‹ Translations, inscriptions et poésies diversesChapitre 35 sur 72 · SUR LE FAIT DES QUATRE ESTATS · texte numérisé non relu

SUR LE FAIT DES QUATRE ESTATS

Sire, les Anciens, entre tant d'autres choses, Qui sont en leurs escrits divinement encloses Trois genres nous ont fait de tout gouvernement Lesquels ils ont nommez de ce qui proprement Convenoit à chacun ; le premier, populaire, Pource que tout passoit par les voix du vulgaire : Le second, Seigneurie, où plus estoyent prisez Ceux que le peuple avoit le plus autorisez, Le tiers ils ont nommé ceste unique puissance, Par laquelle à un seul tous font obéissance.

Ils nous ont de chacun l'exemple proposé Et si ont à chacun son contraire opposé, Comme sa maladie et sa peste fatale.

Mais, Sire, de ces trois la puissance Royale Est la plus accomplie, et plus durable aussi, Comme venant de Dieu, qu'elle figure ici Par sa triple unité, car la première sorte, La seconde et la tierce, en un corps se rapporte : Dont le Prince est le chef. Or si de l'unité Descrire je voulois la grand' divinité Et la grandeur des Rois, dessus telle matière, Je ferois, comme on dit, une Iliade entière.

je diray seulement, que comme on voit un corps Sain et bien tempéré des nombres, et accords. Que tout corps doit avoir, obéir à la bride Du chef, qui çà et là à son plaisir le guide, Comme un cheval donté, ou comme en pleine mer On voit par un beau temps le navire ramer Au gré ce son pilote : ainsi la France encore, f. -mme guide vous suit, comme chef vous lion ire, Comme père vous aime, adore comme Dieu, Le grand Dieu tout puissant dont vous tenez le lieu.

Vos antiques ayeux, qui ont composé, Sire, Tel que vous le voyez, ce florissant Empire, Comme de quatre humeurs le corps est composé. Et comme en quatre parts le monde est divisé. En quatre l'ont parti : en populaire tourbe,

Qui le dos au travail éternellement courbe En la Noblesse née aux guerres et combats, Justice qui esteint les procez et débats, Et le plus digne estât, qui ensemble les lie D'une saincte musique, et parfaite harmonie.

Cestuy-là, qui voudroit, pour monstrer cest accord, Dire qu'il est semblable à l'accordant discord D'un luth bien accordé, auroit par adventure, Desseigné d'un tel corps la vive pourtraicture : Mais qui diroit qu'il est semblable au corps humain, Aurait à ce pourtraict mis la dernière main Car comme au corps humain la bénigne nature Par les membres départ sa propre nourriture, Autant qu'il luy en faut, et ne permet que l'un, Sur l'autre usurpe rien de l'aliment commun : Ainsi le Prince doit, d'une mesme prudence, Maintenir ses estats, gardant que la substance De l'un ne passe en l'autre, à fin qu'également Le corps universel ait son nourrissement s Et que pour estre trop l'un des membres énorme, L'autre ne perde aussi sa naturelle forme.

Sire, vous aurez donq' du pauvre peuple soin, Qui d'estre soulagé a le plus de besoin : Du peuple nourricier, qui fait le mesme office. Que les pieds et les mains le pénible exercice Desquelles entretient tout le reste en repos, Et fait qu'il est plus sain, plus gaillard, plus dispos. Sans luy rien ne seroit de plaisant et d'aimable, Sans luy, des Roys seroit la vie misérable, Sans luy la terre mère infertile seroit, Et marastre à ses fils, rien ne leur produiroit Que ronces et chardons, avec le gland sauvage, Et l'eau pure seroit nostre plus doux bruvage.

Par luy nous trafiquons avecques l'estranger Duquel nous recevons, pour le boire et manger, Les richesses et l'or dont votre France abonde, Comme estant de tous biens une corne féconde.

De luy vous recevez le tribut annuel, Comme d'un vif surgeon qui court perpétuel, Et jamais ne tarit, pource que de sa course La terre toute mère est l'éternelle source, Dont il reçoit l'usure, et fidèle vous rend, Sire, la plus grand' part du profit qu'il en prend.

Le noble vous fera à la guerre service, Le juge exercera Pestât de la Justice, Et le Prélat sera, comme soigneux pasteui,

Du sainct trouppeau de Christ fidèle protecteur.

Si la charrue cesse, et si la main rustique Oisive par les champs au labeur ne s'applique, Tout le corps périra comme un grand bastiment, Dont l'assiette n'a point de ferme fondement, Lequel au premier heurt que l'Aquilon desserre, Avec horrible bruit est renversé par terre.

Tous les autres labeurs, tant utiles soyent-ils, Tous les arts, et mestiers, avec tous leurs outils, Ne sont à comparer à ceste agriculture, Qui seule par son art commande à la nature : Qui d'infertile rend un terroy plantureux, Qui change la lambrusque en un sep plus heureux, Qui l'arbre transformé ente en nouvelle sorte, Et fait qu'un autre fruict que le sien il rapporte.

