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CHAPITRE XXXIII

Des excrétions.

L’exercice régulier de toutes les fonctions comprises sous cette dénomination, appelle la sollicitude spéciale des personnes chargées de jeun es enfants arriérés ou idiots. Ces fonctions, aussi nombreuses que variées, sont sujettes, en eux, à des anomalies, dont il importe de teuir un compte scrupuleux dans le traitement ; car, bien que ces anomalies aient pour siège, soit les voies et les vaisseaux capillaires du système culané, soit les muqueuses qui tapissent les voies internes, les excrétions s’accomplissant toujours sous l’influence de l’état nerveux, qui les affecte nécessairement de quelque exception dans l’état d’idiotie. De plus, certaines excrétions étant soumises à l’influence de la volonté, et s’accomplissant à l’aide d’appareils musculaires, il en résulte que plusieurs idiots chez lesquels les sphincters ne sont pas mus par la volonté, sont incapables de régulariser ces fonctions, ce qui est cause de nombreux

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désordres physiologiques, et d'infirmités aussi dégoûtantes qu’incurables, quand elles n’ont pas éveillé une prudente sollicitude dès le plus jeune âge.

§ I. — Des déjections al vin es.

Les matières fécales qui se composent du résidu de la digestion, d’une certaine quantité de bile, et de fluides exhalés par les intestins pour préparer le passage et la sortie des déjections, se rassemblent d’ordinaire dans le gros intestin où < lies séjournent jusqu’à ce que la quantité en soit devenue suffisante pour produire la sensation du besoin de défécation. Alors, mais seulement alors, l’homme peut, par sa seule volonté, et pendant un temps plus ou moins considérable, maîtriser ce besoin; c’est-à-dire y satisfaire ou en suspendre l'accomplissement. L’idiot, au contraire, ne jouit pas toujours de cette faculté; deux causes l'en privent, l’une, l’abondance et le peu de cohés;on des matières fécales accrues par l’absence du régime approprié, par le manque de mastication, par la vicieuse déglutition, et par l’incomplète digestion, l’autre le relâchement des sphincters qui échappent par la mollesse de leur texture musculaire à l’empire de la volonté, dans les cas où la volonté pourrait avoir action sur eux. Car on rencontre, en outre, des cas d'idiotie où la volonté est annihilée par le défaut d’intelligence au point qu’elle n’exerce aucune influence ur les muscles moteurs, et à plus forte raison sur les muscles organiques qui avoisinent le rectum.

Pour rendre à l’idiot le sentiment de cette fonction et l’aptitude à y pourvoir, il est évident qu’il faudra s’y prendre diversement selon que la malpropreté, résultera de l’une ou de l'autre de ces causes. On reconnaîtra la première à la fréquence des déjections qui auront lieu principalement le matin et après les repas, en huit, dix, douze déperditions involontaires ; et la seconde à ce que, hors les cas de maladie, elles se feront le matin, d’une seule pièce et dans le lit, ou sous l’influence d’une chaleur analogue à celle du coucher. A la première on opposera l’o-

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bligation de manger lentement, peu et plus souvent, en mâchant bien; à l’autre on pourvoira en a! t: rant l’attention de l’enfant sur cette fonction, en répétant les provocations à la satisfaire un peu avant que l’on en suppose le besoin imminent, en fortifiant la constitution générale, en laissant même séjourner dans le rectum une sonde courte et assez grosse, dont la présence développera l’irritabilité de l’inlestin et provoquera les sphincters à des contractions utiles.

En outre, on surveillera avec le plus grand soin les désordres de cette fonction ; on évitera les constipations autant que les diarrhées qui se présentent quelquefois alternativement, (et c’est un m il très grandi par tous 1 ? moyens possibles, et on les combattra avec la dernière énergie : les unes, parce qu'elles ont une action immédiate sur le cerveau ; les autres, parce qu’ell s épuisent en peu de jours autant que les maladies les plus graves et prennent bientôt, quand on n’y met ordre. un caractère de périodicité presque indéracinable.

§ IL — De l’urine.

