine en hiver doivent être tenus propres, et secs surtout, avec une scrupuleuse attention; cette partie du costume ne saurait être l’objet d’une trop gande sollicitude.
L’irritation mécanique de la peau est une fonction physiologique pleine d’importance, et dont on ne se soucie guère généralement. Pour les gens de peine et de travail, cette irritation résulte des exercices violents, des marches, des courses, des efforts auxquels ils se livrent quotidien-