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CHAPITRE XXXVII

Éducation du système musculaire.

Le premier besoin dos peuples et des individus, c’est celui de la force qui fait que l’homme va, agit, lutte, triomphe, et sauvegarde sa vie au milieu des obstacles qui l’environnent ou l’assaillent.

Ce besoin a fait inventer dans tous les temps des exercices propres à accroître les forces destinées à triompher dans cette lutte. Le Parthe et l’Arabe se livrent avec fureur à l’équitation ; le Romain, plus confiant dans sa valeur personnelle, inventa la gymnastique pédestre et militaire ; le Grec, qui raffina sur tout, créa la gymnastique savante ; le Chevalier Chrétien inventa la gymnastique féodale, qui fut à la fois le signe et la réa it de sa supériorité, vérita-

EDUCATION DU SYSTEME MUSCULAIRE

blement héréditaire pendant plusieurs siècles, sur les serfs et les communiers.

Mais il était donné à un de nos contemporains de formuler cet art avec la précision qui caractérise les œuvres véritablement scientifiques de notre époque : non-seulement le livre et les travaux de M. Amoros, laissent peu à désirer sous le rapport pratique, mais ils sont, à mon sens, le dernier mot possible de la théorie ; et si l'on avait à reprocher quelque chose à cet homme noblement tenace, ce serait de n’avoir pas craint de rebuter par l’immensité des détails et des aperçus dans lesquels il est entré.

Pour nous, en effet, la gymnastique, utile à tous les enfants, indispensable aux idiots, ne demande ni des appareils gigantesques, ni des exercices périlleux. Exclusivement consacrée au développement libre et pondéré de tous les leviers et n’ayant point pour but des tours de force, elle n’emploie que des moyens simples comme les résultats qu’elle tend à obtenir. Ainsi, l’immobilité et la marche régulière, le saut en largeur, hauteur et profondeur n’exigent que quelques pieds carrés où l’on disposera une table une échelle pour les membres abdominaux ; et pour le thorax et les membres supérieurs, la même échelle, l’échelle renversée, le balancier et les dum bells. Une gymnastique encore plus simple, et qui peut se faire même dans un salon, se réduit à l’immobilité et à la marche sur place, aux dum-bells, et à l’échelle renversée qui peut à la rigueur remplacer toutes les autres.

Après cela, chacun fait œuvre.

Je suis convaincu que si M. Amoros n’avait pas eu principalement en vue la restauration et le perfectionnement de la gymnastique des anciens, c’est-à-dire d’une institution toute militaire, il eût donné à ses exercices un caractère plus hygiénique, éloigné bon nombre d’exercices, soit périlleux, soit inutiles dans la vie industrielle de l’époque où nous vivons, et complété sa belle collection d’appareils et de manœuvres par un ensemble de moyens qui eussent été plus directement appropriables à l’hygiène des enfants et même à celle des idiots.

Mais que la gymnastique soit compliquée ou non, les

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exercices doivent être ramenés à deux séries qu il importe de distinguer, et de ne pas appliquer à tous les sujets indifféremment. Dans toute gymnastique, on trouve des exercices de surexcitation et des exercices de résistance; et l’on doit scrupuleusement séparer les uns des autres. Que si l’on ne fait pas, selon les sujets, un choix ou un mélange judicieux de ces deux sortes d’exercices (qui n’ont pas été distinguées, au moins dans la pratique avant moi), non-seulement on n’atteint pas le but que l’on se propose, à savoir de compléter également le développement des systèmes musculaire et nerveux de chaque individu, mais encore on court le risque d aggraver les effets d’un tempérament anormal. Laissez, par exemple, sauter de haut en bas un enfant trapu, il n’y a pas de raison pour qu’il grandisse d’une ligne, tandis que le même exercice et celui de lourdes dum-bells, seront excellents pour le jeune homme frêle et élancé.

Mais des inconvénients et des accidents très graves peuvent en outre résulter de l’applicaiion des moyens de surexcitation aux sujets dont la colonne vertébrale est faible, à ceux dont le système nerveux est irritable, dont le cerveau est dans des conditions un peu anormales; et en outre dans plusieurs autres cas, la gymnastique, telle que la font exécuter des 'Ubalternes dans les gymnases, doit être considérée comme un agent dangereux (1).

(1) Ces appareils de gymnastique, que le D1 Lallemand appelle méchamment des bouts de ficelles, se composent en outre de plusieurs pièces rigides, dont le contact peut provoquer ou entretenir des habitudes funestes.

Je pourrais appuyer ce dire de nombreux exemples, un seul doit suffire.

