‹ Transfusions Sanguines MassivesChapitre 7 sur 44 · PS · texte numérisé non relu

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souvent le service de garde, nous avons pu voir un grand nombre de neuro-toxicoses; quelques - unes, légères, ont guéri; d’autres, graves, nous ont donné bien des soucis et, surtout, beaucoup trop furent mortelles sans qu’aucun traitement donne des effets assez nets, assez constants pour orienter la thérapeutique.

C'était une véritable angoisse, les enfants de la Crèche mouraient parfois par dizaine, comme d’un fléau.

Ecœuré par si peu de résultats, nous avons tenté, chez un de ces moribonds, une autre méthode (on aurait essayé n'importe quoi). À cause du succès, et sur la proposition du Professeur FONTAN, nous avons répété cette méthode sur d’autres enfants, et parce que les guérisons se sont répétées aussi, comme si elles ne tenaient pas seulement au hasard, mais au traitement lui-même, nous nous sommes décidé à poursuivre l’étude de ce procédé.

Nous avons composé nous-même une boîte contenant le matériel nécessaire, que nous n’avons d’ailleurs pas modifié depuis, et nous avons cherché à appliquer cette méthode aussi souvent qu’elle pouvait être utile.

Au début, les chefs de service de médecine ont paru étonnés et nous ont conseillé la prudence. Mais la méthode est si simple ! Ses effets sont si rapides ! (On disait d’elle : c’est bien un traitement de chirurgien !) Par-dessus tout, l’'amabilité des Sœurs de la Crèche, bienveillantes, serviables et zélées, a permis que ce traitement soit appliqué facilement par tous à un très grand nombre de malades, aussi bien au dehors que dans le reste de l'hôpital.

Cette facilité a fait que ses indications se sont élargies considérablement, à tel point qu’il serait impossible, aujourd’hui, de grouper dans une statistique utile tous les cas, soit plus de deux cent cinquante, auxquels il fut appliqué.

Néanmoins, nous essaierons, par quelques observations, courtes mais éloquentes, de justifier les raisons de cette extension, Nous dirons ensuite, au cours de ce travail,

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quelques détails personnels sur le matériel et la technique que nous employons.

Une publication sur ce sujet a été présentée, le 19 mars 1948, à la Société de Médecine de Bordeaux : Traitement des neuro-toxicoses par des transfusions massives (LOUBAT, FONTAN et BOUET).

LES DÉSHYDRATATIONS GRAVES

Nous désignons ainsi des déshydratations assez intenses pour nécessiter une thérapeutique plus active que la simple ingestion d’eau ou tout autre réhydratation par les voies naturelles : respiration en milieu humide, goutte-à-goutte rectal de MURPHY.

Elles reconnaissent des causes nombreuses et se présentent sous des formes un peu différentes qui obligent à les classer dans quatre catégories distinctes :

— les formes primitives, brutales, revêtant l’aspect du syndrome neuro-toxique pur, par exemple : le coup de chaleur et le syndrome pâleur-hyperthermie postopératoire ;

— les formes secondaires, toxicoses habituelles, plus progressives, auxquelles s'ajoutent les signes de la maladie causale telle que la gastro-entérite aiguë des nourrissons ou l’intoxication alimentaire des enfants de un à trois ans;

— les formes aiguës sans toxicose, survenant au cours de certaines maladies d’ordre médical : diabète grave, méningite, coqueluche; ou chirurgical : occlusions de l’œsophage, du pylore ou de l'intestin;

— les formes chroniques où athrepsies, s’accompagnant d’une grosse dénutrition et presque toujours d’origine digestive.

Les Strasbourgeoiïis, avec RHOMER, ont appelé toxicose ou syndrome neuro-toxique un ensemble détats morbides qui semblent être une intoxication à marche rapide du système

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neuro-végétatif, évoluant vers la mort par aggravation spontanée. Dans ce syndrome

— un signe est constant : c’est la déshydratation grave,

intense, très aigué ;

__ d’autres signes sont variables et contingents, ils sont : thermiques : température souvent très élevée; respiratoires : polypnée; circulatoires : pouls petit et rapide; digestifs : diarrhées, vomissements;

— il est, en outre, un signe qui peut servir à apprécier la

gravité ou le stade d'évolution de la maladie : c’est l’état de collapsus du système cardio-vasculaire.

Quelques heures suffisent pour l'installation de ce syndrome, tant sa marche est rapide. Il est facile d’en ébaucher le tableau :

L'enfant devient grognon, puis agité; sa température s'élève et, très vite, en moins d’un jour, le plus souvent, parfois même en deux heures, le drame se noue avec une violence inouie.

Cet enfant pâlit, devient peu à peu gris comme un torchon sale, sa respiration courte, rapide, superficielle, fait rarement battre les ailes du nez. Ses yeux s’entourent d’un cerne sombre et s’enfoncent dans les orbites qui sont comme creusées, excavées. Cela est dû à la disparition de l’eau d’imbibition de la graisse orbitaire. C’est le symptôme-reflet de la déshydratation, c’est celui qui apparaît le plus vite (chez l’adulte, il peut se produire en quelques instants, lors d’une violente émotion qui lui laisse un visage décomposé). Chez le nourrisson, il est très net, parce que sa graisse, très imbibée, est la grosse réserve d’eau de l’organisme.

Bientôt, la déshydratation apparaît sur tout le visage, les joues sont molles, l'enfant devient adynamique, ses yeux ne se ferment plus, la cornée se dépolit puis se recouvre d’un enduit vitreux; les globes sont dépressibles, immobiles, parfois divergents. On ne sent presque plus son pouls qui est très rapide; ses pieds et ses mains sont refroidis, parfois

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même tout le corps, mais le thermomètre rectal monte à 40°, 41°.

En somme, une température centrale progressivement croissante, un collapsus vasculaire avec refroidissement périphérique, voilà ce qui accompagne cette déshydratation grave dans une toxicose pure qui aboutit à la mort.

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