Qui tire du bestail mile commoditez Pour nourrir les grands Roys et les grandes Citez, Qui nous donne le miel, qui fait voir la merveille Dont nature a formé l'industrieuse abeille, Bref qui nous monstre à l'ccil les miracles des Cieux Et par là nous apprend à cognoistre les Dieux.

Ceste noble science au vieux siècle honorée Des Princes et des Rois, n'estoit pas ignorée Des bons pères Romains qui leurs champs cultivoyent Avec les mesmes mains dont n'aguere ils avoyent Donté leurs ennemis : tant ils estimoyent estre Digne de leur vertu ceste vie champestre,

Là, comme ailleurs partout, l'aveugle ambition, L'envie misérable, et la sédition, Sire, ne règne point, ni ses pestes encore, Que versa dessus nous la meschante Pandore. Mais l'antique vertu seulement y a lieu, La justice, la foy et la crainte de Dieu, L'industrieux labeur, le soin, et la prudence. Et du temps à venir la caute providence.

Ce mesme esprit encore nous voyons au fourmi, Ce prudent animal de paresse ennemi, Qui amasse en Esté avec soigneuse cure Ce qui doit en Hyver former sa nourriture. Vous verriez par les champs, pour piller le monceau Du bled nouveau battu, marcher ce noir troupeau Par un sentier estroit : les uns vont, se retournent Les autres bastent ceux qui paresseux séjournent : Ceux-ci traînent les grains trop pesans et trop gros, Ceux-là les vont poussant de l'espaule et du dos. Tout le chemin en fume, avecq' tel exercice

Travaille le paysant, pour le commun service.

Comme nature a mis dans les mousches à miel Je ne sçay quel instinct qu'elles tiennent du ciel, De travailler sans cesse, et d'une main soigneuse Recueillir sur les fleurs leur manne savoureuse : Ainsi de son labeur le peuple nous nourrit, Et pour nous enrichir luy mesme s'appauvrit. Come l'abeille doncq vous le traitterez, Sire, Ne lui ostant du tout et le miel et la cire : Mais pour l'entretenir tousjours en ce bon cœur, Luy ferez quelque part du fruict de son labeur : Vous souvenant qu'Homère en l'Iliade belle Le grand Agamemnon pasteur du peuple appelle : Et que le bon pasteur, qui aime son troupeau, En doit prendre la laine, et luy laisser la peau.

C'est le bien que de vous le pauvre peuple espère, Et qu'il esperoit bien du feu Roy vostre père, Si Dieu lui eust preste la vie, et le loisir De monstrer par effect ce pieteux désir, Dont il vous a chargé par loy testamentaire, Vous donnant par la paix le moyen de ce faire.

Par la paix vous avez moyen de soulager Le pauvre peuple, Sire, et de le descharger Du faix, que sur le dos si long tems il supporte, S'il vous plaist de reigler vos finances en sorte Que les glueuses mains ne puissent retenir Les deniers qui devroyent en vos coffres venu.

Si le caut officier vostre peuple ne grève, Si le juge luy fait la Justice plus brève, Si vous le deschargez des daces et imposts, Que l'avare fermier invente à tous propos : Si son dos n'est chargé d'une nouvelle crue, Si selon sa puissance un chacun contribue, Le fort portant le faible, et s'il n'est sans raison Par l'estappe foulé, ou par la garnison.

Si l'on garde au marchand son privilège antique, S'il a la traicte libre, et l'usurier publique De l'argent du François n'enrichit l'estranger, Et si vostre or au plomb vous ne laissez changer.

Mais sur tout, s'il vous plaist reégler vostre despense (Comme vous avez fait) de sorte que la France ' Soit d'autant soulagée, et le fruit de la paix Ne s'escoule perdu en inutiles fraiz De masques, de banquets, et ce que l'artifice Tire de vostre main, sous ombre de service.

Ceste loy sumptuaire à tous également

Profitable sera : mais principalement Au noble, qui par là s'efforce de paroistre : Comme si le moyen de se faire cognoistre Despendoit de l'habit et non de la vertu, Dans cest ordre sur tous doit estre revestu.

Ce qui à l'estranger donne plus de matière, D'estimer le François de nature légère, C'est la variété de son accoustrement, Sujet comme un Protee à divers changements.

Ceste folle despense entre nous incognuë Du temps de nos aveux, est en France venue, Depuis que le François fasché de son plaisir À eu le cœur espoinct d'un généreux désir De se borner plus loin, et franchir la barrière Que nature opposoit à sa vertu guerrière Que pleust à Dieu qu'il n'eust appris de l'estranger Sinon à son langage ou sa robbe changer, Et qu'il n'eust imité le soldat d'Alexandre, Que le Perse vainqueur, pour esclave se rendre Des vices du vaincu : et du Romain aussi. Qui de Grégeois donté fut donté tout ainsi.

Par son exemple donq' nostre Prince modeste A mesme modestie induira tout le reste Des Princes et Seigneurs, lesquels façonneront Par leur exemple aussi ceux qui moindres seront.

