‹ Traitment moralChapitre 6 sur 97 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Travaux sur l’idiotie antérieurs aux miens.

Me voici certainement arrivé au chapitre le plus difficile à traiter de cet ouvrage. Nier les antécédents, c’est impossible ; les apprécier est plus délicat; les citer tous, cela tiendrait trop de place et n’avancerait 'pas la solution que je cherche; choisir et juger ensuite sur pièces, c’est

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plein de périls, aussi est-ce ce dernier parti auquel je m’arrête.

Prenons donc les textes mêmes de Ph. Pinel, d’Esquirol et de M. Belhomme, comme les titres qui établissent le mieux ce qui a été fait avant moi.

Ayant dit que Pinel (1) confondait l’idiotie avec la démence, je me crois dispensé de toute critique ultérieure à son égard, et je citerai seulement une de ces observations qui se recommande par une précision si scrupuleuse des détails que Ton oublie presque en la lisant qu’elle n’aboutit à rien. « Un des cas les plus singuliers et des plus extraordinaires qui aient jamais été observés, est celui d’une jeune idiote âgée de 11 ans, qui par la forme de la tête, ses goûts, sa manière de vivre, semblait se rapprocher de l’instinct d’une brebis. Pendant deux mois et demi qu’elle est restée à l'hospice de la Salpêtrière, elle marquait une répugnance particulière pour la viande, et mangeait avec avidité les substances végétales, comme poires, pommes, salade, pain, qu’elle semblait dévorer, ainsi qu’une galette particulière à son pays que sa mère lui apportait quelquefois Elle ne buvait que de l’eau, et témoignait à sa manière une reconnaissance vive pour tous les soins que la fille de service lui témoignait. Ces démonstrations de sensibilité se bornaient à prononcer ces deux mots, 6e, ma tante, car elle ne pouvait proférer d’autres paroles et paraissait entièrement muette par le seul défaut d’idées, puisque d’ailleurs sa langue semblait conserver toute sa mobilité. Elle avait aussi coutume d’exercer des mouvements alternatifs d’extension et de flexion de la tête, en appuyant à la manière des brebis, cette partie contre le ventre de la fille de service en témoignage de gratitude. Elle prenait la même attitude dans ses querelles avec les autres enfants de son âge, qu’elle cherchait à frapper avec le sommet de sa tête inclinée. Livrée à un instinct aveugle qui la rapprochait de celui des animaux, elle ne pouvait mettre un frein à ses mou-

(1) Traité médico-philosophique de l’aliénation mentale ,, 2e édition, Paris, 1809, page 182.

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vements de colère, et ses emportements pour les causes les plus légères, et quelquefois sans cause, allaient jusqu’aux convulsions. On n’a jamais pu parvenir à la faire asseoir sur une chaise pour prendre du repos ou pour faire ses repas, et elle dormait, le corps roulé et étendu sur la terre à la manière des brebis. Tout son dos, les lombes, et les épaules étaient couverts d’une sorte de poil flexible et noirâtre, long d’un pouce et demi ou deux pouces, et qui se rapprochait de la laine par sa linesse ; ce qui formait un aspect très désagréable, Aussi des bateleurs qui avaient eu connaissance de l’état de cette jeune idiote, avaient proposé à la mère de la montrer dans les foires et marchés voisins, comme un objet très rare de curiosité, ce qui leur fût refusé, quoique les parents fussent très pauvres. Cette jeune idiote, par leur éloignement, finit par tomber dans un état progressif de langueur, et succomba après deux mois et demi de séjour à la Salpêtrière : j’ai conservé soigneusement son crâne qui est très remarquable par ses dimensions et sa forme. »

La partie la plus intéressante du travail d’Esquirol sur l’idiotie, est celle qui a pour titre : Observations pour servir à l’histoire de l’Idiotie (1). La voici textuellement :

Dargent, âgée ds 24 ans, entrée à la Salpétrière le 8 octobre 1820, est d’une taille élevée; sa tête est d’une forme volumineuse, son front relevé; la bosse frontale du côté droit est plus saillante que celle du côté gauche, tandis que la saillie de l’occipital est plus prononcée à gauche. Les yeux sont châtains, le regard louche, les dents sont belles, la face est bouffie et colorée, la physionomie stupide, les membres sont bien conformés, la peau est blanche. D.... mange seule, mais elle ne sait point aller chercher ses aliments ; elle ramasse toutes sortes d’ordures; ses déjections sont involontaires; elle ne parle point, ne s’occupe de rien, ou bien joue avec des chiffons roulés en forme de poupée. D’un caractère très doux, elle est rarement en colère, et témoigne, par ses caresses, de la reconnaissance aux personnes qui la soignent.

Au mois de mars 1824, elle fut renversée par une aliénée;

(1) Voyez Des maladies mentales considérées sous les rapports médical hygiénique et médico-légal, Paris, 1838, t. II, p. 283.

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elle avait ses règles, qui se supprimèrent. Pendant quelques jours, elle refusa de manger, mais bientôt après elle reprit ses habitudes, les menstrues n’ont pas reparu. Le 18 mai, il se manifesta une toux continue et de la dyspnée; le 20, la face était fortement colorée, la respiration difficile, le pouls dur et fréquent, l’abdomen souple. On ne put juger des crachats qui étaient avalés; saignées, gomme, looch; le 21, rémission : sangsues à l’anus; 22, oppression très forte, vésicatoires sur la poitrine; potion huileuse pour combattre la constipation; 27, déjections alvines; abdomen douloureux; 29, persistance des symptômes pulmonaires, dévoiement; 31, respiration laborieuse, dévoiement; 2, juin, mort; 3, ouverture du cadavre.

Autopsie. — Tète volumineuse, les os du crâne sont épais et éburnés, arachnoïde légèrement injectée; circonvolutions moins nombreuses et peu profondes, particulièrement du côté gauche ; ventricules très rétrécis, surtout à droite ; cerveau de consistance normale; cervelet moins dense que le cerveau; poumons tuberculeux et caverneux; sérosité dans la péricarde et cœur petit; l’estomac contient la substance puriforme des crachats avalés pendant la vie, muqueuse des intestins rouge dans quelques points.

