PRESIDENT
Celuy qui ne cédait à nul de nos aveux
En justice, en bonté, en cœur devotieux,
Se retirant au soir ce bon Minard, qui pense
Estre assez asseuré par sa seule innocence,
Sentit d'un plomb meurtrier le foudroyant effort,
Digne hélas ! qui mourut d'une plus douce mort.
Cependant qu'il expire, et que l'on luy demande,
Qui peut avoir commis méchanceté si grande,
Certainement (dit-il) je n'ay jamais pensé
Avoir quelque ennemi, et n'ay nul offensé.
Voix digne d'un tel homme : et plus digne que celle
De ce bon Empereur, que Titus on appelle
O dieux, si cestuy-ci pour son intégrité
A receu tel loyer, sans l'avoir mérité.
Que doyvent espérer les meschans qui sans cesse
Portent dedans le cœur leur coulpe vengeresse ?
Mais ô toy du Sénat n'agueres l'ornement,
Or, son regret, son pleur et son gémissement,
Si quelque sentiment aux trespassez demeure,
Et si croire on ne doit que par la mort tout meure,
Accrois, heureux Minard, l'heureux nombre de ceux
Qui tiennent, des esprits, le séjour plus heureux.
Tu ne mourras pas tout, et ton nom qui ne tombe
Dans le fleuve d'oubli, n'ira point sous la tombe,
Mais croistra par ta mort, et d'un los se suyvant,
Tu seras à toy-mesme et d'un los survivant.