‹ Translations, inscriptions et poésies diversesChapitre 42 sur 72 · COMPLAINTE DE DIDON A ENEE I I · texte numérisé non relu

COMPLAINTE DE DIDON A ENEE I I

Si d'enquérir il te plaist

Là où est J

La mère du bel Ascagne :

Seule, elle est morte d'ennuy

Par celuy Duquel elle estoit compaigne.

Tes beaux contes, j'escoutoy

Dont j'estoy Bien digne d'estre deceuë, J'addoucy par mon erreur

La fureur De la peine, qui t'est deuë

Les Dieux, dont tu es muni,

T'ont puni, Tes péchez te font la guerre ; Car c'est le septième Esté

Qu'as esté Errant par mer, et par terre.

Je t'ay laissé prendre port

A mon bord, Que maint rempart environne, A un fuitif incognu,

Pauvre et nu.

J'ay fait part de ma couronne.

Pleust à Dieu que des bienfaits

Que t'ay faicts, Je me fusse contentée :

Et que le secret plaisir

Du gésir Ne m'eust d'honneur exemptée.

Ce jour me fut malheureux,

Quand au creux D'une caverne sauvage, Me trouvay de bonne foy

Avec toy Fuyant le soudain orage.

Des nymphes les longues voix

Celle fois Sembloyent huiler l'hymenee :

Les furies l'ont sonné,

Et donné Le signe à ma destinée.

Il8 ŒUVRES COMPLÈTES DE J. DU BELLAY

Puni moy, ô l'ancien

Honneur mien, Violé vers mon Sichee :

Où la mort, qui jà me fuit,

Me conduit De grand' vergongne entachée.

J'ay en un temple sacré

Consacré De Siché, la pourtraicture ; De blanches toysons est ceint

Ce lieu saint Est tapissé de verdure.

Une voix sortant de là M'appella

Quatre fois en ceste église :

Et j'ouy que mon espoux

D'un son doux Me dist : Vien, ma chère Elize.

Je vois la mort esprouver,

Pour trouver Celuy qui seul je doy suivre.

Las ! mais j'ay trop attendu,

J'ay perdu L'honneur qui me faisoit vivre.

Pardonne-moy, je te pri,

Cher mari, Car la céleste noblesse De celuy qui a surpris

Mes esprits Doit excuser ma foiblesse.

Sa mère, qui tient des cicux

L'un des lieux.

Son doux fils, et son vieil père Ne me promettoyent de luy

Tant d'ennuy Et d'inconstance légère.

Si Didon errer devoit,

Elle avoit Trouvé argument capable Adjoute encore la foy,

Lors je croy, Que je ne seray coupable.

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