ÉPIGRAMME DE MESSIRE MICHEL DE L'HOSPITAL
Je t'offre ici, Prélat, un présent de mon coffre : Reçoy, Prince et prélat, ce présent que je t'offre. Le présent est petit, mais tel que le devoir D'un Prince, tant soit grand, exprimé s'y peut voir. J'ay recueilli en bref de maint et maint passage, Ce qui mieux à propos m'a semblé pour vostre âge, Que de toy beaucoup mieux nostre Prince apprendra Et du nom paternel digne fils se rendra.
Devant le sainct autel de la Mère puce lie. Le jeune Roy François est oingt d'huile immortelle : Heureux en soit le Sacre, et plus vieil que Nestor Vive le nouveau Roy et que Titon encor".
Cependant qu'il apprenne à régir sa province. Ayant tels gouverneurs que jamais Roy ny Prince Les semblables n'ont eu : non pas mesme Thetis En choisit un pareil pour gouverner son fils. Apprenne l'art sur tous difficile à comprendre. Pour sçavoir ses sujects gouverner et défendre : Laisse aux autres Seigneurs leurs terres et leurs droits, Et soit ainsi qu'un Dieu entre les autres Roys. Los peuples estrangers arbitre le choisissent, Et par luy leurs débats, et leurs guerres finissent. De vaillant n'aime tant que de juste le nom, Xe vueille par le sang accroistre son renom. Soit loyal, soit constant, ne soit contraint de guerre, Ny la guerre en la paix, ny la paix en la guerre. Et pourquoy voulons-nous Chrestiens nous estimer, Si ne voulons de Christ quelque marque exprimer?
Ne soit entre les siens sa pieté moins grande Et d'amour paternel les gouverne et défende : Soit tardif à punir les forfaits mal prouvez, Et severe envers ceux qui vrays seront trouvez. Observe estroictement les lois et ordonnances. Et ne rescinde point les arrests et sentences ; Ne donne aux forfaicteurs grâce et impunité, Et ne rompe des lois la saincte authorité.
Soit qu'il faille pourvoir aux estats et offices, Ou soit aux Eveschez et autres bénéfices Elisent ceux qui mieux méritent tels honneurs, Non les plus favoris ni les meilleurs coureurs : Mais comme au temps passé fasse le nom escrire Du juge ou du prélat, qu'il luy a plu d'eslire. Qu'il escoute tin chacun, de quelque estât qu'il soit. Se conseille à loisir de ce que faire il doit : Ainsi n'accusera sa prudence peu came
cjo «JÊUVRES COMPLÈTES DE J. DU BELLAY
Se repentant trop tard d'avoir fait quelque faute. Car quel Roy n est trompé, ou soit pour n'aveoir sceu Comme les choses vont, soit pour estre deceu De tant de saints amis qui tous à ce but tendent, Et pour en tromper un tous ensemble se bandent ? Mais quelque jour viendra ce dernier jugement Que Roy, ni magistrat, ni juge aucunement Ne pourront décliner, où faudra que le Prince Rende par le menu compte de sa province : Car de soy seulement comptable il ne sera, Ains la raison encor on luy demandera Du prélat vicieux, du juge corrompable : Et sera le chetif du fait d'autruy coupable, Mais plustôt de son fait, pour n'avoir bien pensé Quel homme à quel honneur il avoit avancé, Si l'officier estoit digne de son office, Et le bénéficier digne du bénéfice.
Car bien que cestuy-là ait appris tous les droits Dont usent aujourd'hui les Papes et les Rois, De son estât pourtant digne je ne l'estime, S'il n'est homme de bien, sans cautele et sans crime, Et s'il ne favorise aux pauvres aussi bien Qu'à ceux qui ont le bruit d'avoir beaucoup de bien. Non plus que cestuy-là cestuy-ci je ne prise, Si aumosnier il n'est des thresors de l'Eglise. De quoy sert la grandeur, de quoy le vain sçavoir, Si l'un fait aussi peu que l'autre son devoir ? Si le juge est vénal, et vénal le baptesme, Vénale l'action et le sepulchre mesme ? De teî ministre donc le Prince ne prendra Argent, et le ministre aussi ne se vendra. Il ne convertira en chose folle et vaine Ni le trésor public, ni son propre domaine. Il ne le donnera à l'impudent flateur, Ni au plaisant bouffon, mais comme un bon tuteur Qui sçait que quelque jour il lui faut compte rendre, Despendra son avoir, comme il faut le despendre : Retranchans tous moyens de superfluité Et réduisant les mœurs à la simplicité, Dont l'un souloit user aux habits, et viandes. Du temps qu'on ne faisait les tables si friandes Ce faisant, il pourra son peuple soulager, Qu'il a esté contraint de fouler et charger, Pour aux guerres frayer, car de peu suffisance A volontiers celuy qui fait peu de despense. Cependant toutefois soigneux il prendra garde.