Proportions du plâtre moulé sur la tête :

Circonférence 0,543

Courbe de la racine du nez à la saillie occipitale 0,340

Diamètre antéro-postérieur 0,183

Diamètre bi-temporal 0,142

Delâtre, âgée de 21 ans environ, a un père imbécile. Elle a la taille petite, la tête peu volumineuse, le front bas. A la hauteur de deux travers de doigts, au-dessus des arcades surcilliaires, la voûte du crâne s’aplatit, et l’on observe une dépression plus marquée au sommet de la tête. Les yeux sont roux, presque fixes; le regard est louche; la commissure externe des paupières est plus élevée que la commissure interne; la pupille est habituellement dilatée. Dès l’enfance, D... est demi-sourde ; depuis 19 ans, le surdité semble diminuéé; le nez, déprimé à sa racine, se termine en pointe; la lèvre supérieure, plus grosse que l’inférieure, la dépasse de quelques lignes; le menton est bifurqué, retroussé en haut; la physionomie exprime la tristesse.

Séguin, Éducation des idiots.

DE L’IDIOTIE

Mesure de la tête sur le sujet vivant :

CirconfÉrence 0,520

Courbe de la racine du nez à la protubérance occipitale. .. 8,312

Diamètre antéro-postérieur 0,18't

Diamètre bi-temporal 0,157

D... marche pesamment, avec lenteur, et ne peut courir. Elle ne saisit pas de ses mains les objets avec force, et ne peut manier un balai. Elle reste isolée de ses compagnes, assise ordinairement pas terre, fouillant dans la boue; elle ramasse des chiffons qu’elle effile. Elle a l’habitude de tendre une corde entre ses dents et une de ses mains, tandis qu’avec l’autre main elle fait vibrer la corde. S’approche-t-on d’elle, elle regarde d’un air sauvage. Voit-elle faire quelques signes, elle reste la bouche béante.

D... s’habille et se déshabille seule, mais ne sait prendre aucun autre soin de sa personne, et se prête volontiers à ceux qu’on lui donne; elle aime à changer de linge, et voit arriver le dimanche avec plaisir pour mettre des vêtements plus propres. Elle connaît les heures des repas et mange beaucoup. Pendant la distribution des aliments, elle s’irrite si on la fait attendre et si on ne la sert point avant les autres ; elle flaire les aliments, et les rejette s’ils ne lui conviennent pas. Si elle voit donner quelque chose à manger à ses compagnes, elle fait signe pour qu’on ne l’oublie pas. Elle reconnaît son père et lui fait des caresses; elle est reconnaissante, mais ce sentiment est très fugace; elle témoigne sa satisfaction par une sorte de grognement qui lui est propre. Elle vole, retient et défend ce qu’elle a pris ; elle ne donne jamais rien, elle n’est entêtée que pour conserver, soit les chiffons qu’elle a ramassés, soit les aliments, soit ce qu’elle a volé. Est-ëlle contrariée-, elle pousse un cri, mais n’articule aucun son. A certaines époques, particulièrement celles de la menstruation, D... devient méchante et colère; elle saute à la figure, cherche à l’arracher, et même à étrangler les personnes qui lui déplaisent. Lorsqu'elle s’est livrée à un acte de colère, et qu’elle a frappé, elle s’enfuit aussitôt. Elle est sans pudeur, aime à rester nue, et paraît occuper à se considérer. Très adonnée à l’onanisme, la présence des hommes ne paraît avoir aucune influence sur elle. D... dort bien, n’est jamais malade, elle est très régulièrement menstruée.

Grous est âgée de 19 ans. Sa mère, la nourrissant, fut

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effrayée par une folle, qui voulut arracher de ses bras cette enfant qui avait alors deux mois. Son intelligence ne se manifesta point proportionnellement au développement du corps; â 18 mois. G... eut la petite vérole confluente; à 2 ans seulement elle commença â faire quelques pas, à 3 ans, elle eut une maladie grave, et depuis lors arrêt complet dans le développement de l’intelligence. A 7 ans, les forces physiques se rétablirent; à 14 éruption spontanée de 3 menstrues.

G... est d’une taille élevée, sa tête est petite, aplatie, peu développée, l’occipital est remarquablement petit. Les cheveux, les sourcils sont châtains, le front est court, les yeux sont bleus, la lèvre inférieure, plus grosse, est saillante; les dents sont bien conservées, la peau est halée par le soleil: la physionomie est stupide.

Mesures de la tête prises pendant la vie :

Circonférence 0,504

Courbe de la racine du nez à l’occipital 0,283

Diamètre oceipito-frontal 0,178

Diamètre bi-temporal 0,146

G... a les membres bien conformés, la démarche est gauche, lente et saccadée ; en marchant elle étend ses mains comme un enfant qui essaie ses forces; sa tête est penchée vers la terre et son corps fortement porté en avant. Elle est habituellement assise parterre ou sur un banc, tenant à la main une poupée avec laquelle elle joue, ou bien roulant entre ses doigts ses vêtements et son bonnet. Si elle marche et qu’on l’arrête, elle ne paraît ni contrariée ni impatiente. La nuit, elle quitte son lit et court sans motif dans le dortoir. Depuis l’âge de 14 ans, époque de la première menstruation, G... est devenue méchante, surtout aux époques menstruelles. Elle renverse ses camarades sans provocation aucune. Si elle est fâchée contre une de ses compagnes, elle se déchire la peau, et va accuser celle qui l’a contrariée. Dans ses accès de colère, elle jette ses sabots. Elle est extrêmement entêtée, peureuse, et se cache si on la gronde, mais recommence ce qui avait provoqué les gronderies. Jamais elle n’a pu rien apprendre ; elle ne connaît que les choses relatives aux premiers besoins de la vie, et les personnes qui la soignent habituellement. Il faut l’habiller, faire son lit. lui porter ses aliments sur lesquels elle se jette avec voracité.

Elle ne peut articuler qu’avec peine des monosyllabes, et

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s’est créé un jargon que les enfants comprenaient mieux que sa mère. Lui présente-t7on des objets qui lui plaisent, elle laisse échapper du gosier des sons articulés hé, hé, hèou, et sourit. Sa voix est enfantine, traînante et grêle : elle a retenu un air qu’elle se plaît à fredonner.

