DANS LES CANTONS DE L'EST
IMiVlENSE £NTHOUS!ASiVIE DE LA POPULATION.
L&s résultais /leitreiix de cette grande déni07istt:aMoiv.
Samedi, 7 juillet 1877.
De reloiir, ù T instant, do la grande fête qni a sonlevé dans^les pittoresques et beaux cantons de l'est un enthousiasme indescriptible envers le très illustré Sir'Joîin A. MacDonald, je m'empresse de raconter à nos lecténi-s ce que j'ai vîi avec tant de plaisir et de bonheur, ce que j'ai entendu avec tant de joie et de satisfaction, ce que j'esj^ère avec confiance comraé-'lés fruits et les réMiltats du voyage que le grand homme d'état fait en triomphateur daHs cette importante .fiartie de la Puissance. ; .. •>
De Sherbrooke, j'ai télégraphié an Canadien^ jt?ndi, les détails de la solennelle réception faite à Sir John A. Macdonald. Dès son départ de Montréal, la population l'acclamait sur son i)assage. A St. Hyacinthe, où, il y a quatre ans, il aurait été bien dilHcile de réunir un petit groupe d'amis dans uile circonstance semblable, des centaines de personnes entouraient la gare du chemin de fer pour assister à la présentation de l'adresse et voir l'homme illustre qni ne pouvait passer que quelques minutes au milieu d'eux.
Sir John A. Macdonald a été très agréablement surjtris du sympa-
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thique accueil qui lui a ôlô lait-^dans cette ville qu'il a toujours couuue comme l'une des forteresses de ses adverse ires.
Des adresses lui ont aussi été présentées à Acton et à Richmond. Dans ces endroits, il y avait aussi une foule considérable qui a témoigné, parles plus chaleureuses acclamations, sa reconnaissance envers le grand citoyen qui l'honorait de sa présence.
Les citoyens de Sherbrooke ont fait les choses d' une manière digne du personnage célèbre qui venait jouir de leur bienveillante hospitalitéj et digne d'eux-mêmes.
L'on a estimé à plus de dix mille personnes la foule qui encombrait le vaste terrain devant et aux alentours du magnifique hôtel Sherbrooke.
L'adresse présentée à Sir John A. MacDonald, comme celles des citoyens de St. Hyacinthe, d' Acton et de Richmond, était couchée dans les termes les plus heureux.
Sir John y a répondu avec le talent que l'on sait.
Les éloquents discours des honorables MM. Langevin et MacDougall et de M. Masson ont aussi fait une grande impression dans la multitude qui les a écoutés.
La procession aux flambeaux a été quelque chose de grandiose. Les visiteurs de Toronto ont déclaré n'avoir rien vu de supérieur dans les grandes villes d'Ontario. L'illumination était universelle. Les banques, les grandes institutions, les magasins, étaient décorés de môme que les résidences privées.
Les inscriptions les mieux appropriées se rencontraient à chaque pas. Les drapeaux se balançaient partout au gré des vents.
La grande assemblée à Bury, dans le comté de Gompton, jeudi, a eu un beau succès. Au moins cinq mille personnes des environs et même d'une distance assez considérable se sont réunies sur une magnifique élévation, au pied de laquelle le convoi qui portait Sir John A- MacDonald et les excursionnistes de Sherbrooke s'est arrêté. La foule, échelonnée d'abord sur le flanc de la colline, présentait un spectacle vraiment imposant.
Lorsque Sir John est sorti du cliar il a été accueilli par une salve d' applaudissemen ts.
J^e préfet du comté lui a lu une longue adresse très bien pensée et très bien écrite.
Sir John a répondu en quelques mots heureux, et l'assemblée s' es ensuite rendue à l'endroit où les discours devaient être prononcés. Une niagîiifique estrade, décorée avec beaucouj) de goût, avait été élevée pour cette fin.
L'honorable M. Langevin a le premier adressé la parole à la foule. Il a obtenu un véritable succès.
I^'honorable M. Macdougall, M. Massoii, M. Plumb, M. A. 1*. Curon, l'hon. M. Pope, le député du comté, ont tour à tour prononcé d'éloquents discours que rintelligent auditoire a applaudi avec le plus vif enthousiasme.