Il n'aura moindre soin de faire la jeunesse Exercer en sa court aux actes de proësse. Les Perses imitant, desquels le Roy prenoit Les plus nobles enfans, et les entretenoit, Les faisant exercer au mestier de la guerre Pour s'en servir après à deffendre sa terre.

Lycurgue le Spartain voulant monstrer aux siens Que vaut la nourriture, introduisit deux chiens D'une mesme ventrée, et semblable origine L'un nourri à la chasse et l'autre à la suisine. Il leur fit apporter de la souppe à tous deux : Soudain le chien veneur a sa souppe laissée, Et hardi vers le loup vint la teste baissée : L'autre poltron, s'arreste à sa souppe manger, Et couard ne voulut se mettre en ce danger,

Le Roy donq' aura soin de faire aux siens apprendre Ce qui plus courageux aux armes les peut rendre : Et ne permettra point que d'un sang moins hardi Le joug plus généreux devienne abastardi. Car si des bons chevaux, et des bons chiens de chasse Xous sommes si soigneux de conserver la race,

Combien plus doit un Roy soigneusement pourvoir A la race qui est son principal pouvoir ?

Le principal pouvoir de votre règne Sire Et le principal nerf, le Noble se peut dire C est pourquoy vos ayeulx jadis luv ont donné Les terres et les fiefs, et qu'ils ont ordonné Quil vivroit libre, et franc de la charge ordinaire Que porte sur son dos le plus bas populaire

Maintenant cest estât, que nos antiques Rois Avoyent auctorisé par sur les autres trois Est le moindre des quatre, et la tourbe civile De noble la rendu souffreteux, et servile

Et puis on s'esbahit de ne voir aujou'rd'huv Le gendarme François ressembler à celuy Qui seul faisoit trembler le reste de la terre Et se pouvoit nommer nourrisson de la guerre Tous les auteurs sont pleins, tant Latins que Greeeois De la vertu Gaulo1Se, et gestes des François, * '

Lesque s s'ils eussent eu, pour conserver leur gloire Le ridelle secours de quelque belle histoire Surmonteroyent tous ceux qui sont au plus haut prix Four estre seulement plus doctement escrits

Or si, comme Ion dit, toutes choses retiennent Le propre, et naturel, du lieu dont elles viennent Si le fort vient du fort, le cheval vigoureux Du cheval, du Lyon le Lyon généreux ■ Pourquoi ne pouvons-nous, si la race nous sommes, Et la postérité de tant de vaillans hommes Leur ressembler aussi : quant à Padvis de ceux Qui disent quun sujet devient séditieux

Quand il est aguerri, et sont d'avis qu'on face

Ce que disoit Cresus, qui pour donter l'audace

Des peuples Lydiens prompts à se muniter

Conseilloit à Cyrus, pour les effeminer

Leur arracher des poings des armes l'exercice

Et les faire nourrir à Fescole du vice

A la musique, au bal, aux festins, et' au jeu

Et tout ce qu'aux oisifs apprend ce petit Dieu

Qu on nomme Cupido : la foy tant esprouvee,

Qu en ce peuple loyal vos pères ont trouvée

Vous en doit asseurer, aguerrissez-le doncques

Sire et vous en servez, et vous verrez, adoncques

Combien 1 ame et le sang plus volontiers despend

Celuy qui sa patrie et son prince défend

Que l'estranger soldat, dont la foy mercenaire

Combattant seulement pour sa page ordinaire.

Quant a vos chefs de guerre aujourd'huy tant cogneus

Vous les recognoistrez, s'ils ne sont recogneus, Et vous servirez d'eux : ayant tousjours mémoire Qu'Alexandre parvint au comble de sa gloire Par les vieux serviteurs de son prédécesseur, Qui de tout l'Orient le firent possesseur :, Et que ce jeune Roy, dont la Françoise troppe Donta si bravement les murs de Parthenope, Des plus vieux chefs de guerre alors estoit suyvi, Dont son prédécesseur avoit été servi.

Sur cest endroit ici volontiers je m'arreste, Sçachant combien il est profitable et honneste A un Roy tel que vous, qui voulant prospérer, Sur toute chose doit la vertu révérer, La vertu que chacun s'acquiert par nourriture, Mais qui doit estre au noble acquise par nature.

Je mets le vieil soldat, et tous ceux-là qui font Aux armes leur devoir, au rane de ceux qui sont Les plus nobles de sang : car la vertu guerrière De l'antique noblesse est la source première : Non l'image enfumée, ou l'or, ou la faveur, Qui ne peuvent donner les vrays tiltres d'honneur.

Sire quant à ce poinct sans faire autre despense, Vous avez le moyen de faire recompense : Au soldat, qui sera des armes dispensé, Et qui a mérité d'estre recompensé, Imitant, comme Prince humain et pitoyable, Du peuple Athénien la constance louable.

Le Peuple Athénien consacra les chevaux Qui avoyent apporté les pierres et les chaux Pour les temples des Dieux, et ordonna qu'ils eussent Du public nourriture, et qu'exemptez ils fussent Du travail. Vous pouvez le semblable ordonner, Et vos pauvres soldats à l'Eglise donner : Où leur vie sera pour le moins assignée, Et ne vous faudra point bastir un Prytanee.

