‹ Traitment moralChapitre 68 sur 97 · SOT · texte numérisé non relu

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Pour les formes, comme pour les couleurs, il faut partir des contrastes pour arriver aux analogues. Ainsi, on fai distinguer un rond d’un carré, une étoile d'un triangle,*' avant de présenter simultanément à l’enfant le rond et l’ovale, le cai ré el le losange, l’octogone et i’hexagone, etc.

Mais avec un idiot il ne suffirait pas d’offrir au regard ces différences et ces analogies conventionnelles qui ne le toucheraient certainement en rien. Qu’on les lui montre peintes, ou en relief, il sera presque toujours indifférent à leurs caractères respectifs, si l’on n’a soin de faire intervenir dans cet exercice !e tact, la préhension et l’imitation. A cet effet, on prend plusieurs planches dans lesquelles sont sculptes en creux les types que l’on veut enseigner; onremetà l’enfant une ligure mobile, par exemple un rond, qui s’adapte exactement au type du rond et non à d’autres figures creusées dans la tablette qui est devant lui, et on lui indique la manière de placer l’un dans I autre. S’il essaie de mettre la ligure ronde dans le type du carré, il n’y parviendra pas malgré tous ses efforts ; mais passant, par ordre, de ce type à un autre, il finira par arriver à celui dont la forme correspond à celle de la figure qu’il tient. Si la figure du type creux ne fixe pas suffisamment l’attention, on le peindra d une couleur qui, tranchant net sur le plan, frappe, attire le regard, » t force ainsi l’enfant à la comparaison.

Quand l’élève ne se trompera plus, on lui fera placer ces mêmes figures mobiles sur d’autres, qui seront seulement peintes sur planche ou sur carton, et I on procédera à la distinction et à la nomination de ces figures, comme il est dit au chapitre de la couleur et des lettres.

Est-il besoin de montrer le lien qui unira plus tard les notions acquises à l’aide de ces figures avec l’enseignement de l’alphabet? même moyen, même méthode, portant ici sur des formes régulières, là sur des formes irrégulières. Parla connaissance des figures régulières l’enfant commence à distinguer et à nommer les objets de nulle valeur pour ses goûts. S’il accepte leurs différences de forme et

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de nom, on peut être sûr que ce n’est pas à l’aide d’une de ces aptitudes instinctives qui absorbent d'ordinaire en lui tout l'intellect, mais en vertu d’opérations des sens et de l’entendement bien nettement formulées, et sur lesquelles on pourra désormais se fier pour le mettre en contact avec les phénomènes de l'ordre spirituel, phénomènes qui sont représentés durablement par les lettres, signes acceptés de la pensée.

§ IX. — Agencement.

Comme l’étude des figures typiques prépare l’enfant à l’alphabet, de même celle de l'agencement le prépare à la lecture proprement dite. Par l’une, il apprend avec des figures régulières à apprécier l'irrégularité des lettres; par l’autre, il apprend (en combinant diverses parties pour former un tout) à combiner plusieurs lettres dans un son commun, et plusieurs mots pour former une idée; caries combinaisons qu’il aura exécutées avec sa main, à l'aide du regard, il les reproduira plus lard dans l'ordre intellectuel.

On se sert d’abord pour enseigner l’agencement des planches dont j’ai recommandé l'emploi au chapitre de l’imitation impersonnelle. On en prend deux d’abord, et on en donne autant à 1 élève ; on les lui fait placer dans des positions variées relativement l’une à l’autre; ainsi, l’une couchée et l’autre sur champ, puis l'une debout et la seconde posée à plat sur un des angles de la pr mière* et on ajoute une, deux, trois autres planches successivement à la combinaison primilive. Mais d'abord on ne pose la seconde planche que quand l'élève a placé la précédente; ensuite on construit toute une combinaison de trois, de quatre, de cinq ou de six planches, avant de lui permettre d’en placer une seule; enfin, on présenle à l’enfant une combinaison toute montée, on la lui fait bien examiner, on la détruit, et il doit la reproduire.

Pour les enfants ordinaires, ou simplement arriérés, on fait suivre cet exercice, qui a tout l’attrait d'un jeu. d’un °Htre semblable fait avec des morceaux de bois.de diver-»

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ses formes, préparés de manière à former une porte, une maison, une table, etc. : source féconde pour le professeur qui saura y puiser des moyens d'attention et de progrès pour ses élèves: mais tous les idiots ne peuvent aller jusqu a ce point, et d’ailleurs ces exercices simples ou compliqués supposent tous la notion du plan dont nous allons nous occuper.