Elle arrête son attention sur les objets qui l’entourent; elle n’a de mémoire que pour se rappeler ce qn’on lui a promis; si on laisse de l’argent à sa portée, elle s’en empare pour se faire acheter des friandises. Elle connaît la valeur de la monnaie, et si on essaie de la tromper, elle se fâche, se met en colère, mais n’a point de paroles pour rendre ce sentiment. Quoique paraissant ignorer les chagrins et l’ennui, quoique, lors de son entrée dans l’hospice, elle n’ait témoigné ni regret ni surprise, elle accueille bien sa mère lorsque celle-ci vient la voir. Elle est reconnaissante pour la fille de service qui la soigne, et même, parfois, elle est généreuse, et donne des choses que sa mère lui apporte : elle aime particulièrement les enfants. Quoique G... aime la toilette, elle ne peut garder plusieurs jours un vêtement sans le déchirer pour faire des espèces de poupées. La présence des hommes agit fortement sur elle; son trouble et même ses désirs se décèlent par le sourire, la rougeur de la face, et par des gestes non équivoques qu’elle ne dissimule pas, même en présence de plusieurs personnes. Un homme est-il près d’elle, elle feint d’avoir mal au ventre, se renverse par terre comme les épileptiques, et imite leurs convulsions ; mais, aussitôt qu’on la menace ou qu’on lui jette de l’eau au visage, elle cesse le jeu. Les fonctions de la vie de nutrition s’exécutent bien, les menstrues sont régulières.

Brikton, âgée de 20 ans, est née d’une mère bien portante, et d’un père habituellement dans un état d’ivresse. Elle a deux frères qui n’ont jamais pu apprendre à lire. Elle est venue au monde chétive; elle n’a su trouver le sein de sa mère qu 'après deux ans d’allaitement; à cet âge elle a commencé à se traîner sur ses genoux, sur ses mains et sur ses jambes, et à prononcer les mots papa, maman. Elle a eu des convulsions pour faire les premières dents, et à la secondé dentition. A sept ans seulement elle a marché, à 12 elle était très petite; mais, depuis lors, sa croissance a été rapide. Elle ne jouait point avec les enfants de son âge, mais elle savait se défendre. A 15 ans les menstrues ont paru, peu après elles se sont supprimées pendant 8 mois; depuis elles sont régulières et abondantes .

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B... est d’une taille moyenne, d’un très grand embonpoint, sa tête est petite proportionnellement à la face, les cheveux sont bruns et abondants, le front est étroit et peu élevé. L’œil droit est bleu, le gauche est roux. Le nez grand est aplati à sa racine, la bouche largement fendue, les. lèvres sont épaisses et saillantes, les dents mauvaises, les joues grosses; le menton est rond, le cou court et gros; la face est injectée et hâlée; la physionomie est calme, mais sans expression.

Mesures de la tête :

Circonférence de la tête 0,486

Courbe de la racine du nez à l*occipital 0,311

Diamètre antéro-postérieur 0,180

Diamètre transversal 0,143

Les membres sont courts et gros, les seins développés. B... se meut lentement, sa démarche est lourde et elle tend les bras en marchant,

Elle arrête son attention sur ce qui se passe autour d’elle, et paraît s’en occuper; mais voyant chausser une de ses compagnes, elle comprit et dit que les souliers allaient bien, Elle répond assez juste aux questions qu’on lui adresse; elle n’a pu apprendre que quelques lettres, et jamais â lire et à écrire. Elle a un peu de mémoire, elle se rappelle divers évènements dont elle a été témoin dans sa famille, mais les confond lorsqu’elle veut en parler. Si on lui demande son âge, elle répond ; je n’en sais rien, mais ma mère le sait. Elle connaît la valeur de quelques pièces de monnaie et s’en sert à propos. Quoiqu’elle connaisse le nom de la rue qu’habitent ses parents, elle ne peut la reconnaître. On a eu beaucoup de peine à lui apprendre à s’habiller; elle n’a jamais pu tricoter. Elle va chercher sa nourriture; elle's’acquitte quelquefois des travaux les plus grossiers de l’hospice.

Le caractère de B... est doux; elle aime sa mère et les personnes qui la soignent; elle se met en colère lorsqu’elle est provoquée ; elle a le sentiment de la honte et de la pudeur. Elle n’aime point à jouer, vit isolée, sans inquiétude et sans ennui, et répète souvent qu’elle est sans souci; la santé physique est bonne.

Bourboulax, âgée de 40 ans, évacuée de l’hospice des femmes incurables à l’âge de 14 ans, a la taille ordinaire;

la tête est volumineuse, le front, d’une hauteur médiocre est applati sur les côtés; les bosses frontales sont légèrement prononcées, et séparées par une légère dépression; les cheveux, les sourcils et les cils sont très noirs; on remarque quelques cheveux blancs sur le front; les yeux, cachés sous d’énormes joues, châtains et humides, s’ouvrent lentement et sans expression ; le nez est large, la bouche fendue, la face colorée, la physionomie timide et enfantine, le cou court.

