‹ Translations, inscriptions et poésies diversesChapitre 56 sur 72 · I-psa qaoquc assiduo, etc · texte numérisé non relu

I-psa qaoquc assiduo, etc

Comme un fleuve, le temps coule éternellement, Le fleuve ne se peut arrester nullement, Ny l'heure, mais ainsi que l'onde pousse l'onde, Et que premier à l'une, à l'autre elle est seconde, Ainsi le temps léger se fuit en se suyvant Et tousjours est nouveau : car ce qui fut devant Vient après, et se fait ce qu'il n'estoit à l'heure : Ainsi jamais le temps sur un poinct ne demeure.

HORACE, de l'Art poétique, fueil. 123, page 1.

Par Peletier.

Œtatis cujusque notariat sttnt tibi mores, etc.

Le naturel te convient regarder, De chacun aage, et entier le garder : Et exprimer les gestes bien seans Aux changemens des natures et ans.

L'enfant petit qui desjà sçait parler, Et qui seulet fermement peut aller Est de jouer à ses pareils bien aise :

VERS CITEZ PAR LOYS LE ROY l8;

Il se courrouce, et soudain se rappaise, Et à tous coups change d'affection.

L'adolescent hors la correction Du pédagogue, aime chevaux et chasse, Et au soleil sus l'herbe se délasse : Facilement à malice s'applique, Et rudement au remonstrant réplique, Est bien à tard de son bien provident, Prodigue, fier, convoiteux et ardent, Tost ennuyé de son premier plaisir.

L'aage viril change, et met son désir A biens avoir et amis mériter, Craint son honneur, et sçait bien éviter Ce que changer conviendroit par après.

Plusieurs ennuis environnent de près L'homme vieillard : car estant plantureux En biens acquis, tant il est malheureux, Il les espargne, et user il n'en ose, Il est timide et froid en toute chose, Grand dilayeur, long d'espoir, imbécile Et curieux du futur, difficile, Plein de chagrin, louant le temps premier Qu'il estoit jeune, et censeur coustumier Des jeunes gens. Les premiers ans qui sortent Plusieurs bontez avec eux nous apportent. Plusieurs aussi emportent en allant.

JUVENAL, Saty. 7. fueil. 130, page 1. DU majorum umbris, etc.

Dieux, permettez qu'une légère terre A tout jamais nos grands pères enserre, Flairent saffran leurs urnes en tout temps, Et y florisse un éternel printemps : D'avoir voulu que non moins que le père, Le précepteur sainctement on révère.

VlRGIL. 10. de l'Eneid, fueil. mesme, un peu après. Felices ambo, etc.

O tous deux bienheureux ! vostre nom désormais, Si mes vers ont pouvoir, vivra pour tout jamais.

l86 REVUE DE LA RENAISSANCE

HORACE 4. Od. fueil. mesme, page mesme. Gauàes carininibus, etc.

Les vers te plaisent, et je suis Riche de vers, et si je puis Les mettre à pris. Car ny la gloire Sacrée en marbre à la mémoire, Par qui les guerriers estimez De nouveau sont reanimez, D'Annibal les fuites hastees.

Ny ses menaces rejectees, Ny le sac par le feu Romain Du Cartaginois inhumain, Qui donna le surnom publique D'Africain au donteur d'Afrique, Monstrent un los mieux que la voix Et le son des vers Calabrois, Aussi, quoy que tu puisses faire, N'auras-tu jamais le salaire De tes biens faicts, si par les vers Au monde ils ne sont descouvers, Que seroit-ce du fils d'Ilie Et de Mars, si ores l'envie Cachoit à la postérité Ce que Romule a mérité ?

La faveur et la voix encores Des poètes, qui tirent ores Eaque des flots stygiens, L'ont mis aux champs Elysiens, La Muse aux bons sauve la vie, La muse l'homme déifie.

Au MESME, livr. fueil. 130, page 2, un peu après. Vixere fortes ante Agamemnona ftuilti

Plusieurs devant Agamemnon De vertueux ont eu le nom, Mais tous sans renom et sans gloire Sont pressez d'ignorance noire, Pource que leur los n'a esté D'un sacré poëte chanté, Car la différence est petite

D'une vertu qui n'est escrite,

A un qui est ensevely

Au fond du paresseux oubly.

Le mesme. 2. des Odes, fueil. 130 en la mesrae page. Non Jisitata nec tenui, etc.

D'une aile accoutusmee et basse Je n'irai par ce grand espace Demy-oyseau, et ne suis pas Pour plus longtemps vivre ici-bas, Vainqueur des envies civiles, Je laisseray les grandes villes.

Et A LA FIN de la mesme Ode, fueil. 131, page l. Absint inani fwiere œniœ, etc.

Les pleurs soyent loin de mon cercueil, Les vaines larmes, et le dueil, Cesse toute complainte folle Aux morts inutile et frivolle.

