OUVRIER HONORAIRE
Ouvrier honoraire : certainement — ouvrier inamovible : peut-être.
Un siècle qui honore le travail, qiii enseigne que par le travail on arrive à tout et que le travail est la seule légitimité, pourquoi ne verrait-il point (les ouvriers qui, sans être millionnaires, seraient honoraires et honorés, maires de leurs communes, et, après l'expiration de leur mandat, reprendraient encore la lime et le marteau, s'ils sont en âge de le faire, ou, s'ils ne sont plus en âge, jouiraient d'une retraite honorable?
Pourquoi ce siècle n'apporterait-il point aux ouvriers agglomérés de la grande industrie, des mines, des compagnies de transport, ces gages de
stabilité, de sécurité, d'inamovibilité qui sont l'objet universel des recherches ardentes de tous les hommes?
11 n'est pas démontré que dans nos sociétés industrielles un nombre infini d'êtres humains doivent être exposés à tous les hasards, aujourd'hui repris à l'atelier, demain renvoyés, cherchant à l'aventure du travail et le soutien de leur existence, tantôt ici, tantôt ailleurs, sans aucune attache véritable avec la cité et la patrie, et que ce soit là un ordre social digne d'être défendu contre tout essai de transformation. En tout cas les ouvriers de notre temps ont une autre conception de Tordre. Ils demandent une base à leur existence. On voit toute une population ouvrière épouser la cause de l'ouvrier congédié, réclamant par la grève et par la misère son maintien dans les cadres du travail et l'opinion la plus générale se joint à eux, on n'en peut point douter, malgré les éléments politiques qui, mêlés inutilement à la question, peuvent refroidir et diviser l'opinion de la démocratie républicaine.
C'est que l'on n'envisage plus aujourd'hui le droit du patron sous le même aspect qu'autrefois; on ne voit plus dans le patronat une sorte de gou-