‹ Translations, inscriptions et poésies diversesChapitre 55 sur 72 · TRADUITS PAR IOACH. DU BELLAY · texte numérisé non relu

TRADUITS PAR IOACH. DU BELLAY

Ovid. 4. de la Metamorph. fueil. 74, p. i.

Perçue abdita longé Deviàque et silvis Iwrrentia saxa fragosis, etc.

Il racontoit comment par les roches désertes D'ombrageuses forests horriblement couvertes Il avoit de Gorgone approché le séjour, Et comme il avoit veu par les champs d'alentour, Et parmi les chemins, d'hommes maintes figures, Et maints corps d'animaux changez en pierres dures Au regard de Méduse : et qu'il avoit pourtant Au bouclier qu'il alloit en sa gauche portant Veu (comme en un miroir) l'espouvantable forme De l'horrible Gorgone, à qui le chef difforme Il trancha cependant qu'un sommeil endurci La tenoit endormie et ses serpens aussi.

LUCAIN, livre 9, fueil. 74, p. 1. Hoc monstrum t'enuit genitor, etc.

Phorce le Dieu marin de Gorgone le père, De Gorgone les sœurs, de Gorgone la mère, Ce monstre eraignoyent bien, qui pouvoit de son œil Ciel, mer, terre assopir d'un estrange sommeil. Les oyseaux accablez d'une charge soudaine Touchez de son regard, tomboyent dessus la plaine En pierres transformez : et les bestes aussi Transformées comme eux en rocher endurci, S'arrestoyent là tout court : la gent 3'EtlvTopie Voisine d'alentour, fut en marbre assopic Tout ce monstre fuyoit, mesme de l'autre part Ses serpens destournez evitoyent son regard.

LES VERS CITEZ AU SECOND LIVRE

PROrERCE, fueil. 82, p. I Qûicumque Me fttit puerum, etc.

Quiconques fit le Dieu d'amour enfant Ne fut-il pas un peintre bien sçavant ? Cestuy la veid sans cognoissance vivre Ceux qui l'amour ont entrepris de suyvre : Et que l'on perd suyvant ce fol désir Beaucoup de bien, pour bien peu de plaisir. Cestuy encor' des deux venteuses ailes Non sans raison luy garnit les aisselles, Et fit voler inconstant et léger Dedans nos cœurs cest Amour passager.

Aussi semblable est notre vie à l'onde Qui à tout vent est tousjours vagabonde. De traicts crochus cest enfant inhumain Arme à bon droit aussi sa dextre main : Et à bon droit leur trousse Gnosienne Bat en sonnant dessus l'espaule sienne : Pource qu'il sçait en trahison frapper, Et que nul peut de ces traicts eschapper.

Virgil. 4, de l'Eneid. fueil. 90, p. 2 Hœc se carminibus, etc.

Elle promet deslier les pensées Qui de l'amour se trouvent offensées, Et si promet par ses vers enchantez Rendre leurs cœurs de l'amour tourmentez, Arrester court des fleuves la carrière, Et destourner les astres en arrière.

Tu luy verras par ces vers murmurez Tirer de nuict les esprits conjurez, Mugler sous toy les tremblantes campagnes, Et devaller les arbres des montagnes.

O chère sœur, par les Dieux je t'asseure, Et par ton chef bien aimé je te jure. Que malgré moy je fais expérience De la sorcière et magique science.

ET peu après, fueil. mesme.

Stant arœ circum.

Les aulels sont dressez de toutes pars. Lors la prestresse aux longs cheveux espars Trois cens Dieux tonne avec horribles mots, Invoque aussi TErebe, et le Chaos.

178 ŒUVRES COMPLÈTES DE J. l>\. BELLAY

Et d'Hecaté trois fois jumelle encore Dévotement les trois fronts elle adore : Espanche aussi quelques eaux desguisees Qu'ell' feint d'Averne avoir esté puisées : L'herbe nouvelle on fauche au clair serain, Pour la bouillir dedans vaisseaux d'airain. Avec le suc du noir venin terrible, On cherche encor ceste apo.-tume horrible Que la jument arrache en la suççant Dessus le front de son poulain naissant.

LE MESME AUTHEUR en i'Eglogue 8j au mesme passage. Effer aguam, et molli cinge hœc altaria, etc.

Apporte ici de l'eau et que sur l'autel sainct De l'hostie le front d'un mol bandeau soit ceint : Fay parfum d'encens masle, et de prasse vervaine, Afin de faire ici une espreuve certaine, Si je p'Hiiroy si bien Daphnis ensorceler Que je le puisse à moy par force r'appeler.

Et PEU APRES

Par vers la Lune mesme aux sorciers fait service, Par vers Circe changea les compagnons d'Ulysse, Et le serpent qui est si froid a le taster Se rompt dedans les prez à force de chanter.

