A LA ROYNE, ET AUX DAMES
Veu que les yeux en ce commun plaisir Donnent si peu à l'esprit de loisir D'entendre ailleurs, Princesse tres-chrestienne, Nous craignons fort que cest escrit retienne Trop longuement vostre esprit et vos yeux, Et que pour plaire il ne soit envieux.
L'occasion, qui ores se présente, . Parlant pour nous, de parler nous exempte : Et quand pour nous elle ne parleroit, Et que le lieu rien n'en tesmoigneroit, Noste équipage, armes, suite, et devise, Montrent assez quelle est nostre entreprise.
Ce nonobstant comme nouveau-venus, Pour le devoir où nous sommes tenus, Nous voulons bien vous donner cognoissance De nostre estât, et de nostre naissance, Par cest escrit discourant brevement D'où nous venons, et pourquoy, et comment.
Bien loin en mer, au delà d'Hybernie, Là où Phebus sa course ayant finie Oste la bride à ses fumans chevaux, Pour reposer de ses journels travaux, Se trouve une isle en tous biens plantureuse, Que les voisins nomment Ayantureuse Pource que là les plus chevaleureux, Sont appelez Amans aventureux.
L'oysiveté qui est mère des vices, N'entretient là les hommes en délices, Et n'y sont point pour estre parfumez Ni biens en poinct, les Amans estimez, Pour bien baller, pour souspirs, ni pour larmes, Ains seulement pour êtres preux aux armes ; Car ce qui est ailleurs voluptueux Sert là d'object pour estre vertueux.
Aussi, dit-on, qu'un Chevalier de Thrace Fut le premier auteur de nostre race,
Lequel fut fils de Venus et de Mars :
Ce Chevalier, avec quelques soldars,
Après un long et fascheux navigage,
Se sauva là du danger du naufrage :
Et y trouvant le séjour à propos,
Se résolut donner quelque repos
A ses travaux, sans plus courir fortune
Si longuement par les champs de Neptune.
Là il bastit une grande cité, Et le pays devant inhabité, Fit par police équitable et civile En peu de temps populeux et fertile.
Mais prévoyant que tel gouvernement Ne se pourroit conserver longuement, Si ceste troppe ainsi habituée De père en fils n'estoit perpétuée, Il ordonna que tous les plus gaillards Iroyent cercher femmes de toutes parts, Non point usant de fraudes et rapines, Dont Romulus usa vers les Sabines :
Mais par vertu, par proësse et valeur Par courtoisie, et noblesse de cœur, Sauvant l'honneur des Dames et pucelles, Gardant les bons, chastiant les rebelles, Suivant les Courts des Princes et des Rois, Et fréquentant les joustes et tournois.
Et fréquentant les joustes et tournois.
Par tel moyen se peupla nostre terre Dont puis après vindrent en Angleterre Ces Chevaliers tant cogneus sur les rancs Qu'on nomme encor les Chevaliers errants.
De là, comme eux prindrent leur origine, Comme venus de Mars et de Cyprine, Ces Palladins preux et chevaleureux, Ainsi que nous, Amans avantureux Dont la vertu aujourd'huy tant notoire Du nom François éternise la gloire.
Au lieu, qu'ainsi nous vous avons descrit, Princesse illustre, et de royal esprit N'agueres vint la Déesse emplumée :
Que les humains appellent Renommée :
(Et en quel lieu de ce grand univers, Soit là où sont les éternels hyvers, Soit sous Atlas, ou soit dessous l'Aurore, Soit où Phcebus va se coucher encore.
N'a pénétré de France le renom, Et de Henry le plus grand de son nom ?)