Le Roy donc qui voudra, sans se mettre au danger De la vénale foy du soldat estranger, Par son propre pouvoir se rendre redoutable, Conservera des siens le courage indontable, Et l'antique vertu : le noble il gardera, Et en proye et butin ne l'abandonnera.

A l'avare usurier, ny au plaideur tricherre Qui par mille moyens luy font perdre sa terre.

Pendant que pour son Roy sur le champ ennemi Une mort honorable il va cherchant parmi Et le fer et le feu, et couché sur la dure, La faim, la soif, le chaud, et le froid il endure,

Banni de sa maison, l'usurier sans pitié, Qui n'en aura payé à peine la moitié, Triomphe cependant, et la femme chassée Lamente pour néant, car la guerre est passée. O trois fois malheureux, et quatre fois, çeltty A qui le sort permet de retourner chez luy, Qui des chiens et corbeaux n'est demeuré la proye A fin qu'à son retour le malheureux se voye Manger aux advocats, et mendier leur pain Sa femme et ses enfants qui crient à la faim !

Nous voyons aujourd'huy trois sortes de noblesse, L'une aux armes s'adonne et l'autre s'aparesse Caignarde en sa maison : l'autre hante la court, Et après la faveur ambitieuse court.

Le guerrier insolent veut quereller et battre : Le casanier plaideur par procez veut debatre : Et le mignon de court, pour croislre sa maison, S'arme de sa faveur contre droit et raison.

Imite doncq le Roy l'exemple du bon père Qui son affection également tempère Envers tous ses enfans : ne souffre le plus fort Outrager le plus foible, ou luy faire aucun tort : Xe laisse ruiner le pauvre gentilhomme Au cauteleux plaideur, qui le mine et consomme : Et à son favorit, par trop l'auctoriser, Xe permettre le moindre en rien tyranniser.

Pour ce doit-il surtout maintenir la Justice, Comme celle qui tient chacun en son office, Qui fait régner les Ruys, qui leurs sceptres soustient Et qui rend à chacun ce qui luy appartient.

La justice doit estre aux grands Rois vénérable Comme celle qui sied au lieu plus honorable, Auprès de Juppiter : et d'une juste main Balance également les faits du genre humain.

En vain le Roy sera aux ennemis terrible, En vain sera le Roy aux armes invincible : S'il est juste, et ne fait la justice garder, Les Dieux ne le voudront de bon œil regarder, Ains l'abandonneront, et feront héritière De son sceptre royal, une race estrangerc.

Tous les livres sont pleins, tant sacrez que gentils, D'exemples infinis des Princes, qui jadis Leurs sceptres ont perdu par paresse et par vice, Et sur tout pour n'avoir honoré la justice, Pu temps de nos ayeux, voire de nqstre temps. Sire, nous avons veu depuis vingt ou trente ans, Cest estât révéré des Princes, et des Rois,

Se pouvoir appeller l'oracle des François.

Si le François vouioit quelque guerre entreprendre, L'estoit là que le Roy son conseil venoit prendre : S'il vouloit taire paix, il y venoit aussi. Et en toute autre chose en usoit tout ainsi, L'appel loit aux estats, et aux honneurs de France Et comme son tuteur l'avoit en révérence.

Tel honneur à bon droit le prince luy portoit, Car nul à tel degré indigne ne montoit : L'aveugle ambition, et 1 ardente avarice, L'ignorance, qui est de tous maux la nourrice, N'approchoit point de là, et la jeunesse encor N'y avoit point d'accez par le moyen de l'or.

Là-dedans presidoit Minerve avec sa suite, Comme elle vouloit faire en FAreopagite, Et n'y voyoit on moins de grave auctorité, Qu'au vieil Sénat Romain : moins de sévérité, Qu aux Ephores spartains, qu'aux Druydes galliques, Qu'aux Mages Persiens, ni qu'aux Sages Indiques.

Si telle révérence on luy porte aujourd'huy, Tel honneur, tel respect, je m'en rapporte à luy, Qui le voit, qui le sent, qui en vain en souspire Et qui de vostre main le prompt secours, désire !

De votre seule main il attend le secours, Afin de retrancher les membres gros et lourds Qui né luy font qu'encombre, et les membres débiles, Arides, împotens, et du tout inutiles.

Non que vos parlemens, Sire, ne soyent ornez De plusieurs gens de bien, vertueux et bien nez, Lesquels je n'entens point de comprendre en ce compte, Mais la plus grande part la meilleure surmonte.

Combien que le jeune homme entende bien la Loy, Si devant il n'a fait quelque preuve de soy, Il ne doit s'ingérer à faire devant l'aage, Ce qui requiert sur tout la pratique et l'usage, Imitant l'impudence et la témérité .Du jeune médecin, qui non exercité, De pratiquer son art ne fait point conscience, Et par la mort d'autruy fait son expérience.

