‹ Translations, inscriptions et poésies diversesChapitre 69 sur 72 · BELLIN · texte numérisé non relu

BELLIN

De vivoter chetif, Thoinet, que je suis las !

Sans trêve le malheur va tallonnant mes pas,

Onques je n'esprouvay le repos de la vie,

Je porte sur le clos une éternelle envie

Qui va trompant mon heur, et fauçant mon dessein.

THOINET

Or! que j'aille à poings clos, le bon-heur de ma main

S'envole avec le vent: j'ay tenté la. Fortune

En cent et cent façons, mais sa main importune

Tout-à-coup me renverse, et me fait tresbucher.

Hà peu cruel destin, que ne vins-tu trancher

Le filet de mes ans, lorsqu'aux voix des cigallcs

On me fit accorder les flustes inesgales,

Les chalumeaux d'avoine, et quelquefois aussi

Le flageol amoureux, et d'un vent addoucri

Traîner à petits sauts la troupe camusette

Aux fredons animez du son de ma musette?

Thoinet, mon cher souci, Thoinet, il ne faut point

Se repentir d'avoir si prompterr.ent conjoint

Les chalumeaux ensemble, et d'avoir mis en bouche

Le pipeau qui si bien en tes lèvres s^embouche :

Pan flusta le premier, et les Faunes après,

Qui firent tressaillir les monts et les forets

Au son de leur bouquin, et n'eurent jamais honte

De faire des Bergers quelque petit, de conte : Puis tu n'as point appris à manier les doigts Sous un petit sonneur, Janot a fait ta voix, Il t'a montré comment (et en a pris la peine) Il falloit retrancher les souspirs et l'aleine : L'entonner doucement, l'allonger, l'accourcir, Le haster, l'enaigrir, le feindre, l'adoucir : Comme il falloit aussi dessus la chalemie Chanter une chanson en faveur de l'amie : Puis n'as tu pas gardé avec les Pastoureaux Et Perot et Bellot, les boucs et les chevreaux, Et cent fois avec eux dedans les eaux clairettes Relavé la toison des brebis camusettes ? Soufflé dans leur pipeau et de tes propres dains Corne à corne conté leurs chèvres et leurs dains ?

THOINET

Bellin, ces deux bergers ne sont plus es montagnes, Ils ont abandonné les bois et les campagnes, Les argentins ruisseaux, et les tertres bossus, Et se sont desrobez de ces antres moussus, Loin de leurs compagnons, pour aller à la ville, Pour laisser Galatee et cercher Amarille, Eschange qui leur plaist, pour avoir eu cest heur De trouver la fortune et tromper le malheur.

Ils y vont bien souvent, ayant les mains chargées De fourmage, et de laict, et de fresches jonchées, Ou d'une peau de chèvre, ou de quelque toison, Sans rapporter leurs mains vuides à la maison: Puis ils ont d'héritage un troupeau sous leur garde Et tousjours le dieu Pan de bon œil les regarde, Tousjours les favoris, et nous pauvres chetifs Nous languissons es bois entre les plus petits.

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