‹ Translation des restes de Mgr. de Laval à la chapelle du Seminaire de Québec, relation complète de tout ce qui s'est passé depuis l'exhumation des ossements de Mgr. de Laval le 19 septembre 1877 jusqu'a leur déposition au séminaire le 23 mai 1878Chapitre 54 sur 74 · ITI · texte numérisé non relu

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Il me reste à ajouter quelques considérations sur les actes du parti libéral au Canada et sur les œuvres du parti conservateur.

En étudiant l'histoire de mon pays et de mes compatriotes depuis l'union des deux Canadas, en 1840, qu'est-co que je trouve dans ces annales dont le souvenir est encore si vivace dans la mémoire de ceux qui ont été les témoins des é vouements qui y sont enregistrés ? Après une période de quelques années d'union, de bonne entente et d'harmonie, pendant laquelle tous les Canadiens-Français combattaient sous le même drapeau, je vois arriver le jour de la scission et de l'organisation d'un no!!Yeau parti par quelques jeunes gens aux idées extravagantes.

L'illustre Lafontaine, dont M. Laurier est obligé de faire l'éloge, resta le chef de la grande majorité des Canadiens-Français qui s'intitulait le parti libéral. Pourquoi portait-elle ce nom ? Parce que co parti avait lutté avec patriotisme et succès pour obtenir à la population la jouissance de la plénitude des libertés j)ubliques que comportait le régime du gouvernement responsable. Mais le jour où des étourdis, par malheur un instant sous les ordres d'un ancien chef politique qui, après leur avoir donné l'impulsion fut incapable de la contenir, nièrent l'efficacité du gouvernement responsable, s'attaqueront aux admirables institutions constitutionnelles de la mère-patrie et se déclarèrent les admirateurs enthousiastes du système républicain ; le jour où ils s'avouèrent les partisans de la rupture du lien colonial et de l'annexion

aux Ëlats-Ljiiià; le Jour où, daus l'espériince de clolruiro Tuu des plus puissants obstacles à la réalisaliou de leurs projets, ils livnM-ent la guerre à l'influence et à l'autorité du clergé canadien, le pasteur vigilant, l'ami le plus fidèle, le serviteur le plus dévoue de nos compatriotes; ce jour, dis-je, le vrai parti libéral, qui avait combattu depuis 1840 pour les droits populaires, eut à jouer un uouveau rôle. Le devoir le plus sacré lui commandait de se faire le protecteur de ces mêmes libertés conquises après tant d'efforts, le défenseur de la constitution qui enfin favorisait le Canada d'une ère do progrès et de liberté. Le jour où Sir L. H. Lafontaine et son parti se chargèrent de cette tâche si honorable, fut le moment où le conservatisme canadien, jusque-là à l'état latent^ se manifesta avec énergie et entoura nos institutions du triple rempart du respect, du patriotisme et du dévouement.

Ainsi les faits me disent, et l'aveu de M, Laurier a confirmé l'appréciation que je m'en étais formé, que le parti rouge, qui s'appelle aujourd'hui le parti libéral, tire son origine de la déloyauté envers la mère-patrie, de la trahison de la cause nationale des Canadiens- Français, d'une folle admiration pour les institutions républicaines de nos voisins, d'un engouement ridicule pour les plus extravagantes utopies du radicalisme le plus effréné.

Il n'est pas nécessaire d'entrer dans de longs développements historiques pour prouver que ce soi-disant parti libéral a été un i^arti déloyal, extravagant et anti-national. M. Laurier, qui a parlé au nom de ses amis politiques, l'a admis avec franchise. En désapprouvant sur plusieurs points le passé de son parti, il ne lui a resté que la ressource de demander excuse en considération du jeune âge de ceux qui délnitèrent en p)-oposant ime révolution complète du pays.

Pour un, je remercie M. Laurier de grand cœur d'avoir informé ses compatriotes à quel point de vue général il souhaite que son parti soit jugé. Je cite en entier le paragraphe suivant de son discours.

«L'une et l'autre (l'idée conservatrice et l'idée libérale) sont sus- '( ceptibles de beaucoup de bien comme de beaucoup de mal. Le con- '( servateur qui défend les vieilles institutions de son pays, peut faire « beaucoup de bien, de môme qu'il peut faire beaucoup de mal, s'il « s'obstine à vouloir maintenir des abus devenus intolérables. Le '( libéral qui combat ces abus, et après de longs efforts parvient à les '( extirper, peut être un bienfaiteur public, de même que le libéral qui « porterait une main légère sur des institutions sacrées, pourrait être « un fléau non-seulement pour son pays, mais pour l'humanité toute « entière. »

Le parti rôu^e ii'a-t-il pas été pour les Caiiadieiis-Franrais ce lléau dont parle M. Laurier ? N'a-t-il pas fait uu suprême effort pour porter, Hon-seulemeut une maiu légère uiais aussi sacrilège, sur les institutions sacrées qui subissaient avec tant de succès dans ce pays leurs premières années d'épreuve ?

