DE L’AUTORITÉ ET DE L’OBÉISSANCE
ne saurait pas plus penser que marcher pour un autre), et ne produisent que des résultats individuels; tandis que la volonté est une faculté individuelle et sociale, qui peut entraîner dans sa sphère des milliers de volontés accessoires ; mais ce qui caractérise son excellence plus que tout le reste, c’est que la volonté est le moteur de tous les actes physiques et intellectuels de l’espèce humaine.
On ne trouvera pas étrange qu’appuyé sur les expériences que ma position toute spéciale m’a mis à même de faire, je procède avec une sorte de hardiesse à la régénération de volontés toutes instinctives et animales.
La volonté affecte quatre directions particulières, l’instinctive, la négative, l’intellectuelle, la morale fl).
Chez l’idiot et chez beaucoup d’enfants, les deux premières se manifestent seules. L’enfant idiot veut ce qui flatte ses appétits, et ne veut pas faire œuvre d'intelligence et de bonté ; ou bien il ne veut pas ce que vous voulez pour lui, et reste dans une inertie absolue.
Comme je l’ai dit, j’empêche de la part de l’idiot toute manifestation de volonté instinctive et négative ; je m’oppose à la première en rompant ses habitudes, à la seconde, en suscitant une activité incessante et variée. Mais c’est ici surtout qu’il faut beaucoup d’observations ; au milieu de tous les exercices dans lesquels on enserre le sujet, d’abord contre son gré, il ne tardera pas à manifester un goût, une préférence pour ceux de ces exercices qui seront le mieux appropriés à sa constitution, à ses dispositions. Ceux-là une fois connus, on doit les lui réserver pour délassement, et l’exciter à s’y livrer par des repos habilement ménagés, en présence des objets qui les luirappellentetl’y provoquent ‘sans le secours du commandement; de cette manière j’ai donné à des idiots le goût de la menuiserie, du dessin, de la lecture même, quoique des goûts actifs soient préférables pour le plus grand nombre d’entre eux.
( l ) J’appelle volonté instinctive , celle qui-conduit à satisfaire les appétits . — Volonté négative, celle qui porte l’individu à ne rien faire. — Volonté intellectuelle, celle qui porte aux travaux de la pensée. — Volonté morale, celle qui dirige l’individu dans les rapports sociaux et religieux,
DE L IDIOTIE
J’en ai assez dit, ce me semble, pour faire comprendre que le traitement moral des idiots, bien que reposant sur les mêmes bases que le traitement moral des aliénés ( deux idées écloses en quelque sorte parallèlement et à l’insu l’une de l’autre ) , en diffère essentiellement par les moyens d’exécution. Contre la démence, la manie, monomanie surtout, le médecin d’aliénés est obligé de corroborer l’action de sa volonté par l’appareil d’une force imposante, douloureuse, irrésistible. Il ne craint pas (et il a raison autant que le chirurgien a raison dans la pratique opératoire) de se faire arme de ce que les malades redoutent le plus : la douche qui glace le crâne, opppresse et suspend presque entièrement la respiration, les affusions froides qui généralisent les mêmes impressions, la camisole etles entraves qui gênent et contraignent, les ventouses douloureuses et les moxas longtemps cruels. D’ailleurs, ceux qui font un crime à la médecine morale de l’usage de ces moyens coercitifs en usent et abusent eux-mêmes, si ce n’est à titre de remèdes moraux, du moins comme prescriptions très-rationnelles du traitement physique : Je voudrais bien savoir dans quel système, agents moraux ou médicaments, ces prescriptions sont le plus agréables à supporter ? quoi qu’il en soit, et sans porter un regard trop curieux sur ce mystère qui s’éclaircira, je suis heureux de pouvoir déclarer tout d’abord que les moyens d’action auxquels l’instituteur des idiots peut avoir besoin de recourir, pour corroborer sa volonté un instant méconnue ne ressemble en rien aux moyens d'action que la médecine morale des aliénés emprunte encore à la vieille thérapeutique. Il faut que l’instituteur veuille, il faut que l’idiot fasse ce que veut l’instituteur, à moins que les parents n’exigent que le maître ne fasse que ce qu’il plaira à son élève, et je me suis vu dans ce cas ! mais une fois le principe de la volonté directrice admis, admis par les parents surtout, comme la tâche devient facile et diffère de la contrainte que l’on est forcé d’exercer sur les aliénés !
DU MAITRE