TRADUCTION D'UNE ODE LATINE DU MESME BUCCANAP
La merveille des siècles vieux
Estonnez par la main d'Alcide
De tant de monstres homicide,
Le fit assoir au rang des Dieux :
Et le dompteur de Méduse empierrante Fut estoillé d'une flamme esclairantc.
Si sous un juge d'équité
La vertu qui est simple et nuë
Requeroit estre maintenue
En l'honneur qu'elle a mérité.
Le brusc Hercul' Henry te cedroit ores Et te cedroit l'aislé Percée encores ; Qui d'un monstre plus plantureux
Que l'Hyd~e de diverse forme,
D'un m-c^stre di-je tant énorme,
Plus que Méduse dangereux
As rebouché l'horreur prodigieuse Et la fureur \ ainement furieuse.
Charles à sa suite attirant
Toute la force occidentale,
L'Ourse et l'Autruche orientale,
Ainsi d'un hivernal Torrent,
Ce furieux et saccageur de villes Brusloit de voir toutes citez servilles. La vertu germaine trembloit
Dessous Ca'sar le demy-maure :
O vergongne ! Et l'Itale encore
Qui le joug dédaigner souloir,
En grommellant d'une plainte craintive, Souffroit de voir sa liberté captive.
L'espoir flatteur qui nourrissoit
Ceste importune convoitise,
Le terme de son entreprise
Du rond du monde finissoit :
Et cest orgueil, devin plain de mensonge, Tout l'univers se promettoit en songe. Tu as, ô Prince vertueux
Prince de la guerrière France
Arresté la prompte espérance
De ce cœur tant présomptueux :
Tu as surpris d'un las inévitable Ceste fureur autrefois indomtable.
i(>8 ŒUVRES COMPLETES DE J. DU BELLAY
Qucir estoit alors sa couleur.
Et, de quelle fureur cruelle
Perdoit le fond de ses moelles,
Quand l'impatiente douleur
De la Moselle il voyou la fortresse, Et l'esquadron de la brave jeunesse.
Ainsi l'onde va bouillonnant
Contre les roches opposées : m
Ainsi les flammes embrasées
Dans leurs fourneaux vont forcenant :
Ainsi la dent de l'Hyrcane Tigresse Sanglante mord le lien cjui la presse.
Mais quand le bras cogneu de Mars
Guise, dont la vertu compaigne
Impatiente se dédaigne
De se voir close de rempars,
Vint esclairer et dessous le Tonnerre Des Cornepieds fit retrembler la Terre. Comme les animaux couards,
De nuict courageux et adextres
A forcer les loges champestres,
Hardis sur les troupeaux fuyards,
Au seul regard du Lyon qu'ils redoutent Tous effrayés en leurs creux se reboutent. Ainsi celuy qui d'un espoir
Où insatiable il se fonde,
Naguère embrassoit tout le monde,
A peine ayant le cœur de voir
Du grand Henry les forces domteresses, Refuit mal-caut à ses vieilles finesses.