Que le rat palatin et la tigne rougearde
Ne mine son trésor, peste et contagion,
Qui règne de tout temps en ceste région,
Et du denier public se paist en telle sorte,
Que le tiers, ou le quart, à peine s'en rapporte.
Trop d'une croche main touchent l'argent du Roy :
Le nombre est effréné : d'une severe loy
Il contient le restreindre, et brider la licence
Qu'ont prise les larrons sur les deniers de France.
Pour y donner bon ordre, et que tels forfaicteurs Ne puissent désormais trouver des protecteurs En leur meschanceté, ce que j'admoneste ores, Il faut que je le die, et le redie encores : Se gardent de donner aux donneurs quelque accez Ceux qui seront commis à faire tels procez.
« Rien n'est si bien fermé, rien si sainct, rien si ferme, (( Que la force de l'or ne le force et defferme : « Et n'est moindre larron, que le larron, celuy « Qui retient quelque part du larrecin pour luy. Tu prens envers le Roy du larron la deffence, Lequel t'a corrompu : et après la sentence Le remets en son lieu, ainsi qu'auparavant ; Que fais-tu ? tu le fais larron, comme devant. Encor' fais-tu bien pis, d'autant qu'outre la grâce, Recompense au larron tu es d'advis qu'on face. J'ay honte d'en plus dire. Il faut donc regarder, Qu'à la foy de plusieurs on ne baille à garder La finance du Roy : car elle est fort glueuse, Et la garde surtout en est fort dangereuse. Ceux qui de telle garde ont la charge et le soin, D'estre eux-mesmes gardez ont le plus de besoin.
Le Prince toutefois pour croître sa finance. Ne confisquera point le bien de l'innocence, Et à son favorit ne le donnera point, Devant que le procez soit parfait de tout poinct. La faveur bien souvent et l'avarice opprime Aussi bien l'innocent que le chargé de crime, Et le fait condamner, non pour autre raison, Que pour avoir basti quelque belle maison. Le Roy donc qui sera de bonne conscience, Ne donne aux rapporteurs et bouffons audience, Ne laisse condamner le juste, et pour prouvé Ne tienne ce qui est faussement controuvé. C'est une chose indigne oster au misérable Et sa vie et ses biens, mais plus vitupérable Est de le ruiner sans ombre d'équité,
Par témoins supposez contre la vérité, Et juges apostez ; l'inique et mauvais juge Trop volontiers condamne, et pour coulpable juge Cestuy-là qu'il pense estre en la haine du Roy, Ou de ceux que le Roy tient le plus près de soy.
Qui fait que d'autant plus pèche le Roy qui donne L'oreille au rapporteur, de quelconque personne Que ce soit, et sur tout quand entendre on luy fait Que c'est quelque exécrable et horrible forfait, Comme de majesté ou divine ou humaine, Car le juge tend là son esprit et sa peine. La calomnie sert de preuve, et l'innocent Devant que d'estre ouy, jà condamné se sent, Par l'envie du temps, ou par l'horreur du crime, Qui la fureur du Prince injustement anime. Et ne luy servira pour se justifier, Monstrer la calomnie, et de vérifier Que l'on accuse à tort l'opinion conceuë Demeure pour jamais, depuis qu'elle est receuë. Et ne voudra le Roy sou jugement changer. De peur d'estre estimé trop crédule et léger, Mais défendra sa faute et pour toute défense Constant s'arrestera en sa première offense. Il falloit s'enquérir de la condition De celuy qui a fait telle accusation, S'il y a interest, s'il est poussé d'envie, Quel homme est l'accusé, quelle a esté sa vie : Car qui homme de bien avoit toujours esté N'aura volontiers fait telle meschanceté.
