PARCE QUE? OU QUOIQUE
Ce droit au commandement absolu, même arbitraire, M. Chapleau, dira la Minerve, l'a acquis par droit de conquête. N'est-ce pas lui qui a remporté les élections de décembre 1881, cette victoire sans précédent, qui a pulvérisé le parti libéral et assuré aux conservateurs au moins cinquante comtés sur soixante-cinq ?
Eh bien non ! M. Chapleau ne nous a pas ainsi conquis. Lui attribuer tout le mérite de cette grande victoire est l'une de ces exagérations ridicules que les organes ont mises à l'ordre du jour, dès qu'il s'agit de M. Chai)leau. M. Chapleau a, depuis vingt-cinq ans, pris une très large part au travail des élections en général et aux luttes oratoires en particulier : nous nous plaisons à le reconnaître ; il dispose d'une grande puissance d'élocution et sa parole produit sur les foules un effet considérable : nous le concédons volontiers, et nous lui en déniions ample crédit. Rappelons de suite qu'il en a été payé au centuple pour le moins, soit par le patronage qu'il a reçu, soit au moyen de iwsitions importantes données tant à lui qu'à toute sa famille, soit enfin par la réputation i)resque féerique et le piédestal grandiose que, en retour, les organes du parti lui ont édifiés.
Il a péroré dans les élections :
A-t-il fait plus, dans ce sens que le célèbre Charles Thibault ? Ce dernier ne peut-il pas comparer avec avantage, tant sous le rapport de l'ettet magi(jue sur les foules que sous le rapport des résultats produits, ses campagnes élei'torales avec celles de M. Chapleau? Et de plus, combien d'exploits accomjjlis par Thibault, dans des circonstances où Cliapleau eût échoué ! Combien de campagnes difliciles entreiirises par Thibault où Chapleau ne se serait j^as risqué !
M. Chapleau paraît s'être multiplié pour adresser la parole sur presque tous les points de la province. S'j^ rendait-il pour faire des luttes difficiles et profitables? Ne faisait-il pas plutôt, de toutes ces pérégrinations, un moyen d'augmenter son prestige personnel, de
cueillir des lauriers, de remporter de faciles triomphes, de moissonner là où d'autres avaient, des mois et des années durant, laborieusement semé ?
La province de Québec, qui commençait déjà à déplorer amèrement les tendances funestes de M. Chapleau vers le libéralisme, a donné partout d'écrasantes majorités conservatrices. Est-ce parce que Chapleau était son chef politique ?
. N'est-ce pas plutôt quoiqu'il fût placé à la tête de son gouvernement local ?
Voyez les élections générales de juin dernier : le même triomi^he conservateur ne s'est-il pas produit partout?
Et pourtant, M. Chapleau n'y a pris aucune part quelconque. Loin de là. On l'a prié partout, de même que la clique, de se cacher, de tâcher de se faire oublier. Et dans les seuls endroits où cette influence néfaste s'est exercée publiquement, comme à Joliette par exemple, les candidats les plus populaires et les mieux qualifiés ont essuyé de sanglantes défaites.
' EXPULSEURS ET EXPULSES.
Revenons à nos expulsés.
Comment ! l'on a chassé ainsi du parti des chefs vénérés, nombre de ses officiers supérieurs, des bataillons complets ? Que dis-je ! des légions entières de ses plus valeureux soldats !
Et le parti lui-même, je parle de ce parti sérieux, indépendant, dépositaire des principes dont Lafontaine, Morin, Taché et Cartier ont été la personnification, le parti des hommes qui sont conservateurs pour des fins autres que celles du pouvoir, des jobs et du patronage, ce parti n'aurait pas même son mot à dire!
Allons-nous ainsi laisser décréter, par une autorité plus que contestable, la division du parti ou son démembrement ? Allons-nous sanctionner, par notre silence, cet ostracisme révoltant ?
Eh bien non ! Notre confiance dans le parti conservateur est assez grande pour nous permettre de croire qu'il n'en peut être ainsi.
Du moins, ne sanctionnerons-nous pas cet ostracisme avant d'avoir constaté :
lo Quels sont respectivement, vis-à-vis le parti conservateur, les expulseurs et les expulsés ?
2o. Quels sont les droits et les titres de chacun à notre confiance et à nos sympathies? Qui sont restés fidèles aux principes de leur parti ? qui en a respecté les traditions, l'honneur, les intérêts ?
Si les bannis ne sont qne des renégats et des traîtres, que la juste colère de M. Chapleau a balayés de sa présence, à la bonne heure ! Mais si c'est tout le contraire?
Si les victimes sont des hommes honorables, coupables du seul crime d'avoir défendu loyalement, énergiquement l'intérêt public ? Si leur honneur est sauf et leur drapeau sans tache!
Bien plus, si par hasard, il était constaté que ces implacables exécuteurs des hautes œuvres de M. Senécal, ne sont, pour la plupart, qu'une bande d'individus plus ou moins tarés, plus ou moins compromis, dont cinq sur dix au moins sont l'objet du mépris, de l'exécration générale ? •
Si, par hasard, il était avéré que plusieurs de ces arrogants expulseurs ont été convaincus publiquement, officiellement, de manœuvres sales : soit malversations, soit dilapidation des deniers publics, soit spéculations archi- véreuses ?
Si, par hasard, il était admis de tous qu'une portion d'entre eux se compose de transfuges politiques, bien connus pour n'avoir, en fait de principes, rien de commun avec les conservateurs, professant même et mettant en pratique des principes et des doctrines que le
parti conservateur a pour principale mission de combattre
bien plus, s'il est indubitable que la destruction de ces principes délétères ou leur triomphe parmi nous est une question de vie ou de
mort pour le parti conservateur pour notre nationalité
pour notre foi ?
S'il est de notoriété publique qiie ces transfuges, si nombreux dans nos rangs, devenus aujourd'hui nos maîtres, ne sont passés de notre côté que pour y recevoir le prix d'une trahison ou pour y suivre, à l'odeur, comme le chacal suit une chorogne, les jobs illicites, les spéculations véreuses, les gains nés de la fraudç et réalisés dans la corruption?
S'il était évident que certains écrivains, qui depuis quatre à cinq mois ont noirci de leur encre les réputations les plus intactes,. ne sont que de vulgaires insulteurs soudoyés, des plumes vénales
Si, par hasard, il en est ainsi, allons-nous permettre à de tels intrus, déjà si imprudemment installés chez nous et nous faisant la loi, de chasser de notre foyer les enfants de la famille et de faire maison nette?
Eh ! bien ! ! non ! ! !
D'un bout à l'autre de la province de Québec s'élève un demi million de voix conservatrices pour nous répondre :
Non ! mille fois non I ! !