§ X. — Du plan.

De toutes les notions relatives aux propriétés physiques des corps, la plus utile, mais la plus difficile à acquérir, est celle du plan. Les enfanls comme les homnies, s'en servent dans tous les instants de l’existence; sans elle, pas de point d’appui pour se mouvoir, pas d’équilibre, pas de station pour les hommes ni pour les objets, pas de rapports possibles entre l’individu et ce qui l’entoure, pas de mouvements, ni d’actes réguliers, ni de dessin, ni d’écriture, ni de travaux manuels, etc. Et pourtant. hommes ou enfants, combien voit-on de personnes qui aient des notions précises d’un plan donné, de son centre, de sa périphérie, de ses points principaux et relatifs ? combien peuvent mettre le doigt ou le crayon sur un point géométrique d'un plan, et le conduire à un autre point avec rectitude el précis'on ? Cette aptitude est en ceux qui la possèdent le résultat d une éducation intellectuelle et manuelle, d’une expérience surtout, que quelques professions spéciales donnent seules à I homme fait ; mais elle n'appartient pas aux masses, tandis qu’elle serait utile et même nécessaire à tous les hommes.

Est-il besoin de dire que les idiots n’nnt aucune notion des plans? Les uns ne peuvent marcher droit sur un plan horizmtal, les autres placent un verre ou une bouteille obliquement sur une table, et tous ceux auxquels j'ai fait placer une quille à terre, témoignaient de la crainte de la voir tomber, quand par hasard elle tombait à terre verticalement et ils s’évertuaient alors à la faire tenir dans une obliquité assez prononcée pour l'ordinaire.

De tous les plans possibles, les plus simplement circons*

erits et à la fois les plus réguliers sont le rond elle carré; c’est sur ces deux figures qu'on do t commencer à porter l’attention de l’enfant. Pour cela on prend d’abord un rond et un carré, puis deux ronds ei deux carrés, de bois ou de carton. Je me bornerai à retracer le premier de ces exercices parce .-que tous les deux se font de la même manière quoiqu'ils indiquent sur le plan, des points relatifs fort différents.

Quand l’idiotie est grave on prend d abord un parallélogramme circonscrit sur tous ses côtés par un rebord ou cadre, dont la couleur tranche sur le fond ; on assied l’enfant en face de soi, et l'on place un doigt sur l'angle gauche du cadre, et lui devra placer son doigt à l’angle droit. On porte ainsi le doitg sut tous les points de la moitié du plan, et l'élève en fait au ant de son côté. S'il ne remarque ni la directn n du doigt, ni les divers points touchés, on met sur ces points principaux des pains à cacheter variés en couleur, et se correspondant sur chaque moitié du plan et fou pose le doigt sur le point rouge, puis entre le point blanc, et le point rouge; en'in, on enlève ces signes au fui- et à mesure que la notion arrive. Sur un autre carré divisé en 49 carrés alternativement blancs et noirs, le maître pose le doigt sur l’un, et l’enfant place le sien sur le carré correspondant. On substitue avantageusement au dmgt, des solda's des maisons, des animaux, des joujoux entremêlés ; Tentant devra prendre le même objet que son professeur, et le placer sur la case qui est en face de celle où le maître en aura mis un semblable ; mais il faut éloigner le plus tôt possible ces auxliaires qui facilitent bien d'abord le passage de la distraction à l’attention, mais qui plus tard absorberaient cette dernière au profit d’un goût futile sans portée et sans résultat.

§ XI. — Images.

Argument. — La vue des images est un stimulant énergique pour le regard ; il y a en elles un élément poétique dont on ne tient pas assez compte dans l’éducation en

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général ; elles aiguisent les perceptions instinctives au poinl de leur donner loute 1 apparence d'opérations intellectuelles. et les artistes, dont beaucoup son! d une ignorance notoire, doivent aux impressions que leur a laissée l'immense quantité d images qu’ils ont compulsées une bonne pari de leurs succès (1).

