‹ Translations, inscriptions et poésies diversesChapitre 64 sur 72 · AUTRE EPITAPHE · texte numérisé non relu

AUTRE EPITAPHE

PAR LE MESME GREVIN à l'imitation du latin de Monsieur de la Haye.

Cv-dessous est gisant Du BELLAY le Poëte,

Cogneu par tout le monde. Or entens, viateur, La cause trop subite et le nouveau malheur Qu'en son sein luy gardoit une mort indisrrctte.

Desjà la nuict couvoit sous un obscur silence Le doucereux repos de ce grand univers Et cependant le miel de ses plus doctes vers Distilloit de sa bouche avec une accordance.

Cependant attentifs, ainsi que de coustume,

Du devis des neuf Sœurs heureux il jouyssoit, Et du père Apollon, que tant il caressoit, Pour en avoir reçeu le stile de sa plume.

Il se sentit alors d'une fureur sacrée.

Attiré sainctement de leurs divins efforts, Qui luy firent laisser le vague de son corps Pour voler au saint lieu de l'immortelle Astree

Où son ame affranchie et libre du servage De son hoste, sentit ses ailes esbranler Entre les deitez, qu'ell' contemploit en l'air, Oubliant le chemin de son premier voyage :

Là contemploit errante en la belle campagne

Tous les divers pays que lors ell' pouvoit voir, Appellant Du Bellay afin de l'esmouvoir, Mais le Poëte sourd n'entendit sa compagne.

Et ainsi, viateur, ceste ame bienheureuse

Demoura dans le ciel, et seulement les os Sous ce marbre engourdi demeurent en repos Attendans le retour de l'ame désireuse.

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