Je rem irquai un jour au gymnase la fille d’un riche banquier, enfant de 13 ans, qui se livrait avec emporiement à tous ces exercices de surexcitation; son bel œil brillait au centre de deux paupières bistrées; sa bouche frémissait, des couleurs tranchées faisaient comme une tache charmante sur le fond pâle de ses joues; elle avait monté et descendu déjà plusieurs fois à un mât élevé de 6 à 7 métrés, et demandait à son professeur, avec un regard supliant, la permission de recommencer encore une fois. Je fis, au maître de gymnastique, brave sous-officier qui ne veut voir dans son gymnase qu’une affaire, les représentations que me suggéraient cette insistance, cette ardeur, et les circonstances vannent frappantes de cette activité sans limite: que voulez-vous, me dit-il, pour ne pas répondre directement

à ma question, si je lui empêchais de monter au mât, madmoiselle X

ne reviendrait plus chez nous; il ne manque pas de gymnases dans Paris.

Je gardai ma réplique pour moi, mais je livre le fait aux parents.

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De plus, la gymnastique que l’on fait exécuter aux enfants ordinaires, ne convient pas à tous, et ne convient nullement aux idiots pour deux raisons. La première, c’est que la plupart des exercices dont elle se compose provoquent des surexcitations instantanées, au lieu de déterminer la production d'une force constante pendant un temps déterminé, et déterminable selon chaque sujet. La seconde, c’est que la gymnastique en usage suppose dans l’enfant une rapidité d’évolution, une précision de mouvements, un concert entre la volonté et les appareils moteurs, une régularité des puissances dynamiques de l’individu qui n’existent pas dans l’idiot.

Mais en outre la gymnastique, telle que les anciens semblent l’avoir comprise, et telle que M. Amoros l’a réorganisée, ne s’occupe que du développement musculaire. Aussi chez les anciens avait-elle fini, par produire la race des athlètes, espèce de force inintelligente et organisée que l’on a remplacée de nos jours par la poudre, la vapeur, etc... Ainsi dirigée, la gymnastique ne tient à rien dans l’éducation, et n’a qu'un résultat qui est bien éloigné du but social actuel, puisqu’elle favorise le développement exclusif et la prédominance du système musculaire; or, il suffirait d’étudier les tendances des races modernes pour être convaincu que la gymnastique ainsi comprise est un anachronisme, ou mieux une immoralité. Comprise et appliquée comme je l’ai formulée, non-seulement elle sert les tendances actuelles de la société qui cherche la vie dans l’équilibre des fonctions, mais, encore, et cela est plusimportant, la gymnastique que j’enseigne tient à l’éducation intellectuelle et morale par le rôle que j’y assigne au système nerveux et aux organes des sensations. Avec elle, 1 enfant passe des exercices purement physiques aux exercices physiologiques (ou pour parler plus correctement, des exercices de myotilité aux exercices des sens), par une gradation non interrompue qui défie l’inertie de rester en arrière. Cette gradation est d’autant plus utile à garder, que l’on observe trop souvent, en effet, des individus chez lesquels existe une prédominance excessive du système nerveux sur le système musculaire, ou vice versa ;

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les uns sont de puissants leviers dépourvus de toute sensibilité ; les autres, inaptes à la vie réelle (1), ne sont que de frêles sensitives. Suivant moi, la gymnastique actuelle devra augmenter probablement le nombre des premiers au détriment des autres ; et je ne sais ce que la société pourrait y gagner ; tandis qu’avec la gymnastique simultanée des deux systèmes, musculaire et nerveux, l’équilibre ne saurait manquer de se rétablir, et l’homme, puissance dynamique, de se compléter.

Eh bien ! la prédominance d’un des deux systèmes est plus exclusive et plus générale chez les idiots que chez les autres sujets. Tandis que l’on voit dans le monde quelques enfants croître dans un juste équilibre, je n’ai jamais vu d’idiot qni ne fut exclusivement poussé par sa surexcitation nerveuse, ou parla puissance de ses forces musculaires, ou en proie à une atonie complète. De l’un de ces modes de vitalité, de la constance de l’une ou de l’autre de ces anomalies, résulte pour nous la nécessité de poser en principe général que l’éducation du système nerveux doit être faite concurremment et simultanément avec celle du système musculaire; et surtout, que la mesure et l’opportunité de chacune d’elles doivent être calculées sur l’idiosyncrasie du sujet.