Le mesme, 3. des Odes, en la mesme page 1. Exegi monumentum, etc.

J'ay parachevé de ma main Un ouvrage plus dur qu'airain, Un ouvrage duquel l'audace L'orgueil des Pyramides passe :

Que l'eau rougearde, ny l'horreur De la Scytienne fureur Que des ans l'innombrable suite.

Ny du temps la légère fuitte, Ne pourront renverser à bas.

Tout entier je ne mourray pas.

De moy la meilleure partie De la mort sera garantie :

Et d'un los tousjours se suivant, A moy je seray survivant.

Ovid. 15. de la Metamorph. fueil. 131, page is Jamque opus exegi quoi nec lovis etc.

l88 REVUE DE LA RENAISSANCE

Un œuvre j'ay parfait, que le feu ny la foudre, Ny le fer, ny le temps ne pourront mettre en poudre, Cestuy-là qui sera le dernier de mes jours De mon aage incertain vienne borner le cours Quand bon luy semblera, sans plus il a puissance Dessus ce corps qui est mortel de sa naissance. Ce qui est le meilleur de moy, me portera Sur les Astres bien haut, et mon nom ne pourra Jamais estre effacé, quelque part où se nomme Le nom victorieux de l'empire de Romme, Je seroy leu du peuple. Et s'il faut donner foy Aux poètes devins, qui prédisent de soy, A jamais je vivray, et la durable gloire De mes œuvres, sera d'éternelle mémoire.

Horace. Epître 2. à Augu. fueil. 132, page 2. Romulus, et Liber -pater, et cum Castore, etc.

Le bon Bacchus, et Romulus encor', Pollux aussi, et son frère Castor Apres leurs faits grands et victorieux, Estans receus dans les temples des Dieux. Pendant qu'ils ont faict cultiver les terres, Ordonné loix, et appaisé les guerres, Borné les champs, et basty les citez, De n'avoir eu les honneurs méritez Se sont complaints. Cil qui rompit la teste A l'Hydre horrible et venimeuse beste.

Et qui fatal les monstres surmonta Si renommez il expérimenta Que la vertu sinon après la vie, Ne peut donter la force de l'envie.

Car cestuy-là qui la gloire d'autruy Par sa vertu abbaisse dessous luy, Nous esblouist la veuë, et cestuy mesme Pour ses vertus après sa mort on l'ayme. Nous te donnons, voire devant tes yeux, Et non trop tost, les hauts honneurs des Dieux : Nous ordonnons que ton saint nom se jure : En confessant que jamais la nature Rien de si grand ne fera naistre ici Que toy, César, et n'a fait naistre aussi.

Virgil. 6. de l'Eneid. fueil. 133, page 1. Quique sacerdotes casti, etc.

Les prestres saincts de chasteté loviez, Les bons esprits de Phcebus advouëz5 Et ceux qui ont jadis mis en lumière De quelques arts l'invention première Et ceux encor' qui par bienfaicts louables Se sont rendus les autres redevables ; Tous ces esprits portent la teste ceincte Du blanc atour d'une coeffure saincte.

Pontan. I. de l'Uranie. fueil. 133, page 1. Mos erat antiquo in Latio, etc.

Des vieux pères Latins la coustume fut telle, De mettre au ranc des Dieux par louange immortelle Ceux-là qui par quelque art dextrement inventé, Avoyent de leurs païs le profit augmenté, Comme Janus, et Faune, et celuy que la sage Circe avait bigarré d'un estrange plumage : Comme furent aussi les deux Pilumniens, Et le Dieu qui servi fut des Pinnariens, Et la Dame qui fist qu'une porte de Romme Carmentale du nom de Carmente Ion nomme. Le pourpre estant aussi devenu précieux, Lorsque l'ambition leva le chef aux cieux, Les Adrians adonc' et les Nerves encore : Et tant de Dieux Césars qu'à Rome Ion adore Fussent déifiez, ô ignorance humaine ! De quoy servent les Dieux, et leur puissance vaine ? De quoy sert le parfum que dessus tant d'autels Pour impetrer la paix, leur donnent les mortels ? Il n'y a qu'un seul Dieu autour de toute chose, Qui toute chose aussi à son plaisir dispose, Qu'à l'homme il n'est permis de toucher ou de voir. Mais qu'on peut seulement en esprit concevoir : Car il voit de là-haut sous ses pieds les nuages, Et comme seul ouvrier des plus parfaicts ouvrages, Et cause de tout bien, gouverne tout aussi ; Ce Dieu demeure au ciel, et n'a point de souci Des temples eslevez sur colonnes marbrines,

IÇjO REVUE DE LA RENAISSANCE

Ni de l'or précieux, ni de ces pierres fines

Qui viennent du Levant, ni de ce vif airain

Que Phidie souloit animer de sa main,

Ni du sang des taureaux dont on fait sacrifice,

La dévote oraison, l'ame nette de vice,

Le peuvent appaiser, avec un peu d'encens,

Car la grandeur de Dieu ne cerche autre presens.

