‹ Transfusions Du Sang Chez Le Nouveau-Né Et Le NourrissonChapitre 15 sur 24 · AAA · texte numérisé non relu

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doses fractionnées en l’espace de 8 heures. S'appuyant sur les études de Bayliss, et d’autres par la suite, ils considèrent que l’adjonction de sang à la solution de Ringer, modifie sa condition physique et que la nature colloïdale de cette solution lui permet de se maintenir plus longtemps dans la circulation, provoquant ainsi une élévation de la pression, et une augmentation du volume sanguin, pendant un temps plus long. Cette addition de sang à la solution saline, leur paraît indispensable pour obtenir de bons résultats, et plusieurs fois ils ont pu observer des cas, où l’état resta stationnaire, jusqu’au moment où la transfusion fut faite. Les succès qu'ils revendiquent avec l’emploi de cette méthode, sont impressionnants puisque en novembre 1936 ils avaient traité 175 syndromes cholériformes avec la très faible mortalité de 14 %, chiffre rapporté par M. Germain Blechmann, à la séance du 15 décembre 1936, de la Société de Pédiatrie de Paris.

Les résultats des auteurs français, sont nettement inférieurs et peut-être parce que ces derniers n’associent pas la transfusion à la perfusion. MM. Robert Debré, Julien Marie, Mie Jammet, et P. de Font- Reault, reconnaissent avoir eu un nombre important d’échecs. M. Milhit a fait perfuser 10 enfants : l’un meurt très rapidement de sclereme, 6 autres ayant survécu à la toxicose deshydratante, sont morts peu

de temps après au cours d’une infection vraiment

MOMEALES

minime. MM. Lesné, Launay, et Miles Huguet et Wirz perfusent 5 nourrissons, ne les transfusent pas et n’obtiennent qu’une seule guérison.

Il semble donc que la transfusion explique en grande partie le succès de M. Karelitz : l’instillation veineuse continue, n’est qu’un traitement symptomatique de la deshydratation aiguë, alors que le sang introduit dans le courant circulatoire par son action auto-infectieuse, cardiotonique, hormonale, agit directement sur la toxi-infection.

MM. Debré, Lamy, et G. Sée, estiment que la méthode d’instillation intra-veineuse continue représente la thérapeutique la plus active et la plus efficace des syndromes cholériformes et reconnaissent que les résultats obtenus sont meilleurs encore quand on lui associe la transfusion. Ils conseilient, après avoir dénudé une veine du pli du coude de pratiquer d’abord la transfusion sanguine pour continuer ensuite le traitement en instillant goutte à goutte la solution de sérum artificiel glucosé et chloruré. L’indication de cette injection de sang est particulièrement nette lorsque l’enfant a présenté un ou plusieurs de ces vomissements brunâtres, sanglants dont on sait le fâcheux pronostic.

Personnellement nous pensons que le syndrome cholériforme quelle qu’en soit l’origine, constitue l’in-

dication la plus habituelle, de beaucoup la plus fré-

quente de la transfusion chez le nourrisson. Parmi les nombreux enfants que nous avons traités, un seul le fut pour une hémorragie intestinale abondante, un mélœna vera dont il guérit; une vingtaine pour des lésions broncho-pulmonaires, tous les autres le furent pour des troubles digestifs, graves par leur acuité, leur chronicité, ou pour une toxi-infection deshydratante. 87 de nos transfusés étaient atteints d’une. toxicose acide, avec déshydratation massive, et parfois dévolution nettement infectieuse : 28 guérirent, 59 moururent.

Tous ne peuvent pas être classés dans le même groupe.

À certains, atteints d’un choléra infantile primitif, d’origine alimentaire, observé dès les premiers jours de la maladie on fit des injections de petites quantités de sang, fréquemment renouvelées comme seule thérapeutique : tous guérirent, et l’action remarquable et suffisante de la transfusion permit la réhydratation par l’eau apportée par voie buccale ou soùs-cutanée, sans qu'il fut nécessaire de pratiquer une instillation veineuse continue.

