INTRODUCTION. XI
La traduction de Louis Le Roy a une importance réelle au point de vue de l'histoire de la langue française, car cet auteur passe à juste titre pour un des premiers écrivains qui aient donné du nombre et de l'harmonie à notre prose.
Maintenant esquissons les biographies de l'auteur et du traducteur.
Guillaume Budé naquit à Paris en 1467, de Jean Budé *, seigneur d'Yerre, de Villiers-sur- Mame, Marly et autres lieux, grand audiencier en la chancellerie de Frauce, et de Catherine Le Picart. Son père le confia aux soins d'un précepteur qui lui donna quelques notions de littérature. L'élève était dissipé, et, quand il quitta ses parents pour suivre les cours de l'école de droit d'Orléans, il était peu disposé au travail. Trois années passées loin de sa famille furent sans profit pour lui. De retour i Paris, aussi ignorant qu'il en était parti, il s'adonna avec passion à la pèche, à la chasse, à l'équitation et à tous les plaisirs que peut
< Guichenon nous apprend que la famille Budé était une des plus aneiennes de la province de TUe- de-France.
Xll INTRODUCTION.
engendrer l*oisiveté; ce n*est guère qu'à vingtquatre ans qu'il se sentit le désir de s'instruire et qu'il commença à se mettre à l'étude.
n étudia les mathématiques sous Jacques Lefèvre d'ÉtapleSy et, en même temps, Fra Giocondo \ de Vérone, le savant commentateur de Yitruve, lui expliquait les passages les plus difficiles du De Ar^ chitectura à l'aide de dessins. Georges Hermonyme de Lacédémone lui enseigna les premiers éléments de la langue grecque ; si ce professeur lui apprit peu de chose, en revanche il prétendait faire payer ses leçons fort cher, plus de SOO écus d'or par an. Budé congédia bientôt cet homme aussi intéressé qu'ignorant : En somme, dit-il, ce maître ne vfiap^ prit que talphabet, et sur ce point-là même son enseignement eût pu être meilleur *. Dès ce moment Budé travailla seul sur les textes originaux, faisant chaque jour, selon son expression, double besogne. Une application aussi soutenue altéra sa santé, mais son ardeur était si grande que son père ne
t Fra Giovanni Giocondo^ né à Vérone en 4 435.
' Voyez Opéra Budœi, t. ler, p. 362, et Rebitté, p. 4 45.