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LA VIE DE L ATELIER

Los socialistes d'une ceiiaiiie école, ([iii s'en vont par les villes et par les villages prêchant la (lissocialion, ((iii tendent toute leur tactique à s('[)arer les ouvriers du grand corps social de la Iwance issue de la Révolution de 1789, qui travaillent à organiser les ouvriers à part et en dehors de Tensemble de la nation, marchent furieusement à rencontre de toute méthode et de tout progrès; puisqu'il s'agit d'installer, au contraire, plus largement les populations ouvrières dans la société organisée, de les associer plus intimement à Tusine, à la mine, à la fabrique, de leur assurer des garanties et des droits déterminés dans la cité du travail, et c'est ce qu'ils demandent, ce qu'ils cherchent par tous les mouvements incohérents et désordonnés que nous voyons!

Un droit nouveau commence, on n'en saurait douter : il apparaît par des signes, que ne peut méconnaître aucun esprit attentif. Si les conseils d'usine et de fabrique, dont l'idée commence à percer, étaient organisés un jour, ils formeraient le vrai centre nerveux de l'atelier vivant; c'est là que tout aboutirait, que tout se discuterait et de là que tout partirait. Les délégués des ouvriers et des patrons, réunis dans le conseil de gouverne-

ment de la fabrique, débattraient les intérêts communs de leur société industrielle. Et s'il y avait dans ce corps, ainsi constitué, un mauvais membre, perturbateur du travail, nuisible à la santé et à l'hygiène de l'ensemble, ne peut-on pas croire que les ouvriers seraient les premiers à voter son élimination? Le tout est de créer cette vraie solidarité intime et profonde, de donner à l'atelier une conscience. Est-ce impossible? Est-ce une simple vue de l'esprit?

Les conseils de travail auront surtout pour avantage de rassembler les patrons et les ouvriers dans l'examen de leurs griefs réciproques, de les amener les uns et les autres à des délibérations communes, de développer entre eux Tesprit de solidarité.

N'est-il pas vrai que, si les ouvriers, de plus en plus instruits, pouvaient être établis, par un procédé quelconque, juges eux-mêmes, avec les patrons, de l'équitable division du travail et de la meilleure répartition des salaires;

Si ces ouvriers, dont l'expérience profession-

LA VIK DE LATKLIKR i .{ 1

nello iia toujours en augnicnlaiil, pouvaicut être associés au gouvernement de l'atelier, à rélaboraliondes règlements, à la surveillance de Thygiène, à la constatation des bénéfices et des perles, à la distribution des produits;

Si les ouvriers et les patrons, en un mot, arrivaient à se regarder comme des collaborateurs d'une même entreprise; — n'est-il pas vrai que la plupart des conflits que nous voyons dans notre temps n'auraient plus de motif?

Quand les Compagnies me disent qu'elles accordent à leurs ouvriers, en sus du salaire normal, divers avantages, des maisons à bon marcbé, des comptoirs où se trouvent les cboses nécessaires à la vie, au-dessous du prix ordinaire, un premier vêtement pour se mettre au travail le jour de l'embauchage, des remèdes gratuits pour les maladies, je préférerais à ces avantages arbitraires, toujours discutables et discutés, une meilleure répartition du produit.

I Les maisons d'ouvriers, les corons^ comme on dit dans les mines, ne sont-elles pas un sujet peripétuel de récriminations et de critiques?

Au conseil supérieur du travail, on a renoncé là celte expression de « maisons ouvrières », parce

qu'elle est impossible à définir et qu'elle affecte un air de classe et caste, toujours mal vu chez nous. Mais Tappellation de « maisons à bon marché » est-elle plus exacte? Les ouvriers assurent que leurs « maisons à bon marché » leur coûtent très cher, et matériellement et moralement et politiquement.

Toutes ces mesures, tous ces palliatifs, tous ces privilèges — car ce sont à proprement parler des privilèges — toutes ces compensations pour un salaire insuffisant, dontrinsuffisance est démontrée avec éclat par ces compensations mêmes, ne sont-elles pas du socialisme et du plus mauvais socialisme?

On considère toujours les populations ouvrières comme une classe qui a besoin du gouvernement paternel, dont l'éducation n'est pas assez développée, dont la conscience n'est pas faite, et que l'on entoure de toutes sortes de précautions que les ouvriers appellent des tyrannies, des hypocrisies, des iniquités.

Le parlement de la République a déjà voté plusieurs lois importantes qui tendent à augmenter la responsabilité des ouvriers, à élever leur dignité morale, à les associer au gouvernement de la

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