À d’autres, présentant un syndrome cholériforme, secondaire à une infection locale — oto-mastoïdienne le plus souvent — on fit la transfusion, dans le but de faire cesser la déshydratation immédiatement

menaçante, de donner le temps d’agir à la thérapeuti-

Te

que directement dirigée contre le foyer infectieux ou pour préparer ie malade à une intervention chirurgicale. Et si nos résultats ont été mauvais dans beaucoup de ces cas, ce fut souvent parce que la transfusion a été trop tardive (21 enfants étaient dans un état agonique) ou ne fut pas renouvelée, après une amélioration franche mais passagère ou encore parce que le traitement associé à la transfusion et dirigé contre le foyer toxi-infectieux se montra inefficace.

Depuis l’extension de la chimiothérapie, et la découverte des corps sulfamidés, la transfusion n’est plus que la thérapeutique de second plan de nombreux états infectieux de l’érisypèle en particulier. Cependant certaines septicémies, quelques maladies infectieuses, telle la typhoïde, certaines intoxications et surtout celles observées à la suite des brûlures si fréquentes chez le nourrisson, peuvent nécessiter encore la trans-

fusion sanguine.

La débilité congénitale, la débilité acquise, l’hypothrepsie et l’athrepsie dans certains de ses aspects, les troubles digestifs prolongés, l’insuffisance pondérale isolée, constituent le troisième groupe des indications de la transfusion.

Fischer en 1919, M. Vignes en 1923, Brown et Simpson, puis Leebron en 1923, MM. Guéniot, et Séguy,

tie

en 1925, puis plus tard, MM. Landon, en Amérique Valledor, et Mendoza à Cuba, Francotte, Lesné et Mie Dreyfus-Sée, Mlle Abricossoff, Debré, Lamy et G. Sée, en France, pour ne citer que quelques uns ont montré l’utilité de l’hémothérapie au cours de tels états.

Les injections de sang améliorent la nutrition, font céder les troubles digestifs, l’anorexie, les vomissements, rebelles jusque-là à toute thérapeutique, régularisent la courbe thermique, combattent certains symptômes, tels la cyanose et les troubles du rythme respiratoire qui sont relativement fréquents chez les prématurés et les débiles et prennent quelquefois un caractère des plus alarmants. MM. Guéniot et SégUY apportent une statistique très favorable, la mortalité pour de tels cas, étant tombée de 49 à 22 9. Nousmêmes avons transfusé à plusieurs reprises 30 débiles avec seulement 4 morts, L’athrepsie confirmée avec disparition complète du pannicule adipeux sauf de la boule graisseuse de Bichat, n’est que rarement améliorée par la transfusion. Nos 4 enfants décédés, malgré des injections de sang fréquemment répétées, étaient athrepsiques : MM. Lesné, Mue Dreyfus-Sée, Debré reconnaissent également leur insuccès dans des Cas analogues.

Enfin, nous avons étendu l'indication de Ja trans-

fusion aux enfants ne présentant aucun trouble fonc-

tionnel apparent, mais le seul arrêt de la croissance pondérale. Il est fréquent d’observer en crêche, un nourrisson qui accepte les régimes aussi variés que possible, qui ne vomit pas, n’a pas de diarrhée, dont la courbe thermique est normale et qui cependant présente une augmentation pondérale insuffisante ou nulle. Tour à tour les injections de solutions salines sous-cutanées, les modificateurs du chimisme gastrointestinal, l’opothérapie hypophysaire thymique thyroïdienne ou pancréatique, les injections de sang maternel, les irradiations ultra-violettes sont essayés et restent sans effet. Les transfusions de petites quantités (15 à 20 gr.) d’abord fréquemment renouvelées puis espacées, provoquent très rapidement et de façon presque certaine, la reprise de poids. Nous avons constaté, maintes fois, une augmentation de 50 à 150 gr. le lendemain de l’injection de sang, alors que la courbe restait en plateau depuis plusieurs se-

maines.