Circonférence de la tête 0.540

Courbe de la racine du nez à l’occiput 0,323

Diamètre antéro-postérieur 0,183

Diamètre transversal 0,150

Les membres sont bien développés, mais gros ; les mouvements sont gauches et lourds, B.... marche peu, est habituellement accrouppie dans un coin du dortoir, sans avoir l’idée d’aller dans la cour. Lorsqu’on observe B...., elle cache son visage avec l’avant-bras, et de la main de l’autre bras, elle frotte rapidement ses habits. Si on essaie d’abaisser son bras, elle résiste, si on emploie la force, elle rougit, pleure, et a l'air de mauvais humeur ; quoique habituellement tranquille, elle se met en colère lorsqu’on la contrarie ; elle mord, donne des coups de pied, et lance ses sabots. Si on la frappe, elle reste déconcertée et dit: battue. Elle est sensible aux louanges et aux reproches, elle a le sentiment de la honte et delà pudeur, elle est très-accessible à la jalousie: avant d’entrer à la Salpêtrière, elle jeta par la fenêtre un enfant qu’elle voyait avec jalousie comblé de caresses, elle ne témoigna aucun regret. Elle ne connaît ni l’ennui, ni la tristesse, ni la coquetterie. Elle est reconnaissante pour la fille de service qui la soigne, et affectionne particulièrement une de ses compagnes. Son vocabulaire se borne à un petit nombre de mots: elle dit oui et non, souvent mal à propos, et battue lorsqu’elle a été frappé. Elle sait s’habiller, mais ne réussit pas toujours bien ; on est obligé de la laver et de la peigner ; elle ne sait point aller chercher ses aliments, si on ne les lui apportait pas elle ne les réclamerait point ; elle ne demande jamais rien, elle ramasse des chiffons propres ou sales pour faire des poupées. La santé de B. . . . est d’ailleurs bonne, et les menstrues sont régulières.

Coulmier, âgée de 20 ans, d’une taille petite et rachitique,

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a l’habitude du corps maigre; la peau hâlée, la tempe gauche est fortement déprhnée. le front est élevé et le vertex légèrement aplati.

Circonférence 0,526

Courbe de la racine du nez à la tubérosité occipitale 0,310

Diamètre fronto accipital 0,175

Diamètre bi-temporal 0,147

Ses cheveux sont blonds: ses paupières sont enflammées et rouges, ses yeux petits et bleus; son nez est court; ses lèvres sont épaisses; la bave s’écoule de sa bouche; le menton est rond; le pavillon des oreilles est très-grand; les membres sont très-grêles ; la tête se porte en avant et le dos est très-voûté; la démarche est mal assurée ; à peine un pied touche le sol qu’il est brusquement relevé et le corps chemine par saccades. Le regard de O . . . . est hébété ; lorsqu’elle rit, elle ouvre largement les lèvres et montre les dents; elle mange beaucoup et se nourrit des choses les plus sales. Si elle a faim elle frappe du pied, et elle appelle salopes les filles de service, lorsqu'elles tardent à lui apporter à manger ; les déjections sont involontaires ; les règles n’ont point paru.

O. . . est tranquille et dort pendant la nuit, elle salit son lit. Lorsqu’on l’a levée et habillée on la porte sur un banc, elle s'y accroupit, le menton posé sur les genoux, et se balance continuellement d’avant en arrière ; elle marche rarement.

C. . . ne connaît que la fille de service qui la soigne. Il faut la lever, l’habiller, la laver, la déshabiller avant de la coucher, les soins de propreté la contrarient ; elle répété souvent les mots bête, cochonne, pour exprimer soit son mécontentement ou sa colère, soit quelque désir borné toujours au besoin de la nourriture. Elle n’est point sourde, le son de la cloche l’avertit qu'on va distribuer les aliments. Lorsqu’on lui dit de marcher- elle quitte son banc et fait quelques pas, elle essaie de chanter en répétant : là, là, là, là : et lorsqu’elle dit l’un des deux ou trois mots qui forment son vocabulaire, sa voix esc rauque, imitant le cri grave d’un chat.

Indifférente à tout, O... paraît sans pudeur; elle rit et pleure, est entêtée et colère, alors sa figure se colore, la mucosité qui s’échappe habituellement de sa bouche augmente, elle crache à la figure, elle mord les autres et elle-même.

DE L'IDIOTIE

Rien ne parait l’effrayer ; elle ne manifeste aucun sentiment de reconnaissance.

On est obligé de retenir cette idiote dans la camisole, pour l’empêcher de se laver avec son urine, de se rouler dans les ruisseaux, jusque dans les latrines, de ramasser les ordures les plus sales, etc.

Brault, âgée de 26 ans, est entrée à la Salpêtrière le 3 septembre 1812, à l’âge de 16 ans. Brault est d’une taille moyenne; sa tête est petite, particulièrement la partie postérieure. Elle porte sa tête alternativement de gauche à droite ; ses cheveux sont châtains ; ses yeux bleus se meuvent convulsivement et ne peuvent rester fixes longtemps. Son front est aplati sur les côtés, court et presque pointu; les lèvres presque constamment écartées par un rire convulsif. Les deux dents incisives sont très-larges et saillantes ; le menton est très volumineux et forme deux plis ; la face est grosse, colorée. La physionomie est sans expression, les membres sont gros et courts, les doigts sont petits et effilés. Cette dernière disposition se rencontre souvent chez les idiots.

Mesures de la tête prises sur le vivant :

Circonférence 0,522

De la racine du nez à la tubérosité occipitale 0,343

Diamètre antéro-postérieur 0,176

Diamètre bi-temporal 0,155

On est obligé de lever, d’habiller Brault, de la déshabiller ; elle ne va point chercher les aliments ; cependant elle dit : pignon , lorsqu’elle veut demander à manger et a gnon lorsqu’elle veut boire. Elle paraît satisfaite lorsqu’on lui apporte ses repas, qu’elle prend avec gloutonnerie. Son appétit est très-grand. Ses déjections sont involontaires. B... passe la journée accroupie sur un banc ou par terre. Elle a souvent entre les mains une aiguille qu’elle passe et repasse au travers de quelques chiffons. Lorsqu’elle est couchée elle dit à la fille de service : bon soir, ma bonne. Elle marche lourdement et agite convulsivement ses mains en marchant ; elle ne peut courir, et s’il pleut, elle ne se met pas à l'abri ; quoique ses facultés intellectuelles soient très bornées, elle ne paraît pas tout à fait étrangère à ce qui se passe autour d'elle. Elle reconnaît le son de la cloche qui annonce l’heure des repas. Elle articule plus ou moins mal cinq à six mots.