Si la suspicion toutefois estoit grande, Luy-mesme par sa bouche il faut qu'il se défende, Présent son délateur, lequel s'estonnera. S'il est faux, et confus alors se trouvera, Et meschant recevra par la juste sentence D'un Roy si droiturier, sa digne recompense. Les délateurs pourtant (me respondra quelqu'un) Sont utiles aux Rois, de peur que mal aucun Ne demeure impuni, par faute de l'entendre, Et à fin que le Roy puisse par eux apprendre Qu'il est bon ou mauvais, tant loin soit-il absent. Je l'advouë, pourveu que par là l'innocent Xe soit calomnié, et que la calomnie N'espère point aussi demeurer impunie. Ta main (Charles) ta main deux fois m'a garanti Du lyon affamé qui m'avoit englouti, Si tu n'eusses esté, je n'auroy plus de crainte,
Ayant tel protecteur, de sentir telle attainte.
Que peusse-je exprimer, comme par un tableau Appelle se vangea par un vers aussi beau, Combien ce monstre énorme est dommageable aux Princes, Et quelle peste c'est pour eux, et leurs provinces : Je ferois voir à l'œil de quel commencement La Calomnie vient, et son accroissement, Quelle suite elle traîne, et peindrois par mes vers L'Avarice et l'Envie au regard de travers, Je peindrois sa malice et comment la meschante, l)"un langage pipeur les oreilles enchante. Puis je peindrois un Roy tout stupide et songeard, Avec oreilles d'asne et mal plaisant regard, Qui la suyvroit partout. Au devant de sa porte Et tout autour seroit cestuy-là qui rapporte, Espiant, et gardant que quelque vray ami N'esveille ce ronfleur si long temps endormi, Et ne luy face voir la vérité des choses, Ostant le voile obscur qui les tenoit encloses. L'innocent misérable ignore tout ceci, Et périt cependant par ces fraudes ici, Pource qu'il n'a moyen de se purger, et faire De ce qu'on l'accusoit cognoistre le contraire, Ou pource que le Roy est ailleurs empesché, Ou pource qu'il seroit de ce labeur fasché. Je veux que ce ne soit de son vouloir si est-ce Qu'à son intention la tourbe flateresse S'opposera toujours et l'en destournera, Et ceste occasion plus ne descouvrira.
Mais le nostre qui est plus bénin et traictable, A son peuple sera gracieux et affable, Les plaintes entendra, et d'un visage" humain Les placets d'un chacun recevra de sa main.
Et combien pensez vous qu'à son suject aggree Du visage Royal la majesté sacrée ?
Il n'estime rien tant, et pour quelque refus Que le Roy lui ait fait ne se trouve confus. Luy aura fait le Roy quelque signe de teste ? Il pense avoir par là obtenu sa requeste. L'aura-t-il refusé ? Il l'a ouy pourtant. Ainsi presque chacun s'en retourne contant.
Quelques-uns ont esté (ainsi que l'on raconte) Du temps de nos ayeux, qui n'avoyent point de honte De conseiller aux Rois de vivre à leur plaisir, De n'avoir soin de rien, de suivre leur désir, De ne se laisser voir, rejetter tout langage,
Desdaigner un chacun d un superbe visage : Bref ne laisser couler, soit de jour, soit de nuict, Une heure sans plaisir : comme si tout le fruict De régner gisoit là : tels les rois d'Assyrie, Et de France ont esté, tenans leurs seigneurie Les Maires du Palais cela les ruina, Et leur sceptre et couronne aux rebelles donna. Pource tel gouverneur loyal je ne puis dire Qui fait ainsi le Roy, usurpe son Empire.
Les Perses estimoyent un crime capital De s'assoir seulement sur le throsne royal : Et seul tu régneras en la court du Roy mesme, Et ne luy laisseras sinon le diadesme, Et le vain nom de Roy ! ô quelle peste au cœur C'est que la faim de l'or et la soif de l'honneur ! Combien est la faveur plus juste et asseurée Qui du frein de raison sage s'est modérée !
Ne soit doncques le Roy inutile et oysif, Paresseux, fait-neant, mol, lubrique, et lascif. Car je demande un Roy tel que l'ont les abeilles, Et non point un bourdon qui bruit à nos oreilles. Ses favoris aussi n'usurpent rien à soy Plus que droit et raison et le vouloir du Roy.
Nous ne défendons pas au prince de s'esb^ttre A la chasse, à la paume, et aux armes combattre, Alors, cela s'entend, qu'il sera de loisir Et qu'il aura moyen de prendre son plaisir, Ayant pourveu à tout, comme il est nécessaire. Mais s'il en fait coustume, il aura bien à faire A se tirer de là : et pource est-il besoin L'accoustumer au joug, et à prendre le soin Des affaires, et faut-il l'y dresser de bonne heure, A fin que la façon toujours luy en demeure. Et qu'estant parvenu à son âge plus meur. Il ne se fasche point de porter ce labeur.