Ce fait est de la plus complète évidence et M. Laurier a dû l'admettre lui-môme.

D'un autre côté, le véritable parti conservateur n'a-t-il pas rendu d'énormes services au pays en résistant aux propositions incongrues de ceux que M. Laurier qualifie avec raison du nom d'énergumènes ?

11 a été libéral pour obtenir et consolider le gouvernement responsable et toutes les libertés qui eu découlent, mais il a été conservateur lorsque des gens, dans le délire de leurs ridicules aspirations, ont voulu saper les l)ases de sou (puvre innnortelle.

Dans son discours, M. Laurier dit: '^ Quant à l'ancien programme, " de toute la partie sociale, il ne reste plus rien du tout, et, de la partie " politique, il ne reste que le principe du parti libéral de l'Angleterre."

Si M. Laurier parlait réellement au nom du parti libéral dont on le proclame le clief, cet aveu a dû lui être bien pénible et tous les vieux libéraux qui l'ont entendu ont eu raison de regretter leurs erreurs. Cette admission, imposée par les faits, est la preuve la plus accablante que ce parti qui sollicite encore la confiance et l'appui de la population, n'a été qu'une faction extravagante, dévoyée, impuissante et inféconde.

Lorsqu' après vingt-cinq années de lutte, un parti politique est obligé de reconnaître que tous les articles de son programme ont croulé dans l'abîme creusé par la réprobation générale qii' ils ont inspirée, il devrait au moins avoir la décence de ne pas insulter le sentiment public en se donnant comme le réformateur patenté de tous les abus passés, présents et futurs.

Cependant l'admission de M. Laurier est erronée sur un point. J'ai déjà surabondamment établi que le parti libéral de la province de Québ3C ne saurait être compai'é avec raison et justice au parti libéral anglais et à son prédécesseur le parti whig.

L'aveu de M. Laurier doit aussi convaincre tout le monde que le parti dans cette province qui a combattu avec persévérance la faction dite] libérale pendant toute sa carrière qui devait aboutir à une stérilité universellement reconnue, a répondu avec fidélité aux instincts de conservationqui sont les premiers élénjents de vie du corps social.

Voilà lé côûaérvAtismè tel que je le conçois et je dis, à T instar d'uil écrivain français : <( Conserver dans le sens élevé, dans le sens vraiment CI politique du mot, c'est gouverner uu pays selon des règles éprouvées, «c'est respecter, c'est sauver ses grandes traditions ; c'est défendre les <( institutions qu'il tient de la sagesse de ses ancêtres, contre les novateurs (( étourdis, les charlatans de réforme, les faiseurs ridicules de systèmes.»

Forcé de répudier ces charlatans de réforme, ces novateurs étourdis, parce que les ruines fumantes des programmes libéraux dans cette provmce sont une trop énergique protestation contre les idées de ces énergumènes, M. Laurier a tenté de réduire le libéralisme à une défuiitioti qui peut d'abord paraître assez inolîensive, si les développements subséquents que l'orateui' lui .a donnés ne faisaient pas connaître ce qu'elle a de secret lorsqu'elle n'est pas accompagnée des explications que nous communique ce discours. Il dit que les principes de son parti n'ont rien d'alarmant. Suivant lui, il ne s'agît que de donner libre cours à un progrès sensé, de ue pas gêner le charme de la nouveauté lorsqu' il ne suggère de modifier les institutions que par des changements que recommandent la saine raison et l'expérience.

Si c'est là ce que l'on appelle le libéralisme, je réponds de suite à M. Laurier : ce libéralisme que vous me définissez, je ne l'ai jamais trouvé dans votre parti qui n'a fait, jusqu'à présent, que s'épuiser, suivant votre tardif aveu, dans des efforts dangereux, ridicules, déloyaux et intempestifs. Au contraire, je le trouve couché en lettres d'or dans les œuvres du parti conservateur. C'est dans le fécond principe de cou servalion et de progrès qu'il a pris place.

M. Cauchon, le véritable, le seul chef actuel des libéraux, écrivait un jour — c'était avant sa chute — : « liCs principes et les institutions <( qui en découlent n'ont qu'un but, celui de la quadruple protection des « intérêts politiques, sociaux, religieux et matériels d'un peuple. »

Là est le programme du parti conservateur qui a toujours su faire marcher de pair le respect de nos récentes traditions et cette espèce de libéralisme qui développe avec le temps le besoin de changements dans le domaine des choses susceptibles d'améliorations.