TRAVAUX ANTÉRIEURS

les sons qu’elle articule sont très-sourds ; on l’entend quelquefois chanter les quatre syllabes suivantes là, là, là, là. Elle est en colère, particulièrement à l’époque de la menstruation, ou bien lorsqu’on la provoque, et alors elle jette ses sabots à la tête. Elle est très-entêtée ; sa mère est morte depuis trois mois ; elle ne se rappelle plus sa mère, quoiqu’elle la reçût avec plaisir, et la caressât lorsque celle-ci venait la voir. Elle reconnaît la fille de service, mais elle ne lui témoigne nulle reconnaissance. Si on lui fait des menaces, elle pleure. Elle n’a aucun sentiment de pudeur ; elle ne sait point jouer ; elle a quelques chiffons dans la main qu’elle tortille gauchement entre les doigts.

Laguette, âgée de 50 ans environ, est d’une taille Ordinaire. Sa tête fortement penchée en avant est petite, aplatie sur les côtés, l’occiput un peu saillant ; le front élevé fuit en arrière ; les bosses frontales sont légèrement dessinées. Les cheveux sont bruns, mêlés de cheveux blancs ; les sourcils sont de même, les yeux petits, roux, louches ; le nez est gros et allongé ; la bouche est moyenne ; les lèvres sont pâles, amincies et plissées, les dents incisives manquent ; le menton est rond et retroussé ; le teint est brun, la face aplatie et ridée ; la physionomie exprime l’étonnement et la stupidité.

La mesure de la tête donne les proportions suivantes :

Circonférence 0,511

Courbe de la racine du nez à la tubérosité occipitale 0,325

Diamètre antéro-postérieur C,182

Diamètre bi-temporal 0,144

Laguette tient ses mains appliquées contre son corps et fait des mouvements de tête brusques, semblables au balancement de tête qu’exécutent les brebis. Les membres sont développés. L... marche avec lenteur et lourdement, porte son attention sur ce qui se passe autour d’elle, distingue les objets, entend ce qu’on lui dit. Elle répète plusieurs fois de suite et avec énergie les monosyllabes : bè, bè, bè, lorsque quelque chose l’intéresse fortement. Elle sait indiquer à la fille de service où doivent être ses sabots, lors même qu’elle les a déposés dans un coin depuis quelque temps. Elle est extrêmement paresseuse, fait quelquefois du tapage pendant la nuit. Les déjections sont involontaires nuit et jour.

DE L’IDIOTIE

Elle s’enfuit si ses compagnes veulent la battre, elle n’attaque personne ; lorsqu’elle est en colère,, elle lance ses sabots au-dessus des bâtiments, elle renverse les ustensiles de ménage, déchire ses habits, ses bas, sa chemise, se rend auprès de la fille de service, et lui fait signe de réparer ce qu’elle vient de déchirer. Elle exprime son contentement lorsque ses vêtements sont raccommodés. Pour la mettre hors d’état de déchirer, on est obligé de la fixer dans son lit, ce qui ne l’empêche pas de détruire avec ses dents la camisole pour s’en débarrasser. Elle a le sentiment de la faim, mais il faut lui apporter ses aliments, et avant d’y toucher elle les examine avec soin et le* flaire. Elle mange beaucoup ; elle aime à sentir les fleurs. On est obligé de l’habiller, de la laver; j’ai essayé de la faire habiller elle-même. Elle y a réussi tant bien que mal, a mis la camisole de force sans répugnance. Etait-elle arrêtée dans cette opération par quelqu’obstacle ? elle avertissait de Paider en faisant signe, en bêlant, en se grattant plusieurs fois de suite vivement le front ou la tête.

Elle remercie quand on lui donne du linge blanc; elle aime à voir les personnes bien mises, elle salue, et fait même la révérence, sur l’invitation de la fille de service, aux personnes que lui donnent du tabac, qu’elle prend avec avidité et porte rapidement à son nez. Elle n’a point le sentiment de la pudeur, et elle est souvent nue, paraissant se regarder avec plaisir. Elle est très-livrée à l’onanisme. Elle est très-sensible aux reproches, pleure, mais ses regrets sont passagers; elle se livre bientôt à la faute qui vient de lui attirer des reproches. Cette idiote a retenue l’air; Vive Henri IV qu’elle chante en répétant: bê, bê, bê , et en sautant sur elle-même. Les règles ont cessé depuis quelque temps. L, . n’a pas paru en éprouver le moindre changement dans sa santé qui est excellente.

Ferrandier, âgée de 22 ans, d’une taille un peu au-dessus de la moyenne, a la peau hâlée, néanmoins souple et molle: la tête petite, habituellement baissée et penchée de côté. Le front est étroit, l’occiput aplati, le vertex élevé, le crâne est peu développé relativement à la face. Les cheveux sont bruns, abondants; les yeux bleus, les paupières épaisses, peu couvertes; le regard est louche; les joues sont grosses; le nez est petit; les lèvres sont saillantes, retroussées, entrouvertes. Elle aspire avec la langue le mucus qui s’écoule conti-

TRAVAUX ANTÉRIEURS

nuellement des narines; les dents sont blanches; le menton est rond; la physionomie stupide; le cou gros, court; les seins sont volumineux et pendants ; le bassin est large ; les membres supérieurs sont petits et sans force ; les membres abdominaux sont courts et infiltrés pendant l’hiver, le côté droit est plus faible que le gauche.

Les mesures de la tête sont prises sur le vivant :

Circonférence 0,493

Courbe de la racine du nez à la tubérosité occipitale 0,295

Diamètre antéro-postérieur 0,169

Diamètre bi-temporal ; 0,135

Ferrandier marche très-lentement, ne peut courir, ni monter un escalier sans être aidée, elle reste accroupie dans la cour et par terre, ordinairement à la même place. Elle est épileptique, les attaques reviennent tous les sept ou huit jours; les déjections son involontaires pendant la nuit. F. . . comprend ce qu’on lui dit, et répond aux questions qu’on lui adresse; elle est susceptible d’attention pour les objets qu’on lui présente et pour ce qui se passe autour d’elle. Mais elle est incapable de faire la moindre chose, il faut l’habiller, la peigner, la laver; elle joue avec des poupées: elle compte jusqu’à cent, sauf quelques erreurs; elle conserve l’argent qu’on lui donne et la garde pour acheter des friandises ; elle fredonne quelques airs qu’elle a entendus ; elle est affectueuse pour une de ses compagnes qu’elle embrasse tendrement et souvent; on a remarqué qu’elle s’est brouillée pendant huit jours avec sa compagne, alors elle ne la recherchait plus et ne l’embrassait point; elles se sont raccommodées, à en juger par leurs embrassements. F... est très-reconnaissante des soins qu’on lui donne; elle est entêtée et se met facilement en colère, alors elle frappe, mord, déchire tout ce qui tombe sous sa main; on est forcé de lui mettre la camisole. Elle est insensible aux reproches, inaccessible à la peur; elle n’a point de sentiment de pudeur, et paraît se plaire auprès des hommes; la santé de cette idiote est bonne, et sa menstruation régulière.