Et ce principe n’est pas seulement vrai et important pour les seuls idiots. Dans tous les cas où j’ai été appelé à diriger l’éducation d’enfants arriérés sous le rapport intellectuel, d’enfants rachitiques, de jeunes personnes dont les appareils musculaires atrophiés n’étaient susceptibles de presque aucune contraction utile, tandis que leurs systèmes nerveux jouissaient d’une susceptibilité rapide et profonde, extrême parfois, et d’une irritabilité maladive et progressive ; dans tous les cas où l’équilibre des forces vives d’un sujet, est rompue (et ces cas sont aussi remarquables par leur nombre que par la variété et la singularité des formes qu’affecte ce désordre) ; dans tous ces cas, la gymnastique musculaire doit être faite d’abord d’une façon spéciale pour chaque sujet, puis concurremment

(1) De l’état nerveux proprement dit, thèse remarquable par L. A. Roux.

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avec la gymnastique du système nerveux, et doit être en plus corroborée d’un traitement approprié. Oette partie de ma méthode qni a pour objet de remédier au manque d’équilibre dans le développement des appareils et dans le jeu des fonctions chez des sujets qui n’ont d’ailleurs aucun trait de ressemblance avec les idiots n’est ni la partie la moins utile, ni la partie la moins curieuse de mes travaux ; mais l’objet tout spécial de ce livre ne me permet pas une excursion sur ce point intéressant de ma pratique.

Il faudra recourir au Manuel cle gymnastique de M. Amoros pour trouver la figure et l’emploi général de chacune des machines que je propose, sauf celle du balancier qui est de mon invention; mais pour ce qui est de leur application spéciale aux idiots, elle ne se trouve nulle part, c’est pourquoi j'en traiterai sommairement.

L’idiot est plus que personne dépourvu de la puissance musculaire, sans laquelle la force est désordonnée ou n existe pas. Chez tous les enfants, la préhension précède la station. Quand l’idiot ne sait, ou ne veut pas se servir de ses mains, on doit le mettre sur, et devant l’échelle ordinaire, en le tenant d’une main par l’anneau de sa ceinture gymnastique, puis en dirigeant de l’autre ses mains et ses pieds à la montée et à la descente, s’il est besoin. Ses mains refusent-elles de saisir les échelons supérieurs et son corps se renverse-t-il en arrière, à droite ou à gauche, il faut le laisser choir jusque dans les bras du maître, et le remettre en position.

Si cette épreuve ne suffît pas, je fais monter l’enfant derrière l’échelle à l’aide des jambes et des bras tandis que, monté moi-môme sur le devant de l’échelle, j’appuie mes mains sur les siennes, afin d’éviter une chute certaine qui devient impossible ainsi. Dans cette ascension lente et pénible, pour le professeur surtout, chaque mouvement de l’enfant doit être dirigé, assuré, puis affranchi graduellement de la direction et de la pression qui le régularisent et l’assurent. Pour faire descendre l’échelle à la force des bras, la difficulté redouble. Placé à la même hauteur que l’idiot, toujours sur le devant de

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l’échelle, je pose mes mains sur les siennes, et dégageant avec un de mes pieds ses pieds qui se cramponnent aux barreaux inférieurs, je tiens suspendu sous une pression que je mesure à sa faiblesse. Je dégage une de ses mains qui, faute de force préhensive suffisante, lâche l’échelon qu’elle tenait, et va* (par suite du sentiment naturel de la conservation, sur lequel l’expérience m’a appris à compter se porter rapidement sur l’échelon inférieur, où ma main vient de nouveau la fixer; le même manège fait abaisser son autre main. Tandis que nous descendons ainsi, mon corps glisse le long de l’échelle, et les pieds de l’enfant luttent sans cesse avec mon pied droit, s’agitant pour ressaisir leur point d’appui.

Pendant cette manœvre, difficille à analyser sans omettre une foule de détails particuliers au genre d’infirmité ou de maladresse qu’elle est destinée à corriger chez chaque sujet, le corps de l’idiot est dans sa plus grande extension; les muscles, inertes jusque-là, se contractent avec énergie, et supportent un poids, des commotions, que nul exercice actif et volontaire ne saurait encore remplacer. Le même exercice se répète sur l’échelle renversée, en laissant à l’enfant plus ou moins de liberté dans ses contractions, suivant qu’il provoquera plus ou moins les mouvements utiles des muscles préhenseurs de la main.

Sitôt que l’usage des mains commence à s’accomplir sous l’empire du besoin de conservation, on doit l’appliquer aux besoins de l’alimentation, aux besoins usuels de la vie, et enfin aux occupations, les plus étrangères aux habitudes de l’enfant, comme à lui faire manier des pierres, des briques, des pioches, des bêches, des brouettes (1), etc. On arrive aussi à rendre la station et la marche régulières, principalement à l’aide des dumbells dont l’usage est impossible sans la préhension volon-

(1) La brouette a de plus l’avantage de servir, comme balancier, à maintenir l’équilibre dans la station et la marche surtout.