TRANSFUSION ET SYNDROMES CHOLÉRIFORMES

A lire les observations des enfants atteints d’un syndrome cholériforme et traités par l’injection de sang citraté dans le sinus longitudinal supérieur, on constate une action presque certaine de la transfusion : l'arrêt brusque de la déshydratation massive, puis une reprise pondérale souvent impressionnante. Il n’est pas permis d'attribuer ce résultat à la simple substitution du sang à l’eau perdue par l’organisme car nous n'en avons toujours injecté que de très petites quantités, 20 à 50 cc. à des enfants dont le poids varie de 2500 à 7000 gr, 5 à 10 cc. par kgr. de poids corporel. Cependant l’augmentation pondérale a été souvent de 100, 150 et même 200 gr. 24 heures après l'injection de 20 gr. de sang. La cessation de la spoliation aqueuse causée par la diarrhée ou les vomissements est un facteur qui n’intervient pas toujours car de nombreux syndromes cholériformes évoluent sans gros troubles digestifs. La modification de l’hydrolabilité de l’organisme, le retour vers la normale du pouvoir de la cellule de fixer l’eau jouent un rôle, mais qui se manifeste

avec plus de certitude au cours des infections chroni-

fe —

ques après plusieurs injections de sang. On ne peut pas non plus invoquer la meilleure utilisation de l’eau introduite par voie sous-cutanée, car après avoir fait cesser les injections de solutions salines avant la transfusion nous l’avons vue suivie du même effet.

La constatation au cours de nombreux cas de syndromes cholériformes, des modifications apportées par cette thérapeutique à l’état vasculaire, au fonctionnement rénal, au rythme respiratoire, nous a conduit à proposer une autre explication de cette action hydratante.

On se trouve habituellement en présence d’un enfant inerte dans le lit, prostré, adynamique. L’œil est terne, fixe, enchassé dans l’orbite cernée de gris. Le regard est sans expression, perdu dans le lointain ou exprime une angoisse indéfinissable. La face est pâle, de teinte grise, avec cyanose péribuccale. Les extrémités sont froides et cyanosées. La parot abdominale est flasque, les téguments gardent le pli mais d’une façon bien différente de celle observée au cours de l’athrepsie : ils restent épais et se laissent déprimer entre les doigts comme une substance pâteuse. Le foie est gros, déborde largement le rebord costal. Les bruits du cœur sont modifiés, très rapides, parfois assourdis. La tension artérielle est imprenable. Les vomissements peuvent se répéter à chaque tentative

d'alimentation ; les selles sont incessantes, liquides,

jaunes ou vertes ; mais vomissements et diarrhée sont d'importance variable au cours des syndromes cholériformes. Dans certains cas les vomissements n’apparaissent pas, les selles sont peu modifiées : ils ne permettent pas d’expliquer à eux seuls la déshydratation massive, impressionnante exprimée par la modification de consistance des téguments, la fontanelle largement déprimée, la chute vertigineuse de la courbe de poids.

Il est une autre manifestation d’une plus grande valeur : l’hyperpnée. Ce signe décrit pour la première fois par Czerny, puis sur lequel ont insisté Howland et Mariott, Schloss et Stetson, puis M. Ribadeau- Dumas et ses élèves, consiste tantôt dans une accélération du rythme respiratoire, isolé, sans altération du parenchyme pulmonaire, tantôt dans une modification d'amplitude de la respiration, qui devient profonde, haletante, mettant en jeu tous les muscles respiratoires accessoires, et comparable à la respiration des diabétiques dans le coma. On ne saurait trop insister sur la signification de cette hyperventilation pulmonaire, seul test clinique de l’état d’acidose, et qui doit guider dans le choix des solutions à injecter avant tout examen humoral.

Les urines qu’il est indispensable de recueillir de façon systématique, au moyen d’un tube à essai chez les garçons, par sondage chez les filles, sont toujours

diminuées de volume. L’oligurie qui peut confiner à

l’anurie, n’est pas la seule manifestation du trouble des fonctions rénales. La composition chimique des urines est modifiée : leur teneur en urée est abaissée, le pouvoir de concentration maxima du rein est moindre que: normalement. Nous avons observé beaucoup plus rarement la présence d’albumine etsurtout de cylindres granuleux, nos constatations s’éloignant en cela de beaucoup de celles de MM. Rohmer et B. Tassowatz. La cylindrurie granuleuse peut être plus fréquente dans les cas de haute gravité, est toujours d’apparition tardive. Par contre il est presque de règle après plusieurs séjours d'évolution de noter une pyurie colibacillaire, et une cylindrurie leucocytaire. Les examens histologiques pratiqués dans les cas où la mort est survenue précocément confirment cette absence d'atteinte parenchymateuse du rein. M. R. Mathieu écrit : « L'examen microscopique ne décèle aucune modification apparente ni des gloinérules ni des cellules des tubes contournés. Ces dernières en particulier semblent normales. Si on compare l’aspect des tubes à celui que l’on relève sur les reins d’animaux à divers états de fonctionnement on serait porté à admettre que la cellule rénale est à l’état de repos, de non travail ». Ce n’est que dans les cas où la maladie a duré quelque temps que l’on peut constater dans certains territoires, et généralement dans quelques groupements périglo-

mérulaires des tubes en état de dégénérescence.