Le mesme autheur, fueil. 90, p. 1

Na&cuntur -plurima Poiito, etc.

Ci herbe$-là qui tels changements font Naissent espaig dedans l'Ile de Pont J'ay \cn Mceriai souvent changer sa forme, En corps de loup effroyable et difforme, Dedans les bois se cacher, et les corps De leur cccueil j'ay veu sortir dehors : Et les moissons le suyvant à la trace Souvent aussi j'ay veu changer de place.

Ovid, fueil. 98, p. 2.

Dnm spectant lœsos, etc.

Les yeux donnent aux yeux leur mesme passion, Et passent bien avant dedans l'affection,

LES VERS CITEZ AU SECOND LIVRE 1/9

VlRG. 4. /Eneid.

( ar-pit enim Tires, etc.

Car peu à peu l'amour croist, et la femme De son regard le cœur de l'homme enflamme.

Properce

Cyntkia prima suis, etc.

Cynthie la première avec ses yeux m'a pris, Moy chetif qui n'avois d'amour esté surpris.

Le mesme

Crescit enim assidue, etc.

Car l'amour prend des yeux sans cesse accroissement Et se donne luy-mesme un grand nourrissement.

Le mesme Quantum oculis, animo tara frocul ibit auior.

De nostre cœur l'amour est séparée Autant qu'elle est de notre œil égarée.

CORNEL. GALL, fueil. 3, p. 2.

Pande paella, fande capillalos.

Esparpillez de toutes parts Belle, ces beaux cheveux espars, Et d'un beau fin cr blondoyantes.

Monstrez ce beau col blanchissant Sur blanches espaules croissant :

Monstrez ces deux flammes nuisantes Sous deux noirs sourds reluisantes :

Monstrez ces joues, dont le teinct De couleur de roses est peinct :

Et ceste coraline bouche, D'un long baiser la mienne touche.

LE MESME AUTHEl'R AU MESME LIEU

Honehaii! tenues, etc.

J'avais horreur des trop maigres, ainsi Comme j'avois des trop grasses aussi. Point ne me pleut la taille raccourcie, Et aussi peu la longue mal bastie :

Je prins plaisir d'embrasser seulement Celles qui sont grandes moyennement :

l8o ŒUVRES COMPLÈTES DE J. DU BELLAY

Car le moyen, quelque chose qu'on face En toute chose est de meilleure grâce.

La gresle aussi, pourveu que l'embonpoinct Xe luy faillist, ne me desplaisoit point. L'embonpoint est à tels jeux convenable, Car à la chair la chair est agréable. Je ne fis cas aussi de la blancheur, S'il n'y avoit quelque peu de rougeur Qui exprimait une couleur pareille A la couleur d'une rose vermeille.

Les cheveux blonds sur un col tendrelet Représentant une couleur de laict.

Me rapportoyent en une face belle Te ne sçay quoy de grâce naturelle.

La lèvre aussi qui s'enfloit un petit Par sa rougeur me donnoit appétit :

Car je baisois volontiers une bouche Qu'à plain baiser c'es deux lèvres on touche, Les sourds noirs, les yeux noirs, et le front. Dont la beauté se descouvre en plain rond, J'y prenois garde, et volontiers mon ame S'en embrasoit de l'amour d'une dame.

VERS CITEZ PAR LOVS LE ROY iSl

OVID. fueil. III, p. I.

Prima sit in vobis marum tutela

Le premier soin, vous le devez donner A la beauté de l'esprit façonner :

Par la beauté de l'esprit on s'enflamme Facilement de l'amour d'une femme :

L'amour basti dessus tel fondement Comme certain dure éternellement, L'autre beauté avec le temps s'efface.

Et est sujette aux rides de la face : Le temps viendra que regret vous aurez Quand vous mirant, si laides vous verrez, Et ce regret fera que le visage S'enlaidira encore davantage, Mais la vertu se conserve toujours :

Tel amour fait heureusement son cours.

VlRG. 3. Géorgie, fueil. 113, page 2.

Otnne adeo genus in terris, etc.

Tout genre d'animaux, hommes, bestes sauvages, Poissons, troppeaux, oyseaux peints de divers plumages Se ruent au printemps en amour et chaleur, Tous sont espoinçonnez d'une mesme fureur.

LUCR. I. de la Nature, fueil. 113, page 2.

Au mesme lieu.

N on simul ac species, etc.

Car si tost que le ciel le printemps nous rameine Et que le doux Zephir d'une amoureuse haleine Regaillardist le corps, les oyseaux tout premier Annoncent, ô Venus, ton retour coustumier, Et sentant ta vertu qui leur poingt les courages, Les animaux aussi parmi les gros herbages Bondissent à grands sauts, et d'amour furieux Passent les fiers torrens, pour te suivre en tous lieux. Bref, par fleuves, par mers, et par hautes montagnes. Par les bois ombrageux, par les verdes campagnes, Poussant dedans les cœurs un amoureux désir, Tu maintiens toute espèce en éternel plaisir.