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taire, que l’exercice du balancier (1), employé après les échelles, perfectionne et fortifie tous les jours.

Quand la station debout et la marche régulière ne peuvent avoir lieu par suite de la faiblesse des membres abdominaux, on doit asseoir l’enfant sur une espèce particulière de balançoire qui envoie les extrémités inférieures battre un tremplin vertical, tremplin qui les repousse et les reçoit tour à tour. C’est ainsi que la jeune A.. .P..., âgée de huit ans, parvînt en quelques mois à se tenir debout et à marcher.

En relevant un à un, d’après mon cadre monographique de Vidiotie, les désordres physiologiques de chaque sujet, on aura remarqué ceux relatifs à la station assis, debout, couché, ceux relatifs à la marche, aux mouvements coordonnés, et simultanés des membres inférieurs. C’est là que se trouvent les commencements de toute gymnastique, là où il y a désordre, et non incapacité de locomotion.

Quelquefois le sujet est si gravement affecté dans sa motilité, ou si difficile à diriger, par suite de sa mauvaise éducation, que l’on est réduit avec lui à tourner la difficulté et à ne pas commencer par le commencement.

Dans cette dernière circonstance, qui accuse toujours chez les parents une incapacité dont le maître doit se défier comme de l’ennemi le plus dangereux pour son élève et pour lui-même, il fera bien de remplacer momentanément l’immobilité debout (ou station droite isolée) qer l’immobilité assise, dans laquelle le siège est le seul point d’appui, sans dossier ; il pourra intercaler à cet exercice quelquesuns de ceux que j’indiquerai plus loin pour le développement des fonctions des membres supérieurs : tout cela d’ailleurs ne le conduira qu’à des à-peu-près, et pourquoi?. . . .

Parce que le point d’appui inévitable de l’action, le point d’appui par lequel il faudra qu’il fasse passer son élève avant d’obtenir aucune action précise, continue, régulière,

(1) Ce balancier consiste en un bâton d’un mètre aux extrémités duquel on adapte deux boules ou olives de bois d’un poids égal et proportionné à la force de l’enfant, soit de lkil. à 6 ou 8.

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c’est l’immobilité debout. Pour y atteindre, qu’il fatigue ou amuse les mains de l’enfant avec des dum-bells plus ou moins lourdes, qu’il fixe la tête avec son propre regard ou sa main, qu’il maintienne les pieds par le commandement, ou entre les siens propres, ou dans une petite boîte faite exprès, comme les boîtes à danser, et vissée au parquet, ou entre quatre planchettes mobiles rapprochées en manière de cadre, ou avec un simple rond ou un carré tracé au crayon blanc sur le sol, (moyen préférable* à tous lesautres quand il peut suffire). Je dirai même à cet égard, que j’ai vu des enfants renverser les obstacles matériels que j’opposais momentanément dans cet exercice à leur pétulance, et cependant accepter cet obstacle imaginaire, me prendre bientôt par la main, et me manifester le désir de me voir tracer le cercle dans lequel ils se mettaient ensuite volontiers, sinon pour autant de temps que j’aurais voulu les y voir.

Quoi qu’il en soit et des moyens auxquels on aura recours, et de l’obstacle que rencontrera l’immobilité debout, il faudra l’obtenir, aussi bien des sujets qui vivent accroupis que de ceux qui sont constamment agités ; l’immobilité est le seul point d’appui pour agir régulièrement, l’immobilité est le passage nécessaire d’une action désordonnée à une action convenue entre le système musculaire et l’intellect.

Lorsque les désordres moteurs sont graves on ne peut espérer d’obtenir ni la marche, ni l'ascension, ni la descente d’un escalier, ni les flexions normales des membres inférieurs et du bassin, sans avoir recours à des exercices variés, que l’on commencera alors, (dans la prévision de de leur longue durée) en même temps que les exercices des membres supérieurs.

Toute cette partie de la gymnastique des idiots diffère essentiellement de ce qu’on appelle gymnastique dans les écoles destinées aux enfants ordinaires : les charpentes et les cordages ne servent plus de rien ici, et sont remplacés par la patience et l’ingéniosité du maître, car chaque idiot

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présente, à l’égard des mouvements volontaires, des anomalies que le maître doit s’attachera faire disparaître.