Les conséquences de ce blocage des fonctions rénales sont considérables. Le taux de l’urée sanguine s'élève ; mais surtout il se produit dans l’organisme une augmentation des valeurs acides. L’acide carbonique en excès provoque les modifications du rythme respiratoire, l’hyperpnée compensatrice cherchant à maintenir l'équilibre acido-basique. En même temps qu'ils éliminent le gaz carbonique, les poumons perdent une quantité considérable d’eau, d'autant plus importante que l'amplitude respiratoire est plus grande. C’est là l’origine de la déshydratation massive, manifestation extérieure la plus frappante du choléra infantile.

L'examen humoral confirme habituellement ces données cliniques. Les recherches de MM. Ribadeau- Dumas, Max Lévy et Fleury, confirmées ultérieurement par MM. Paisseau, Vaille et Mlle Bœgner, puis par MM. Lesné, Clément Launay et Loisel ont montré

A de | chlore globulaire une modification du rapport

chlore plasmatique il y a augmentation de ce rapport : la charge chlorée des hématies augmente par rapport à celle du plasma. Cette élévation du chlore globulaire est l’indice d’une imprégnation générale de l’organisme par le chlore : c’est le seul test certain d’acidose. L’appréciation de la réserve alcaline, en effet, donne des résultats moins sûrs. Habituellement inférieure

à 50 volumes de CO?, la réserve alcaline peut être

normale ou forte. Cette éventualité signalée par MM. Ribadeau-Dumas, Max Lévy et Mie Mignon «se rencontre en particulier lorsqu'il existe un obstacle à la ventilation pulmonaire, C’est le cas des syndromes cholériformes avec lésions respiratoires étendues. A travers l’épithélium pulmonaire altéré, le gaz carbonique s’élimine mal et s’accumule dans le sang. Selon la formule d’Ambard :

COMME PENTCIEE MCD ANAERESECIE

il en résulte une surproduction de bicarbonate et donc

une élévation de la réserve alcaline, en même temps du chlore s’accumule dans les tissus et le rapport chloré s'élève ».

On peut donc faire au cours des syndromes cholériformes trois constatations essentielles :

le blocage des fonctions rénales, l’acidose, l’hyperpnée, facteur de déshydratation.

M. Max Lévy admet l’acidose et les troubles de la fonction rénale « la néphrite au sens fonctionnel du mot » une relation de cause à effet. Cette néphrite serait due « à une variation plus ou moins brusque de la teneur en chlore de la cellule rénale ».

Nous pensons qu’un autre facteur de constatation clinique plus saisissable intervient également dans la production de ce trouble rénal. Il est de règle, en

effet, de constater au cours des syndromes choléri-

formes un état permanent de collapsus cardio-vasculaire dont témoignent la cyanose et le refroidissement des extrémités, la pâleur des téguments, l’adynamie, les modifications des bruits du cœur, leur fréquence extrême, leur assourdissement, parfois la disparition du 1er bruit ou du 2€, l’hépatomégalie, l’effondrement de la tension artérielle. Les troubles de la circulation, l’insuffisance de la vascularisation du rein nous paraissent être à l’origine de son inhibition fonctionnelle. L'action primordiale de la transfusion dans ces cas est d’augmenter la masse sanguine, de rétablir la pression artérielle, de relever le tonus cardio-vasculaire. Cette amélioration est très rapide, se manifestant dès les heures qui suivent l’injection de sang, et le lendemain il est fréquent de constater la disparition de la cyanose et du refroidissement des extrémités, la cessation de la tachycardie, une régression partielle de l’hépatomégalie, et surtout la reprise d’une diurèse normale, tant par sa quantité que par sa qualité. Mieux que les injections massives de solutions bicarbonatées, cette crise urinaire provoquée permet de lutter contre l’intocixation acide de l’organisme. Après quelques heures de diurèse suffisante on voit s’atténuer, puis cesser, l’hyperpnée, la prostation du regard, l’anxiété du faciès ; l’enfant crie de nouveau et boit ses biberons. ‘Une amélioration aussi brusque, n’est rendue possible

