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LA MAISON DE L'OUVRIER

On veut absolument faire des maisons ouvrières, mais les ouvriers français ne veulent absolument pas des maisons qu'on leur destine.

Cela ressort en toute évidence des débats qui se sont engagés au Conseil supérieur du travail.

Le projet de M. Siegfried et de ses collègues est le meilleur que l'on ait encore présenté à la Chambre : il n'est accueilli par les ouvriers qu'avec froideur et défiance; on s'explique aisément pour quelles causes.

Ne parlons pas d'un projet en particulier : parlons d'une manière générale. L'ouvrier paiera sa maison pendant quinze ans, vingt ans, à raison de

quinze francs, vingt francs retenus chaque mois

sur son salaire; à ces vingt francs s'ajoute quelque autre retenue, sous forme de frais d'actes ou de frais généraux. Vingt ans : long espace dont il n'entrevoit pas le terme; vingt francs et le supplément : somme obscure et sujette à contestation.

Les rapports de ces choses lui échappent et le tourmentent. Qu'il paie directement son loyer à la société qui l'emploie ou à une société interposée, il sent bien que le résultat est le même. Le patron propriétaire est deux fois patron, doublement fort et armé, par sa situation et par les lois.

Chaque quinzaine, chaque mois au plus, la retenue se présente, implacable et complexe. L'ouvrier n'a plus cette satisfaction, cette joie de tenir son salaire intégral dans sa main. Il faudrait d'abord lui remettre ce qu'il a gagné, lui en laisser la possession et souveraineté, ne fût-ce que pendant un jour, pendant une heure : cette heure est ■ la consécration du droit, et elle donne une jouis- " sance infinie. Mais il a gagné 125 francs : on lui remet 101, 102 francs : cette retenue préalable est la marque du servage; elle supprime la liberté et la moralité de l'opération.

Rentré dans sa maison, parmi les siens, il est

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