A l’un, il faudra un escalier composé de marches très basses et assez larges pour commencer à monter et descendre ; puis un ou deux autres escaliers graduellement plus semblables aux degrés de nos demeures. A l’autre, le contact manuel de corps lourds et minces en même temps, pour que sa main, qui laisse tout choir, s’habitue à la préhension. A celui-ci, des exercices de préhension et de jet alternatifs; à celui-là, l’étude, la pratique de divers instruments dont le maniement rencontre des résistances diverses, comme le marteau, la lime, la scie, le rabot, le couteau, les ciseaux, etc

Tous enfin doivent être familiarisés avec les ürymnnastiques des doigts que réclament les actes les plus simples et en même temps les plus nécessaire de la vie journalière, comme s’habiller, se boutonner, nouer, plier, relever, ramasser les corps de toute forme, ranger, se laver, se peigner, etc. . . .

Je sais bien que ceci n’est pas de la gymnastique transcendante ; mais qu’importe, puisque c’est utile, indispensable? Je vois des idiots qui passent la rivière et traversent un cerceau placé en l’air à 10 mètres de leur point de départ, et qui, en compensation de cette lesleté singesque, ne savent pas mettre leurs bas, nouer leurs souliers, etc... Est-ce assez triste !

A mesure qu’on daignera descendre avec moi la gymnastique de ses hauteurs saltimbanques, on la verra s’étendre, se préciser, s’utiliser au profit de mes pauvres élèves. Pour un mât retranché, le maître ingénieux trouvera nombre d’exercices utiles au développement des fonctions musculaires de son élève, utiles au développement de ses aptitudes et de ses goûts postérieurs. Gymnastique pratique avant tout, celle des idiots devra constamment, et dans tous ses modes, avoir pour objet une ou plusieurs des fonctions actives nécessaires à un des actes utiles de la vie commune, comme se tenir debout, marcher, courir, gravir, monter, descendre, prendre, lâcher,

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recevoir, rendre, lancer, porter de toutes façons, couper, trancher, scier, rabotter, brouetter, tirer, traîner, rouler, semer, planter, arroser, cueillir, coudre, attacher, nouer, dénouer, plier, renverser, relever, rapproprier, laver, ranger, agir enfin de la manière la plus utile et la plus approchante du mode d’action de tout le monde : ce n’est donc point d’une gymnastique savante et audacieuse que mes élèves ont besoin ; bien au contraire, il leur faut une gymnastique modeste et un maître patient dans les petites choses ; car s'il importe peu, s’il est même quelquefois funeste qu’un idiot sache gravir à un mât, il aura besoin à chaque instant de manier dextrement un bouton, un verre, une fourchette, des ciseaux, une plume et tous les objets précédemment inutiles dans ses mains, mais dont l’emploi est tellement impérieux et fréquent dans la vie, qu’il est nécessaire que l’habitude de l’exécution quasimécanique de ces manœuvres remplace presque entièrement l’attention soutenue et la volonté.

On voudra bien considérer en outre, que ces gymnastiques diverses trouveront presque toujours à leur encontre des incapacités motiles assez sérieuses, soit d’un ou de plusieurs doigts, soit d’un ou de plusieurs membres ; et que ces incapacités porteront, tantôt sur la vigueur intrinsèque des leviers musculaires, tantôt sur le manque de direction des appareils nerveux que propulse la volonté, tantôt enfin sur de véritables infirmités partielles, comme la rétraction, ou contracture, d’une main, d’un membre et même de deux membres. Au premier ordre d’incapacités, on opposera des exercices purement musculaires avec ou sans le concours de la volonté de l’enfant ; au second, on opposera des exercices de volonté appliquée à la motilité locale ou générale qu’il faudra savoir graduer avec beaucoup d’art ; au troisième, on opposera un véritable traitement orthopédique circonscrit à la partie motile frappée d’incapacité. Les enfants hémiplégiques, et ceux qui sont affectés de rétractions des membres inférieurs ou supérieurs rentrent particulièrement dans ce dernier ordre d’incapacité.

Mais je n’ai pas le temps d’écrire une méthode spéciale de gymnastique, et supposant cet art connu, il doit me

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suffire, après les exemples précédents, d’indiquer dans quel ordre doivent être faits les exercices. Ainsi, je dirai pour me résumer : selon les tempéraments, les exercices de résistance doivent exclure ceux 'de surexcitation, ou vive versât. Ainsi, toujours l’exercice des membres, en commençant par les thoraciques, doit précéder les exercices dirigés spécialement sur la colonne vertébrale ; ainsi encore, les mouvements généraux, ou d’ensemble, doivent précéder les mouvements partiels, comme la gymnastique proprement dite sert d’introduction à l’imitation personnelle ou mimique, dont je vais parler.

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