‹ Translations, inscriptions et poésies diversesChapitre 58 sur 72 · TRADUCTION D'UNE ÉPISTRE LATINE · texte numérisé non relu

TRADUCTION D'UNE ÉPISTRE LATINE

C'est que tu pourras bien François partir d'ici. Mais tu retourneras Italien aussi De gestes, et d'habits, de port, et de langage : Bref d'un Italien tu auras le pelage, Afin qu'entre les tiens admirable tu sois. Ce sont les vrais appasts pour prendre nos François. Lors ta Muse sera de cestuy-là prisée, Auquel auparavant tu servois de risée.

Il sera bon aussi de te faire advouër De quelque Cardinal, ou te faire louer Par quelque homme sçavant, à fin que tes louanges Volent par ce moyen par les bouches estranges : Mais il faut. que le livre, où ton nom sera mis. Tu donnes çà et là à tes doctes amis. Ainsi t'exempteras du rude populaire, Ainsi ton nom partout illustre pourras faire. Car c'est un jeu certain, et quiconque l'a sçeu, Jamais à ce jeu-là ne s'est trouvé deçeu. Sur tout courtise ceux, auxquels la court venteuse Donne d'hommes sçavans la louange menteuse : Qui au bout d'une table au disner des Seigneurs Desplient tout cela, dont furent enseigneurs Les Grecs, et les Latins qui de fausses merveilles Emplissans, ignorans, les plus grandes oreilles : Et abusent celuy qui par nom de sçavant Désire, ambitieux, se pousser en avant.

Ces gentils reciteurs te loueront à la table Non comme au temps passé, aux horloges de sable : Ils ne dédaigneront avec toy practiquer, Et avecques tes vers les leur communiquer. Puis que tu as le goust, et l'air de l'Italie, Mais rend leur la pareille, et fay que tu n'oublie, De les contre-louër : aussi, quand à ce poinct, Le tesmoin mutuel ne se reproche point : D'en user autrement, ce seroit conscience.

Sur tout je te conseille apprendre la science De te faire cognoistre aux Dames de la Court, Qui ont bruit de sçavoir : c'est le chemin plus court, Car si tu es un coup aux dames aggreable, Tu seras tout soudain aux plus grands admirable. Par art il te convient à ce poinct parvenir, Par art semblablement t'v faut entretenir.

Il te faut quelquefois, soit en vers, soit en prose, Escrire finement quelque petite chose Qui sente son Virgile, et Ciceron aussi. Car si tu as des mots tant seulement souci, Tu seras bien grossier et lourdau'c, ce me semble, Si par art tu ne peux en accoupler ensemble Quelque peu, car ici par un petit chef-d'œuvre Assez d'un courtisan le sçavoir se descœuvre.

Je ne veux toutefois qu*on le face imprimer : Car ce qui est commun se fait desestimer, Et la perfection de l'art est de ne faire, Ains monstrer desdaigner ce que fait le vulgahe. Mesmes ce qui sera des autres imprimé.

Afin que tu en sois plus sçavant estimé. Il te le faut blasmer : mais il te faut eslire Des loueurs à propos pour tes ouvrages lire, Et n'en faut pas beaucoup. Avec telles faveurs Recite hardiment aux Dames et Seigneurs, Tu seras sçavant homme, et les grands personnages Te feront des presens : et seras à leurs gages. Mais si tu veux au jour quelque chose éventer, Il faut premièrement la fortune tenter, Sans y mettre ton nom, de peur du vitupère Qu'un enfant abortif porte au nom de son père, Car en celant ton nom, d'un chacun tu peux bien Sonder le jugement, sans qu'il te couste rien : D'autant que tes escrits vaguent sans cognoissance Ainsi qu'enfans trouvez, publiques de naissance. Mais ne faut pas aussi, si tu les vois louer, Maistre, père, et autheur, pour tiens les avouer.

Le plus seur toutefois seroit en tout se taire : Et c'est un beau mestier, et fort facile à faire, Le faisant dextrement. Fay courir qu'entrepris Tu as quelque poè'me, et œuvre de haut pris, Tout soudain tu seras monstre parmi la ville, Et seras estimé de la tourbe civile.

L"n vieux ruzé de Court nagueres se vantoit Que de la republique un discours il traittoit : Soudain il eut le bruit d'avoir épuisé Romme, Et le sçavoir de Grèce, et qu'un si sçavant homme Que luy ne se trouvoit. Par là il se poussa, Et aux plus hauts honneurs du Palais s'avança,

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