que par l'intégrité du parenchyme rénal : la constata-

ee

tion d’une néphrite exprimée grossièrement par la cylindrurie granuleuse avant la transfusion permet bien souvent d’en prévoir l’échec.

En faveur du mécanisme de l’action hydratante de la transfusion sanguine, par relèvement du tonus ‘ardio-vasculaire, reprise des fonctions d’excrétion du rein, et cessation de l’intoxication acide, nous tirons un autre argument de la comparaison des résultats obtenus à la suite de l’injection du sang dans le courant circulatoire et sous la peau. Les injections sous-cutanées de sang, suivies parfois d’une amélioration remarquable, au cours des diarrhées chroniques, des dyspepsies prolongées aboutissant progressivement à l’hypothrepsie et à l’athrepsie n’ont aucun effet au cours des syndromes cholériformes. Baumann qui emploie les injections intra-musculaires ou intra-péritonéales, beaucoup plus rarement intra veimeuses de petites quantités de sang ou de sérum considère que les «transfusions sont inefficaces dans les intoxications aiguës alimentaires du nourrisson et doivent être abandonnées dans ces cas ». Personnellement nous avons constaté leur échec chez plusieurs malades, alors qu’une seule transfusion provoque immédiatement une amélioration considérable.

L'expérience nous a montré qu'il est inutile d’injecter de grosses quantités de sang pour obtenir un tel résultat. La comparaison des modifications de

R. Mouchotte 5

ne

l’état du malade après injection de quantités de sang, de valeur très différente nous a fait adopter la dose modeste de 5 à 10 cc. par kgr. de poids corporel. Des quantités plus importantes, que la nécessité de la technique opératoire oblige souvent à injecter rapidement, risquent d’aggraver le collapsus cardio-vasculaire et même de provoquer une syncope mortelle, ces enfants étant d’une fragilité toute particulière, surtout

après plusieurs jours d'évolution de la maladie.

L'arrêt de la déshydratation n’est pas le seul bienfait qu'il est permis d’espérer de la transfusion : son action anti-infectieuse, nous a paru également intervenir de nombreuses fois.

Elle se manifeste de façon certaine, lorsque le choléra infantile répond à sa description classique d’affection autonome, primitive, d’origine bactérienne, observée à la fin du mois d'août ou au début de septembre chez un enfant alimenté avec du lait de vache.

C'est au cours de cas analogues, lorsqu'il n'existe aucune infection en foyer à l’origine de la maladie que nous avons constaté une baisse de la fièvre, l’apyrexie définitive ne s’installant parfois qu'après plusieurs transfusions ou quelques injections sous-cutanées du sang de la mère. Nous avons vu chez plusieurs

malades des poussées thermiques successives tomber

avec régularité le soir même ou le lendemain de l’injection de sang.

La transfusion faite précocément avant l’altération des parenchymes est la thérapeutique suffisante de tels cas, et son pouvoir hydratant, anti-infectieux, nous à permis d'obtenir la guérison inespérée de choléras infantiles.

Mais ces manifestations cholériformes apparaissent de plus en plus rarement liées à une infection bactérienne du tube digestif : elles ne constituent le plus souvent qu'un syndrome dont l’origine est un foyer toxi-infectieux localisé à un organe très variable. I] peut s’agir d’une broncho-pneumonie, d’une suppuration pleurale, rhino-pharingée, pyélo-urétérale mais l’infection chez le nourrisson, surtout après plusieurs jours de décubitus en milieu nosocomiai atteint avec une fréquence toute particulière les cavités du rocher, la caisse du tympan, et les antres mastoïdiens. M. Barbillion montra le premier cette dernière origine du syndrome cholériforme qui se manifeste avec brusquerie, habituellement du huitième au douzième jour de l’hospitalisation, et l'impossibilité fréquente de dépister cliniquement la suppuration de l'oreille moyenne et de ses dépendances. MM. Renaut plus tard, MM. Ribadeau-Dumas, Ramadier, Guillon et L. Melletier ensuite, insistèrent de nouveau sur la