Sans avoir des conséquences aussi tristesque l'infirmité précédente, Vinvolontarité de l’émission des urines est un défaut dont on doit s’attacher à guérir les idiots. Les moyens possibles à cet effet, sont de provoquer à des émissions régulières, comme de deux heures en deux heures ou même plus souvent s il le faut, et toujours en recommençant de compter ces heures à partir du lever, et de l’issue de chaque repas ; de baigner le siège et particulièrement les parties sexuelles de l’enfant dans des dissolutions astringentes, opération dont on doit d’ailleurs prévoir et surveiller les effets; car, s’il en résultait une irritation qui dût dégénérer en érection, ou meme en une simple irritation qui pourrait éveiller de mauvaises habitudes, il faudrait à l’instant écarter ce remède comme pire que le mal. Il va sans d:re que l’on fera bien de priver les enfants malpropres, sous ce rapport, de boissons acidulés et notamment de limonades et de vin blanc, même coupé d’eau.

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Dureste, cette infirmité regrettable à tant d’égards, a, si Ton peut le dire, l’avantagesur la précédente de ne jamais représenter un désordre profond des voies internes, et de caractériser parfaitement le degré de lymph ;tisation de chaque sujet. Plus les liquides sont expulsés involontairement, fréquemment et abondamment, et plus le sujet est lymphatique, et plus aussi doivent abonder les solides, les viandes, le fer et les toniques en général dans son alimentation: c’est une indication qu’il ne faut pas négliger, car elle est toujours et absolument vraie.

Je n’ai pu donner qu’approximativement les moyens de corriger < ette infirmité aussi bien que la précédente. 11 est clair que ces moyens doivent être modifiés selon chaque sujet, selon la classe à laquelle il appartient, selon les habitudes au milieu desquelie il vit. Cependant il est un procédé qui n’est jamais sans influence salutaire sur ces deux infirmités, et je dois l’indiquer. Il consiste à joindre l’exemple aux exhortations, aux conseils, aux commandements, aux menaces, aux corrections même, si l’on tient a les employer pour rapproprier un sujet ; ainsi, les personnes qui le soigent ne doivent pas seulement épier ses besoins, le provoquer ou le contraindre à les satisfaire de la façon convenue, elles doivent, encore lui donner l’exemp'e de ce que l’on a à faire en pareilles circonstances ; elles doivent parler de leurs besoins devant lui, les satisfaire devant lui. se féliciter réciproquement de la propreté et des autres avantages qui en résulte «t, etc., etc... L’ex« emple, n’est un si bon maîire que parce que l'imitation, est le meilleur des écoliers.

§ III. — De la transpiration et des sueurs.

La perspiration cutanée est continuelle, les sueurs sont accidentelles^ sauf cette différence (qui n’en est une que relativement à la cause qui les produit) ces deux fonctions n’en font qu’une. Cette exhalation, qu’elle se produise à la surface de la peau sous l’une ou l’autre de ses formes, n’attire pas assez l’attention, elles est sans contredit, sans qu il y paraisse, et sans qu’on s’en doute,

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la plus considérable de toutes les excrétions ; elle est, en ouire, celle dont la rég dardé importe le plus à l’équilibre des forces vives de l’économie.

Chez les idiots dont l’activité est difficilement provoquée, cette fonction s’accomplit principalement aux extrémités, quelquefois cependant elle est particulièrement accrue et comme concentrée sur une seule partie, soit la paume de la main, qui se trouve alors constamment froide^ moite, et se couvre, à la plus légère émotion, de gouttelettes de sueurs. D’autres fois les ailes du nez seront le siège de ce dernier phénomène ; mais, dans presque tous les cas, la perspiration cutanée a besoin d’être provoquée par des vêtements de laine immédiatement appliqués sur toutes les surfaces de la peau, par des frictions èches, par le massage et par les bains à des températures diverses : remarquons en passant que l’on ne devra favoriser l'épanouissement de cette fonction sécrétoire, à l aide de boissons chaudes et des sudorifiques usuels, que quand on aura la preuve que l’on agit sur un estomac robuste.

§ III. — De l’humeur sébacée.

Dans l’état présent de nos connaissances à ce sujet nous n’avons rien à en dire de positif, et cependant nous appelons l’attention sur ette matière g asse et onctueuse qui se produit dans les parties du corps exposées au frottement, comme dans les articulations et dans les plis ou au voisinage des cheve ix et des poils.