L'Anglois avoit chassé le François d'Aquitaine, Et jà de desespoir toute France estoit pleine, Quand La Hire et Poton, tous deux chevaleureux, Retournèrent de là tristes et douloureux, Comme portoit le temps, et le malheur de France. Ils entrent chez le Roy, lui font la révérence, Le Roy dansoit alors, et avec luy dansoyent Les Dames de la Cour qui plus belles estoyent. Aussi tost qu'il les Voit, aussi tost leur va dire, Ne danse-je pas bien ? Lors Poton ou La Hire, Ne sçay lequel des deux, plain de triste souci,
Tirant un long soupir, luy va respondre ainsi : Hé que vous perdrez bien en ces voluptez, Sire> Où vous estes plongé, ce florissant Empire ! Ce mot ne cheut en vain, car on dit que le Roy Des l'heure se changea, et qu'il revint à soy. Le fidèle pasteur à son troupeau regarde, Chacun à ce qu'il a soigneusement prend garde. Mesme les bestres ont quelque art, comme l'on voit, Si donques n'avoir soin de son art, quel qu'il soit, Jusques aux laboureurs est une chose infâme : Combien plus est-ce aux Rois de vergogne et de blasme, Auxquels Dieu a donné le soin du genre humain, Ne sçavoir gouverner ceux qui sont sous leur main.
Apprenne donc le Roy de sa jeunesse tendre, Ce qui d'un tel estât capable le peut rendre, Et combien que toujours il doyve estre suivi De ceux desquels il est fidèlement servi, Et qu'il ne doyve rien entreprendre ni faire Qui soit de conséquence et d'important affaire, Sans prendre leur conseil il ne doit toutesfois Se deffier de soy, mais de soy quelquefois Quelque chose entreprendre, et prendre de sa teste Conseil, si l'entreprise est utile et honneste. Que c'est qu'il entreprend, auxquels il le dira, Et ne le dire à ceux dont il se deffiera. Souventes fois encore une faute commise Fait le prince plus sage, alors qu'il se ravise : Car il en a toujours un triste souvenir, Et sa faute luy sert de guide à l'advenir : J'ai lourdement failli (ce dira-il adonques) Cestuy-là m'a trompé, je m'en garderai doncques : J'ai choisi cestuy-ci qui est homme de bien, Je me fieray en luy de cest affaire mien.
Il tiendra ce moyen, comme prudent et sage. Et ne se plaira trop pour l'affaité langage, Des flatteurs de la Cour. Il ne se desplaira' A soymesmes aussi, mais grave poisera Le parler de chacun, et sçaura sa prudence Faire du vray ami au flatteur différence.
Que Dieu puisse allonger la vie de cent ans A ta mère, à ta femme, et donne un pareil temps A ta Tante, et autant vivre encore te face Ces deux frères Lorrains de Lotaire la race, Et ce sage vieillard que sans cause et raison ' L'envie avoit chassé jadis en sa maison. Tu n'auras, Ô grand Roy, si Dieu les laisse vivre.
Faute de bon conseil, si le leur tu veux suivre. Regarde, s'il te plaist, quel est le fondement Qu'ils ont desjà donné à ton gouvernement. De tes prédécesseurs nul, quiconque il puisse estre, Plus beau commencement de son règne a fait naistre, Ne te flatte pourtant, ni eux avecques toy : Car que peut des humains la prudence de soy ? La crainte du Seigneur dedans ton cœur escrite Soit ta règle, et ta loy, ta torche, et ta conduite : Car plusieurs gens de bien font souvent mainte erreur, Bien qu'ils soyent excellens et d'esprit et de cœur : Plusieurs faillent encor' en mainte et mainte guise, Lesquels ne sont poussez de fraude ou convoitise : Et toutesfois les Rois, par leur conseil trompez Sont en pareille erreur, qu'eux-mcme enveloppez.
Mais Dieu qui cognoit tout, quelque chose qu'on face, Ne trompe et n'est trompé par humaine fallace. Cestuy te conduira par l'obscur de la nuict, Cestuy te conduira quand plus le soleil luit. Nul n'erre ayant tel guide. Or, puisque sa puissance Tu représente ici, et que le Roy de France Ne cède à nul des Rois qui régnent aujourd'huy, Tu dois tout faire et dire à l'exemple de luy, De tout luy rendre grâce, et de son seul bienfait Recognoistre l'honneur que ton peuple te fait. Et pource que très bon et très grand on t'appelle, Faire que ta bonté et ta grandeur soit telle.