,]e me contenterai pour le moment des appréciations que je me propose de faire au point de vue général des grands intérêts du pays.
Pour la première fois, j'ai vu Sir John A. Macdonald devant uuo assemblée populaire. Je l'ai souvent entendu parler à la Chambre, môme dans les circonstances les plus solennelles des quinze dernières années. J'ai vu son prestige au milieu des élus de la nation, son empire sur leur esprit et leur cœur, par l'unique autorité de son génie, de ses talents hors ligne, de son expérience consommée, des profondes sympathies qu'il inspire, de la fascination qu'il communique.
Il me restait à le voir dans les rangs du peuple lui-même, à l'entendre lui adresser la parole, l'entretenir de ses intérêts, de son avenir et de celui de ses enfants.
Je l'ai vu, je l'ai écouté avec une religieuse attention, j'ai savouré les éloquentes paroles de sagesse qui sont tombées par torrents de sa bouche.
Je l'ai vu, je l'ai entendu et je l'ai admiré davantage.
Au moment où j'écris, il y a déjà plusieurs heures que j'ai laissé l'endroit de cette grande réunion populaire, et je suis encore vivement sous l'impression du spectacle imposant qu'il m'a été donné do contempler.
Sir John devant le peuple est vraiment phénoménal. Je ïn' explique facilemiMit l'immense popularité dont il jouit à Ontario. Partout où il passe, il laisse infailliblement les traces les plus profondes, les souvenirs les plus vivaces dans le cœur de la population.
Depuis l'année dernière, il a parcouru la province voisine comme le véritable conquérant des sympathies, de l'attachement et de la conliance populaires.
Un réformiste d'un comté de l'ouest, qui assistait à une assemblée à laquelle Sir John parla longuement, dans les transports de sou admiration subite, et après avoir cédé avec enthousiasme à l'irrésistible entraînement qui le fit applaudir à outrance comme les
autres, disait à l'un de ses amis qui était son voisin dans la foule : «cet homme ne nous donne 'pas le temps déchanter nos opinions, il s'empare d'abord de nos cœurs ! »
Le peuple est accouru pour le voir souvfnit df; j^ramles dislances. De toutes parts se sont manifestés la reconnaissance et le dévouement envers cet illustre serviteur public. Jl en a été de même à Bury et à Sherbrooke.
Lorsqu'après le discours dt; riionorahlo M. Macdoiigall, Sir.lohii s'est levé et a avaucé sur le devant de l'estrade, les acclamations de ce peuple do citoyens se sont élevées jus(iu'aux nues. Sir. John, découvert, la ligure riante et empreinte du plus vif sentinuMit de bonheiu-. attendait, dans une attitude imposante de dignité, les derniers échos de cette salve multiple d'applaudissetilents.
Tout-à-coup le calme se fait, le iilus profond siléiîciè ëè''TCtahlil. L'on entend la respiration contenue (j ni s'échappe doucement do toutes les poitrines. Les regards de la l'onlo sont fixés sur l'IiotTime (jue ce peuple avait appuyé de sa confiance bien longtemps avant de le voir en personne.
Sir John complétera l/ienLùL sa soi.xanLc et troisième aimée. NaLnrellement, ses forces physiques sont un peu amoindries. Sa voi.x est un peu faible pour \\\\ discours (m jtlcin air, mais la religieuse attention avec buiuelle ou l'écoute supplée à cet inconvénient. '
Il débute avec calme et avec modération. De suite, il va droit au (•(iMir du peuple. W fait vibrer leshbres inconnues. Il remue tous tes stMitimenfs de l'àme. C'est une véritable fascination.
Des orages assez fréquents, accompagnés de quelques coups de lonn 'lie, ont été cause que les discours n'ont pas été aussi, longs et aussi nombreux qu'on l'espérait. Ce désavantage n'a pas diminué l'ardeur de l'assemblée quiatiMui bon jusqu'après six heures. Un homme d'esprit, pour consoi*M' ses voisins, leur a fait la remarque que la foudre prenait part à leui' fête et qu'elle acclamait Sir John. , ;.