fréquence, la latence des affections de l’oreille de la

rie

première enfance et sur les phénomènes graves qui peuvent les accompagner. |

Personnellement, nous avons observé un grand nombre de syndromes cholériformes secondaires à une suppuration des cavités de l'oreille. Chaque fois, devant la persistance des manifestations générales, après une paracentèse motivée se posa le même problème angoissant : il y a-t-il atteinte des cavités de l’oreille interne, leur ouverture apportera-t-elle la cessation de la toxicose ? Aucun signe local de mastoïdite presque toujours, aucun caractère particulier de la fièvre, aucune caractéristique évolutive habituellement, ne viennent aider à résoudre le problème. Trop souvent on temporise et devant la persistance de la déshydratation et les progrès de l’intoxication acide, on décide trop tardivement une intervention dont le résuitat est désastreux.

La transfusion seule, est insuffisante pour guérir de tels cas : son action anti-infectieuse est impuissante contre une suppuration en foyer fermé, méconnue et non drainée.

Cependant elle apporte une aide considérable là encore, car elle constitue le meilleur traitement préopératoire ; en faisant céder pour quelques instants le collapsus vasculaire, l’inhibition des reins, en diminuant l’intoxication acide, elle offre à l’enfant les possi-

bilités d’une résistance plus grande au choc d’une

er »

bte

intervention d’apparence si bénigne, de durée si courte, ne nécessitant aucune anesthésie et pourtant de pronostic immédiat souvent si grave.

C'est dans un tel but que nous avons transfusé quatre enfants avant de les confier au spécialiste pour une antrotomie double. Deux étaient arrivés au terme ultiine de l’intoxication acide et de la déshydratation malgré des thérapeutiques aussi nombreuses que variées : la cessation de tous les symptômes immédiatement inquiétants, quelques heures après la transfusion, permit l’antrotomie que l’état précaire antérieur avait rendu impossible jusque-là. Elle fut bien Supportée et sous l’influence de nouvelles injections de sang les deux enfants guérirent de leur syndrome cholériforme. Malheureusement l’un fit, quelques jours plus tard une méningite purulente, convulsive, mortelle en quelques heures, l’autre une suppuration continue des antres qui entraîna la mort au cours d’une grande pyrexie de type oscillant. Le troisième, porteur de troubles digestifs persistants, d’un gros foie, d’une otite bien draînée et cependant fébrile par intermittence, et perdant du poids d’une façon invincible, supporta sans choc l’antrotomie double, à la suite d’une transfusion de 25 gr. Les deux actes thérapeutiques marquèrent le début de la reprise pondérale et de la cessation des troubles de la nutrition. Le

quatrième transfusé deux fois en 48 heures, puis antro-

tomisé, guérit très rapidement d’une toxicose déshydratante.

Nous avons eu à soigner, et à transfuser personnellement 87 enfants tous atteints d’un syndrome cholériforme de cause très variée. Nous ne comptons pas parmi eux ceux que nous avons transfusés pour un trouble digestif grave par son acuité ou sa persistance et son retentissement sur la nutrition, mais non accompagné d’intoxication acide, ni de trouble des fonctions rénales, ni de déshydratation importante.

De ces 87 enfants, 28 ont guéri, 59 sont morts.

Le nombre de nos insuccès peut paraître considérable, mais pour interpréter ce chiffre et lui donner sa juste valeur, il faut tenir compte de plusieurs facteurs. D'abord, du moment auquel a été faite la transfusion : trop tardive, préconisée en dernier recours chez un enfant dont la déshydratation est massive, l’imprégnation acide de tous les organes profonde, le myocarde altéré, elle ne peut être qu’un acte thérapeutique sans effet. On ne voit pas lui succéder dans ces cas, la cessation du Collapsus, la crise de diurèse, puis la reprise pondérale. La surcharge chlorée extrême des reins, du myocarde, de l’encéphale avec comme conséquence leur inhibition fonctionnelle, Ja néphrite

vraie, les altérations des parenchymes rendent son

action impossible. Elle est également inutile, lorsque trop tardive au cours d’un syndrome moins aigu, d'évolution traînante, permettant la dégénérescence graisseuse du foie,

Nous avons transfusé 21 enfants, conduits à l’hôpital alors qu'ils étaient déjà en agonie. La mort eut lieu les heures qui suivirent la transfusion, le lendemain, ou dans un délai maximum de 48 heures. Beaucoup de ces nourrissons étaient hypotrophiques et rachitiques ; l’intoxication acide de quelques uns avait été aggravée par des injections massives de solution salée physiologique.