Le bon Jurisconsulte y doit estre advancé, Et le Juge, qui a saintement exercé Son estât, et celuy dont la langue et la vie Auront sur le barreau prouvé la preud'hommie. Tels personnages, Sire, y seront suffisans, Et leur faudra payer leurs gages tous les ans, A fin qtfhonnestement leur estât ils maintiennent : Ainsi ne faudra point qu'avares ils deviennent,

Ainsi l"or n'y aura, ni la faveur, accez,

Et ne sera besoin d'espicer les procez,

En prenant ce qu'ils ont quelque couleur de prendre,

Car ce que Ion achepte on peut bien le revendre.

Aussi de son costé le Prince ne fera Rien contre sa justice, et sur fout ostera Les abus qui se sont par faveurs, et surprises, Aux évocations, et aux causes commises. Il fera ses Edicts garder de poinct en poinct, Et sans grande raison n'y contreviendra point. Aux procez laissera leurs formes ordinaires Et ne les fera point juger par commissaires.

De la Mercuriale encor il aura soin, S'informera de tout, ores qu'il en soit loin, Afin de contenir chacun en son office, Et s'asserra souvent en son lict de Justice.

Le Roy ddncq' qui voudra remettre en son estât Comme îl estoit jadis, cest auguste Sénat, A son nombre ancien faudra qu'il le réduise, Et que dorénavant les plus vieux il élise, Et les plus gens de bien, non ceux que la faveur Indignes a poussez à tel degré l'honneur, Ou qui l'argent au poing eshontez s'y présentent, Bien que d'un tel honneur indignes ils se sentent.

Cet Empereur Romain, qui avec le surnom De severe, portoit dAlexandre le nom, Avoit pour son conseil une trouppe honorable De îegistes sçavans, dont le plus vénérable, Et le plus favorit sur ce Papinian, Duquel comme les Grecs de leur cheval Troyan, Sont sortis tous ceux-là qui, avec l'éloquence Ont conjoint le sçavoir, qu'on appelle prudence.

Sire, le Roy qui veut heureusement régner. Par de 1 vls hommes se doit volontiers gouverner. Quand ils sont gens de bien : et n'estre moins severe Que celuy qui fit seoir sur la peau de son père T.c fils d'un mauvais juge, envers l'iniquité Des meschans qui auront tel loyer mérité : Se souvenant tousjours, que la peur du supplice Et l'espoir du loyer nous contient un office.

Bref, si le Prince veut y faire son devoir. Il luy faut aux estats, non aux hommes pourvoir : Et ne faut, comme on dit, que l'èsîat l'homme honore. Mais l'homme son estât, d'un pareil soin encore, En son antique honneur l'Eglise il maintiendra Et comme très chrestien, toujours se souviendra Qu'il a receu de Dieu son sceptre et sa couronne,

Et que c'est œluy seul, qui les oste, et les donne,

Comme il veut, et qui seul peut faire d'un berger

Un Roy, et sa houlette en sceptre luy changer.

Après il réduira en mémoire les Princes,

Qui ont perdu jadis leurs estats et provinces,

Et verra le mespris de la religion

Estre la seule source, et seule occasion

De leurs règnes perdus, qu'ainsi soit, voyez, Sire,

Sans recercher plus loin ny le Romain Empire,

Ni l'Empire des Grecs, Testât du règne Anglois,

LVestat de l'Alemagne, et de vostre Escossois.

Vous apprendrez par là combien est dangereuse Ceste peste, et direz la France très heureuse, Où ce mal n'est encor' dans les veines enclos, Que si vous le laissez pénétrer jusqu'à l'os. Et jusqu'à la moelle, en vain après, en vain, Pour l'arracher de là, vous y mettrez la main.

Mais vous ne permettrez que ce mal envieillisse, Et Dieu qui ne veut pas que telle peste glisse Plus avant dans les cœurs, Sire, vous a donné Ce grand Prélat Lorrain, lequel semble estre né, Pour de ce monstre énorme estre le seul Alcide, Monstre qui des grands Rois est le seul homicide.

Or ce monstre fatal ne se veut surmonter Par le feu seulement, ni par le fer donter : Il veut estre donté par la sobriété, Par l'humble modestie, et par la chasteté, Par le devoir Chrestien, et par la sainte vie : Non par l'ambition, l'avarice, et l'envie, L'orgueil, la vanité, le vice desreiglé, La seule occasion de ce monstre aveuglé.

Du temps que la vertu que l'Eglise ancienne Sainte ne dedaignoit la pauvreté Chrestienne, Elle estoit le miroir de toute pureté, De toutes bonnes mœurs, de toute humilité : Maintenant au contraire, on voit qu'elle est l'exemple, Où toute volupté portraicte se contemple, Ainsi qu'en un tableau : et se peut dire encor' Qu'en ce corps politiq' le lieu elle tient or' Que tient au corps humain un estomac débile, Qui ne digère rien, qui au corps soit utile : Mais tout cela qu'il prend vomit soudainement Ou bien le convertit en mauvais aliment.