Ltail-ce l'urtillerie des cieux qui accueillait Sir John par les vivats (le sa voix puissante et qui, d'un autre côté, rugissait contre le gouvernement (|ui est depuis bientôt quatre ans le fléau du pays ?
Le dîner des citoyens de Sherbrooke à Sir John, jeudi soir, sous la jirésidence de M. Brooks, leur député, a été la digne fin d'un beau jour. La grande salle de l'hotel-de ville était remplie.
Les discours se sont prolongés jusqu'après trois heures du matin. L'on n'a pas même terminé le programme de la soirée qui nous aurait tenu au moins jusqu'à cinq heures.
,)f; ho veux pas être trop enthousiaste ni \(fte faire d^eya,iÂès illusioii^,.
mais je dois dire en toute franchise que j'augure les plus heureux résultats du voyage de Sir John A. Macdouald dans notre province. Les principaux homuies publics d'Outario et de Québec se sont reucoutrés dans ces solennelles démonstrations populaires. Les grandes questions politiques ont été savamment discutées par les voix les plus autorisées à parler. Ces discours coutieiuieut toute uue série de précieux enseignements à méditei', de sages conseils à suivre, de sérieuses recommandations que doivent écouter avec respect tous ceux ([ui, de près ou de loin, s'occupent des atlaires pu])liques dans le but patriotique de contribuer au bonheur et à la prospérité du pays.
A Bury et à Sherbrooke, l'on a évoqué le souvenir des grandes traditions du i)assé. De Montréal à Gompton, dans toutes les adresses de bienvenue et de félicitations présentées à Sir John, ou lui a ra[»pele son ancien collègue, son ami fidèle, Sir Georges E. Cartier.
Sir John a toujours répondu sur ce point par les plus chaleureux éloges de Cartier Jl a parlé avec bonheur et avec une piofonde émution de l'alliance, si fructueuse pour le pays, qui a existé entre eux et leur commun désir de tous les instants de travailler à faire uue grande nation des colonies anglaises de l'Amérique. 11 a parlé de leurs eilorts de tous les jours pour faire disparaître toutes causes de diHicullé enlit* les diverses races qui habitent la confédération, de leur ambition persévérante de maintenir l'harmonie entre ces races, de les traiter avrr impartialité et avec justice, de protéger leurs droits respectifs, dr seconder leurs travaux pour assurer au Canada l'avenir brillant d'un peuple heureux et prospère.
Il a parlé du patriotisme de Cartier, de son dévouement, de son abnégation, de son désintéressement, de son esprit de justice, de sa loyauté, de son énergie et de ses talents supérieurs.
Chaque fois que le nom de Cartier a été prononcé dans le cour.^ de (;es solennités, j'ai vu avec émotion et avec un bonheur indicible, mis concitoyens anglais des cantons de l'est, l'accueillirpar les a(vclam:i lions les plus sympathiques, les plus respectueuses, les plus reconnaissantes pour les services de ce grand patriote. C'était vraiment le [dus beau témoignage possible de la gratitude nationale.
Sir John a déclaré que sans Cartier il n'aurait pu rien fair&. C'est grâce à leur alliance et à la bonne entente qui n'a cessé de régner entre eux, parceque tous deux ils voulaient avec autant de sincérité le développement du pays, que, pendant vingt cinq années, ils ont accompli les grandes choses qui feront vivre leurs noms dans l'histoire.
Dans ses réponses aux adresses, et dans les deux discours qu'il a prononcés à Bury et à Sherbrooke, Sir John a aussi rappelé les luttes
qu'il a soutenues dans le Haut-Canada, pour nous protéger contre le fanatisme et les préjugés que les grits, avec M. Georges Browii pour chef, soulevaient avec une si noire persévérance contre tout ce qui était français et catholique.
M. Langevin, M. Massoii, M. Chapleau, M. Caron, ont parlé au nom de la population cana(henne'franr,aise. J'ai entendu, de la part des chefs français du parti conservateur, la répétition exacte des idées que j'ai soumises humblement au public dans ma critique du discours de M. Laurier.