Yirgil. 6. de l'Enéide, fueil. 134, page 2. Et dabitamus adhuc, etc.

Et doutons-nous encor' par faicts dignes de gloire De nostre renommée estendre la mémoire ?

VlRGIL. fueillet mesme, page mesme. Stat sua cuique dies, etc.

Nos jours sont limitez, et nostre courte vie Ne retourne jamais depuis qu'elle est ravie : Mais par louables faicts son nom perpétuer. C'est l'œuvre où la vertu se doit évertuer.

Manilius Astron. 4. fueil. mesme, page mesme. ] am nusquam natura latct. etc.

Nature désormais ne nous est pas cachée. Toute, en tout, et partout nous l'avons recerchee : Nous jouyssons du monde, ainsi que l'ayant pris. Nous avons en esprit nostre père compris, Comme estans une part de l'essence divine, Et retournons au ciel qui est nostre origine. Qui doute, ce grand Dieu en nos cœurs séjourner ? L'ame venir du ciel et au ciel retourner ? Et comme en ce grand corps, dont est basti le monde Parmi le feu et l'air, parmi la terre et l'onde Est un esprit mouvant, qui par commandement Du souverain auteur régit le firmament, Ainsi estre nos corps d'une terrestre masse Et nostre esprit de feu, qui gouverne et compassé Toutes nos actions. S'il est donques ainsi Que le monde est en nous, quel miracle est-ce aussi Que nous le cognoissions ? Veu mesme que l'image

De Dieu se voit en nous, qui sommes son ouvrage,

Faut-il croire, d'ailleurs, que du ciel l'homme est né ?

Tout autre animal est, ou vers terre tourné,

Ou caché dessous l'onde, ou d'aile balancée,

Est pendu parmi l'air, une mesme pensée,

Qui est de se nourrir, est en eux, et leur soin

Repose dans le ventre, et ne s'estend plus loir.,

Pource que de raison ils n'ont aucun usage

Comme privez du tout de sens et de langage,

Le seul homme discourt, seul s'explique, et entend,

Et à divers mestiers son industrie estend.

Ce gentil animal qui régit toute chose

En la terre habitable a sa demeure enclose,

L'a dontee au labour, les animaux a pris,

S'est fait chemin sur mer, et pour n"estre surpris

S'est retiré au chef, comme en la forteresse,

Où dessus tous les sens la raison est maîtresse.

Levé les yeux au ciel, ces deux célestes yeux,

Et de plus près encor' regarde dans les cieux,

Il cerche Juppiter et si ne se contente,

Sans plus du front des Dieux, que le ciel représente,

Il fouille jusqu'au fond, et toujours s'approchant

Comme venu du ciel, au ciel se va cerchant.

VlRGlL. 6. de l'Enéide, fueil. 156, page 1. Princifio cœlum, etc.

Premièrement le feu, l'onde, et la terre, Et tout cela que chacun d'eux enserre, La Lune claire, et les astres ardens, Sont d'un esprit nourris par le dedans, Esprit infus parmi toute la masse De ce grand corps qu'il agite et embrasse. De cet esprit hommes, bestes, oyseaux, Monstres de mer vivans dessous les eaux. Tiennent du feu la nature divine.

Et leur semence a céleste origine :

Sinon d'autant qu'à l'esprit est nuisant Le corps mal sain, lourd, terrestre, et pesant, De là provient que nostre ame est atteinte D'aise, d'ennuy, de désir, et de crainte, Et que jamais ne peut voir le beau joui- Chose en son noir et ténébreux séjour.

IÇ2

Donec longa aies ferfecto temporis orbe, etc.

Jusques à tant qu'ayant par mainte année, Parfait le tour de nostre destinée, Soyons purgez, et que le feu céleste De nostre esprit, pur et simple nous reste.

VlRGlL. IV. Georg. fueillet mesme, page 2. His quidam signis, atque hœc exempta, etc.

Pour ces signes on dit que les mouches à miel Ont humé quelque part de cet esprit du ciel, Qui se mesle partout, ciel, terre, et mer profonde, Et que tous animaux, qui naissent en ce monde, Hommes, bestes, oyseaux, de cet esprit divin Prennent chacun leur vie, où ils sont à la fin Pareillement reduicts, et que point ils ne meurent, Ains éternellement immortels ils demeurent, Tournoyant çà et là comme les astres font, Et qu'en un autre ciel habiter ils s'en vont.

Traduction dune Épistre Latine

Sur un nouveau moyen de faire son profit de l'estude des lettres.

Page 1