Pour les enfants ordinaires, les images peuvent servir de joujou intellectuel, pour les idiot- elles servent d’exercices sérieux et raisonnés. Malheureusement de tous les jolis livres d images destinés au premier âge, il n’en est guère qui aient été tracés sous l infiuence d’une idée d’éducaüon et d’enseignement. La main heureuse de nos artistes, trop habitué à la fantaisie, jette à la hâte et sans choix sur la pierre de gracieuses esqu;sses, que l’on est censé acheter pour les enfant* et qui n’amusent guère que les grandes personnes ; l’étagère s’enrichit il est vrai d’un a'bum. mais le petit garçon et la petite fille sont réduits à répéter sur ces vignettes les charmants lazzis quelles ont provoqués dans le salon. Pauvres enfants ! c’est ainsi encore qu’ils contractent l habiiude de ne voir que comme les autres ont vu. dé juger avec le jugement d’autrui, et de penser enfin avec leur souvenir: toutes habitudes funestes qui prennent dans leur tête la place que devraient y occuper de véritables opérations intellectuelles proportionnées à leur âge ; puis prônés jusqu’à 7 ou 8 ans comme de petites merveilles, par les familiers de la nappe ou du coin du feu, ils vont, en grandissant, se perdre dans la foule des intelligences à la suite, c'est-à-dire des intelli-

(1) On douterait peut-être de mon assertion si je ne l’appuyais d’un exemple singulier entre beauc^ up d’autres. Un sculpteur montrait pour la première fois à ses intim* s un bas-rel ef re résentant l’adoration des mages La mère et l’enfant étaient au centre; à gauche, saint Joseph et les Juifs indifférents à la scei.e; à droite le nègre en extase, le prec qui semble ergoter en adorant, et le Romain avec son galbe eésarien, plus i approché du groupe principal, tenait un rouleau de papyius. Mais, dit-on au statuaire, tuas fait mieux qu’une adoration des mages t as fait l'histoire même des premiers temps du christianisme; tt comme on louait l’expres ion de chaque figure qui paraissait le type, l’une de l'obstination juive, l'autie du fanatisme des nuirs, celleci du. sehisqte grec et c.-lle-là des persécutions impériales, l’ar.iste, à la mis confondu et enchanté, ne reprit un peu d’aplomb qu'" pour dire : Je n’y avais pas pensé, mais c’est bien ça. • • ■ ;

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gences quiperçoivent des idées et qui n’en produisent pas une.

Ce n’est pas à dire que les albums aient causé tout le mal ; ils n’entrent que pour une part d..ns le faisceau d’esprit tout fait, d’opinions convenues, de goûts prescrits, que l’homme impose à l’enfant ; mais pour n’ètre pas des moyens directs d'éducation, ils n’en ont que plus d’inconvénients, en ce sens qu’ils transportent la routine jusque dans l’acte le plus essentiellement spontané et original de l’enfance, à savoir le jeu.

En attendant que les albums des enfants se multiplient, et si l’on est dans l’impossibilité de se procurer le mien (1), il faut réunir des images dont les sujets aient une signification graduée ; on les collera sur des feuilles successives. et dans l’ordre suivant : 1° partir des notions (que je suppose connues), les lignes droite et courbe, verticale, horizontale et oblique;

2° De ces notions passer à celles des formes (voyez au § VIII, delà Configuration);

3° De l’application des formes typiques, aux images les plus simples, comme le dessin d’une voiture, d’une mai^ son, etc.

4° De là, à la dislinclion des animaux suivant leur grandeur, leur forme, leur couleur, leur férocité, leur unité, leur intelligence ;

5° Réunir en quelques feuilles les jeux divers et les exercices des enfants, les travaux des hommes qui ont un état ou un métier honorable, et faire suivre ces images de la représentation de la misère des hommes qui ont vécu dans la paresse.

Tel doit être approximativement le programme d’un livre d’images dans lequel les enfants trouveraient à la fois des notions morales, des idées pratiques, et du plaisir à chercher et à rencontrer les divers motils de chaque

U) C. Philippon. qui a fait, de la maison un véritable magasin d’esprit, m’a dptnandé le plan d’un livre d’images graduées pour h s entai ts arriérés et idiots. Cet ai'ium exécuté par un de nos plus labiles artistes, M Adolphe Belin, est encore le seul que l’< n puisse mettre entre les mains des entants pour lesquels j’écris, il a pour tare : Imuyes etc..

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dessin ; mais là ne se borne pas l'enseignement du dessin, Dès qu’un idiot prend goût à quelques images il faut les lui multiplier; si son goût augmente, ce qui est le résultat d'un bon choix, on lui fait remarquer des tableaux, des statues, suivre toutes les exposilions d’art, visiter souvent tous les musées, rendre compte de ce qu'il vient de voir après chaque excursion, etc... Ceux de mes élèves qui ont fait le plus de progrès, sont précisément ceux qui ont été mis en rapport intellectuel avec le plus grand nombre de créations d’art.

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