PRUD HOMMES ET AHIUTRES
grande part aux reclieiclics ot aux ctiitles de M. Isidore Finance, cliel" de section à rOflice du Travail. C'est à peine si nous nous sommes risqués à faire celte loi du 27 déccndjre 1892, qui se borne presque à reconnaître olficiellement le droit naturel que les hommes possèdent de se choisir d(îs arbitres quand ils ne s'entendent pas. Elle offre aux ouvriers et aux patrons le concours du juge de paix pour les rapprocher les uns des autres, pour les inviter à désigner des arbitres; mais cela a encore produit si peu de résultat que l'Office du Travail est obligé d'avouer qu'ils méritent à peine d'être notés comme une vague espérance pour l'avenir.
En Angleterre cependant tout le monde se mettait à l'œuvre, avec émulation, les particuliers, patrons et ouvriers, les associations, les chambres de commerce. Des conseils permanents de conciliation et d'arbitrage étaient institués dans un grand nombre d'agglomérations industrielles. Ces institutions naissaient d'elles-mêmes; elles sortaient de terre tout spontanément et elles s'épanouissent avec une fécondité merveilleuse, modiflant leurs formes et leurs procédés suivant les besoins. En Belgique, les chambres de travail, les
conseils permanents, élus par les ouvriers, prenaient aussi des formes bien remarquables. On voyait s'établir pour chaque atelier spécial, pour chaque catégorie de travailleurs, dans les centres de Mariemont et de Bascoup, par exemple, de vrais conseils de famille qui produisaient les meilleurs fruits. Aux États-Unis, les lois et l'initiative privée ont collaboré de même à la création de conseils permanents, qui jouissent d'une grande autorité et qui disposent de moyens d'action considérables. Les grèves n'ont pas moins éclaté dans ces pays, avec une intensité, une fureur, que nous n'avons pas encore vues chez nous, fort heureusement. Cela prouve sans doute que toute cette législation est encore dans l'enfance et qu'il y a terriblement à faire et à apprendre pour établir un ordre régulier dans ce monde industriel, tout plein de feu, qui cherche un plus juste équilibre. Nous avons souvent recommandé dans les journaux et au conseil supérieur du travail, autant que nous l'avons pu faire, l'institution de conseils permanents, de conseils de famille, de chambres de travail, qui pourraient être établis dans chacune de nos principales circonscriptions industrielles. Ces conseils ou ces chambres pourraient peut-être
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prévenir les coiillits et, en (oui cas, ils aplaniraient lin grand nombre de dilTicnllés, au moment où elles ne font encore qnc de poindre et avant qu'elles aient pris des développements dangereux. Mais nos chambres de commerce et nos chambres consultatives, chafiuc fois qu'on les consulte, se montrent contraires à ces essais et les chefs d'industrie sont, pour la plupart, d'une extrême défiance envers le progrès.
Nous ne saurions trop le regretter, et pour bien des motifs, dont nous indiquerons celui-ci, par exemple, c'est que l'initiative ou l'inertie, qui se traduisent si clairement en ce point, se montrent probablement en tous les points, et que de puissants chefs d'industrie qui ne sont pas plus résolus, plus progressistes dans nos questions d'arbitrage, ne le sont peut-être pas davantage dans leur lutte industrielle et commerciale avec leurs redoutables concurrents.
Les Bourses du travail ne doivent pas être des camps retranchés, des forteresses de guerre contre les patrons; elles doivent être des institutions de paix, de conciliation et d'arbitrage.
Les grèves sont toujours permises en droit, bien entendu, et les syndicats ouvriers peuvent déclarer la grève sous leur responsabilité, quand ils la jugent utile à leurs intérêts. On ne peut pas obliger à travailler des hommes libres qui ont décidé de ne pas travailler. C'est le principe même de la liberté du travail.
Mais les syndicats et les Bourses du travail ont précisément pour objet de donner aux ouvriers la cohésion nécessaire, l'organisation et l'influence,
alhi qu'ils |)iiisse.nt discuter utihiiuent les condilions du travail avec les patrons et qu'ils no soient plus amenés à soulFrir toutes les misères de la grève pour faire triomplier leurs revendications légitimes.
A la vérité, les associations, les chambres syndicales, les Bourses du travail, toutes les institutions que la République a favorisées, ont directement cet objet de procurer aux travailleurs l'autorité et la force morale dont ils ont besoin afin (le réaliser leurs progrès sans recourir à ces guerres économiques qui risquent toujours de causer les plus grands mallieurs.
II y a deux méthodes en présence : l'une, la politique de batailles acharnées, de ruptures violentes, de procédés intransigeants; l'autre la politique de la discussion, de la raison, de la conciliation. La première de ces méthodes est celle du passé, la seconde est celle de l'avenir. — Eh bien! les grèves, avec tout leur cortège de souffrances et de dangers, font partie de la méthode du passé; les syndicats, les Bourses du travail, les conseils de conciliation et d'arbitrage font partie de la méthode de l'avenir.
En sorte qu'il est parfaitement vrai de dire que
les grèves et les Bourses du travail sont contradictoires entre elles, qu'elles appartiennent à deux ordres d'idées différents et que, si l'on devait rester à se débattre perpétuellement dans les grèves, les Bourses du travail seraient absolument inutiles.
Nous traversons une période de transition, dans laquelle les deux méthodes se combattent souvent nous ne l'ignorons pas. Les travailleurs peuvent être obligés de recourir tour à tour à Tune et à l'autre, avec une habile stratégie. Je n'ai point la pensée de condamner toutes les grèves indistinctement . Il faut reconnaître qu'elles peuvent encore être utiles quelquefois et que les ouvriers peuvent être amenés malgré eux à s'y résoudre. Mais combien de fois aussi se sont-ils décidés à la grève sans de vrais motifs et sans préparation suffisante? On a vu les grèves se multiplier comme à plaisir, alors que les autres moyens d'obtenir ce que l'on désirait n'avaient pas été épuisés ou même tentés. Et pourquoi? Parce que les associations ouvrières ne sont pas encore assez bien constituées, n'ont pas pris assez conscience de leurs forces et de leurs intérêts véritables.
En tout cas, si les ouvriers pensent que leur
intérêt est de déclarer la grève, la Bourse du travail ne doit jamais être le centre de cette grève. Elle (îst la maison commune des travailleurs, le lieu de leurs réunions pacifiques, le bureau de placement, le bureau des slatistiques, la bibliolliè([ue, le foyer des œuvres de mutualité et de coopération.
C'est un abus d'en faire le foyer des grèves, pour deux raisons : d'abord parce que la Bourse du travail appartient aux ouvriers qui ne veulent pas la grève, comme à ceux qui la veulent ; parce qu'elle n'appartient pas à tel syndicat, mais à tous les syndicats; ensuite parce que cette Bourse est
I entretenue aux frais de la cité, de la commune tout
1 entière.
La règle fondamentale devrait être que la Bourse du travail est toujours tenue religieusement en dehors des grèves, et je souhaiterais que ce principe fiit inscrit par les ouvriers eux-mêmes en tête des statuts de toutes leurs Bourses.
Hector Dépasse. 23