L’éducation physioloique des individus, et des médecins autant que de quiconque, est si nulle dans le monde moderne, et dans notre Occident en particulier, que les perceptions de tous nos sens en sont réduites à leur minimum de sensibilité. C’est pourquoi l’on a traité Bordeu, le grand Bordeu lui-même, de rêveur, quand il a tenté d’introduire chez nous le diagnostic de toutes les maladies par le pouls : le pouls est pourtant, comme on sait, le seul symptôme auquel s’arrêtent les médecins chinois. Je ne veux pas dire ici qure Bordeu et les Chinois eussent raison de ne tenir compte que d’un seul symptôme, de négli-

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ger les indications du faciès par exemple; mais n’est-il pas étrange que l’on ait ridiculisé l’application précise de ce mode d’investigation quand on est obligé d y avoir recours journellement, comme il arrive à tous nos praticiens; et n’est-il pas plus lo; ique de penser que le ridicule a été semé comme d’ordinaire, par l’incapacité, et que l’on n’a critiqué la méthode de Bordeu qu’à cause de l’impuissance où l'on s’est senti de la mettre en pratique? Oui, l’obtusité du tact est un faii notoire dans nos conditions sociales actuelles: l’éducation de ce sens est nulle ou maladive, sa sensibilité primitive est émoussée de bonne heure par des jeux ou de> travaux grossiers, et nulle gymnastique spéciale de ce sens ne vient plus tard la restituer; c’est un sens presque mort pour le plaisir, et qui ne se sent vivre que quand il souffre.

Et ce que je dis ici du tact, en devançant malgré moi ce que j’aurai à exposer au sujet du développement des organes sensoriels, ne dois-je pas le dire également de l’odorat? En combien de circonstances les savants empruntent-ils à ce sens leur mode d’investigation des maladies? Ils n’y ont presque jamais recours, et pourtant iJ est constant que la perspiration cutanée, les secrétions diverses, reçoivent des maladies aiguës et des fièvres en particulier, des odeurs qu’il serait facile de préciser, de classer, de nommer, et qui aideraient puissamment le diagnostic de maladies nombreuses si diffuses dans leurs prodromes, et si confuses dans leurs symptômes. Pareillement dans certains étals accidentels, périodiques ou chroniques comme l’épilepsie, la folie, l’idiotie, non-seulement la perspiration cutanée, mais encore et surtout les humeurs sébacées acquièrent des qualités odorantes particulières trèsperceptibles par l'odorat et qui n’oni jamais été appréciées: dans l’état d’ignorance où nous restons relativement aux connaissances positives et souvent précieuses qui s’acquièrent parles sens, n’était-ce pus un devoir pour moi d’appeler l’attention des physiologistes sur cette question toute neuve, et, je n’en doute pas, féconde en observations utiles pour la pratique de la médecine et de l’éducation des fonctions. Nous n’avons d’ailleurs rien à ajouter sur les

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divers mucus qui lubréfient certaines parties, comme l’humeur de Meïbomius, les mucus des amygdales, de l’estomac, de la trachée-artère, du larynx, de la vessie, de l'oreille, etc...., sur lesquels l’idiotie ne paraît exercer aucune modification appréciable.

§ IV.— Mucus nasal, larmes, salive;

Le mucus nasal et les larmes qui abondent chez les enfants ordinaires ne se produisent pas dans l'idiotie comme à l’état sain : quelquefois ces deux modes d’excrétions manquent à la fois ; le plus souvent l’abondance de l’une se joint à l’absence de l’autre : on en voit qui ne mouchent pas et dont les glandes lacrymales sécrètent sans motif; on en voit qui mouchent abondamment, sont sujets â de fréquents coryza et qui ne versent jamais de larmes, même dans leurs plus grands chagrins, et dans leur extrême violence. Presque toujours à cette dernière anomalie se joint l'absence de l’odorat ; il suffît alors de réveiller ce sens, par les moyens que j’indiquerai plus loin, pour rétablir l’émission régulière des larmes et du mucus nasal.

Un excès plus régulier se remarque dans la salivation. Ce mucus, qui n’a d’autre objet que de lubréfier les organes du goût et de faciliter la mastication et la déglutition des aliments, est sécrété par l’idiot beaucoup plus abondamment que par les autres enfants ; joint à cela la flaccidité des muscles labiaux et des sphincters de la bouche en particulier, et l’on comprendra comment la salive, inondant les parois buccales, se répand constamment au dehors en un fluide visqueux. La malpropreté qui résulte de cette abondante sécrétion de la salive en est la plus déplaisante conséquence, mais elle n’en est pas la plus grave; car il arrive inévitablement que les organes de la parole, immergés constamment dans un véritable bain de mucus, y perdent leur sensibilité (comme la peau des mains perd celle du tact dans un bain prolongé) , et que les tissus de plus en plus ramollis perdent leur puissance contractile et deviennent incapables d’exécuter toutes les évolutions nécessaires à l’émission de la parole articulée.