Nous, qui si loin du ciel vivons en ce bas lieu, Ne pouvons nous vanter de sçavoir quel est Dieu ; Toutefois nous jugeons combien la paternele Majesté sur tout autre est grande et éternelle Par la vertu du fils qui entre nous nasquit, Mourut et par sa mort la mort mesme vainquit.
Ceux qui ont veu du fils le céleste visage, Le père ont pensé voir, dont le fils est l'image. Ce moyen doit tenir qui Dieu cognoistre veut, Car par autre moyen cognoistre ne se peut. Vray est que, long temps a, d'une plante légère, Il est monté au ciel, à la dextre du père : Mais il nous a laissé plusieurs marques de soy, De sa bonté divine et de sa saincte loy, Afin de l'imiter. Il a monstre encore Comment son père veut qu'on le prie et l'adore, Quelle offrande il demande, et combien il luy plait Quand d'un cœur net et pur sacrifice on luy fait. Il veut que nous l'aymions par dessus toute chose,
Et que dans nostre cœur son amour soit enclose : Luy qui a fait le ciel et tout ce que Ton voit, Qui de vie, et de vivre, et de tout nous pourvoit Par sa grande bonté, qui à l'homme pardonne Sa faute et son péché, car où est la personne Qui ne pèche à toute heure et qui n'a mérité Que Dieu soit contre luy griefvement irrité ?
Dieu l'attend toutefois, et devant qu'il destache La foudre contre luy, par tous moyens il tasche De l'attirer à soy, alors qu'il se repent. Et laissant son erreur, le droit chemin reprent.
Quel est l'amour de Dieu vers la race des hommes, De l'avoir entre nous tel obligez nous sommes : Nous sommes obligez l'un l'autre secourir, D'oublier toute haine, et l'ire ne nourrir Jusqu'au soleil couchant, mais sans qu'on nous en prie Pardonner à chacun. Nous autres, dont la vie Est obscure et privée, et qui comme les Rois, N'attouchons point aux Dieux, nous usons de ces loix. Que doit donc faire un Roy, qui se doit monstrer digne De la race des Dieux d'où vient son origine ? Or toy qui tiens de Dieu ton souverain pouvoir, Et sur les autres Rois excellent te fais voir Autant que sont les rois sur le bas populaire, Soyez doux et clément, la douceur doit te plaire, Si tu veux plaire à Dieu, la clémence qui vient Du ciel, sur toute chose aux grands princes convient. Vueilles plus tost les tiens conserver que deffaire, Et leur fais le pardon, comme Roy débonnaire. Que tu attens de Dieu, use modestement, Ou plustost n'use point du dernier chastiment Si tu n'y es contraint, mais te monstre severe Comme le médecin, où il faut le cautère.
Ici se doit garder la médiocrité, Ici ne faut cercher los de sévérité, Pour les hommes punir, ni le nom de clémence. Pour pardonner toujours contre son ordonnance. Or quant à la douceur, tu as pour t'exciter Les exemples chez toy, que tu dois imiter : Regarde ton Ayeul, ou regarde ton Père, Rien plus doux ne verras que leur règne prospère. Bénin fut l'un et l'autre, et tardif à courroux. Mais regarde ta Mère ; est-il rien ni plus doux, Ni plus humain qu'elle est? Elle pouvoit n'aguere Animer sa faveur d'une juste colère, Voyant son mari mort; mais ell' non seulement
Xe s'est voulu venger, ainsi volontairement, A pardonné à ceux, dont la mortelle offence Eust provoqué tout autre à cruelle vengeance. Comme elle encor' ont fait ces deux frères Lorrains, De France, tout l'appuy, se monstrant si humains Envers leurs ennemis. Les fuites et rapines, Les prisons et les morts, les pertes et ruines, Qu'apporte un nouveau règne à son commencement. Nous n'avons rien senti de pareil changement Et du règne changé qui n'est peu de merveille, A grand'peine le bruit nous a touché l'oreille.
Sois donc, ô Roy François, bénin au peuple tien, Apprens à servir Dieu comme Roy très-chrestien, Et de jeunesse apprens avoir des tiens la cure, Car ces vertus prendront avec toy nourriture, Et viendront peu à peu à tel accroissement, Que leur chef s'estendra jusques au firmament : Lors ne nous faschera vivre sous la couronne, Qui ton chef jeune d'ans maintenant environne : Et ne te faschera d'avoir tels gouverneurs. Par qui ton los s'esgale aux antiques honneurs.