CHAPITRE XXXII. De l’alimentation
Le choix des aliments, en tant qu’ils servent à accroître et à renouveler tous les organes, tient une grande place dans le traitement des jeunes idiots ; car les substances assimilées par déglutition sont, après l’air, l’agent le plus constamment et le plus généralement en contact nécessaire avec l’individu ; les fonctions de la digestion sont lériodiques, il est vrai, niais celles de la nutrition sont rendues permanentes par un bon régime.
Aussi qu’il me soit permis, avant de traiter sommairement des matières alibiles et de leur influence -sur la cons-
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titution des idiots en particulier, d’appeler l’attention sur les règles qui doivent présider à la préhension des aliments par mes élèves.
§ 1. — Du régime.
Les enfants en général, et les idiots plus que les autres ont à souffrir du manque de régime. Pour eux les poches et les boites de bonbons s’ouvrent à toute heure ; les friandises, comme les gourmandises les plus indigestes, leur sont prodiguées à tout instant. Il résulte de cette détestable complaisance que le travail d’élaboration des sucs gastriques recommençant toujours avant d’être achevé, la présence dans l’estomac d’aliments à divers degrés de décomposition, la dépense de salive et de bile nécessitée par ce labeur sans cesse interrompu etsaus cesse renouvelé, toutes ces causes qui développent les glandes salivaires, épaisissent la langue, troublent les digestions, dénaturent le chyme, et l’envoient, mélangé d’aliments mal préparés, dans le duodénum où l’action de la bile est impuissante à l’animaliser, charge les intestins de masses mal digérées qui y portent les désordres les plus graves, prédisposent aux diarrhées, dysenteries, convulsions, gastro-entérites, etc.... tous ces effets n’ont qu’une cause, c’est le manque de régime.
Et quoi? est-il donc impossible d’attendre la fin du plus prochain repas pour remettre à l’enfant les bonbons et les fruits dontil estincessamment gratifié. Toutes ces matières acidulés et saccharines qui, prises isolément produisentpour le moinsdes aigreurs et des vomissements ; ne sait-on plus, du moment qu'il s’agit des enfants, que, prises vers la fin de chaque repas elles facilitent la digestion des substances chargées de gluten, de fibrine et d’osmamazone ? Mais non, plus enfants que les enfants, les parents et les gouvernantes semblent se complaire à développer la gourmandise et à ruiner l’estomac des créatures qu’ils devraient protéger de leur vigilance contre les sollicitations sans cesse renaissantes auxquelles succombent nécessairement de jeunes appétits mal réglés.
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En somme, nourrir un sujet le plus possible sans excès, de la manière la plus cons ante et la plus régulière, avec des aliments qui fatiguent le moins les organes destinés à la nutritition, dans le but d’accroitre et de fortifier les autres appareils, tel est le but que l’on doit se proposer en régularisant la préhension des aliments des jeunes idiots selon les règles les plus strictes de l'hygiène.
Saint-Augustin recommande « de ménager la santé des enfants par le choix des aliments et un régime simple. De régler leurs repas, en sorte qu’ils mangent toujours aux mêmes heures, et assez souvent à proportion de leurs besoins ; qu’ils ne mangent point hors de leurs repas, parce que c’est surcharger l’estomac pendant que la digestion n’est pas finie ; qu’ils ne mangent rien de haut goût qui les excite à manger au-delà de leurs besoins, et qui les dégoûte des aliments plus convenables pour la santé; qu’enfîn on ne leur serve pas trop de mets différents, car la variété des viandes qui viennent l’une après l’autre soutient l’appétit après que le vrai besoin de manger est fini. » Dans ce peu de mots se trouvent comprises les prescriptions les plus générales et les plus sensées exprimées par un homme qui ne fut pas seulement un des Pères de l’Église, mais qui compte encore parmi les disciples les plus éminents de la science profane, et de la médecine en particulier. Contentons-nous de développer ses prescriptions pleines de sagesse :
Ainsi, dans le mode d’alimentation, deux choses sont essentielles, le régime d’abord, le choix ensuite ; hors de là tout est superflu et, comme tel nuisible.
Le régime compris sous ces deux aspects, de la qualité et de la quantité, est donc pour les idiots une condition essentielle d’amélioration. Qu’ils mangent jusqu’à cinq ou sept ans quatre fois le jour, trois fois jusqu'à quatorze ans et deux fois plus tard; mais surtout qu’ils mangent à des heures convenues, réglées, invariables, et dans des proportions qui ne doivent changer que dans les cas de maladies; autrement les aliments les plus convenables leur seraient donnés en vain le travail de la digestion ne produirait par le chyle réparateur, et le moindre des désordres qui pour-
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raient résulter de celui-ci serait que le travail incessant de la digestion forcerait les autres organes à rester dans l’inaction.