Tu te nommes Pasteur, toy qui n'as soin ni cure De tes pauvres brebis, ni de leur nourriture, Qui ne les vois jamais, ou bien si tu les vois, Qui n'es pas en un an à grand'peine deux fois,

DISCOURS AU ROV

C'est par forme d'acquit, ou pour tondre la laine

De ton pauvre troupeau, qui nourrit par sa peine

Ta molle oysiveté, ton vice et ton plaisir,

Et pour rassasier ton avare désir.

Puis impudent tu fais tes plaintes et querelles

De tant d'opinions, et de sectes nouvelles,

Qui de toy te dois plaindre, et ta faute accuser,

Xon pas, comme tu fais, de ton filtre abuser.

Si un Prince a baillé la garde d'une place A quelque capitaine espérant qu'il y face Son devoir, et que là il doive demourer, Pour de ses ennemis sa frontière asseurer : Et qu'ailleurs cependant, monsieur le capitaine, Qui aime beaucoup mieux le profit que la peine Se voise pourmener, et que les ennemis Surprennent le chasteatt en sa garde commis, Doit-il estre excusé : encor' a moins d'excuse Le Prélat qui du nom de son office abuse, Abandonnant aux loups par paresse et mespris Le troupeau délaisse qu'en garde il avoit pris, Et qu'à Ta foy d'autruy commettre il n'a point honte Luy qui au grand Pasteur un jour en rendra compte Jadis les bons Prélats, qui du troupeau de Dieu Estoyent les vrais pasteurs, residnyent sur le lieu, Cognoissoyent leurs brebis, en faiSôyeat 'a revue. Et soigneux les gardoyent, sans les perdre de veuë. Maintenant leur demeure est à la court des Rois, Où ils ont plus de train, de chevaux, et charrois, Que les plus grands seigneurs, et 'eurs tables friandes Surmontent l'appareil des PersiqlleS viandes.

Te ne parle de ceux qui sont de la maison Du Roy, et qui d~y estre ont excuse et raison : Principalement ceux auxquels le Prince ordonne Demeurer assidus auprès de sa personne, Et qui sont du conseil : car le devoir qu'ils font Compense le défaut de la charge qu'ils oîit.

Je parle de ceux-là, que la seule avarice, La seule ambition, ou quelque plus grand vice Y tient comme attachez : qui devroyent se mirer En ce Prélat, qu'assez je ne puis admirer, Ce tant digne Prélat, qui combien qu'il supporte De France tout le fais sur son espaule forte, Comme Atlas fait le ciel, fait pourtant le devoir Du fidèle Pasteur, qui ne veut recevoir Le loyer sans îa peine, et ne dédaigne faire Ce qu'à grand'peine fait le ministre ordinaire. Preschant, admonestant, et monstfànt par effect

D'un bon et vray prélat l'exemple plus parfaict.

Facent doncq' les Prélats le deu de leur office; Réside chacun d'eux dessus son bénéfice, Comme en sa garnison soyent leurs imitateurs. Ceux qui sont sous leur charge, et les moindres pasteurs, Comme font les curez, qui faisant bien leur charge Mériteront aussi que leur dos on descharge De ce pesant fardeau que porte le clergé, Dont le curé sur tous doit estre deschargé, Pour estre à son devoir plus léger et délivre : Car qui sert à l'autel, des autres il doit vivre.

La vigne du Seigneur deffrichee en ce poinct, En lieu du bon raisin ne rapportera point, La lambrusque sauvage, et l'infertile yvraie Ne dominera point sur la semence vraye : La ronce pour la rose alors n'apparoistra, Et pour le lis encor1 le chardon ne croistra.

Sire, c'est le moyen d'assommer ceste beste, A qui, s'il plaist à Dieu, vous coupperez la teste, Et serez le premier son Hercule fatal, Qui serez secondé de ce grand Cardinal, Ainsi que d'un Thesee, et des Princes de Guyse, Qui semblent estre nez pour deffend're l'Eglise.

Cependant que sa main sous vostre autorité L'Eglise maintiendra en son intégrité Et qu'aux autres prélats il sera seul exemple De conserver de Dieu l'inviolable temple, Ses trois frères guerriers, trois pères des soldats, Trois foudres de la guerre, et trois enfants de Mars, Réduiront les mutins sous vostre obéissance, Chasseront* la discorde et leur sage vaillance Gardera que le mal maintenant Escossois, En passant l'Océan, ne devienne François. Plusieurs bons chefs estoyent au camp des Grecs gendarmes, Les uns pour le conseil, les autres pour les armes : Un magnanime Ajax, un éloquent Nestor, Un Teucre bon archer, un fort Stenele encor', Un preux Idomenee, un sage Pallamede, Un fidèle Patrocle, et vaillant Diomede, Mais sur tout autre Ulisse estoit bon au conseil, Et Achille n'avoit aux armes son pareil. C'estoit la fleur des Grecs. Il n'y a Prince au monde, Sire, qui plus que vous en tels hommes abonde, Que ceux que j'ay nommez : ne qui d'Agamemnon Mérite mieux que vous la gloire et le renom. Mais de qui tous ceux-là en faconde et prudence A Charles est pareil, à François en vaillance ?