COLUMEL. io. Livre de l'Agriculture, fueil. 114, page 1. Nunc sunt genitalia femina mundi.

C'est ores la saison qu'on voit de toutes choses Multiplier par tout les semences encloses ; C'est ores que l'amour se haste d'engendrer Et que de l'univers l'esprit on voit entrer En l'ardeur de Venus, et que par tout le monde Il respand çà et là sa semence féconde. Or le père Océan, et le Dieu de la mer Par doux allechemens s'efforcent enflammer De leurs femmes les cœurs, que chacun d'eux incite, Cestui-là sa Thetis, celui son Amphitrite. Desjà de son mari l'une et l'autre a conceu, Chacune rend au sien le fruit qu'elle a receu, Et du peuple azuré que l'une et l'autre enfante, S'emplist toute la mer d'une troppe nageante. Mettant sa foudre à part Jupiter mesme encor Coulant comme jadis en une pluye d'or Au sein de Danaé, en pluye espesse et drue Au giron maternel de la terre se rue : Elle son fils reçoit, et ne desdaigne point Ce doux embrassement, par amour qui la poingt. De là soit sur la terre, ou sous la mer profonde Un gracieux printemps florist partout le monde, Amour règne partout, et jusqu'au fond du cœur Hommes, bestes, oyseaux, esprouvent son ardeur, Jusqu'à tant que Venus de semence remplie Par ce doux feu nouveau soit du tout assouvie : Repeuplant l'univers d'un éternel plaisir. Pour ne laisser le monde en paresse moisir.

Viroil. 2. Georg. fueil. 114, page 2.

Ver aàeo frondi nemorum, etc.

Aux rameaux des foresfs le printemps est utile, Le champ par le printemps se fait gras et fertile : Adoncques l'air, qui est Jupiter tout puissant, D'une pluye féconde en terre s'eslançant, Se jette au large sein de son espouse aimée, Et se meslant parmi toute chose animée, Nourrist tout ce grand corps : adonq' le^ arbrisseaux

Resonnent à l'escart du doux chant des oiseaux,

Et les troppeaux esmeus de ces chaleurs nouvelles,

En certaines saisons retournent aux femelles :

La terre devient grosse, et le champ qui est plein

A ce doux renouveau se descharge le sein ;

Une humeur tendre et molle abonde en toute chose,

La semence qui fut si longuement enclose,

Se fiant maintenant en la douceur du temps,

S'ose bien descouvrir aux chaleurs du printemps,

Le tendre cep ne craint ni le vent ni la gresle

Que le fort Aquilon fait tomber pesle mesle,

Ains pousse ses bourgeons, et fait sortir au tour

Le pampre verdissant, qui s'espand tout autour.

Je ne croy que les jours eussent autre lumière

Lors que ce monde prist sa naissance première.

Cela fut un printemps, et ce grand monde adonq'

L'emenoit un printemps, le plus doux qui fût adonq'.

Les trouppeaux nouveaux nez, et la dure semence

Des hommes qui le fer imitent de naissance,

Les bestes des forests, et les flammes des cieux

Tendres ne porteroyent ce fais laborieux,

Si la bonté du ciel entre chaud et froidure.

N'entremesloit ainsi ceste température.

Ponta.N". I. de TUranie, fueil. 115, page 1. Qiuuii premit auratos, etc.

C'est lors que le Soleil entre dans la maison Du Mouton Phryxean à ta blonde toyson : Lorsqu'on voit retourner la douce Primevère, Qui apporte la pluye : et que la terre mère Enfante toute chose, et que grosse de fruit Son bouton et sa fleur toute plante produit : Quand tout bois reverdist : et parmi les boccages Les oyseaux biens chantants degoisent leurs ramages, Les feres, et troupeaux, qu'amour vient enflammer, Se ruent sur Venus ; les monstres de la mer Sentent aussi leur feu, tant que mesme Protee Craint de ses ba^ufs marins la fureur indontee.

Ovid, fueil. III, page 1. Condidior folio titres Galathea, etc.

Galathee au teint blanchissant Plus que n'est le lis palissant Plus qu"une pree florissante, Plus que l'aune en hauteur croissante, Plus claire que verre esclarci, Et plus fo'lle qu'un dain aussi.

A toucher plus polie et fine Que n'est une coque marine, Plus douce qu'un chaud hyvernal.

Et plus qu'un ombrage estival, Plus qu'une pomme désirable, Et plus qu'un haut pin vénérable, Plus que la grâce reluisant, Et plus qu'un doux raisin plaisant, Plus molle que le mol plumage D'un cigne, ou qu'un tendre fourmage, Et si tu ne fuyois ainsi, Plus belle qu'un jardin aussi.

Le mesme autheur. fueil. III, page i.

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