‹ Translations, inscriptions et poésies diversesChapitre 57 sur 72 · MOY A TOY SALUT · texte numérisé non relu

MOY A TOY SALUT

Quant à ce que tes vers frissonnent de froidure, Que tes labeurs sont vains, et que pour ta pasture A grand' peine tu as un morceau de gros pain, Voire du pain moisi, pour appaiser ta faim : Que ton vuide estomac abboye, et ta gencive Demeure sans mascher, le plus souvent oisive : Comme si, le jeûner exprès te fust enjoint Par les Juifs retaillez : que tu es mal en poinct, Mal vestu, mal couché : Ami, ne pren la peine De faire désormais ceste complainte vaine.

Tu sçais faire des vers, mais tu n'as le sçavoir De pouvoir par ton chant les hommes décevoir : Car le Dieu Apollon avec le Dieu Mercure S'assemble, ou autrement de ses vers on n'a cure. Mercure par finesse et par enchantement Dedans les cœurs humains glisse secrettement ; Il glisse dans les cœurs, il trompe la personne, Et d:un parler flatteur les âmes empoisonne : Avec tel truchement peut le Dieu Delien Possible quelque chose, autrement ne peut rien.

Celuy qui de Mercure a la science apprise, En Cygne d'Apollon bien souvent se desguise :

Encor que le bray d'un asne, ou la chanson

D'une importune roue ait beaucoup plus doux son.

Veux-tu que je te monstre un gentil artifice Pour te faire valoir ? Pousse-toy par service : Par art Mercurien trompe les plus rusez, Et pren à tels appas les hommes abusez. Tu feras ton profit, et bravement en poinct, De froid, comme tu fais, tu ne trembleras point.

Premier, comme un marchand, qui par le navigage S'en va cercher bien loin quelque estrange rivage, A fin de trafiquer, et argent amasser, Tu dois voir l'Italie, et les Alpes passer : Car c'est de là que vient la fine marchandise, Qu'en béant on admire, et que si haut on prise. Si le rusé marchand est menteur asseuré, Et s'il sçait pallier d'un fard bien coloré Mille bourdes qu'il a en France rapportées, Assez pour en charger quatre grandes chartees ; S'il sçait parlant de Rome, un chacun estonner, Si du nom de Pavie il fait tout resonner Si des Vénitiens, que la mer environne. Si des champs de la Pouille il discourt, et raisonne, Si vanteur il sçait bien son art authoriser. Louer les estrangers, les François mespriser, Si de lettres l'honneur à luy seul il reserve, Et dédaigne en crachant la Françoise Minerve :

Il te faut dextrement ces ruses imiter, Le sçavoir sans cela ne te peut profiter, Si le sçavoir te faut, et tu entens ces ruses, Tu jouyras vainqueur de la palme des Muses, Ne pense toutefois pour un peu t'estranger De ces bavardes sœurs, que tu sois en danger De perdre tant soit peu, tu n'y auras dommage, Car aux Muses souvent profite un long voyage, Tu en rapporteras d'un grand clerc le renom, Et de sage et sçavant mériteras le nom ; Mais si tu veux ici te morfondre à l'estude, Chacun t'estimera fol, ignorant, et rude.

Doncques en Italie il te convient cercher La source Cabaline, et le double rocher, Et l'arbre qui le front des poètes honore. Mais retien ce précepte en ta mémoire encore :

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