Gaudin, entrée à la Salpêtrière, le 7 avril 1824, à l’âge de 20 ans, est scrofuleuse et rachitique, sourde et muette; la tête, est très-petite, le front court et les régions temporales développées; les yeux sont petits et bleus; le regard est louche et

DE L’IDIOTIE

fixe; les cheveux sont châtains, les dents belles: la face est décolorée, la physionomie est sans expression, les membres sont très-grèles, habituellement ployës et contractés à gauche.

Privée de tout sentiment. G... n’exprimant pas même les premiers besoins de la nutrition, on est obligé d’introduire les aliments dans la bouche, et alors elle avale. Les déjections sont involontaires. Habituellement couchée, G. . . reste dans la même position; si on la découvre, ses membres se meuvent convulsivement, particulièrement à droite, elle manifeste de l’impatience. On a essayé plusieurs fois de l’asseoir sur une chaise, elle glisse et se laisse tomber. Plusieurs fois on a interrogé sa sensibilité en la pinçant, elle n’a donné aucun signe de douleur; elle n’est point réglée.

Depuis son admission dans l’hospice, la santé de G. . . s’est chaque jour dégradée ; elle est devenue très-maigre ; les traits de sa face se sont décomposés. Vainement a-t-on voulu explorer les diverses cavités, vainement a-t-on voulu saisir quelque signe qui expliquât le dépérissement progressif et rapide, G... a succombé le 26 juin, un mois et demi après son admission dans l'hospice.

L’ouverture du corps fut faite le lendemain pendant la clinique. Les os étaient minces et friables au point qu’ils se sont détruits par la macération. Le crâne est petit, la duremère est saine, les circonvolutions atrophiées très-serrées; l’arachnoïde injectée présente au niveau des bosses frontales, deux points osseux de trois à quatre lignes de diamètre, et adhère à la substance corticale dans une grande étendue des hémisphères; cette substance est rouge; la substance blanche est injectée et un peu molle; les corps striés et les couches optiques sont fortement injectés. Les ventricules ont peu de capacité; le cervelet est également injecté, la protubérance annulaire est moins dense que de coutume, la moelle épinière est peu consistante, les poumons sont hépatisés, le cœur est petit et flasque, la membrane muqueuse de l’estomac est molle et rouge.

Proportions du crâne moulé sur la tête après la mort :

Circonférence 0,495

Courbe antéro-postérieure 0,290

Diamètre occipito-fiontal 0,167

Diamètre bi-temporal 0,143

Audry, âgée de 23 ans, est d’une taille moyenne ; sa tête

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est volumineuse, l’occipital développé, le front étroit et aplati ; les yeux sont très-noirs, quelquefois louches ; les paupières sont souvent et fortement fermées, elle les cache souvent; les cheveux sont très-noirs et crépus ; la peau de la face est olivâtre, tandis que celle du corps est brune, seulement le nez est gros et épaté ; les lèvres sont volumineuses, les dents très-belles, les oreilles très-grandes, les pieds grands et plats, les mamelles fortes, la physionomie est stupide.

Les mesures de la tête ont été prises sur le vivant :

Circonférence 0,570

Courbe du nez à l’occiput 0,318

Diamètre antéro-postérieur 0,195

Diamètre bi-temporal 0,151

Les membres sont bien développés. Audry ne marche point, reste toujours assise sur ses talons, tantôt par terre, tantôt sur un fauteuil, se balançant d’avant en arrière, exposée à toutes les variations de la température, sans autre vêtement qu'une chemise ; regardant à droite et à gauche sans qu’elle entende ce qu’on lui demande, et sans rien comprendre vraisemblablement à ce qui se passe autour d’elle ; elle est néanmoins très-occupée à regarder ses mains qu’elle porte très-près de ses yeux. L’instinct de cette idiote est presque nul. Elle ne connaît que la personne qui a l’habitude de lui donner des soins ou de lui donner du tabac. Non-seulement elle ne parle pas, mais elle ne prononce que la syllabe suivante, qu’elle répète sans cesse et avec plus de vivacité lorsque quelque chose l’impressionne d’une manière agréable ou pénible : brou., brou, est son unique langage qu’elle bourdonne presque continuellement ; ce qui lui a fait donner dans l’hospice le nom de Bourdon. Il faut la vêtir, la coucher comme un enfant, et lui porter les aliments qu’elle dévore avec vivacité après les avoir flairés. Elle est très-peureuse, le moindre bruit l’effraie ; elle exprime son effroi, en ramassant, pour ainsi dire, tout son corps sur lui-même ; l’effroi passé elle s’essaie à rire. Elle n’a nulle affection pour personne, ni l’instinct de se défendre si elle est frappée. Elle a un goût excessif pour le tabac. Elle présente, non la main, mais son bras à toutes les personnes qui passent auprès d’elle, et lorsqu’on a mis du tabac sur son bras, elle le porte, avec une sorte d’avidité et de sensualité, au nez d’abord, et puis à la bouche ; elle lèche sa chemise, le siège sur lequel

