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CHAPITRE XL

Dessin.

Pour dessiner, la première notion à acquérir, par ordre d’importauce, était celle du plan destiné à recevoir le dessin; la seconde était celle du tracé, ou délinéamentation. Par l’une, l’enfant a pris connaissance de la topographie du plan, il a distingué du doigt etde l'œii. le haut, le bas, la droi‘e, la gauche, le milieu du champ destiné à recevoir les signes , par l’autre, il a appris à placer et à diriger sa main sur les points assignables du tableau, touteschoses qu’ilignoraitabsolument. Danscesdeux notions, de la configuration du plan et de la direction que suit le trait, est toute écriture, tout dessin, toute création linéaire. Ces deux notions sont corrélatives; leur re'ation engendre l'idée, la capacité de produire des lignes, en ce sens que les lignes ne méritent ce nom que quand ellessuivenl une direct on méthodique et raisonnée ; le trait sans direction n’est pas une ligne ; produit du hasard, il n'a pas de nom, Le trait raisonné, au contraire, a un nom, parce qu’il a une direction, et, comme toute écriture ou dessin n’est

DE L’IDIOTIE

autre chose qu’un composé des diverses directions nommées que suit une ligne, il faut. avant d’aborder récriture proprem *nt dite, insister sur ces n )ti ms du pl tn e' du irait que l’enfant ordinaire acquiert par intuition, mais qu’on est obligé de rendre précises et sensibles pour les idiots dans toutes leurs applications. Par le d< ssin méthodique ils entreront en contact raisonné avec toutes les parties du plan, et produiront, d’imba ion d’abord, des traits simples au début, compliqués ensuite.

On leur apprendra successivement : !°à tracer les diverses espèces de lignes ; 2° à les tracer dans des directions variées et dans des positions diverses relativement au plan ; 3° à ’éunir ees lignes pour former des figures graduées du simple au composé. C'est ainsi qu’on doit leur apprendre d’abord à distinguer les lignes droites des lignes courbes, les verticales des horizontales, et des obliques variées à l'infini, puis enfin les principaux points de conjonction de deux ou de plusieurs lignes poui f- rmer une figure

Cette analyse raisonné du dessin, d’ou naîlra l’écriture, était lellemi nt essentielle dans toutes ses parties que L, . , qui traçait déjà machinalement plusieurs lettres, avant de m'être confié, a mis six jours à tracer une perpendiculaire et une horizontale, quinze jours avant d'imiter une Gourbe et une oblique ; que la plupart de mes élèves sont longtemps incapables d’imiter les mouvements de ma main sur le tableau, avant de pouvoir tracer une ligne dans une directi >n donnée. Le^ plus imitateurs, ou les moins stupides, produisent un trait diamétralement opposé à celui que je leur démontre, et tous confondent les points de conjonction de deux lignes les plus sensibles, comme le haut, le bas, le milieu. Il est vrai que la connaissance approfondie que je leur ai donnée du plan, des ligues et de la configuration les rend aptes à saisir déso mais les rapports qu’il devront établir entre le plan et les traeés divers dont ils devront couvrir sa surface ; mais dans l'étude qu’ont nécessitée les anomalies que mes élèves me présentaient, la progression entre la verticale, l'horizontale, l’oblique et la combe, devait être déterminée par la considcialion des

GYMNASTIQUES SENSORIALES.

difficultés de compréhension et d’exécution que chacune d'elles offre à une in'elligence paresseuse et à une main inhabile et mal assurée : ici il ne s'agissait plus simplement de leur faire exécuter une chose difficile, puisque j’allais avoir à leur faire surmonter une succession de difficultés; « ’est pourquoi je me suis demandé si ces difficultés n’étaient pas les unes plus, les autres moins grandes, et si elles ne s’engendraient pas comme des théorèmes, or voici les idées qui m’ont guidé à cet égard.

La verticale est une ligne que suivent directement l’œil et la main en s’élevant ou en s'abaissant. La ligne droite horizontale n’est naturelle ni à l'œil ni à la main, qui s’abaissent et s'arrondissent (comme 1 horizon dont e le a pris son nom), en partant du centre pour aller aux extrémités latérales du plan, s’ils ne sont relevés pr porlionnellement à la distance qu'ils parcourent.

La ligne oblique suppose des notions comparatives plus complexes, et les courbes exigent une constance et des différences de rapports avec le plan, si variables, si difficiles à ass gner que ce serait perdre son temps de commencer l'étude des lignes par ces dernières. La ligne la plus simple étant donc la droite verticale, voici comment j’en ai fait percevoir l’idée.

La première formule géométrique est celle ci : d'un point à un autre, on ne peut mener qu'une seule ligne droite. Partant de c»t axiom° que la main seule peut démontrer, j'ai posé deux points sur le tableau, et je les ai joints par une verticab’ ; mes enfants essayent d'en faire autant entre les deux points que j'ai eu soin de mettre devant eux sur le tableau : mais les uns descendent la verticale à droite du point inféré tir le> auties à gauche, sans c mpter ceux dont la main dioague sur le tableau dans tous les sens ; pour ar êter ces déviations diverses, qui sont le plus souvent bien plus dans l’in'elligence et dans le regard que dans la main, j’ai cru bien faire de rétrécir le champ de l’appréciation du plan, en traçant deux verticales à droite et à gauche des points que l’enfant doit réunir par u e ligne parallèle et intermédiaire à deux autres /qui ne

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seront là que pour lui servir, si je puis parler ainsi, de garde-fou). Si ces deux lignes ne me suffisaient pas, je fixais verticalement sur le tableau deux règles mobiles qui arrêtaient absolument les déviations de la main : mais ces barrières materielles ne sont pas longtemps utiles. On supprime d’abord les deux règles, et l’on revient à l’emploi des lignes parallèles, entre lesquelles l’idiot ne tardera pas à inter, aler la troisième verticale ; puis on ôte une des verticales directrices, et on laisse tantôt celle de droite, tantôt celle de gauche, afin de les opposer à chaque déviation qui se présente ; on supprime enfin cette dernière ligne, puis les points, en commençant par effacer celui d’en haut qui indique le point de départ du trait et de la main, et l’enfant apprend ainsi à tracer une verticale, seul, sans point d’appui, sans point de comparaison.

Même méthode, mêmes difficultés, mêmes moyens de direction pour les lignes droites horizontales. Si. par hasard, elles sont commencées assez bien, on doit s’attendre à ce que Tentant les courbera par inclinaison en allant du centre aux extrémités, comme la nature le commande, et par la raison que j’ai expliquée tout à l’heure. Si des points tracés de distance en distance ne suffisent pas pour soutenir la main, on la force encore à ne pas dévier par les parallèles linéaires que l'on trace sur le tableau ou par des règles.

Enfin, on fera tracer la ligne horizon'ale, appuyée d’équerre sur la verticale, qui formera avec ebe un angle droit ; l’enfant commencera à comprendre ainsi ce que c’est que la ligne verticale et la ligne horizontale, et entreverra la relation de ces deux premières notions pour tracer une figure.

Dans l’ordre de génération des lignes, il semblerait que l’étude des obliques dût suivre immédiatement celle des verticales et des horizontales ; il n’en est rien cependant. L’oblique, qui participe de la verticale par son inclinaison, de l’horizontale par sa direction, et qui participe de toutes les deux par sa nature, puisqu'elle aussi est une ligne droite, présente à cause de ses rapports, soit avec le plan,

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