Dont 1 un est à bon droit nostre Laertien. L'autre se peut nommer l'Achille Guysien.

Je me suis esgaré, et l'affection forte Dehors de mon propos et de moy me transporte. Doncques, pour retourner à mon commencement, Le prince qui voudra régner heureusement, Liera ces quatre estats d'une telle harmonie, Que de ce grand esprit la puissance infinie Accorde l'univers, et luy l'esprit sera Qui mouvoir tout le corps également sera.

Or, quant à la noblesse et si grande et si ample, Le Prince Guysien luy servira d'exemple. Là faut qu'elle se mire, et que suivant les pas D'un guide si vaillant, elle ne craigne pas D'employer corps et biens, pour servir la couronne, Que votre chef royal sainctement environne, Luy qui à tel devoir le noble exercitra, De son devoir aussi le tesmoin il sera, Favorisant ceux-là, qui pour vostre service Se seront employez en si digne exercice, Et qui mériteront d'estre eslevez au rang De ceux qui ont esté prodigues de leur sang, Pour du fer et du feu défendre leur province. Leurs femmes, leurs enfants, leurs maisons et leur Prince. Le semblable sera pour ceux de son mestier Ce docte, vertueux, et prudent Olivier, Qui s'estoit retiré, faisant place à l'envie. Sa nef entière, au port le plus seur de la vie : Dont pour Te bien public à vostre advenement Vous l'avez révoqué, faisant voir clairement Combien est grand en vous l'amour de vostre France, Le soin de la justice, et quelle révérence Vostre majesté porte à ceux-là qui ont eu Toujours gravée au cœur l'amour de la vertu.

Quand au troisième estât des autres le plus digne, Vous avez ce prélat, ce Cardinal insigne. Ce Charles, l'ornement du collège Romain, En qui le ciel a mis un esprit plus qu'humain, Un plus qu'humain sçavoir, plus qu'humaine faconde, Pour vous faire par luy le plus grand Roy du monde.

Cependant qu'il sera des pilotes le chef. Assis au gouvernail de la Françoise nef, Ne croignez les rochers, ni les vents ni l'orage : Qui tel guide a choisi, ne fait jamais naufrage.

Mais qui sera celuy, qui la garde prendra De vostre povre peuple, et qui le défendra ? Qui vous priera pour luy ? qui sera son refuge ?

Et de sa povreté !c favorable jugé ?

Ce sera vostre mère. Sire, qui en sa main

Charitable prendra cest œuvre tant humain,

Imitant la bonté de ceste heureuse Mère,

Qui polir nous à son fils fait très humble prière,

Nous moyenne la paix, et la tranqUilité,

La santé, le beau temps, et la fertilité. .

A cest œuvre si sâinct vostre espousé loyale Employra sa pitié et sa vertu Royale, Sa bonté, sa douceur, où nature, et les Dieux Ont mis comme à l'envy tous lés trésors des cieux.

Que plêlist à Dieu qu'ici je peusse mettre encore La tante que le ciel de ses grâces honore, L'uniqUe Marguerite eh couleur et valeur Qui est de nôstre temps et la perle et la fleur.

Ce sont les protecteurs du pauvre populaire, Qui vous priant pour lûy, n'auront beaucoup à faire, Estant d'un naturel si débonnaire" et doux, Et de douceur ayant tant d'exemples chez vous, Vostre père sut tous, le plus humain et juste Prince qui ait régné depuis César Auguste Et qui pour sa bonté à bon droit est nommé L'amour de tous estats, et le Roy bien aimé.

S'il â gàigné ce nom mesme parmi les armes, Vous qui n'estes contraint pour frayer aux gendarmes, De fouler Vostre peuple, à plus forte raison Devez continuer ce tiïtre en sa maison.

Vous le continuerez, et au peuple GàlliqUe Serez ce Salnmon, ce bon Roy pacifique. Ce sage Salomon, qui bastit au Seigneur Le Temple et qlii de Dieu reçeut ceste faveur, Non son père David, ce pitoyable office Vers vos pauvres sujects, c'est le saint édifice, Que vous bastirez, Sire, édifice éternel. Qui vous fera vainqueur de l'honneur paternel. D'autant que plus l'amour que la force est aimable Et qiië la paix est plus que la gUerre aggreable. Imitant ce bon Roy, vous porterez honneur A vostre Mère, Sire, à fin que le bon-heur Vous suive et que long temps puissiez jouir encore Du loyer de celuy qui përe et mère honore.

Si un grand Prince doit un grand Prince imiter, Alexandre le Grand Vous y doit inciter. Qui se rrionstra tOUsjOUrs tant humble enVerè sa mère, Et ce bon Empereur Alexandre Severe : Mais plus que tous ceux-là, ce Prince de refiôm, Ce grand Roy, Vostre orgueil, dont vous portez le nom.

