‹ Translations, inscriptions et poésies diversesChapitre 32 sur 72 · PRESIDENT · texte numérisé non relu

PRESIDENT

Celuy qui ne cédait à nul de nos aveux

En justice, en bonté, en cœur devotieux,

Se retirant au soir ce bon Minard, qui pense

Estre assez asseuré par sa seule innocence,

Sentit d'un plomb meurtrier le foudroyant effort,

Digne hélas ! qui mourut d'une plus douce mort.

Cependant qu'il expire, et que l'on luy demande,

Qui peut avoir commis méchanceté si grande,

Certainement (dit-il) je n'ay jamais pensé

Avoir quelque ennemi, et n'ay nul offensé.

Voix digne d'un tel homme : et plus digne que celle

De ce bon Empereur, que Titus on appelle

O dieux, si cestuy-ci pour son intégrité

A receu tel loyer, sans l'avoir mérité.

Que doyvent espérer les meschans qui sans cesse

Portent dedans le cœur leur coulpe vengeresse ?

Mais ô toy du Sénat n'agueres l'ornement,

Or, son regret, son pleur et son gémissement,

Si quelque sentiment aux trespassez demeure,

Et si croire on ne doit que par la mort tout meure,

Accrois, heureux Minard, l'heureux nombre de ceux

Qui tiennent, des esprits, le séjour plus heureux.

Tu ne mourras pas tout, et ton nom qui ne tombe

Dans le fleuve d'oubli, n'ira point sous la tombe,

Mais croistra par ta mort, et d'un los se suyvant,

Tu seras à toy-mesme et d'un los survivant.

Page 1