UTILITÉ DES VOIES NOIVELLES
Lorsqu'il existe des péages, la situation est exactement la même. Par la perception de ces péages, les détenteurs des voies empruntées obligent ceux qui en font usage à partager avec eux leurs bénéfices ; mais ces bénéfices ne découlent toujours que de la valeur des transports qui s'effectuent, et de leur prix de revient partiel. Soit P le prix total d'un transport, péage compris, eip son prix de revient par la voie ancienne, P* et pS les mômes éléments par la voie nouvelle. Le bénéfice procuré à l'expéditeur, par l'ouverture de la voie, sera P — P* ; en môme temps, le détenteur de la voie nouvelle réalisera un bénéfice P^ — p* ; mais le détenteur de la voie à laquelle le trafic sera enlevé perdra le' bénéfice qu'il réalisait P — />. Le résultat final pour la communauté, obtenu en retranchant cette perte de la somme des gains, sera un bénéfice (P—P») + (pi — p*) — (P— j9 =)p — pS précisément égal à la différence des prix de revient partiels.
Pour les transports qui s'effectueront par la nouvelle voie et qui ne s'effectuaient pas par l'ancienne, le raisonnement sera un peu différent, mais le résultat sera le môme. Ces transports sont ceux dont la valeur V était inférieure au prix total P et est supérieure au prix total P\ de sorte qu'on n'avait pas intérétà les effectuer autrefois et qu'on y aintérôt aujourd'hui. Il semble donc que c'est l'écart de P et de PS et non celui de p et de pS qui rend ces nouveaux transports possibles. Mais il faut se bien rappeler que, dans un système de taxes convenablement étudié, le prix total doit descendre jusqu'au prix de revient partiel, sans péage, quand cela est nécessaire pour rendre les transports possibles. Par suite, c'est toujours des prix de revient partiels p et p*, parles deux voies, que dépendent les taux minima auxquels peuvent descendre les prix totaux. Si la voie neuve n'a pas abaissé le prix de revient, elle n'a apporté en réalité aucune facilité nouvelle pour attirer le trafic par une réduction des taxes ; on aurait pu faire cette réduction sans elle comme avec elle, et il eût été plus simple
048 CONCLTSIONS GÉNÉRALES
de la réaliser sur TaDcienne voie, que de dépenser des capitaux considérables pour en créer une nouvelle, sur laquelle on se bornerait à opérer des diminutions de tarifs qui eussent été possibles sur l'ancienne. C'est seulement dans la mesure où la voie nouvelle, en procurant une réduction du prix de revient, permet de faire sans perte des transports à des prix qui n'eussent pas couvert les frais par la voie ancienne, que cette voie est réellement la cause des réductions productives de trafic.
Ainsi la mesure réelle de Tutilité d'une voie nouvelle, c'est : pour tous les transports qui eussent pu s'effectuer sans perte par l'ancienne voie, l'écart des prix de revient: pour tous les transports qui n'eussent pas pu supportt^r un prix égal aux frais qu'ils auraient causés par l'ancienne voie, l'écart entre leur valeur et leur prix de revient par la voie nouvelle, lequel a pour maximum l'écart entre les prix de revient par les deux voies. Si ces bénéfices excèdent les charges, l'opération est avantageuse ; elle est onéreuse dans le cas contraire.
La comparaison des dépenses d'établissement de deux voies n'entre d'ailleurs dans le calcul de leur utilité comparative que si ni l'une ni l'autre n'existent encore. En effet, quand une première voie existe, en en créant une seconde, on ne supprime pas les charges de l'ancienne, on y ajoute seulement celles de la nouvelle. C'est donc uniquement à la réduction des frais sur le trafic probable qu'il faut comparer la dépense nouvelle que l'on veut assumer pour doubler une voie existante. Lors môme que la voie ancienne serait devenue insuffisante pour le trafic, nous avons exposé qu'en dehors de cas très rares, il en coûterait bien moins pour accroître sa capacité que pour en créer une neuve. C'est Técart des dépenses à faire, selon que l'on adoptera l'une ou l'autre de ces solutions, qui doit entrer dans les calculs, quand on veut se rendre compte de l'utilité qu'aurait une voie nouvelle dont la