Séguin, Education des idiots. 15

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Malheureusement il est impossible d'attaquer de front cette infirmité nouvelle, surajoutée à tant d’autres, qui n’en font qu’une. Tout au plus peut-on tenter la lotion des parois internes de la bouche avec des astringents, comme l’alun ; car, pour les gargarismes, il n’y faut pas songer, ils seraient précipités comme boisson dans le pharynx avant d’avoir atteint leur destination, ou sans y séjourner. On doit donc pour l’ordinaire se borner à frapper le mal indirectement en essayant de fortifier la constitution générale du sujet d’une part, de l’autre en habituant l’enfant à porter, entre ses lèvres serrées, un objet d’un volume proportionné au développement de ces organes, et léger d’abord, soit-un brin de paille, un tuyau de plume, un crayon de bois, une règle, etc..., puis un objet relativement plus mince et plus lourd, comme une pointe de fer, un morceau de fil de laiton, etc.... Par l’emploi de ces moyens simultanés ou successifs, on ferme à la salive l’issue anormale qu’elle s’était habituée à suivre au dehors, et on l’accoutume à prendre, par la déglutition, la voie pharyngienne qui est sa destination naturelle.

§ V. — De l’équilibre des excrétions.

Il suffît de s’apercevoir que le corps humain s’assimile sans cesse de nouveaux éléments pour être convaincu que ses déperditions doivent être dans un rapport à peu près égal à ses assimilations. Ces déperditions, comprises sous le titre d’excrétions, étant internes ou externes, il suit de là que, si des circonstances particulières diminuent les excrétions externes, (ainsi par exemple agit le froid sur la perspiration cutanée) , les excrétions internes des membranes muqueuses deviendront à l’instant plus considérables ; d’où il résulte, pour continuer le même exemple, qu’une diminution de perspiration cutanée est immédiatement suivie d’une perspiration pulmonaire ou intestinale plus abondante : cause fréquente de rhumes, de fluxions de poitrine ou de diarrhée.

Si l’équilibre parfait de ces fonctions simultanées et comme supplétives les unes des autres, est impossible à

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conserver absolu la vie durant, du moins faut-il en approcher le plus possible, et se garder de mettre les idiots dans des milieux tels que cet équilibre soit rompu, et surtout rompu brusquement. Plus que personne, je le répète, ils ont besoin d’être mis à l’abri de toute maladie accidentelle, car ils en sont plus profondément affectés, et leur état anormal est une assez large rétribution payée à l’infirmité humaine pour qu’on cherche à les soustraire aux tributs onéreux que paye l’imprudence à Esculape.

§ VI. — Des excrétions des organes générateurs.

Elles commencent avec la puberté, mais elles peuvent être provoquées avant cette époque : et c’est un grand malheur.

Dans le nombre d’idiots pubères que j’ai traités, j’ai pu observer les ravages que produit l’érectilité des organes sexuels, (qui se manifeste presque toujours beaucoup plus tôt), et les déperditions de semence ou de mucosités qui en sont la suite, quelque cause qui les produise d’ailleurs. Tout ce qu’il importe donc de faire remarquer à ce sujet pour le plus grand avantage des idiots dont l’éducation n’est pas avancée au moment où commence l’orgasme de cette fonction, c’est qu’il faut leur éviter les occasions d’excitation, et celles des organes générateurs plus que toutes autres ; c’est qu’on doit employer les aphrodisiaques moraux et nuis autres, quoi qu’on ait conseillé à cetégard; c’est enfin que, dans le cas de manie solitaire déclarée, on ne saurait être blâmé d’avoir essayé d’un dérivatif plus moral et moins dangereux. Mais j’ajoute que si l’on a recours à ce moyen, on ne saurait se dispenser, sans encourir un blâme considérable, de le mettre à profit pour stimuler l’amour-propre, l’activité, l’intelligence et l’imagination. C’est dans ce cas surtout qu’on devra pouvoir dire: à quelque chose malheur est bon. Enfin quels que soient les préjugés, beaucoup plus respectés en théorie d’ailleurs que mis en pratique sur ce chef délicat, on devra s’estimer heureux si l’on a su rendre un instinct dépravé à son cours naturel, et si, de cette rectification

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d'un sens, on a su faire jaillir des éclairs d’intelligence, de passion avouable, et d’activité utile; mais, faisant la part du feu, qu’on n’oublie jamais que c’est un feu qui consume et qu’il faut la lui faire la plus petite possible.

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