‹ Traitment moralChapitre 71 sur 97 · DESSIN · texte numérisé non relu

DESSIN

pendant trois mois sans réussir à me faire comprendre. Aucune Indication n’était assez précise pour décider notre élève à conduire scs secondes parallèles jusqu’aux extrémités des premières ; j'avais beau marquer du doigt le point d’intorsect on des deux lignes, y coller un pain à cacheter, user de crayons de toutes couleurs : quatre heures par jour firent comsumées en vain à cet exercice, et s'il n’a pas été complètement infructueux, c’est parce qu’il m’a forcé détudier l’importante question de la génération des lignes assez sérieusement pour en trouver la solution relativement aux idiots, et peut-êtie aussi au point de vue artistique. Il résulte, en effet, de cette expérience et de toutes celles qui l'ont vér ifiée par la suite, que le triangle est une figure plus simple et par conséquent plus facile à exéeu'er pour un idiot que le carré ; je ne l’ai soupçonné qu en reportanl mes souvenirs sur les plus anciens monuments où la forme triangulaire procède partout la forme quadrangulaire (I). De plus, en re herchant la possibilité arithmétique de la généralion de ces deux figures j’ai trouvé qu il y a mille fois plus de chances pour que trois lignes, ou trois bâtons réunis par hasard se touchassent par toutes le ;rs extrémités, et formassent par conséquent un triangle, que quatre pour former un carré. Mais il y a plus, quand trois lignes se rencontrent ainsi, elles forment toujours un triangle, tandis que quatre lignes peuvent se rencontrer en cent directions avant de garder respectivement un parallélisme exa t, et de présenter un carré parfait De ces e périences et de ces observations, confit mées par beaucoup d’autres qu’il serait superflu de rapporter, j’ai déduit les premiers principes de l'érriture et du dessin pour les idiots, prin ipes dont l'application est trop simple pour que je m’y arrête davantage.

Alors seulement s’ouvre la carrière dont j’ai préparé l’entrée pir l’étude des notions. Liant la base d’une verticale à une horizontale, je les réunis aux extrémités oppo-

(I) Dans les m »nuin nts de la Haute-Égypte, comme aussi les meuvbl»*s de I plus liai. te îintiqui'é, on voit la fo me triangulaire avant la forme qua-ruugulaire, et te trépied a précédé les supports à quatre pieds.

DE L’IDIOTIE

sées par une oblique, et l’élève exécute un triangle rectangle; quatre triangles réunis à leur sommet nous donnent un carré parfait, du centre duquel on efface ensuite les lignes obliques qui lui donnent la figure d'un sablier ; puis on le trace avec des parallèles seules, après quoi, déployant les courbes autour d'une ligne droite quelconque, l’enfant produit le cercle complet; et enfin, compliquant toutes ces notions (si simples en apparence, mais si précieuses dans l’espèce), l'élève réunit en figures des lignes infiniment agglomérées sans omettre les moindres détails, sans confondre les directions, les points de conjonction, les rapports de grandeur et de dispositions des parties entre elles et du tout, et cela se conçoit : toutes ces figures sont exécutées méthodiquement, en parlant d’une ligne qui sert de base à une seconde sur laquelle s’appuie une troisième, etc., etc. Ce calque fidèle, qui pourrait paraître surprenant, perdra beaucoup de son prestige, je le sais, si on lui retire l’influence de l’imagination; mais je dois dire toute la vérité, et je me hâte d’ajouter que, jusqu a ce moment, l’imitation joue seule, avec la comparaison, un rôle dans ce prétendu prodige d’enfants idiots apprenant à dessiner. Or. le prodige n’est pas mon but. Ce que je cherche en cet exercice, c’est l'aptitude à tracer des figures régulières, et je la produis (1) : plus lard, on vivifiera, par la pensée, ces signes qui ne signifient rien, j’en conviens, mais qui développent une aptitude, fixent l’attention et la comparaison, et préparent aux opérations de l’intellect.

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