Tous ont été catégoriques dans leurs déclarations. Ils ont exprimé avec ardeur leur respect et leur vénération pour les immortelles traditions du parti conservateur, leur admiration sincère pour les Lafontaine, les Morin, les Taché, et, surtout, pour cette grande figure qui se détache de toutes les autres illustrations pour prendre sa place au frontispice de notre histoire nationale, Sir Georges E. Cartier.
Le programme élaboré par ces hommes illustres est encore le programme du parti conservateur. C'est sa charte d'existence, de vie, d'or ganisation. Il s' appuie toujours sur la base large, solide et inébranlable, du respect et de la défense des droits politiques, religieux et matériels des races qui vivent sous l'égide du drapeau britannique dans la grande confédération des provinces.
Ces solennelles déclarations, plusieurs fois répétées par tous les orateurs anglais et français, notamment par Sir John lui-même, ont été accueillies par les applaudissements les plus enthousiastes de tout l'auditoire qui se composait de canadiens d'origine anglaise, écossaise, irlandaise et française.
Les discours prononcés dans cette circonstance si imposante seront publiés par la presse du pays. Toute la population de la Puissance, de rile du Prince-Edouard jusqu'à l'océan Pacifique, saura donc quels sont les principes de justice, de paix et d'ordre qui sont aujourd'hui et qui seront dans l'avenir les guides de la conduite du parti conservateur, comme ils l'ont été pendant les quarante dernières années.
Les tentatives peu honorables de M. Laurier et de son paiii dans la province de Québec, pour soulever les préjugés de la population protestante, en lui disant que le parti conservateur français est l'» sciave du fanatisme religieux et contrôlé par l'esprit dt; l'injustice, sont Nouées au mépris public et particulièrement de ceux qu'elles avaient pour but de tromper et d'exploiter, au profit d'une faction qui a toujours été déloyale envers la mère-patrie.
Deux jours après la publication du discours de M. Laurier par V E ornement^ la froide raison du public avait déjà fait justice des utopies
et des erreurs de principes et de faits dont il est parsemé. La critique de la presse lui a donné un second coup de grâce. Los éloquents discours l'L les solennelles déclarations des chefs conservateurs à Bury et à Sherbrooke, le réduisent à néant. 11 n'en sera plus question, ou, plutôt, si l'on en parle encore, ça ne sera que pour rappeler ie fiasco complet du nouveau chef du parti libéral.
Les orateurs ont traité les questions politiques à l'ordre du jour avec éloquence, talent et beaucoup de succès.
Je n'ai pas besoin de dire que celui de Sir John a été admirable. Quelles idées larges ! Quelle hauteur de vues ! Quelle ampleur de conception ! Quelle élévation dans les pensées !
Ses aperçus sur le passé, le pi'ésent et l'avenir du pays, ont été, comme toujours, inspirés par le plus louable patriotisme et la plus honorable loyauté.
Sir John est un homme de ressources immenses et d'une expérience consommée. Il est donc naturel que l'on trouve toujours le plus grand avantage à l'écouter parler des grands intérêts publics.
Sir John A. Mac Donald continue sa marche triomphale dans les cantons de l'est. Aujourd'hui même, il y aune autre grande démonstration à Svveetsburg, dans le comté de Missisquoi. Ce soir, il y aura, à Montréal, une procession aux flambeaux qui aura sans aucun doute un splendide succès. Les préparatifs les plus complets ont été faits dans ce but.
Je ne saurais finir cet écrit sans faire les éloges les mieux mérités de nos concitoyens de toutes les origines de Sherbrooke.
J'ai visité leur ville, jeudi, pour la troisième fois, h l'occasion de démonstrations publiques. Chaque fois, j'ai rencontré la même cordiale hospitalité, le môme empressement, les mômes sympathies. Ils se prodiguent pour ôtre agréable«à leurs visiteurs.
Le parti conservateur à Sherbrooke compte presque l'unanimité des citoyens. Il en est de même dans la plupart des comtés des cantons de l'est Cette partie de la province élira ceTtainement, aux procliaiues élections pour la Chambre des Communes, plusieurs députés qui seront les fidèles et courageux appuis de la grande politique conservatrice.