Huit enfants ont été-transfusés après un long séjour en crêche, pour une diarrhée grave, après l’échec de multiples tentatives thérapeutiques et diététiques.

Un hypotrophyque rachitique de 5 mois pesant 5.700 grammes est transfusé le 22€ jour d’une diarrhée grave secondairement cholériforme. Le foie est gros, les urines contiennent des colibacilles, des cylindres granuleux et leucocytaires. La mort survient 48 heures plus tard.

Un prématuré de 1 mois 1/2 pesant 2.900 gr.

reçoit deux transfusions de 20 gr., la première faite au 20e jour d’une diarrhée grave avec déshydratation massive. L'examen anatomique fait quatre jours

après la seconde injection de sang, montre une stéatose

du foie.

Gi

Un enfant de trois mois guérit d’une gastroantérite aiguë après deux transfusions. Les accidents reprennent le treizième jour de l’hospitalisation. Une troisième transfusion précède la mort de quelques heures. Stéatose du foie.

Deux autres enfants avaient une néphrite avec cylndrurie granuleuse ; les deux derniers étaient porteurs d’un gros foie ; il n’y eut pas d'examen anatomique.

Nous avons constaté une autre cause fréquente de l'échec de la transfusion : l'existence d’un foyer infectieux cliniquement méconnu et non drainé. Une fois il s’agit d’une broncho-pneumonie compliquée tardivement d’une pleurésie purulente découverte trois jours avant la mort, douze fois d’une suppuration des cavités du rocher. Neuf de ces douze derniers cas, sont antérieurs au rapport fait le 21 janvier 1936, à la Société de Pédiatrie, dans lequel MM. Ribadeau-Dumas, Guillon, Ramadier, M. Melletier rappellent la fréquence considérable de l’origine mastoïdienne du syndrome cholériforme du nourrisson. Oublieux des travaux de M. Barbillion, nous avons méconnu Ja suppuration des antres mastoïdiens et nous n’avons fait pratiquer l’antrotomie qu’une seule fois et trop tardivement. Cependant, dans la plupart de ces neuf cas, la transfusion fut suivie d’une amélioration passagère (arrêt

de la chute pondérale, cessation de la toxicose) qui

aurait pu aider l'enfant à mieux supporter le choc opératoire.

Un nourrisson de 5 mois, pesant 3.100 gr. présente à l’entrée dans le service de M. Weill:Hallé un syndrome cholériforme fébrile. Pas de perte de poids et apyrexie le lendemain d’une transfusion de 20 gr. A8 heures plus tard l’amaigrissement et la fièvre reprennent : une paracentèse bilatérale donne issue à du pus. Malgré la persistance de la fièvre et l’absence de toute localisation infectieuse apparente on ne demande pas l’antrotomie. La mort a lieu 5 jours plus tard et l’examen anatomique découvre du pus dans les antres dont les parois sont nécrosées.

Un autre enfant est admis pour une diarrhée cholériforme hémorragique , accompagnée d’une fièvre oscillante. L'examen otoscopique est négatif. Une injection de 20 gr. de sang faite le 7€ jour améliore la diarrhée, arrête la déshydratation, abaisse la température à 3795. Reprise de la fièvre le lendemain. Une paracentèse ramène du pus à droite. Malgré une otorrhée abondante la fièvre ne tombe pas, l’intoxication acide, la déshydratation s’accentuent. Après une temporisa tion hésitante on décide, le 10€ jour, une antrotomie double : l’antre droite contient du pus. Mort le soir de l'intervention. |

Nous avons perdu 5 enfants d’un syndrome malin survenu 3 fois au cours d’un coryza diphtérique, 2 fois

chez des eczémateux.

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