CHAPITRE V
De l’imbécillité.
L’imbécillité est un état consécutif du cerveau, dont les causes les plus fréquentes sont : 1° la manie solitaire; 2° l’excès de travail intellectuel avant et pendant l’épanouissement de la puberté ; 3° les affections aiguës de l’encéphale et les maladies de l'intestin qui réagissent sur le cerveau ; 4° une chute ou un coup violent sur la tête, et, en particulier, dans les régions antérieures et supérieures pendant les années qui précèdent la puberté. L’imbécillité peut, à la rigueur, se manifester à tous les âges de la vie; mais celui où elle est le plus à craindre est de sept à dix-huit ou vingt ans.
Si les causes de l’imbécillité ne sont pas les causes de l’idiotie, les symptômes de ces deux infirmités ne différent pas moins.
L’imbécillité cause moins, des désordres dans la locomotion, que de la lenteur ou de l’embarras et de la paresse dans tous les mouvements. Elle rend particulièrement insensibles les appareils du tact, du goût et de l’odorat, n’altérant point l’audition et modifiant peu le regard qui peut perdre de sa vivacité, mais non de sa précision.
Du reste, l’imbécile a certaines ressemblances avec l’idiot. Il goûte la musique, et s’il aime l’ordre, le rangement et la propreté, c’est minutieusement et à l’excès.
Esquirol dit à leur sujet:
« Les imbéciles sont généralement bien conformés, et leur organisation diffère peu de l’organisation normale; ils jouissent des facultés intellectuelles et affectives,
DE L’IDIOTIE
mais à un degré plus faible que l’homme parfait , et ces facultés ne peuvent se développer que jusqu’à un certain point. Quelque éducation qu’ils reçoivent, les imbéciles ne s’élèvent jamais à la hauteur de raison, à l’étendue, à la solidité des connaissances auxquelles leur âge, leur éducation, leurs rapports sociaux doivent leur permettre d’atteindre; placés dans les mêmes circonstances que les autres hommes, ils ne font pas le même usage de leur intelligence. »
A l’époque où l’imbécillité se manifeste, le crâne >3mble s’immobiliser dans sa forme et dans son volume ; ët s’il continue à se développer, ce n’est que dans sa partie postérieure. La figure se stupéfie, l’œil devient terne, les lèvres plus ou moins pendantes ; la parole cesse quelquefois, ou ne laisse plus entendre que quelques syllabes confuses et répétées indéfiniment, tantôt sans aucun sens, tantôt comme la seule expression possible à l’imbécile de ses besoins, de ses émotions, de ses passions. L’état de l’imbécile, quand la cause de l’imbécillité est permanente, s’il n’est pas soumis à un traitement moral judicieux, ne reste point stationnaire, il s’aggrave. De jour en jour, l’imbécile perd une faculté, une aptitude, un mode d’activité, une idée, un souvenir, une affection ; le cercle de ses besoins se rétrécit; ses instincts ne stimulent pas le peu d’intelligence qui lui reste, comme il arrive dans l’idiot, et la paralysie ou l’apoplexie précèdent la mort ; mais avant cette terminaison fatale que de symptômes redoutables viennent déposer en faveur de la distinction que j’établis entre l’idiotie et l’imbécillité.
L’imbécillité, quand la cause qui l’a produite a cessé d’être, succédant à un développement plus ou moins long, plus ou moins complet des facultés affectives et intellectuelles, l’imbécile se trouve dépourvu des instruments rationnels de l’entendement, mais non pas des incitations aux passions égoïstes et sociales comme la haine, la cupidité, la vengeance, le fanatisme, etc., etc... De cet état, où les instincts sociaux et égoïstes ont pris racine, tandis que les facultés qui règlent l’exercice de ces instincts ont, si l’on ose dire ainsi, séché sur pied, résulte un habitus violent et
DU CRÉTINISME
immoral, clans lesquel l’imbécile se trouve livré aux plus funestes inspirations; qu’elles lui soient personnelles ou étrangères, il n'y résiste pas. Aussi y a-t— il, sous ce rapport, une différence complète entre lui et l’idiot : l’un ne raisonne pas dans l’ordre moral, l’autre raisonne faux; l’un veut être surveillé pour le mal qu’il pourrait se faire à lui -même, l’autre pour le mal qu’il pourrait, faire à ses semblables; l’un est nul, l’autre est dangereux.