‹ Translations, inscriptions et poésies diversesChapitre 65 sur 72 · SONNETS DE JACQUES DE LA TAILLE · texte numérisé non relu

SONNETS DE JACQUES DE LA TAILLE

Ici gist Du Bellay qui par l'arrest des deux

Mourut au bord de Seine et nasquit dessus Loyre

Mais, passant, si son nom ne Lest encor notoire, Je crois que tu nasquis sans aureille et sans yeux.

Certe ainsi que jadis les Gaulois, nos ayeux Avec les Espagnols incitez de la gloire D'un Tive-Live, autheur de la Romaine histoire, Vindrent à Rome exprès pour le cognoistre mieux.

(Car tant estoit prisé le sçavoir d'un seul homme, Qu'une gent lors barbare, et d'un lieu si lointain Vint à Rome pour voir autre chose que Rome) :

Aussi de là la mer dont la terre est enclose,

Voir de l'Isle Thulé, on viendra pour certain Voir quelque jour la tombe où Du Bellay repose.

Du Bellay qui en France a les neuf Sœurs menées Et premier s'avança d'une audace nouvelle De chasser des François l'ignorance rebelle, Nagueres fut la nuict attaint des Destinées.

O nuict, le deshonneur des nuicts infortunées,

Indique que la Lune et que la moindre estoille Te preste sa lueur ! ô nuict pire que celle Qui tourmente là-bas les ombres condamnées :

Duucques, ô nuict obscure, et toy Parque meurtrière As-tu si tost estaint des poètes la lumière : Il meritoit le pris dessus tous à bon droit.

O quelle perte en France ! ô quel dur reconfort ! Mais pour bien regretter de Du Bellay la mort, Un autre Du Bellay, certes il nous faudroit.

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