Pendant que le soi-disant parti libji-al s'évertuait, dans de stériles efforts, à faire triompher le programme extravagant que son chef en disponibilité est contraint de qualitlei- de ridicule, le parti conservateur protégeait, d'un côté, nos institutions politiques et sociales contre les attentats dont elles étaient menacées ; de l'autre, il secondait avec patriotisme et ardeur les véritables aspirations libérales du peuple, en favorisant de toute l'influence de ses talents et du nombre le progrès légitime dans ces mêmes institutions. Il défendait nos droits religieux contre

les outrages du fanatisme et il travaillait avec zèle aux développements matériels du pays.

Lorsque M. Laurier attribue aux libéraux le mérite de l'abolitiou de la tenure seigneuriale, la décentralisation judiciaire, la colonisation, il s'empare du bien d'autrui au profit de son parti. Ces réformes,ce progrès, sont l'ctMivre du parti conservateur et de l'immortel Cartier.

Après cela, je suis étonné que M. Laurier n'ait pas prétendu ({ue, c'est le parti libéral qui a sillonné le pays de cbemins de fer.

Cenx qui coimaissent l'iiistoire des quarante dernières ;*niiécs, savent que leô libéraux ont toujours été le plus grand obstacle aux progrès matériels du pays, et qu'ils ont perdu leur temps à s'épuiser dans des rêveries que M. Laurier trouve aujourd'hui bien absurdes.

L'orateur reproche an parti conservateur canadien-français son. alliance avec ce qu'il appelle le parti lonj du naut-Canada,en l'identifiant avec l'ancien parti tory anglais.

p]ncore une fois, c'est une assimilation impossible et inconcevable. Il n'y a rien qui doive surpendre dans le fait que les anciens royalistes qui émigrèrent des Etats-Unis au Canada, lors de la proclamation d« l'indépendance de la république voisine, et qui furent les premiers conservateurs du Haut-Canada, ont pu avoir des sympathies pour les hom mes d'état anglais qui s'opposèrent, dans le temps, à la rupture du lieu (îolonial. Mais avant de dire que les conservateurs d'Ontario sont des tories que l'on me prouve d'abord entre ces deux partis la similitude de principes et d'idées.

Après r octroi de la constitution de 1840 par la mère-patrie, les Canadiens-Français ont dii chercher des alliés parmi nos concitoyens des autres origines. Le parti réformiste du Haut-Canada lui donna en premier lieu des amis fidèles. Toujours nos compatriotes vénéreront la mémoire de l'illustre Robert Baldwin. Aussi longtemps que ces réformistes restèrent dévoués aux grands enseignements de ce chef respecté, tout alla bien. Mais un jour, do même que dans le Bas-Canada, la tête hideuse du radicalisme effréné se leva avec audace dans les rangs de ce parti justement appelé libéral. Le fanatisme religieux se mit à l'œuvre. Il n'est pas nécessaire de rappeler les outrages que nous ont prodigués M. Georges Brown et ses adeptes.

Pour lutter avec avaulag. , ù lafoiscontre les doctrines subversives des rouges de cette province et contre le radicalisme Haut-Canadien, le parti conservateur français dût chercher de nouveaux alliés. Tl accepta

avec sagesse TalUance du parti conservateur d'Ontario qui lui offrait l'importante garantie de l'amour de l'ordre, de la paix, de la justice.

Le chef a<:luel de M. Laurier, M. Cauchou, fût l'un des plus fervenis partisans de cette alliance qu'il appelait de tous ses vœux. Lejouroii elle se réalisait, il en exprimait toute sa satisfaction.

Quel est celui (jui, après une étude conscenciense do l" histoire canalieune depuis 1854, année de la coalition, oserait dire que les Canadiens Français n'ont pas trouvé dans Bir John A. MacDonald et ses partisans des amis dévoués et constants, animés du véritable esprit de justit-e et mus par dos idées vrannent libérales dans le sens rationnel du mot ?

Quel est celui ([ui oserait nier que les Canadiens-Fi'ançais, depuis Tannée 1850, n'ont pas rencontré dans le trop célèbre M. Georges Brovvn et ses adeptes, des ennemis qui ont insulté avec persévérance à leurs traditions nationales et à leur foi religieuse ?

Je laisse à la majesté des faits historiques la tâche facile de la réponse.

Je prie M. Laurier de lire le rapport du discours prononcé par jNI. Carlwright à la démonstration grile de Kingston, mercredi dernier. Il y lira (pie le lendemain où lui-même adressait son discours aux liltéraux de Québec, M. Cartwright disait à Kingston, que le retour de Sir John au pouvoir serait encore la règne de la domination de là province de Québec comme au linups de l'illuslre Carliei'. Ces paroles du ministre des linai]ces peignent à la fois le fanatisme gi'it ot la généreuse libéralité des conservateurs.