Ce mcsrae nom encor, tant cognu des neuf Muses, Et de ceux-là qui ont leurs sciences infuses, Vous oblige à l'amour des lettres et des arts, S'il vous plaist d'imiter le plus grand des Césars, Qui fit tant de fa\eur au Mantuan Virgile, Et cil qui tant prisa la trompette d'Achille.

S'il vous plaist de réduire en mémoire les Rois, Qui ont plus gouverné de peuple sous leurs loix, Sire, vous trouverez que dessous leur Empire Ont plus fleuri les arts, que vostre France admire Sur toutes nations. Je ne veux point ici Vous alléguer les Grecs ni les Romains aussi, Dont la docte faconde et le sçavoir plus raie Ont poly (comme on voit) la rudesse barbare.

Je vous allegueray ce Charles seulement, Ce grand Charles sans pair, ce Charles, l'ornement De vos prédécesseurs, autheur de la science Dont votre grand Paris a telle expérience, Que Ion voit aujourd'huy, Paris le nompareil, Qui seul a retiré les lettres du cercueil, Et qui seul a reçu Minerve vagabonde, Que l'ignorance avoit chassé par tout le monde.

Dessous Charles il prit heureux commencement, Sous François il a pris heureux accroissement : Non (ce semble) fatal, puisque nous avons ores Avec un grand François un grand Charles encores, Des lettres protecteur, qui tient auprès de vous Comme le plus sçavant, et plus humain de tous, Sire, le mesme lieu, qu'auprès d'Auguste à Rome Tenoit ce Mecenas, dont encore Ion nomme, Par un tiltre d'honneur, tous ceux qui aujourd'huy Aux hommes de sçavoir font faveur comme luy.

Combien que vostre père eust passé sa jeunesse En l'escole de Mars, et qu'en force et addresse Il n'eust point son pareil, si est-ce qu'il prisoit Le mestier de Pallas et le favorisoit, Par un certain instinct, donnant bien cognoissance Du lieu, dont ce bon Roy avait pris sa naissance. Sire, il vous plaira doncq, imitant vos ayeux, Favoriser les arts, qui vos faits glorieux Peuvent perpétuer mieux qu'en marbre, ou en cuyvre, Et qui vous peuvent faire à vous-mesme survivre.

Quant aux autres vertus que doit avoir un Roy, Comme la pieté, la justice et la foy, Comme il se doit garder du cauteleux flatteur, Comme il doit repousser le calomniateur, Le mocqueur, le bouffon, et tous ceux qui sous ombre D'utiles serviteurs, ne servent que de nombre,

y6 ŒUVRES COMPLÈTES DE J. DU BELLAY

Comme il se doit porter envers les autres Rois, Comme il doit conserver ses terres, et ses droits, Je n'en dy rien ici. Quant à l'art militaire, Et à la discipline aujourd'hui nécessaire, Ce n'est pas mon sujet : puis tant de bons esprits Ont si bien cultivé par leurs doctes escrits Ce champ, qui est assez de soy-mesme fertile, Que mon labeur seroit après eux inutile.

Sire, bien que je sois, comme nouveau venu, De vostre majesté encore peu cognu, Bien cogneu toutefois du feu Roy vostre père, Et bien cogneu encor de vostre tante, et mère, J'ay des premiers de ceux du mestier dont je suis, Osé vous estrener de ce peu que je puis. Peu, si vous regardez l'a valeur de la chose Et Testât de celuy qui présenter vous l'ose : Mais beaucoup, s'il vous plaist par vostre grand'bonté Estimer mon présent selon ma volonté, Puisqu'en vous le donnant, avecques la personne, De ce qui est en moy le meilleur je vous donne. Et que peut-on donner ni meilleur ni plus beau, Que ce qui peut un nom arracher du tombeau ?

Si nature m'eust fait pour vous servir en guerre, Poursuivre vostre court, ou en estrange terre Vous servir, comme ceux dont je porte le nom, J'eusche ta'sche, comme eux, d'illustrer mon renom, En faisant mon devoir : mais puisque la fortune N'a voulu jusqu'ici mestre tant opportune, J'employrai mon esprit, ma plume, et mon labeur, Et tout ce que du ciel j'ay reçu de faveur, En l'art que les neuf Sœurs m'ont appris en jeunesse, Pour chanter la bonté, la vertu, la prouesse De vous, de vostre père, et de tous vos ayeux, Dont le nom immortel est escrit dans les Cieux.

Cependant je prieray le Seigneur, et le maistre Des Prîrîces et des Rois, Sire, qu'il vous face estre Et plus heureux qu'Auguste, et meilleur que Trajan, Et que continuant ce bon heur d'an en an, II accomplisse en vous lheureuse prophétie Que l'honneur vous promet, avecques longue vie, De remettre l'Eglise de sa captivité.

Et Rome délivrer de sa captivité.

Les faicts de vostre ayeul, et ceux de votre père, Et le terme prefix à son règne prospéré, Se trouvent là-dedans, qui nous doit asseurer De tout ce que de vous nous commande espérer Le carectere heureux, qui vostre nom figure, Qui vous puisse estre, Sire, un bien heureux augure.

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