MERCURE
Sans le vouloir céleste Ceste vierge modeste
Ne demeuroit ainsi :
Et ce Prince comme ellej
Sans ordonnance telle
Ne demeuroit aussi.
Pour dechasser Bellonne,
Et sa troppe félonne,
Bannie pour jamais,
Des Dieuic la prévoyance,
Gardoit ceste alliance
Instrument de la paix.
A fin qu'avec l'Espaigne
La France s'accompaigne,
Pour, d'un commun accord,
D'Europe, Asie, Afrique,
L'adversaire publique
Repousser dans un fort.
Car si ces deux grands princes
Unissent leurs provinces
D'un accord mutuel,
Pour chasser vers le More, Ou bien loin sous l'Aurore, Le Barbare cruel :
Quel Roy, quelle puissance Soutiendra la vaillance De deux Rois si fameux, Soit qu'ils marchent par terre, Soit qu'ils portent la guerre Par les flots escumeux?
EPITHALAME 13
Ils porteront le monde,
De la terre et de l'onde
Estans seuls gouverneurs :
Et de serve contrainte
Mettront la Terre sainte
En ces premiers honneurs.
O heureuse journée
O paix bien fortunée
Qui joint deux si grands Rois,
Qui se peuvent promettre
Unis de pouvoir mettre
Le monde sous leurs loix :
Quel vers, ou quelle histoire
Peut égaler la gloire
De ceux-là qui ont fait
Pour le bien d'Allemaigne,
France, Italie, Espaigne;
Un accord si pa'rfaict ?
Mais soit que France parle
D'Anne, d'Albon ou Carie
L'honneur de nos prélats,
Soit que l'Espagne encore
Son Ruygomes honore,
Son Alve ou son Arras :
La gloire austrasienne
De nom et foy Chrestienne
Sur toutes reluira,
Tant qu'à l'entour du monde
Sa coche vagabonde
Neptune conduira :
Pour du miel de sa bouche,
Qui les oreilles touche,
Avoir parmy l'horreur,
Le feu, le sang, les armes,
Adouci des gendarmes
La cruelle fureur.
D'un sainct lien estrainte
A tout jamais soit sainte
A vos fils et nepveux,
Ceste paix honorée,
Des humains adorée
Par offrandes et vœux.
LA MUSIQUE
IL porteront un jour la terre et l'oncle,
Et sans envie entre eux seront pareils :
Le ciel ne peut endurer deux soleils :
Mais deux tels Rois peut bien souffrir le monde.
LE POETE
Ainsi parla MercureA
Puis d'une nuict obscure
Couvert s'esvanouit,
Ressemblant un nuage,
Ou fantôme volage,
Qui parmi l'air s'enfuit.
Comme luy disparues
Voguent parmi les nues
Les trois divines sœurs,
Semant à mains descloses
D'une pluye de roses
Mille et mille douceurs.
Phœbus d'un heureux signe
Laissant voler un cygne,
Bon augure donna
D'un long traict qui esclaire
L'air se fend, et le Père
A la gauche tonna.
LA MUSIQUE
Pareille estoit la feste olympienne Quand Peleus à Thitis fut conjoint : Mais la discorde ici ne semé point L'occasion d'une guerre troyenne.
Comme d'un vase ayant estroite bouche,
Lequel est d'eau rempli jusques au bord. L'eau goutte à goutte et à grand peine scit Ew son passage elle-même se bouche.
Ainsi chantant cette Royale couche L'aise qui fait de sortir son effort, Pour en sortir ne se trouve assez fort, Et d'un seul vers ma Muse à peine accouche.
Donques ceux-là qui ont plus de sçavoir Que de plaisir, feront mieux leur devoir De célébrer cet heureux mariage.
Il me suffit, si l'effect au désir Ne satisfait, montrer que le plaisir Ne me permet d'en dire davantage.