^L LauritM-a dit : «On medemaiuliM'a : (|u"est-ct! (lue le libéraliSine « catholique ? sur le seuil de cette question, je m'arrête. »

Oui, il faut s'arrêter sur le seuil de cette question, mais non pas pour se permettre de suite et plus loin de subtiles explications sur ce libéralisme. Il faut s'y arrêter pour accepter avec soumission et sans conteste les enseignements de l'autorité compétente sur ce grave sujet. Il faut aussi s'y arrêter pour appuyer et défendre ces enseignements que nous n'avons pas le droit de contredire et de discuter.

M. Laurier a déclaré, apparemment au nom de ses amis politiques, que le parti libéral canadien-français est devemu l'admirateur de la constitution qui nous régit et des grands principes qui sont pour ainsi dire les matériaux de ce superbe édifice. Il accompagne cette nouvelle étonnante de'phrasessonores.

Mais cotte constitution que vous trouvez tout-à-coup si admirable, après l'avoir si longtemps assaillie de vos sarcasmes et de vos malédictions, l'histoire me dit encore qu'elle est l'œuvre du parti conservateur qui l'a élaborée, mise en pratique et défendue contre les attaques et les moqueries des énergumènes que vous êtes forcé de désapprouver.

Pour un, je remercie M. Laurier d'avoir reconnu publiquement les grands services rendus au pays par Lafontaine et Cartier. Je le remercie d'avoir admis leur patriotisme et leur loyauté. Je le remercie d'avoir reconnu qu'ils ont été pour ainsi dire les fondateurs au Canada de ces institutions libres que des charlatans de réforme ont voulu (léciiirer, mais que les derniers rejetons de ces extravagants sont obligés de reconnaître comme les plus belles qui existent au monde. Mais la jeunesse qui lit les journaux libéraux publiés pendant les trente dernières années ne saurait trouver l'admiration dont M. Laurier est épris dans la presse de son parti.

Elle est forcée de reconnaître que la faction libérale, réduite à l'épuisement par les idées subversives qu'elle a professées, est dans la pénible obligation d'avouer qu'elle a marché dans une voie sans issue et qu'elle aboutit à la répudiation de tout ce qu'elle a proposé à la population comme le gage de la prospérité et du bonheur.

Cotte constitution qui mérite une admiration sincère, a aussi des limites dans lesquelles elle fonctionne. Au-dessus de la constitution, il est non-seulement permis, mais c'est une obligation, de voir l'immuable vérité des lois divines et morales. Suivant le langage de M. Laurier, je m'arrête sur le seuil de ce solennel principe, gros de si vastes conséquences. Je ne fais que le poser, sans entrer dans le long examen qu'il y aurait à faire de cette question. En outre, je veux me limiter au cadre que je me suis tracé en commençant cet écrit.

Il y a une grande lacune dans le discours de M. Laurier. L'orateur a fait de solennelles répudiations, d'étonnants aveux. Il n'a pas été assez loin. Il semble qu'il aurait dû dire quelque chose de plus et lever le voile qui laisse encore enfouies dans les ténèbres toutes ces brillantes réformes de l'avenir que le charme de la nouveauté fait quotidiennement germer dans les cerveaux des adeptes du parti libéral.

Après avoir lu ce long discours, je sais bien que le parti libéral a été, par ses idées extravagantes, indigne de la conliance x^nblique dans le passé. Mais j'ignore encore quelles sont les merveilles qu'il se pro-

pose rraccomplii' dans l'avnnir jiour rachoLor les ori'iMirs ol les fantos dont il s'est rendu coupable.

Voilà pourtant ce qu'il importait de dire au public, api'ôs avoiifait les frais d'une aussi solennelle mise en scène.

Cette lacune sérieuse sera peut-être remplie dans la prochaine édition, revue, corrigée et augmentée, du discours du député d' Arthabaska,

En terminant cette critique, plus longue que je ne me proposais d'abord de la faire, je dois conclure que c'est dans le large programme du pa,rti conservateur que l'on trouve réellement les saines idées dti progrès alliées au resi)ect des traditions et des institutions établies. C'est dans les replis de son glorieux drapeau que reposent, comme dans nue fraternelle union, la vénération dps conquêtes du passé et les légitimt^s aspirations de l'avenir.

Il est donc naturel que la jeunesse actuelle, si bouillante de patriotisme, s'enrôle sous cet étandard de la liberté bien comprise, du véritable progrès, de la justice pour tous les intérêts politiques, sociaux, religieux et matériels des peuple^' d^;liE^ GQRlftdé^atipn,

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