‹ Translations, inscriptions et poésies diversesChapitre 66 sur 72 · SONNET DE DAMOISELLE ANT. DELOINES · texte numérisé non relu

SONNET DE DAMOISELLE ANT. DELOINES

D'où vient que quand je pense à la Muse gentille Du docte Du Bellay que le ciel a ravi, Mon cœur qui de jetter souspirs n'est assouvi. Me rend comme une souche ou un tronc inutile ?

La vertu, le sçavoir, le doux et grave stiîe

De son divin esprit, me poussent à l'envy,

Et moy qui tant de biens ensemble oncques ne vy

Trouve pour tel suject ma Muse trop débile.

Si je ne puis pourtant exprimer par ma voix

Ce qu'estimeront tant les Princes et les Rois, Je diray pour le moins avec toute la Fr.inre.

Que Du Bellay estoit dc^ Poëtcs l'honneur :

EPITAPHES 203

Ei si ne perdray pas de Ronsard la faveur,

Car je ne puis ne veux luy faire aucune offence.

ODE DE J. GREVIN A Charles Utenhove Gantois

En vain Ion pourra chant'er, En vain Ion pourra vanter Le devoir et l'entreprise De la pudique Artemise :

Car seulement pour un temps, Et bien peu de nombre d'an95 Aux oreilles est volée La gloire du Mausolée :

Le marbre tant soit-il fort Ne nous peut vanger de mort, Car il n'a pas la puissance De faire au temps résistance.

Seulement les mieux nourris, Les enfans plus favoris D'Apollon et de la Muse Nous vangent de telle ruse :

Le temps mesme mange fer N'en peut oncques triompher :

Il triomphe des ruines Et des reliques Romaines, Dont jadis furent auteurs Les grands Rois et Empereurs, Mais nous oyons la trompette Et les doux sons d'un Poëte.

Nous oyons encor la voix Resonnante par les bois, D'un berger chargeant la gloire Sur le dos de la Mémoire Pour faire entendre aux nepveux La clémence de ses Dieux, Nous oyons un vers qui sonne, Nous oyons un vers qui tonne Les batailles, les efforts.

Et le sac de plusieurs forts, La muable destinée D'un Priam et d'un Enee.

Heureux celuy dont les jours Ont peu tromper les destours De la mort, qui nous enserre Aux entrailles de la terre Avec l'oubli du tombeau :

De la mort, qui comme l'eau Ne tenant aucune trace Du bateau qui dessus passe, Ou du plomb au fond jette, Fait que la postérité Ne peut après recognoistre Qui fut jadis son ancestre.

Mais or' que Du Bellay n'eust Quelqu'un qui chanter le sçeut, Si est-ce que jà la France Combat contre l'ignorance, Reprenant comme envieux Ces Quintils audacieux, Qui sous sa plume féconde Sont trébuchez comme en l'onde Fait un nocher agité, Depuis qu'un vent incité Redoublé d'une tempeste Luy a foudroyé la teste.

Et puis je voy ces ouvriers Ces bons tailleurs, ces premiers.

Et ceste brigade heureuse, Dont la main industrieuse A le tombeau commencé :

Et jà l'ayant avancé, Eli' fait suffisante preuve Quel sera ce beau chef-d'œuvre.

Ne sens-tu point dans ton cœur, Utenhove, un dieu vainqueur Qui veut que fus quelque frize On cizelle une entreprise ?

Je le sen, je l'apperçoy M'attirer avecques soy, Pour esprouver mon service Au fait d'un si juste office Comme est celui d'un tombeau :

Et ores que mon ciseau

EPITAPHES

N'ait une trempe assez bonne Pour faire ce que j'ordonne.

Si n'en auray-je pourtant Le bon vouloir moins constant, Sentant un dieu qui m'attire Pour esbaucher ce porphyre.

Je basti dans ce plat-fond Les deux crouppes du haut mont Dont il print jadis la force :

Puis je fay à demi-bosse Un corps qui se convertit Desja petit à petit En un cygne qui s'esgaye Voyant sa celesye voye, Et que jà semble imiter Celuy-là que Juppiter Mist dans la plaine estoilee Tesmoin d'une violée.

Desjà ce plumage mol S'appreste pour faire un vol Voire jusques où le Gange Abbreuve le peuple estrange :

Desjà le plus grand des dieux L'attire à soy dans les cieux, L'accompagnant d'un semblable Que nous voyons admirable Lentement se pourmener, Et dans son ciel se tourner, Comme la sagesse bonne De nostre grand Dieu l'ordonne.

Pour faire les cieux plus beaux Il y mist bien deux chevaux Et deux bestes plus cruelles, Ce sont les Ourses rebelles, Deux Couronnes, et deux Chiens.

Ainsi parmi tous ces biens, Et ceste douce harmonie, Qui d'une course infinie Et branslement éternel S'entrefuit dedans le ciel, Il veut croistre l'assemblée D'une lumière doublée.

Voy sur le Tybre Latin, Utenhove, l'Aventin Qui tout orgueilleux se vante D'une poésie excellente Qu'il esmailla doctement, Lors que pleurant son tourment, Par une phrase Latine Il célébra sa Faustine :

Puis après d'un autre vers Les beaux reliques couvers Sous l'eschine Exquilienne, Et la hauteur Celienne.

Voy moy ces doctes Regrets Honte des Latins et Grecs :

Voy moy dessus ceste rive De Loire, la verde Olive, Dont ainsi comme premier Il emporta l'Olivier, Digne ornement de sa teste, Ainsi que brave conqueste.

Apres qu'il eut combatu L'ennemie de vertu, Qui d'une fiere arrogance Eslevoit son ignorance.

Or sus donc, prens ce tableau Que j'ay fait pour son tombeau, Pren donc ce petit ouvrage Qui possible d'âge en âge Témoignera la grandeur Et l'esprit d'un bon sonneur :

Pren, mon Utenhove, et pense Si mes vers n'ont la puissance D'apparoistre près les tiens Que des Poètes anciens Aucuns ont sonné la Lyre Pour s'efforcer de bien dire.

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