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elle est assise, lorsqu’il y reste quelques grains de tabac ; lorsqu’elle n’en a plus, elle fait sortir de son nez celui qu’elle vient de priser pour l’avaler ensuite. On est parvenu à lui faire comprendre qu’il fallait danser pour avoir du tabac ; alors, à la moindre parole, et surtout lorsqu’on lui montre du tabac ou une tabatière, elle saute sur elle-même, les pieds en dedans, les bras en l’air. L’ouïe paraît être dure, car il faut crier plusieurs fois pour attirer son attention et se faire apercevoir ; mais la vue du tabac suffît pour la mettre en émoi. Pendant que je la faisais dessiner je lui donnai des abricots, elle en mangeait la pulpe, et ne pouvant mordre le noyau, elle ravalait ; elle n’a nul sentiment de pudeur : je Lai vue plusieurs fois accroupie sur un fauteuil, jouer avec ses mamelles dont elle tortillait le bout avec ses doigts, je l’ai vue aussi uriner, et regarder aussi avec une sorte de curiosité l’urine qui coulait sur le carreau. Elle satisfait aux autres besoins involontairement et partout où elle se trouve. Audry, d’ailleurs, se porte très-bien, les menstrues sont très-régulières et très-abondantes. Elle se livre à Ponanisme d’une manière effrénée, en plein jour et en présence de tout le monde. Plusieurs fois, en ma présence et en celle du dessinateur, elle a essayé de satisfaire à ce penchant sans paraître soupçonner qu’elle fut en présence de quelqu’un ; son insensibilité physique est telle, qu’en la pinçant, qu’en promenant les barbes d’une plume sur ses lèvres, sur ses paupières, il m’a été impossible de produire le moindre signe de sensibilité.

Depuis son admission, il y a six ans, Audry a fait quelques progrès, elle sait avertir par signes qu’on ne lui a pas servi ses aliments, elle souffre des vêtements, aide à ce qu’on l’habille, elle met elle-même un bonnet sur sa tête, elle va prendre la même chaise percée, la traîne à la même place, pose dessous un vase de nuit et s’accroupit sur le siège. Lorsqu’elle ne peut obtenir par son geste et par ses bourdonnements, qu’on lui donne du tabac, elle descend de son siège, et fait des efforts mimiques pour qu’on lui en donne. En 1826, Audry fut prise de la petite vérole confluente à laquelle elle succomba le sixième jour. Pendant sa maladie, elle n’a pas accusé la moindre douleur ; mise à la diète, elle n’a pas témoigné le désir de manger ni de boire, mais elle acceptait tout ce qui était porté à sa bouche.

Telles sont, mot à mot, les études qu’Esquirol présente comme pouvant servir à Y Historié de VIdiotie. Ces études,

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remarquablement décrites, serviront, en effet, à démontrer que les idiots étaient, du temps d’Esquirol, abandonnés, privés de tous soins, de tout traitement moral ou médical.

Voici maintenant le résumé des études de M. Belhomme, sur le même sujet.

§ I. — Imbécillité.

Premier degré. — - Flore Destang, (vingt-trois ans, d’une constitution scrofuleuse, ayant lés yeux bleus, les cheveux châtains, le nez volumineux, les dents mauvaises, le visage pâle, la physionomie douce et expressive) est entrée à la Salpêtrière le 9 avril 1818. Le membre inférieur droit est plus court que le gauche ; le tibia est courbé en avant. Elle eut des convulsions dans son enfance ; ses règles parurent à quatorze ans ; petite vérole à seize ans. Sa tête est bien conformée ; le front et l’occiput ont les proportions convenables. D’un caractère fort doux, elle est triste, et pleure souvent sans motif. Sensible aux reproches, elle s’y expose rarement. Occupée aux travaux de Faiguille, elle gagne de l’argent, qu’elle emploie à acheter des choses utiles. Interrogée, elle répond juste, mais a peu de mémoire, et répète souvent ce qu’elle vient de dire quelques instants auparavant. Avant son arrivée à Fhospice, elle a appris à lire et à écrire ; souvent elle fait des lectures fort longues. Elle peut soutenir assez son attention pour faire un compte de chiffres, mais il ne faut pas qu’il soit compliqué. Elle est fort bien réglée.

Deuxième degré. — Constance Rosier (vingt-quatre ans, d’un tempérament sanguin, d’une taille élevée, dhine forte constitution, yeux bleus, cheveux châtains, visage coloré, dents belles, physionomie agréable, membres sains, crâne élevé, bien proportionné) est entrée à l’hospice le 2 mai 1820. Elle fut, dans son enfance, fort maltraitée par ses parents; elle porte sur la tête les traces des coups qu’elle a reçus. Réglée à dix-sept ans. Elle est d’un caractère violent, se met souvent en colère, frappe même. Fort entêtée, elle ne cède qu’en écumant de rage. Elle se livre à des ouvrages manuels qui n’exigent pas une grande attention ; elle est employée au service des malades. Il ne faut pas qu’on la dérange de ses habitudes, car elle ne peut, comme elle le dit elle-même, se retrouver. Interrogée sur l’époque de son entrée, elle ne

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se ressouvient ni de l’année ni du mois de son arrivée. Elle jouit d’une bonne santé. Les menstrues sont régulières.

Troisième degré. — Marie Chatagnon (vingt-sept ans, d’un tempérament bilieux, taille moyenne, grands yeux châtains, cheveux blond châtain, dents gâtées, nez aquilin, visage coloré, physionomie hébétée, mais douce ; membres sains) est entrée à la Salpêtrière le 17 mai 1823. Sa tête est petite, le front court et rétréci, l'occiput peu développé. Les renseignements que j’ai pris de son père sont les suivants : point de causes morales pendant la grossesse de la mère : l’enfant n’a pu téter, on fut obligé de la nourrir au biberon ; convulsions très-fortes et fréquentes à l’époque de la dentition ; impossibilité de parler à l’âge ordinaire. A onze ans, elle pouvait à peine marcher. On voulut lui apprendre à • lire, on ne put réussir à lui faire prononcer les premières lettres de l’alphabet. On essaya inutilement de lui faire entreprendre des ouvrages manuels. Absolument incapable d’attention, elle ne pouvait s’acquitter d'une commission, elle apportait un objet pour un autre. Réglée à vingt- deux ans, elle se montra très-indocile ; elle s'échappait de chez ses parents, et se perdait souvent. Un jour, elle mit le feu à la maison. Il y a deux ans qu’elle fut abusée, mais ne devint pas enceinte. Depuis son entrée, elle est toujours au même degré de nullité ; elle va chercher ses aliments elle-même. Gourmande, elle mange avec voracité ; elle n’a pas de déjections involontaires ; elle est très-colère et fort entêtée. Affectueuse, elle reconnaît les personnes qui la soignent, son père, qu’elle fête beaucoup. Elle se couche, s’habille elle-même; elle ne peut articuler que quelques mots, papa, maman. Elle est fort bien réglée.

