BELLIN
Mais qu'est-ce que je sens? las, je voy, ce me semble. Au bord de ce ruisseau, à l'ombre de ce tremble Quelque divinité: car une horreur je sens,
Qui me fait hérisser, et chanceler mes sens: Une froide sueur s'escoule dans mes veines, Qui me glace le sang, les choses ne sont vaines.
THOINET
Le présage est certain, car je sens comme toy Rouler une frayeur haut et bas dedans moy : J'ay crainte que ce jour ne couve que tristesse.
BELLLN
Hà, Thoinet, je la voy, hà, c'est une Déesse,
Je recognoy ces pas, son visage et sa voix:
Il y a du malheur espandu par ces bois,
Car elle est des Bergers messagère fidelle,
Mais tousjours apportant quelque triste nouvelle.
THOINET
Hà, Pan, Dieu des forests, oncques je n'eus ceste heur
De recevoir de toy quelque douce faveur,
Contre le ciel despit ta puissance est mal heure :
Nous avions entrepris de chanter par gageure
L'un à l'autre à l'envy, mais tousjours le destin
Sur le poinct du plaisir nous tranche le chemin.
BELLJN
Approchons, mon Thoinet, les dieux sont accostables, Nous entendrons au vray ces plaintes lamentables.