§ II. — Idiotie.

Premier degré. — Marguerite Vilduc (vingt-et-un ans, constitution scrofuleuse, taille petite, yeux châtains, cheveux bruns, dents mauvaises, physionomie sans aucune expression, membres difformes ; les pieds sont fortement portés en dehors, ce qui rend la marche difficile, les mains fortement fléchies) est entrée à l’hospice le 22 juin 1819. La tête est petite, le front court et fuyant, l’occiput aplati. Elle mange elle-même avec voracité. On est obligé de lui apporter des aliments, car elle mourrait de faim si on ne lui en présentait pas. Lorsqu’elle les aperçoit, elle se jette dessus, et les porte

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à sa bouche avec empressement. Très-colère, elle frappe et déchire ; ordinairement assise par terre, elle se balance d’avant en arrière. On est obligé de la coucher, de l’habiller ; elle supporte des vêtements, mais ne veut rien aux pieds et sur la tête. Elle reconnaît la fille de service, et lui témoigne quelquefois sa reconnaissance. Elle n’articule aucun mot, et jette un cri aigu. Lorsqu’on l’approche, elle paraît trèspeureuse, gesticule et redouble ses cris. Cette fille est bien réglée ; ses déjections sont involontaires.

Deuxième degré. — Gaudin (vingt ans, scrofuleuse, rachitique) a les yeux petits, bleus et louches, les cheveux châtains, les dents belles, le visage coloré, la physionomie immobile. Les membres sont très-grêles, et habituellement contractés, surtout à droite. Elle, est entrée à l’hospice le 7 avril 1824. On n’a point de renseignements sur son état antérieur. La tête a un volume convenable, mais le front est rétréci ; les régions pariétales, au contraire, développées. Complètement absorbée, elle n'a aucune espèce de sentiments ; on est obligé de lui introduire les aliments dans la bouche, et jusque dans la gorge. Ses déjections sont involontaires. Continuellement couchée, elle reste dans la même position. Si on la découvre, elle manifeste de l’impatience, ses membres se contractent convulsivement, surtout à droite. Veut-on Lasseoir, elle glisse sur sa chaise, et tombe. Entièrement insensible, on la pince sans qu’elle manifeste de la douleur. On ne s’est point aperçu jusqu’à présent qu’elle fut réglée.

Voilà tout ce qu'ont trouvé à dire sur les idiots les trois hommes qui s’en sont le plus occupés, presque seuls occupés avant moi. Quelques mots, quelques doctrines que j’ai analysées plus haut, des portraits que je reproduis ici scrupuleusement, nulle trace de traitement ni d’éducation, nulle tentative en faveur de ces infortunés. Tel est, en tenant compte de l’expérience quTtard fit en 1804 sur le Sauvage de V Aveyron (qu’il ne croyait pas idiot), le point exact où en était la question de l'idiotie avant moi. L’indifférence dans l’opinion publique, le découragement dans les familles, l’abandon dans les asiles du gouvernement, la curiosité froide, exacte et stérile dans les sommités de la science, voilà quels sentiments inspiraient de toutes parts les idiots, avant que j’eusse démontré, par ma doctrine et par ma pratique, ce que peut une volonté inébranlable, appuyée sur Séguin, Education de la parole. 4

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une bonne méthode, en faveur de ces malheureux délaissés.

Par toutes ces citations, auxquelles j’en aurais pu joindre un plus grand nombre, on voit que la méthode n’a pas moins fait défaut aux auteurs que l’observation. A la diversité de leurs opinions, on serait d’abord tenté de se persuader qu’ils sont partis des points les plus opposés de l’intellect, tandis qu'en réalité (et l’on ne tarde pas à le reconnaître), ils appuient toutes leurs opinions, si diverses en apparence, sur le meme fait, le manque d’esprit des idiots. Le plus ou le moins d’esprit des idiots, voilà leur critérium de définition, d’analyse, de diagnostic ? comme si le plus ou le moins constituait une variété dans l’espèce, comme si un degré était un genre, c’ommé si l’état intellectuel était le principe du mal, lui qui n’en est qu’une des nombreuses conséquences ; comme si, enfin, l’état anormal du système nerveux et la perturbation de ses fonctions n’étaient pas le fait radical, important, décisif dans l’idiotie ?

J’accuse donc formellement ici les médecins qui ont écrit, soit des recueils d’observations curieuses, soit des articles plus ou moins théoriques, soit des prospectus de charlatan sur l’idiotie, d’avoir, les uns, confondu l’idio-tie avec plusieurs affections chroniques analogues ; les autres, d’avoir confondu dans l’idiotie des états pathologiques qui, s’y joignant souvent, l’aggravent presque toujours mais qui ne sont ni des symptômes propres, ni des conséquences de l’idiotie.

Et tous : 1° d’avoir vu des idiots dans leur pratique et dans les hôpitaux, sans leur avoir consacré une heure assidue de leur temps; ne fùt-cô que par pure curiosité scientifique.

2° D’avoir, en conséquence, dénaturé à leur détriment le sens médical du mot observation , en ne présentant, sous ce titre, que la nomenclature de quelques facultés intellectuelles absentes chez un sujet, nomenclature ornée de la description de quelques-unes de ses habitudes repoussantes et singulières, sans avoir fait suivre cette’ manière de portrait de l’indication d’aucun traitement, d’aucune amélioration obtenue par une succession de moyens empruntés à la thérapeutique ou à la médecine morale.

3° D'avoir pris pour base de leur appréciation du fait idiotie l’incapacité intellectuelle des idiots, qui n’est qu’une des nombreuses conséquences de l’anomalie elle-même, de l’idiotie.

4° D’avoir, eux qui désirent passer pour des physiologistes, repoussé de leur étude sur l’idiotie les nombreux désordres physiologiques qui s’offraient à leur observation comme les

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